Rosace en mosaïque de Hosn
D'après la Revue biblique, 1900, p. 119.
montées d’un accent à droite : a',ê',y', etc. Avec un iota souscrit à gauche, leur valeur est multipliée par 1000 : ,e = 5000; ,tt = 80 000; ,u> = 800000, etc. Une rosace en mosaïque (fig. 451), découverte en 1899 à Hosn, en Pérée, est ornée de lettres grecques majuscules, Z, O, n, K(yd7t7ra), P, PK, PA, etc., qui représentent les nombres 60, 70, 80, 90, 100, 120, 130, etc. Dans le grand théâtre de Gérasa, en Palestine transjordanienne, le P. Germer Durand a constaté qu’un certain nombre de places étaient numérotées. Les chiffres sont ainsi écrits : CIB — Cl T — CIA — C I € — C K — CKA — CKB — CKT, ce qui correspond, en lisant de gauche à droite, à 212, 213,214, 215,220, 221. Sur une autre série : 5l4> — Alcj> — ~||cf> — aicj) — Alcfi
— I<t>, les chiffres sont à lire de droite à gauche : 515, 514, 513, 512,511, 510. Cf. Revue biblique, 1895, p. 377.
— Pour les inscriptions, surtout dans la Grèce proprement dite, on se servait de I, II, III, IIII, P (pour ttévts = 5; A (pour Ar/.a) = 10; H (pour Hs/.a-rcivj = 100; X (pour XO.eoi) = 1000; 51 (pour M-jpioi) = 10000. On
rendait 50 par (10 x 5), et 500 par 1^) (100 X 5). Les chiffres les plus élevés se plaçaient à gauche. — 4° La numération latine était à l’usage de l’administration
romaine établie en Palestine. Elle se composait de traits verticaux, I, II, III, et des signes suivants : X = 10; V (probablement moitié de X) = 5; L = 50; C ( centum ) = 100; D = 500; M (Mille) = 1000; puis, pour les multiples de 1000 : etc.
III. Altération des nombres birliques. — 1° Que les anciens Hébreux, dans leurs transcriptions du texte sacré, aient écrit les noms de nombre en toutes lettres ou en notation alphabétique, il est certain que beaucoup des nombres consignés dans les Livres saints ont souffert et ne nous sont arrivés que plus ou moins altérés. La chose est manifeste en ce qui concerne les listes patriarcales. Des différences notables apparaissent entre les chiffres de l’hébreu, du samaritain et des Septante. Voir Longévité, t. iv, col. 355, 359. Souvent, ces différences portent sur un seul chiffre, celui des centaines. Il en est ainsi pour Seth et ses descendants jusqu’à Lamecli, et ensuite pour tous les descendants de Sem. En se reportant aux anciens alphabets, t. i, col. 407, on voit, par exemple, que la différence de forme n’est pas grande entre i = 4 et î = 200; entre î = 6, t = 7, et i = 10; entre p = 100 et î = 200; etc. Il était bien plus facile de confondre t avec î, que y:nN, « quatre, » avec crusa, deux cents; » î, t et »,
que u»uf, « six, » ynui, « sept, » et it»y, s dix, » etc. Cette
constatation donnerait à penser qu’au moins à une certaine époque les nombres bibliques ont été écrits alphabétiquement, ce qui a rendu les confusions faciles. On s’expliquerait ainsi comment, Gen., il, 2, l’hébreu, la Vulgate et le chaldaïque disent que Dieu termina son œuvre le septième jour, tandis que les Septante, le samaritain, le syriaque et .Tosèphe, Ant.jud., I, î, 4, marquent le sixième jour. La différence graphique serait d'un t = 7 à un î — 6. Néanmoins, ces remarques ne suffisent pas à prouver que les chiffres bibliques aient été habituellement transcrits sous forme de lettres. Sur la stèle de Mésa, lignes 2, 8, 16, 20, 28, 29. 33, les nombres sont écrits en toutes lettres. Cf. col. 1015-1017; Lagrange, L’inscription de Mésa, dans la Revue biblique, 1901, p. 523-525.
2° Beaucoup d’autres causes pouvaient contribuer à l’altération des nombres par les transcri pteurs : la mauvaise façon du texte à transcrire, l’intention de corriger une leçon regardée comme fautive, la confusion d’un passage avec un autre, et en général le caractère même des noms de nombres, surtout des nombres un peu élevés. Le sens et le contexte peuvent aider le copiste à déchiffrer exactement un mot mal écrit, mais cette ressource lui manque pour les chiffres. De là des divergences multiples que l’on signale entre des chiffres qui devraient s’accorder. Ainsi, au temps de David, on compte d’une part 800000 hommes portant les armes en Israël, et 500 000 en ,Tuda, II Reg., xxiv, 9, et d'autre part, 1 100 000 hommes en Israël et 470000 en Juda. I Par., xxi, 5. Salomon avait 40 000 stalles pour ses chevaux de chars d’après III Reg., iv, 26, et seulement 4 000 d’après II Par., ix, 25. Quand il commença à régner, Joachin avait 18 ans d’après IV Reg., xxiv, 8, et 8 ans d’après II Par., xxxvi, 9. Phinées frappe 24000 Israélites, d’après Num., xxv, 9, et 23 000, d’après l Cor., x, 8, etc. Les chiffres varient aussi entre l’hébreu et les versions. Les Israélites sont restés en Égypte 430ans, Exod.,xn, 40; les Septante comprennent dans ces 430 ans le séjour en Egypte et le séjour en Chanaan; et comme le temps passé par Abraham, Isaac et Jacob en Chanaan s’élève à 215 ans, il n’en reste plus que 215 pour le séjour des Israélites en Égypte. De son côté, saint Paul, Gai., ni, 17, compte 438 ans, entre la promesse faite à Abraham et la loi du Sinaï. A Bethsamès, le Seigneur frappe ceux qui ont jeté un regard irrespectueux sur l’arche, I Reg., vi, 19; les victimes sont au nombre de 70 et de 50 000, d’après l’hébreu.
