Le sanctuaire de l’Annonciation
D'après une photographie.
ruinée par les Sarrasins. Mais cependant un très beau monastère indique le lieu de l’Annonciation. » A mesure qu’on avance dans les siècles antérieurs, les détails deviennent moins précis. L’église de l’Annonciation est néanmoins mentionnée, au viii« siècle, par S. Willibald, Hodœporicon, dans les ltinera, Hierosolyniitana de T. Tobler et A. Molinier, Genève, 1880, t. i, p. 260; au vu®, par Arculfe, Relalio de Locis sanctis, dans le même recueil, 1. 1, p. 184; au vi«, par le pseudo-Antonin, ibid., p. 93. Dans un petit traité intitulé : Liber nominum locorum ex Aclis, qu’on trouve parmi les œuvres de saint Jérôme, t. xxm, col. 1302, on lit au mot Nazareth qu’il y avait alors dans ce bourg deux églises, l’une a 1 endroit où l’ange était entré pour annoncer à Marie le mystère de 1 Incarnation, l’autre sur le lieu où Notre- Seigneur avait été élevé. Mais cet ouvrage est regardé comme apocryphe. L’origine constantinienne de la
basilique n'a pas de preuves positives. On peut cependant la conjecturer d’un passage de saint Épiphane, Adv. hæres., t. xli, col. 426, qui, parlant d’un certain Joseph, de Tibériade, juif d’origine, puis converti au christianisme et élevé à la dignité de comte par Constantin, dit en particulier : « Il ne demanda rien autre (à l’empereur qui lui offrait de lui accorder ce qu’il voudrait), que cette grande grâce d’être autorisé, par édit impérial, à construire des églises pour le Christ dans les villes et les villages des Juifs, là où personne
421. — Plan de la crypte de l’Annonciation, d’après un croquis de la Palestine des professeurs de N.-D. de France.
A, B,C,D. Lignes pointillées indiquant les dimensions de la sainte Maison de Lorette. — 1. Escalier de l’église à la crypte. — 2. Chapelle de l’Ange. — 3. Autel de saint Gabriel. — 4. Autel des saints Joachim et Anne. — 5. Chapelle de l’Annonciation. — 6. Autel de l’Annonciation. — 7. Autel de saint Joseph. — 8. Abside ancienne. — 9. Escalier conduisant à la grotte. — 10. Grotte, ancienne citerne.
n'avait pu en construire, aucun Grec, Samaritain ou chrétien n’étant supporté au milieu d’eux; principalement à Tibériade, à Diocésarée, à Sepphoris, à Nazareth et à Kapharnaum, où les Juifs veillent avec soin à ce que qui que ce soit d’un autre peuple n’habite avec eux. » Et plus loin, le même Père nous dit que le comte Joseph construisit des églises à Diocésarée et en d’autres villes. Cf. Clermont-Ganneau, Recueil d’archéologie orientale, t.iv, Paris, 1901, p. 353-354. C’est jusqu’à cette époque seulement qu’il nous est permis de suivre la tradition relative au sanctuaire de l’Annonciation.
2° Église de la Nutrition. — Les anciens témoignages
NAZARETH
signalent encore à Nazareth une autre église dite de la Nutrition. Le texte apocryphe de saint Jérôme que nous venons de mentionner l’indique, mais nous avons surtout le texte d’Arculfe : « La ville de Nazareth est, comme Capharnaüm, sans murs d’enceinte; elle est située sur une montagne. Elle a cependant de grands édifices en pierre : on y a construit deux très grandes églises. L’une, au milieu de la ville, est bâtie sur deux voûtes, là où jadis avait été construite la maison dans laquelle fut élevé ( nutritus ) Notre-Seigneur et Sauveur. Cette église, comme on vient de le dire, appuyée sur deux tombeaux et deux arcs interposés, possède, à l’étage inférieur, entre ces mêmes tombeaux, une fontaine très claire, que fréquentent tous les habitants pour y puiser de l’eau. Dans l’église construite au-dessus, on
rond (O), servant à puiser de l'eau à la citerne; la partie supérieure, qui traverse des décombres et de la terre, est maçonnée; lu partie inférieure traverse le roc et l’argile, et s’ouvre en entonnoir sur la citerne. La portion centrale, d’un pied plus bas, offre, dans le mur de l’est, les trois premières pierres d’une arche dont l’extrémité opposée s’appuyait sur le mur occidental (au point i); on y remarque aussi trois bassins creusés dans le roc et qui se communiquent. Deux autres bassins séparés se trouvent plus bas, près du mur méridional. Le mur occidental de cette dernière chambre est seul maçonné; il renferme trois niches rectangulaires et une quatrième ouverte sur la pièce suivante, à laquelle on accède par une petite porte située au-dessous du mur. Celte pièce, de forme irré-
Cc/istmcttops anciennes visil/es .
