‹ Dictionnaire de la Bible (volume 3)Chapitre 140 sur 389 · IV · texte numérisé non relu

IV

NAZARETH

dit que l’Enfant Jésus venait chercher de l’eau pour le service de sa mère très chérie. » La tradition se poursuit dans les siècles suivants.

4° Atelier de saint Joseph . — A 200 mètres au nord-est de la basilique de l’Annonciation s’élève une petite chapelle rectangulaire (fig. 424) qu’on suppose occuper remplacement de l'atelier de saint Joseph. Le sanctuaire actuel remonte seulement à 1858, mais il remplace le chevet d’une ancienne église à trois nefs dont l’architecture trahit l’époque des croisades. C’est là que

Chrisli, bloc de calcaire sur lequel Notre-Seigneur aurait pris un repas avec ses apôtres après sa résurrection. Il n’y a rien d’évangélique ni de sérieusement traditionnel dans ce souvenir.

6° Le précipice. — Saint Luc, iv, 16-30, raconte qu'un jour les habitants de Nazareth, furieux du discours prononcé par Notre-Seigneur dans la synagogue, « le chassèrent de la ville, et le conduisirent jusqu’au sommet de la montagne sur laquelle leur ville était bâtie, pour le précipiter. » Il serait tout naturel de placer la scène

Jésus aurait appris et exercé le métier de charpentier. La tradition est relativement récente.

5° Ancienne Synagogue. — Au nord-ouest de ce point, on rencontre l’église des Grecs unis, bâtie là où était l’ancienne synagogue de Nazareth. La vieille salle obscure et voûtée en ogive que l’on voit à l’entrée de l’église moderne, à gauche, ne remonte pas sans doule à l’époque de Notre-Seigneur, mais elle peut marquer le lieu où il se rendait chaque jour de sabbat et où il prit même un jour la parole. Luc., iv, 16-28. Au VIe siècle, Antonin le Martyr mentionne cette synagogue dans un récit où la légende lient malheureusement trop de place. Cf. T. Tobler, Ilinera Tërræ Sanclæ, t. i, p. 93. Mais c’est certainement un des lieux que les chrétiens purent retrouver le plus facilement, quand, au ivcetau Ve siècle, ils succédèrent aux juifs qui avaient été jusque-là les maîtres de Nazareth.

Nous ne citons que pour mémoire une petite chapelle située à peu de distance au nord-ouest de la synagogue, et renfermant ce qu’on appelle la Mensa

sur le Nébi Sa'ïn, dont nous avons parlé au commencement de cet article, et qui domine la ville assise à ses pieds, ou sur quelque rocher avoisinant. Ainsi l’ont pensé bon nombre d’auteurs. Cf. Stanley, Sinai and Palestine, Londres, 1866, p. 367; Robinson, Biblical Researches in Palestine, t. n, p. 335, etc. Cependant une tradition locale, dont on peut suivre l’origine jusqu’au moyen âge, nous transporte sur un point plus éloigné, à quarante minutes de marche au sud de Nazareth. Le mont de la Précipitation serait un rocher à pic, qui surplombe un ravin et domine la plaine de 200 mètres. On voit en cet endroit une petite abside d’église creusée dans le roc et des ruines de citernes ou de murs de soutènement. Ce sont sans doute les vestiges d’un petit couvent que mentionne un document de 808, le Commemoratorium de Casis Dei : « A un mille de Nazareth, où les Juifs voulurent précipiter le Christ Seigneur, est construit un monastère avec une. église en ï’honneur de sainte Marie et huit moines. » Cf. Tobler et Molinier, Ilinera Hierosolymitana, t. i.r

NAZARETII

NÉAPOLIS

p. 303. Au xiie siècle, Jean de Wirzbourg, Descriptio Terne Sanctæ, t. clv, col. 1057, place également « le lieu dit le précipice » à un mille au sud de la ville. A l’époque des Croisades, le lieu, très visité, s’appelle Saltus Domini, « le Sault du Seigneur. » Il porte encore aujourd'hui en arabe le même nom, Djebel el- Qafzéh, « la montagne du Saut. » On lit dans les Pelerinaigss por aler en Iherusalem (vers 1231) : (< De Nazareth au Saut Nostre Seignor si a une lieue. » Cf. H. Michelant et G. Raynaud, Itinéraires à Jérusalem , Genève, 1882, p. 100. Dans une très ancienne description arabe chrétienne des lieux saints, du xme siècle, le nom de Qafzéli se trouve mentionné, bien que mal ponctué; l’auteur signale en cet endroit l’existence d’un couvent arménien. Cf. Clermont-Ganneau, Recueil d’archéologie orientale, t. i, p. 340. Cette tradition peuà la rigueur s’expliquer, dit-on, si par « la montagne » du texte évangélique, on entend, non pas un sommet isolé, mais le massif montagneux sur lequel est bâti Nazareth. Il n’en est pas moins sûr qu’elle est moins conforme à ce texte et à la vraisemblance historique. — Nous avons, du reste, tenu à signaler toutes ces traditions, en raison des souvenirs que rappelle la cité galiléenne; nous l’avons fait avec tout le respect qu’elles méritent, mais sans leur attacher d’autre valeur que celle qu’elles possèdent par elles-mêmes.