NOMBRE
les Septante et la Vulgate, cle 5070, d’après le syriaque et l’arabe, et de70 seulement d'après Josèphe, Ant. jud., VI,
1, 4, dont la leçon est préférée. Les textes ayant conservé côte à côte les deux leçons 70 et 50000 nous montrent sur le vif l’embarras où étaient les copistes quand ils transcrivaient les chiffres. Voir Bethsamês, t. i, col. 1735. Des altérations analogues sont à constater dans les chiffres qui constituent la chronologie des rois de Juda et d’Israël. Ainsi Ochozias commence son règne, tantôt la 12e, IV Reg., vm, 25, tantôt la 11e année de Joram, roi d’Israël. IV Reg., IX, 29. .loram d’Israël devient roi la seconde année de Joram, roi de Juda, IV Reg.,i, 17, et d'autre part, IV Reg.,vm, 16, Joram de Juda commence à régner la 5e année de Joram d’Israël. J oatham et Achaz régnent 16 ans chacun, l’un après l’autre, IV Reg., xv, 32, 33; xvi, 2; Il Par., xxvn, 1; xxvm, I ; cependant, le règne d’üsée, roi d’Israël, est daté à la fois de la 20e année de Joatham, IV Reg., xv, 30, et de la 12e d’Achaz. IV Reg., xvn, 1. Cf. Prat, dans les Études religieuses, 1902, p. 617. D’autres divergences séparent encore ces deux chronologies dissemblables entre elles d’avec la chronologie assyrienne, ce qui suppose de fréquentes fautes de copistes dans la transcription des nombres. Cf. Pelt, Hist. de l’Ancien Testament, Paris, 1904, t. n, p. 131-140; Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 6e édit., t. ni, p. 433.
IV. Imprécision fréquente des nombres bibliques. — 1° En général, la précision numérique n’est pas dans les habitudes des Orientaux. Il ne faut donc pas s’étonner si on ne la trouve pas toujours chez les écrivains sacrés. D’ailleurs certaines données numériques comportent par elles-mêmes une assez notable latitude. Ainsi il est naturel que Moïse estime d’abord à environ 600 000, Exod., xn, 37, une population masculine qu’un recensement plus précis portera ensuite à 603550 hommes. Exod., xxxviii, 26. Beaucoup de chiffres ronds doivent être regardés comme approximatifs. Tels sont les 800000 hommes d’Israël et les 500000 de Juda, II Reg.,xxiv, 9; les 70000 victimes de la peste, II Reg., xxiv, 15; les
1 160000 hommes de l’armée de Josaphat, II Par., xvii, 14-18; les 3 000 maximes de Salomon. III Reg., iv, 32, etc. Il est possible que plusieurs de ces nombres aient à être réduits; rien du moins n’oblige à les prendre à la lettre.
— 2» Il y a des nombres conventionnels qui, sous une forme précise, sont en réalité indéfinis. Cf. S. Augustin, De civ. Dei, xv, 24, t. xli, col. 471. Tels sont les nomlires 7, 10, 70, 100, 1000, 10000, dans certaines circonstances. — Caïn sera vengé 7 fois et Lamech 77 fois. Gen.,iv,24.Lejustetombe7 fois et se relève. Prov., xxiv, 16. 11 faut pardonner non pas 7 fois, mais 70 fois
7 fois. Matth., xvm, 22; Luc., xvii, 4. — Voilà 10 fois que vous m’insultez. Job, xix, 3. Cf. Gen., xxxi, 7, 41 ; Num., xiv, 22, etc. — Que tu aies vécu 10 ans, 100 ans, 1000 ans, dans le séjour des morts on n’a pas souci de la vie. Eccli., xli, 6 (4). — Saul a tué ses 1000 et David ses 10000. I Reg., xxi, 11. — Que 1000 tombent près de toi et 10000 à ta droite, tu ne seras pas atteint. Ps. xc(xci),
7, etc. — 3° Les Hébreux se servaient encore des nombres dans des formules purement approximatives, pour signifier seulement quelques unités. — Voilà ce que Dieu fait 2 fois, 3 fois, pour l’homme, Job, xxxm, 29 —
2 villes, 3 villes couraient à une autre ville. Am., iv, 8 —
2, 3 olives, 4, 5 aux branches. Is., xvii, 6. — A cause de 3 crimes et à cause de 4. Am., I, 3, 6. — 6 fois il te délivrera, et la 7e fois le mal ne t’atteindra pas. Job, v, 19. — Nous ferons lever contre lui 7 pasteurs el
8 princes. Mich., v, 4. — Donne une part à 7 et même à
8. Eccle., xi, 2, etc. — Il y a aussi des formules dans lesquelles deux nombres se suivent, l’un renchérissant sur l’autre, pour les besoins du parallélisme. Dieu a dit une parole, deux que j’ai entendues. Ps. lxii (lxi), 12.
— Il y a 6 choses que hait Jéhovah, 7 qu’il a en horreur. Prov., vi, 16. — La sangsue a 2 filles, 3 sont insatiables,
4 ne disent jamais assez. Prov., xxx, 15. De même aux versets 18, 21, 24, 29 du même chapitre. — Mon cœur estime 9 choses, ma langue en proclame 10. Eccli., xxv, 9(7). De même Eccli., xxvi,5, 25 (19). Ces formules ne sont pas toujours usitées, puisque parfois les choses différentes sont énoncées par des nombres simples. Prov., xxx, 24; Eccli., xxv, 1.