Constructions anciennes sous te sol actuel
422. — Plan de l’ancienne basilique de l’Annonciation à Nazareth. D'après la Revue biblique, 1901, t. x, p. 490.
peut aussi prendre de cette eau avec de petits vases attachés à une poulie. » L’autre église est celle de l’Annonciation. Cf. T. Tobler, ltinera et descriptiones Tcrræ Sanctæ, t. i, p. 184. Des fouilles pratiquées, il y a plusieurs années, dans le couvent des Dames de Nazareth, tout près de celui des Franciscains, ont amené certains savants à penser que là pouvait être l’église de la Nutrition. De la cour du couvent, un escalier conduit à une profondeur d’environ sept mètres. Voir fig. 423, plan. — A côté des six dernières marches est une fosse maçonnée (o), traversant jusqu’à la surface la voûte de l’escalier. Au bas des degrés, une auge circulaire, sur un banc de rocher, reçoit un petit aqueduc. Cette première chambre est creusée dans le calcaire, mais a été maçonnée de tous les cotés, excepté au nord, près de la citerne d. De là, une ouverture dont la partie supérieure, de forme ronde, est creusée dans le roc, conduit par deux marches dans la chambre principale du souterrain, dont le sol est à environ dix mètres au-dessous de la cour. Rectangulaire, celle-ci est divisée en trois parties par des terrasses de niveau diiférent, celle du sud étant la plus basse et celle du nord la plus haute. Dans la partie septentrionale (citerne c) on trouve, à la paroi de l’ouest, quatre auges creusées dans le roc, à hauteur d’un mètre, unies par de petits canaux, Juste au-dessus d’elles est un orilice
gulière, renferme un bassin au-dessus duquel est un orifice (o), qui communique avec l’extérieur. En revenant un peu en arrière, on se glisse par un passage ! étroit dans une petite chambre, qui contient les restes les plus importants du souterrain, c’est-à-dire deux tombes (t) ou koldm, de dimensions à peu près égales ! avec plafond arrondi, et toutes deux creusées dans le roc, qui est ici plus compacte. On a retrouvé auprès la porte de pierre qui les fermait; mais aucun ornement, J aucun signe ne peut éclairer l’archéologue. A l'est de la citerne c, une porte conduit à la citerne e, de forme t rectangulaire et voûtée ; elle possède encore dans un angle un petit canal de pierre, qui était destiné à amener les eaux de l’extérieur. De là on passe dans la fl citerne d, qui était alimentée avec le trop-plein de la citerne h au moyen de l’aqueduc dont nous avons parlé I dès le commencement. On signale enlin les citernes F j et g. Parmi les débris trouvés dans ces caves souterraines, on compte une élégante petite colonne de j marbre avec chapiteau sculpté, des colonnes de granit, J un fragment de chapiteau ionique, une petite statuette, dont la tète et les jambes sont malheureusement bri- j sées, des fragments de poterie, de vieilles lampes et I quelques monnaies. Les habitants de Nazareth disent j qu’une mosquée appelée Djdma Abd es-Samad s’éle- J vait autrefois sur cet emplacement, et les anciens pré- I
NAZARETH
tendent qu’elle avait été bâtie avec les pierres d’une antique église qui se trouvait au même endroit. Est-ce l’église décrite par Arculfe? C’est possible, bien qu’il soit difficile de l'affirmer. Il y manque, en tout cas, la fontaine limpide près de laquelle tous les habitants se donnent rendez-vous pour renouveler leur provision d’eau. G. Schumacher, à qui nous avons emprunté la description précédente, pense qu'il faut distinguer au moins deux périodes en ce qui concerne ce souterrain : la première et la plus ancienne est représentée par les deux kokim qui, en raison des monnaies trouvées, peuvent avoir une origine juive assez reculée et indiqueraient un ensemble de grottes sépulcrales comme on en rencontre en Palestine; la seconde est celle où l’on aura