IV. Histoire. — L’histoire de Nazareth tient tout entière dans quelques versets de l’Évangile. C’est dans cette obscure « cité de Galilée », que l’ange Gabriel fut envoyé de Dieu pour annoncer à la Vierge Marie le mystère de l’Incarnation. Luc., i, 26. C’est delà que Joseph et Marie partirent pour Bethléhem, « la cité de David, » où devait naître le Messie, Luc., n, 4 ; là qu’ils revinrent après la présentation au Temple et la fuite en Égypte. Luc., n, 39; Matth., n, 23. Le Sauveur y passa son enfance et sa jeunesse, que l’Écriture résume d’un seul mot : « Il leur était soumis. » Luc., il, 51. Lorsque l’heure fut venue de se manifester au monde, il abandonna sa tranquille retraite pour venir sur les bords du Jourdain, recevoir le baptême des mains de Jean- Baptiste. Marc., I, 9. Quelque temps après, Philippe de Bethsaïde annonçait à Nathanaël le Messie dans la personne de « Jésus, fils de Joseph, de Nazareth ». Et Nathanaël, dans son étonnement, s’écriait : « Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth? » Joa., i, 45, 46. Il y a là une allusion ou à l'obscurité de la ville ou à la mauvaise réputation des habitants ou à quelque autre cause; comme l’Écriture ne dit rien, chaque commentateur apporte ses raisons. La « fleur de Galilée » ne devait cependant pas être le théâtre d’action du Sauveur. Perdue dans un petit coin de la montagne, elle ne pouvait offrir à sa parole et à son zèle les mêmes avantages que les cités des bords du lac de Tibériade. Voilà pourquoi il la quitta et vint s’établir à Capharnaüm. Matth., iv, 13. Ses compatriotes, du reste, n’étaient guère disposés à recevoir les bienfaits de son enseignement. Il retourna, en effet, un jour de sabbat, dans la ville « où il avait été élevé », et, selon sa coutume, entra dans la synagogue dont nous avons parlé. Là, après avoir lu un passage du prophète Isaïe, il se rnit en devoir de l’expliquer. Tous les yeux étaient fixés sur lui, et les assistants admiraient la sagesse de 1 humble charpentier, a le fils de Joseph. » Mais bientôt la colère succéda à l’admiration, et, le chassant en dehors de la cité, ils l’auraient précipité du haut d’un rocher, si lui-même n’avait su échapper à leurs mains. Luc., iv, 16-30. Nazareth n’en a pas moins attaché son nom à celui de Jésus, « le prophète de Nazareth. » Matth., xx, 11. « Le Nazaréen » ou « le Nazarénien », tel fut le surnom du Christ. Matth., xxvi, 71 ; Marc., i, 24; x, 47; Luc., iv, 34; xvm. 37; Joa., xvm, 5, 7, etc. C est le titre qu’il porta sur la Croix, avec celui de « roi des .Juifs ». Joa., xix, 19. Saint Jérôme, Onomastica sacra,

p. 143, fait remarquer que ce nom fut aussi donné par opprobre aux premiers chrétiens. — Ces quelques lignes résument, avec l’histoire de ses sanctuaires, toute la gloire de Nazareth. Elle n'a rien d’humain, mais elle suffit pour que notre piété donne à la bourgade galiléenne le même souvenir de vénération qu’à Bethléhem et à Jérusalem.

On trouvera dans Mar Le Camus, Les enfants de Nazareth, Bruxelles, 1900, d’intéressants détails sur le caractère et les mœurs des habitants actuels de Nazareth, détails qui font revivre la vie d’autrefois dans la patrie du Sauveur.

V. Bibliographie. — E. Robinson, Biblical Researches in Palestine, Londres, 1856, t. ii, p. 333-343; Stanley, Sinai and Palestine, Londres, 1866, p. 442-450; Lortet, La Syrie d'aujourd’hui, dans le Tour du Monde, t. xli, p. 53-59; Survey of Western Palestine, Memoirs, Londres, 1881, t. i, p. 275-279; W. M. Thomson, The Land and lhe Book, central Palestine, New-York, 1882 p. 310-322; V. Guérin, La Galilée, 1880, t. i, p. 83-102; C. R. Conder, Tenl Work in Palestine, Londres, 1889, p. 72-78; La Palestine, par des professeurs de N. -D. de France à Jérusalem, Paris, 1904, p. 428-439; G. Le Hardy, Histoire de Nazareth et de ses sanctuaires, Paris, 1905.

A. Legendre.

NÉAPOLIS (grec : Néa IldX'.ç), ville et port de Macédoine (fig. 425). Saint Paul eTses compagnons débarquè-

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