V. Locutions bibliques sur les nombres. — 1° Une foule très nombreuse est appelée infinie. Eccle., iv, 16. Elle est comparée à la poussière, Gen., xvi, 16; Num., xxiii, 10; au sable de la mer, Ose., i, 10; Rom., ix, 27 ; Apoc., xx, 7; aux étoiles, Gen., xv, 5, que Dieu seul peut compter. Ps. cxlvi, 4. N’avoir point de nombre, ne pouvoir être compté, sont des expressions qui marquent la très grande quantité des personnes ou des objets en question. Gen., xvi, 10; xxxii, 12; II Par., v, 6; xii, 3; Judith, n, 8 ; xv, 8 ; Job, v, 9; ix, 10; Ps. xxxix (xl), 13 ; cm (civ), 25; civ (cv), 34; cxlvi, 5; Cant., vi, 7 ; Eccle., i, 15 ; Jer., xlvi, 23 ; I Mach., v, 30. Au contraire, pouvoir compter les arbres d'une forêt, c’est dire qu’ils sont peu nombreux. Is., x, 19. — 2° Le troupeau passe sous la main qui le compte. Jer., xxxm, 13. Compter les jours, c’est attendre avec impatience Tob., ix, 4 ; x, 9. Ne vouloir pas qu’un jour soit compté, c’est le maudire. Job, iii, 6. « Être au nombre » signifie faire partie d’un ensemble. Judith, x, 8 ; xi, 10; xvi, 31 ; Esth., n, 8; Eccli., xix, 3; Job, iii, 6 ; Sap., v, 5 ; Act., i, 27. Celui qui remplit le nombre de ses jours, Exod., xxiii, 26, atteint les limites normales de la vie; celui qui n’en remplit que la moitié, Job, xxi, 21, a une vie écourtée. A Baltassar, qui avait vu sur la muraille les mots : Mené, mené, Daniel dit : & Dieu a compté ton règne et y a mis fin. » Dan., v, 26. Ceux qui ont à faire des dépenses considérables commencent par compter. Lev., xxv, 50; xxvii, 18, 23; Luc., xiv, 28; Act., xix, 19. — 3° Dieu a tout réglé avec mesure, nombre et poids, Sap., xi, 20, c’est-à-dire que, par sa providence, il fait régner l’harmonie parmi ses créatures. Cf. S. Bernard, Serm. de divers., lxxxvi, t. clxxxiii, col. 703. Il compte les cheveux de notre tête, Matth., x, 30; Luc., xii, 7, c’est-à-dire se préoccupe des plus infimes détails qui concernent l’homme.
VL Les dénombrements chez les Hébreux. — 1° Le premier compte qui soit consigné dans la Bible est celui delà famille de Jacob, au moment où le patriarche s’établit en Égypte. Le total des personnes venues en Égypte avec Jacob est de 70. Gen., xlvi, 8-27. Ce nombre est répété, Exod., i, 5, et Deut.,x, 22. Les Septante ajoutent d’autres noms, de manière à porter le nombre à 75. Saint Étienne s’en tient à ce dernier chiffre. Act., vu, 14. Josèphe, Ant. jud., II, vu, 4, garde le chiffre de 70. Mais ce nombre même de 70 ne répond pas à la réalité. D’abord il ne comprend que des hommes, comme le texte même le remarque. Gen., xlvi, 26. Or, parmi ces derniers, on compte Her et Onan, déjà morts en Chanaan, Gen., xlvi, 12, et dix fils de Benjamin, Gen., xlvi, 21, qui à cette époque était encore tout jeune. De plus, le verset 18 annonce un total de 16 personnes, alors que 15 hommes seulement sont nommés, et après que le verset 26 a conclu à un total de 66, le verset 27 ajoute Joseph et ses deux fils et conclut à un total général de 70. Ces difficultés ont été résolues de différentes manières. Cf. S. Jérôme, Quæst. in Genes., t. xxiii, col. 1001; S. Augustin, De civ. Dei, xvi, 40, t. xli, col. 518 ; Reinke, Beitràge zur Erklàr. des A. T, Munster, 1851, t. i, p. 100-109 ; Crelier, La Genèse, Paris, 1889, p. 421-423; Fr. de Hummelauer, Comm. in Genes., Paris, 1895, p. 571-574. En somme, il ne faut pas chercher ici plus de précision qu’on n'en trouve dans les autres passages de la Bible qui citent des chiffres un peu compliqués. On doit se l’appeler ensuite que l’auteur du récit veut obtenir au total le nombre 70, qui est un nombre mystique, et que, pour y parve-
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nir, il ajoute ou retranche des noms. On peut appliquer au nombre 70 la remarque de saint Augustin, Quæst • in Heptat., i, 152, t. xxxiv, col. 589, au sujet du chiffre admis par les Septante : « Les Septante n’ont pas fait erreur en complétant ce nombre avec une certaine liberté prophétique, en vue de la signification mystique... Je ne sais pas si tout peut s’entendre à la lettre, surtout pour les nombres qui, dans l’Ecriture, sont sacrés et pleins de mystères. »
2° Sur l’ordre du Seigneur, Moïse fit au désert le dénombrement de la population israélite sortie d’Égypte. On trouva 603550 hommes en état de porter les armes, sans compter les Lévites. Num., i, 45-47. Ce total se décomposait ainsi par tribus :
Ruben . .
Épliraïm . .
Siméon. .
Manassé . .
Gad . . .
Benjamin. .
Juda . . .
Dan ...
Issachar .
Aser
Zabulon .
Nephthali .