Tibériade. Elle porte chez les chrétiens le nom.de 'Ain Sitti Miriam , « Fontaine de Madame Marie. » De forme voûtée, la construction qui la recouvre a été presque entièrement refaite en 1862 ( fi g . 418). A côté est un sarcophage antique, aujourd’hui très mutilé; la guirlande sculptée qui serpente autour forme trois festons sur les longs côtés. Près de là aussi est un ancien réservoir en très mauvais état. Cette fontaine n’est que le débouché d’un canal qui vient d’une source située plus haut, au nord-ouest, sur le liane de la colline. De ce côté, les Grecs schismatiques ont une église dédiée à saint Gabriel; dans la partie septentrionale est une ancienne chapelle souterraine, où l’on descend par plusieurs degrés; on y voit une citerne où sont recueillies
transformé ces grottes en un groupe de citernes, avec une grande chambre centrale, où les femmes descendaient pour remplir leurs cruches dans les moments de < pénurie. Cf. G. Schumacher, Recent discoveries in Galilée, dans le Palestine Exploration Fund, Quarterly > étalement, Londres, 1889, p. 68-74. Ces fouilles sont également décrites dans la Revue de la Terre-Sainte, Paris, 15 septembre 1888, p. 279-284, avec plan, p. 281. Des fouilles plus récentes ont fait découvrir, du côté méridional, deux autres tombeaux juifs, précédés d’une grotte sépulcrale, deux gros murs formant un peu l’arceau, des bases de piliers, le commencement d’une abside centrale et une abside latérale plus petite, ce qui prouve qu’une église s’élevait là autrefois. En plaçant en ce lieu le sanctuaire décrit par Arculfe, on aurait ainsi, à côté de la maison de la Sainte Vierge, où s’accomplit le mystère de l’Incarnation, la maison de saint Joseph, où Notre-Seigneur fut élevé et passa la plus grande partie de sa vie. D’autres cependant cherchent plutôt l’église de la‘ Nutrition du côté de la Fontaine actuelle de Nazareth. Cf. La Palestine, par des professeurs de Notre-Dame de France, Paris, 1904, p. 436.
3° Fontaine de la Vierge. — La fontaine qui alimente Nazareth coule au nord-est de la ville, sur la route de
les eaux de la source de Saint-Gabriel. A l’époque de Quaresmius, cette chapelle était seule debout, et l'église qui la contenait, ainsi que le monastère de religieuses qui y était contigu, avaient été démolis. C’est là ou plus bas que, suivant les auteurs qui viennent d’être mentionnés, devait se trouver l’église, de la Nutrition, bâtie, au témoignage d’Arculfe, sur la fontaine de la ville. Mais il est alors difficile de dire qu’elle était « au milieu de la ville ». Au xi° ou xiie siècle, Pierre Diacre, De Locis Sanctis, Migne, t. ci.xxm, col. 1127, parle de cette fontaine, qu’il place « en dehors du bourg » et qu'il distingue de celle qui existait dans la grande grotte du sanctuaire de la Nutrition. Sœwulf, Peregrinalio, publiée par d'Avezac dans les Mémoires de la Société de géographie de Paris, p. 38, dit : « Auprès de la ville jaillit une fontaine très limpide, garnie encore comme elle l'était de colonnes et de plaques de marbre. L’Enfant Jésus, comme les autres enfants, y vint souvent puiser de l’eau pour le service de sa mère. » De même Jean de Wirzbourg, Descnplio Terræ Sanctæ, Pair, lat., t. clv, col. 1057. Burchard du Mont-Sion, Descriplio Terræ Sanctæ, fol. 23 : « Et il y a encore à l'extrémité de la ville, dans une église dédiée à saint Gabriel, une fontaine très vénérée par les habitants, Pt où l'on