Xum., i, 20-43. Les Lévites mâles, d’un mois et audessus, furent au nombre de 22 000. Num., m, 39. Ce dernier total se décomposait en 7 500 Gersonites, 8 600 Caathites et 6 200 Mérarites. Num., ni, 22, 28, 34. La somme de ces trois nombres donnant 22 300, il faut en conclure que le premier total de 22 000 est donné en chiffres ronds, ou bien qu’il a été altéré. Il est vrai qu’un des chiffres partiels aurait pu aussi subir une altération, de sorte que, par exemple, au verset 28, il fallût lire selos (viVci) me’ôt , 300, au lieu de sês (vAii) rné'ôt,
600. Cependant le chiffre de 22 300 est le plus probable, parce que les Lévites sont destinés à remplacer les premiers-nés de tout Israël et que ces derniers sont au nombre de 22 273. Num., ni, 43. Parmi ces Lévites, il y en eut 8 580 au-dessus de trente ans. Num., iv, 48. En ajoutant le nombre des Lévites à la population des autres tribus, on obtient un total de 625 850 hommes et une proportion d’un premier-né sur 28. Il faut en conclure qu’à ce moment beaucoup de premiers-nés ne furent pas comptés comme tels, parce qu’ils étaient déjà mariés ou parce que dans beaucoup de familles le premier enfant avait été une fille. Cf. Rosenmüller, InLib. Numer., Leipzig, 1798, p. 171-174.
3° A la fin du séjour dans le désert, quand eurent péri tous les hommes qui avaient 20 ans et plus au moment de la révolte, Num., xiv, 29-34, le Seigneur ordonna un nouveau dénombrement. Le résultat fut le suivant :
Ruben ....
Manassé. .
Siméon ....
Éphraïm .
Gad
Benjamin .
Juda
Dan. . . .
Issachar. . . .
Aser . . .
Zabulon. . . .
Nephthali .
Au total : 601 730 hommes de vingt ans et au-dessus, auxquels il faut ajouter 23.000 Lévites d'un mois et audessus. Num., xxvi, 1-62. En comparant ce tableau au précédent, on constate une diminution de 1 820, sans tenir compte des Lévites qui augmentent de 700 ou 1000. La tribu de Siméon est la plus éprouvée, probablement parce que les 24000 hommes qui venaient de périr, à la suite des immoralités dont le Siméonite Zamri avait donné l’exemple, lui appartenaient. Num., xxv, 9-14. Siméon perdait 37 100, Nephthali, 8 000, Épbraïm, 8000, Gad, 5150 et Ruben, 2 770. Par contre, Manassé gagnait 20500, Aser, 11900, Benjamin, 10200, Issachar, 9 900, Zabulon, 3100, Juda, 1 900 et Dan 1 700. Ce dénombrement avait son importance, parce que la Palestine allait être partagée entre les tribus au prorata de la population de chacune. Num., xxvi, 54.
4° Dans la dernière année de son règne, David eut l’idée de faire le dénombrement de son peuple et il confia à Joab le soin d’exécuter cette opération. Joab augurait mal de ce dénombrement; il le lit opérer cependant par les officiers de l’armée. Mais on s’arrêta avant d’avoir recensé la tribu de Benjamin et la tribu de Lévi, cette dernière, du reste, étant exempte d’un recensement qui concernait les hommes capables de porter les armes. Le total obtenu fut, d’après II Reg., xxiv, 9 : 800000 hommes en Israël et 500000 en Juda, et d’après I Par., xxi, 5 : 1 100000 en Israël et 470.000 I en Juda. Le roi comprit qu’il avait commis une faute.
[ Voir David, t. ii, col. 1318. La punition fut une peste ! qui causa la mort de 70 000 hommes. Il Reg., xxiv, 15;
■ I Par., xxi, 14. De Josué à David, la population militaire des Israélites avait donc passé de 601.730 hommes à 1 300 000 ou 1 570 000, d’où une augmentation de 700000 à 970000 hommes environ. Les 601 730 hommes du dénombrement mosaïque représentent l’accroissement de la population militaire d’Israël pendant 470 ans, de l’arrivée de Jacob en Égypte (1923) à l’entrée daas la Terre Promise (1453) ; les 700000 ou 970000 hommes représentent l’accroissement pendant 438 ans, de Josué à la fin de David (1015). Toutefois, à ce dernier total, manque le dénombrement de Benjamin, d’où un déchet probable d’environ 400000 hommes. — Sur l’effectif des armées pendant la période royale, voir Armée chez les Hébreux, t. i, col. 979-980.
5° Il n’est pas possible de faire le dénombrement des Israélites qui furent conduits en exil à l’époque de la captivité. Voir Captivité, t. ii, col. 227-232. En ce qui concerne le royaume d’Israël, aucun chiffre n’est donné. IV Reg., xv, 29; xvn, 23 ; l Par., v, 26. Quant au royaume de Juda, on n’a que des chiffres incomplets. Il est une fois question de 10 000 hommes ou peut-être de 18000, IV Reg., xxiv, 14, 16. Jérémie, lii, 28-30, parle de 4 600 personnes en trois déportations de 3023, de 832 et de 745. Comme ces chiffres ne comprennent de part et d’autre que les notables, les hommes do guerre et les artisans, les éléments font défaut pour établir un compte, même approximatif. Josèphe, Ant. jud., X, vi, 3 ; vu, 1, mentionne un premier convoi de 3000 prisonniers et un second de 10832.
6,J On a des renseignements plus positifs sur la population qui revint en Palestine après la captivité. Le dénombrement de ceux qui revinrent avec Zorobabel se trouve dans les trois listes suivantes :
1 Esd..
11 Esd-,
TII Esd.
il, 2-60.
vu, 7-66.
Hommes d'Israël
Prêtres
Lévites .
Nathinéens et serviteurs ....
Hommes de descendance incertaine
Total. . . .
Les trois textes ajoutent ensuite un même total identique de 42 360 personnes, supérieur de plus d’un quart aux totaux partiels dont le détail avait été fourni. La différence représenterait le nombre des anciens habitants du royaume d’Israël qui s’étaient joints aux Juifs. Cf. Séder Ôlam rabba, 29, in-f», Lyon, 1608, p. 31. Mais cette explication n’est point certaine. Toujours est-il que le total général doit être regardé comme authentique, puisqu’il est le même dans les différents textes. Josèphe, Ant. jud., XI, ni, 10, a des chiffres fantastiques : 4628000 personnes au-dessus de 12 ans, se décomposant en 74 Lévites, 40 742 femmes et enfants, 128 chantres, 1 10 portiers, 392 servants, 662 de descendance douteuse, 525 prêtres ayant renoncé à leur sacerdoce, 7 337 esclaves, 245 chanteurs et musiciens. Le seul chiffre do 392 servants est d’accord avec celui des livres d’Esdras.
NOMBRE
7° Avec le scribe Esdras revint une nouvelle caravane ainsi composée :
I Esd ,
III Esd.,
vin, 2-20.
vin, d2-;i0
Prêtres et Israélites. .
Lévites
Nathinéens
Total. .
Enfin, parmi ceux qui avaient épousé des femmes étrangères, Esdras compta 17 prêtres, 10 lévites et 86 Israéîites, en tout 113. I Esd., x, 18-43.
8° A l’époque évangélique, il est fait mention du recensement de Cyrinus, Luc., n, 1-5; mais les résultats n’en sont pas donnés. Voir Cyrinus, t. n, col. 1188-1190, et Schiirer, Geschichte des jüdischen Volkes, Leipzig, t. i,1901, p. 508-543. — Quelques autres renseignements numériques sont fournis à l’occasion, pour signaler les 5 000 hommes de la première multiplication des pains; ils avaient été rangés au préalable par groupes de 50 et de 100, Matth., xiv, 21 : Marc., vi, 40, 44 ; Luc., ix, 14; Joa., vi, 10; — les 4 000 hommes de la seconde multiplication, Matth., xv, 38; Marc., vin, 9; — les 500 disciples qui virent le Christ ressuscité, 1 Cor., xv, 6; — les 120 disciples du cénacle, Act., i, 15; — les 3000 premiers convertis de saint Pierre, Act., il, 41 ; — les 5000 convertis à la suite du second discours, Act., m, 4; etc.
9° Saint Jean donne le nombre symbolique des serviteurs de Dieu : 144000, dont 12000 de chaque tribu. Apoc., vu, 3-8; xiv, 3. Les tribus sont nommées dans l’ordre suivant :
Juda
Ruben
Gad
Aser
Neph tliali Menasse Simeon Lévi
Issachar
Zabulon
Joseph
Benjamin
Dans les nomenclatures qui sont faites des tribus, quand il s’agit des partages de territoires, Lévi n’est pas nommé; par contre, Joseph est représenté par Éphraïm et Manassé. Ici, Lévi est mentionné, mais Dan est omis et Joseph est nommé, bien que Manassé le soit aussi. On a donné diverses explications à ce sujet, entre autres que l’Antéchrist devant naître de la tribu de Dan, il convenait que cette tribu fût passée sous silence par saint Jean. Voir Antéchrist, t. i, col. 660. S. Irénée, Adv. hær., v, 30, t. vu, col. 1 205; S. Augustin, ln Ileplat., vi, 22, t. xxxiv, col. 788; S. Grégoire, Moral., xxxi, 24, t. lxxvi, col. 596. Comme Joseph représente déjà Manassé, il est beaucoup plus probable que l’omission de Dan est due à des copistes qui auront confondu Aav avec Mav, commencement du nom de Manassé.
10° Un dernier dénombrement, extra-biblique mais intéressant la nationalité juive et justifiant une des prophéties du Sauveur, est celui des victimes que fit la guerre de Judée, sous Vespasien et Titus. En additionnant les nombres partiels que Josèphe donne dans son livre sur la guerre de Judée, on arrive à un total de 1362660 tués, dont principalement 20000 à Césarée, Eell.jud., II, xxvm, 1,60 000 en Egypte, VII, vin, 7 ; 15000 à Japha, 111, vu, 31 ; 40000 à Jotapata, III, vu, 36 ; et enfin, 1 100000 à Jérusalem, VI, ix, 3. Le nombre des prisonniers faits pendant toute la guerre fut de 97 000, Bell, jud., VI, ix,3, dont 36 400 à Tarichée, III, x, 9. Cf. de Champagny, Rome et la Judée, Paris, 1876, t. il, p. 182, 183. Les Juifs auraient ainsi perdu pendant cette guerre près d’un million et demi des leurs. Tacite, Hist., v, 13, réduit à 600 000 le nombre des assiégés de Jérusalem, et dans ce chiffre il comprend les hommes et les femmes de tout âge. Sur l’exagération des chiffres fournis par Josèphe. voir F. de Saulcy, Les dern iers jours de Jérusalem, Paris, 1866, p. 91, 417-420.
VIL Les nombres historiques et mystiques de la Bible. — Il y a dans la Sainte Écriture des nombres
qui appellent l’attention, à raison de la fréquence avec laquelle ils sont employés, de l’importance qu’on leur prête ou du caractère mystique qui leur est assigné. Ces nombres sont principalement les suivants :
1° Un. — L’unité est la caractéristique de Dieu, Deut.,
vi, 4; Mal., n, 10; de son sanctuaire, Deut., xn, 5; du Pasteur qu’il enverra à son peuple, Ezech., xxxiv, 23; du Christ, maître des hommes, Matth., xxm, 10; de la Trinité divine, Joa., x, 30; xvii, 22; de l’Église, Eph., v, 25-27, etc.
2° Deux. — Il y a, parmi les choses profanes, les 2 grands luminaires du ciel, Gen., i, 16; les 2 êtres humains en une seule chair, Gen., ii, 23; les 2 fils d’Abraham, Gai., iv, 22; les 2 fils de Rébecca, Gen., xxv, 23; les 2 royaumes de Juda et d’Israël, I Reg., xii, 19; les 2 poissons de la multiplication des pains, Matth., xiv, 19; les 2 glaives de Pierre, Luc.,xxii, 38; les 2 larrons, Matth., xxvii, 38, etc.; et parmi les choses sacrées, les 2 chérubins de l’Arche, Exod., xxv, 18; les 2 tables de la loi, Exod., xxxi, 18; les 2 boucs expiatoires, Lev., xvi, 8; les 2 colonnes du Temple, III Reg., vii, 15; les 2 veaux d’or de Jéroboam, III Reg., xn, 28; les 2 oliviers et les 2 verges de Zacharie, iv, 3; xi, 7; les 2 anges d’Héliodore, II Mach., iii, 26; les 2 tourterelles et les 2 colombes de la purification, Luc., ii, 24; les 2 anges du Tombeau, Joa., xx, 12; les 2 anges de l’Ascension, Act., i, 10; les 2 Testaments, Gai., iv, 24; les
2 témoins de l’Apocalypse, xi, 3, 4, etc.
3° Trois. — La Sainte Écriture mentionne les 3 fils de Noé, Gen., vi, 10; les 3 amis de Job, ii, 11; les 3 justes d’Ezéchiel, xiv, 14; les 3 compagnons de Daniel, m, 23 ; les 3 villes de refuge, Deut., xix, 2; les 3 ans de famine et les 3 jours de peste sous David, II Reg., xxi, 1; xxiv, 18; les 3 jours de chemin à faire dans le désert par les Hébreux, Exod., m, 18; xv, 22; les 3 jours de jeûne de Sara, fille de Raguel, Tob., ni, 10, et des Juifs de Suse, Esth., iv, 16; les 3 semaines de deuil de Daniel, x, 2; les 3 reniements de saint Pierre, Matth., xxvi, 34; les
3 témoins terrestres, I Joa., v, 8; etc. Dans l’ordre des choses saintes, les 3 anges qui apparaissent à Abraham, Gen., xviii, 2; les 3 pèlerinages annuels à Jérusalem, Exod., xxxiv, 23; les 3 prières quotidiennes de Daniel, VI, 10; les 3 jours de Jonas, n, 1, figurant les 3 jours de la sépulture du Sauveur, Matth., xii, 40; xxvii, 63; les 3 personnes de la Sainte Trinité, Matth., xxxvm, 19; les 3 vertus théologales, I Cor., xm, 13; la triple vision de saint Pierre, Act., x, 16, etc.
4° Quatre. — Ce nombre n'est signalé que par les
4 fleuves de l’Éden, Gen., iv, 10; les 4 vents ou 4 extrémités du monde, Is., xi, 12; Jer., xux, 36; Marc., xm, 27; les 4 animaux d’Ezéchiel, i, 5, figures des 4 évangélistes; les 4 empires, Dan., il, 37-40, et les 4 animaux de Daniel, vu, 3, et de l’Apocalypse, iv, 6; les
4 chars de Zacharie, vi, 1 ; les 4 anges de l’Apocalypse,
vii, 1 ; les 4 jours de Lazare au tombeau, Joa., xi, 17; les 4 parts des vêtements du Sauveur crucifié, Joa.,xix, 23, etc.
5° Cinq. — Ce nombre a peu d’importance. 11 faut rendre 5 bœufs pour un qu’on a dérobé. Exod., xxn, 1. Les princes d’Israël offrent, dans leurs sacrifices pacifiques, 5 béliers, 5 boucs, 5 agneaux, Num., vu, 17-83, et les Philistins renvoient 5 ex-voto d’or avec l’Arche.
1 Reg., vi, 5. David demande 5 pains à Achimélech,
I Reg., xxi, 3, et 5 pains servent au miracle de la mulliplication. Matth., xiv, 17. Une parabole met en scène
5 vierges sages et 5 vierges folles. Matth., xxv, 2. Le Seigneur promet que 5 Israélites fidèles poursuivront 100 ennemis, Lev., xxvi, 8, et saint Paul préfère 5 paroles intelligibles à 10 000 en langue incomprise. I Cor., xiv, 19.
6° Six. — Il n’y a à signaler que les 6 jours de travail par semaine et les 6 années consécutives de culture permis aux Israélites, Exod., xx, 9; xxm, 10, les
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6 ailes des séraphins, Is. , vi, 2, et les 6 urnes de pierre de Cana. Joa., n, 6.
7° Sept. — C’est le nombre qui revient le plus souvent dans l’usage ordinaire de la vie religieuse ou civile des Hébreux. Son importance lui vient de la division du temps en périodes de 7 jours, consacrée par la première page du Livre sacré. Gen., i, 5-31; n, 2. Aussi est-il très usité dans les choses saintes. Abraham donne 7 brebis pour garantir un serment. Gen., xxi, 30. Il y a 7 jours des azymes, Exod., xu, 15; 7 jours de fête des Tabernacles, Lev., xxiii, 34; le 7e jour à consacrer au Seigneur, Exod., xx, 'JO; 7 jours pour la consécration d’Aaron et de ses fils, Exod., xxix, 35; 7 pour la consécration de l’autel, Exod., xxix, 37; II Par., vu, 8, 9. Il y a 7 semaines entre la Pâque et la Pentecôte. Lev., xxiii, 15. Les sacrifices comprennent fréquemment
7 animaux de la même espèce. Lev., xxiii, 18; Num., xxiii, 1; xxviii, 11; Job, xlii, 8, etc. Les aspersions se répètent ordinairement 7 fois. Lev., iv, 6, 17; xiv, 7; xvi, 14; Num., xix, 4. Le chandelier du sanctuaire a 7 branches. Exod., xxv, 37. Il y a 7 anges devant le Seigneur, Tob., xu, 15; 7 louanges quotidiennes adressées à Dieu, Ps. cxvm (cxix), 164; 7 dons du Saint- Esprit, Is., xi, 2, 3; 7 églises auxquelles écrit saint Jean. Apoc., i, 4. De plus, le nombre 7 est souvent employé dans les visions prophétiques. Is., iv, 1; xxx, 26; Jer., xv, 9; xxxii, 9; Ezech., xxxix, 9; xl, 22; xliii, 25; xlv, 21; Dan., iv, 13, 22, 29; xiv, 31; Midi., v, 1; Zach., iii, 9; îv, 2, etc. Dans l’Apocalypse en particulier, saint Jean mentionne 7 candélabres, i, 12 ; 7 étoiles, i, 16; 7 esprits, iii, 1; 7 lampes, iv, 5; 7 sceaux, v, 1; 7 cornes et 7 yeux, v, 6; 7 anges et 7 trompettes, vm, 2; 7 tonnerres, x, 3; 7 têtes et 7 diadèmes, xu, 3; 7 anges et 7 plaies, xv, 1; 7 montagnes et 7 rois, xvii, 9, etc. — Au point de vue profane il faut citer les 7 ans de service de Jacob chez Laban, répétés une seconde fois, Gen., xxix, 18, 30, et ses 7 salutations à Ésaii, Gen., xxxm, 3; les 7 vaches et les 7 épis des songes expliqués par Joseph, Gen., xli, 26; les 7 jours durant lesquels Marie, sœur de Moïse, est exclue du camp, Lev., xii, 14; les 7 nations exterminées devant Israël, Deut., vu, 1; les 7 immersions de Naaman dans le Jourdain, IV Reg., v, 10; les 7 maris de Sara, fille de Raguel, Tob., iii, 8, 10, et les 7 frères morts successivement, Matth., xxii, ^ 25 ; les 7 frères Machabées, II Mach., vu, 1 ; les 7 diacres, Act., vi, 3; les 7 chutes du juste, Prov., xxiv, 16; les 7 démons delà rechute, Matth., xu, 47, et les 7 démons de Madeleine, Marc., xvi, 9; les 7 pardons à accorder 70 fois, Matth., xvm, 22; Luc., xvii, 4; le septuple châtiment de l’infidélité, Lev., xxvi, 28; les 7 jours que durent le deuil, Gen., l, 10; Judith, xvi, 29; Eccli., xxn, 13; Ezech., ni, 15; certains jeûnes, I Reg., xxxi, 13; I Par., x, 12; les noces et les réjouissances, Jud., xiv, 17; Tob.,xi, 21; Esth., i, 15; certaines impuretés, Lev., xii, 2; xm, 4, 26, etc.; la 7« année ou année sabbatique, Lev., xxv, 4, etc.
8° Huit. — Ce chiffre ne marque que l’octave des fêtes, Lev., xxiii, 36; Joa., xx, 26, etc., et le jour où doit se pratiquer la circoncision. Gen., xxi, 4; Lev., xii, 3; Luc., ii, 21.
9° Dix. — Il y a 10 commandements. Exod., xxxiv, 28. Il y eut 10 plaies d’Égypte. Exod., vu, 14-xii, 29. Les Israélites doivent payer la dîme de leurs produits. Exod., xxii, 29. Rooz prend 10 témoins pour épouser Ruth. Ruth, iv, 2. Notre-Seigneur guérit 10 lépreux, Luc., xvii, 12, et met en scène, dans ses paraboles, 10 vierges, Matth., xxv, 1, et 10 serviteurs recevant 10 mines à faire valoir. Luc., xix, 13.
10° Douze. — Ismaël a 12 fils, qui deviennent chefs de tribus. Gen., xxv, 13-16. Jacob a 12 fils, Gen., xxix, 32-xxx, 24, qui deviennent les chefs des 12 tribus d’Israël. Gen., xlix, 28. De ce nombre des tribus dépend celui de certaines institutions et de certains faits. 11 y
a 12 pierres à l’autel de l’alliance bâti par Moïse, Exod., xxiv, 4; 12 noms gravés sur le pectoral, Exod., xxviii, 21; 12 pains de proposition, Lev., xxiv, 5; 12 verges pour déterminer la confirmation divine du choix d’Aaron, Num., xvii, 2; 12 explorateurs envoyés en Chanaan, Deut., i, 23; 12 pierres choisies par 12 hommes dans le lit du Jourdain, pour en faire un monument commémoratif, Jos., iv, 3; 12 morceaux de la femme du lévite, Jud., xix, 29; 12 intendants de Salomon sur Israël, III Reg., iv, 7 ; 12 bœufs de bronze soutenant la mer d’airain, III Reg., vu, 25; 12 morceaux symboliques faits avec le manteau d’Ahias, III Reg., xi, 30; 12 pierres à l’autel bâti par Élie, III Reg., xvm, 31; 12 hommes par famille de chantres,! Par., xxv, 9-31; 12 portes et 12 pierres fondamentales à la Jérusalem céleste. Apoc., xxi, 12-14. Dans les sacrifices, 12 animaux de même espèce sont assez souvent immolés. Num., vu, 87;xxix, 17; I Esd., vi, 17; vin, 35. — Il y avait 12 sources à Élim. Exod., xv, 27. Elisée labourait avec 12 paires de bœufs. III Reg., xix, 19. L’Écriture mentionne encore les 12 petits prophètes, Eccli., xlix, 12; les 12 signes du zodiaque, IV Reg., xxiii, 5; les 12 heures du jour, Joa.,
xi, 9; les 12 ans de Jésus à son premier pèlerinage à Jérusalem, Luc., n, 42; les 12 ans de la fille de Jaïre, Luc., viii, 42; les 12 corbeilles qui restent après la première multiplication des pains, Joa., vi, 13; les 12 étoiles à la couronne de la femme de l’Apocalypse,
xii, 1; les 12 récoltes de l’arbre de vie, Apoc., xxii, 2, et surtout les 12 Apôtres, dont le nombre correspond à celui des 12 patriarches de l’ancienne loi. Matth., x, 1, 2.
11° Trente. — Ce nombre est celui des 30 sicles d’argent à payer pour un esclave frappé par un bœuf, Exod., xxi, 32, des 30 sicles d’argent payés au pasteur, Zach., xi, 12, 13, et des 30 pièces d’argent payées à Judas pour prix de sa trahison. Matth., xxvi, 15; xxvii, 3-9. Le deuil d’Aaron et celui de Moïse durèrent 30 jours. Num., xx, 30; xxxiv, 8. Au désert, les Lévites commencèrent leur service à 30 ans, Num., iv, 23; Notre-Seigneur commença son ministère à environ 30 ans. Luc., m, 23. Samson avait 30 compagnons, Jud., xiv, 11, et David 30 vaillants chefs. 1 Par., xi, 11.
12° Quarante. - La sainte Écriture mentionne 40 jours de pluie pour le déluge, Gen., vu, 12; 40 jours employés à l’embaumement de Jacob, Gen., l, 3; les 40 ans de séjour au désert, Exod., xvi, 35; Num., xiv, 33; les 40 jours que Moïse passe par deux fois sur le Sinaï, Exod., xxiv, 18; xxxiv, 28; les -40 jours que dure le défi de Goliath, I Reg., xvii, 16; les 40 jours de marche du prophète Élie, III Reg., xix, 8; les 40 jours donnés à Ninive pour faire pénitence, .Ton., iii, 4; les 40 jours durant lesquels de brillants cavaliers apparurent dans les airs au-dessus de Jérusalem, II Mach., v, 2; les 40 jours du jeûne de Jésus, Matth., iv, 2, et les 40 jours de ses apparitions après sa résurrection. Act., i, 3.
13° Soixante-dix. — Les Hébreux qui vont en Égypte avec Jacob sont au nombre de 70. Gen., xlvi, 27. Les Égyptiens portent 70 jours le deuil de Jacob. Gen., l, 3. Des anciens, au nombre de 70, ont à se prosterner au pied du Sinaï, Exod., xxi, 4, et sont ensuite associés à Moïse. Num., xi, 16. Ezéchiel, vm, 11, voit 70 anciens adorer les idoles. Adonibézec tenait enchaînés 70 rois qu’il avait mutilés. Jud.., i, 7. A Rethsamès, 70 hommes furent frappés pour manque de respect à l’arche. I Reg., vi, 19. De même, 70 prêtres de Del furent punis de mort pour leur supercherie. Dan., xiv, 9. Gédéon avait 70 fils, Jud., vm, 30, Abdon 70 fils et petits-fils, Jud., xii, 14, et Achab 70 fils à Samarie. IV Reg., x, 1. La durée ordinaire de la vie est de 70 ans. Ps. xc (lxxxix), 10. Tyr sera réduite en servitude 70 ans. Is., xxiii, 15. La captivité iniligée aux Israélites a duré 70 ans. .1er., xxv, 11; II Par., xxxvi, 21; Dan.,
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ix, 2. Daniel, ix, 24, prédit les 70 semaines d’années qui s’écouleront jusqu’à la venue du Messie.
14» Cent. — Ce nombre est relativement rare dans la Bible. Celui qui accuse à tort une vierge d’Israël paie 100 sicles d’argent. Deut., xxn, 19. Jacob avait acheté un champ des fils d'Hémorau prix de 100 qésitas. Gen., xxxiii, 19. Saül promit sa fille Michol en mariage à qui rapporterait les dépouilles de 100 Philistins. I Reg., xviii, 25. Abdias sauva 100 prophètes des coups de Jézabel. III Reg., xviii, 4. L’homme vit au plus 100 ans, Eccli., xviii, 8, âge qui ne sera que jeunesse dans le royaume futur. Is. , lxv, 20. Le bon Pasteur qui a 100 brebis en laisse 99 pour courir après celle qui s’égare. Matth., xviii, 12. Nicodème apporta 100 livres d’aromates pour embaumer le Sauveur. Joa., xix, 39. Le centuple est promis à celui qui quitte tout pour Notre-Seigneur. Matth., xix, 29; Marc., xi, 30.
15° Mille. — Le nombre 1000 est quelquefois employé dans son sens numérique exact. Abimélech donne à Abraham 1000 pièces d’argent en dédommagement. Gen., xx, 16. Joab se trouve en face d’un Israélite qui, à ce prix, n’aurait pas voulu tuerAbsalom.il Reg., xvm,12. Les fruits de la vigne de Salomon vaudraient 1000 sicles d’argent. Cant., vm, 11. Cf. Is., vu, 23. Salomon offre 1000^ holocaustes à Gabaon. III Reg., ni, 4. Daniel, ni, 40, parle d’holocaustes de 1000 brebis. Chaque tribu fournit 1000 hommes contre les Madianites. Nurn., xxxi, 4. On compte 1000 personnes qui périssent dans la tour de Sichem. Jud., ix, 49. Samson tue 1000 Philistins avec la mâchoire d’âne. Jud., xv, 15. David est établi par Saül chef de 1000 hommes. I Reg., xviii, 13. Baltassar donne un festin à 1000 de ses princes. Dan., v, 1. Dans la tour de David sont suspendus 1000 boucliers. Cant., iv, 4. — Mais souvent le nombre 1000 est mis pour une quantité indéfinie. Dieu étend sa miséricorde à 1000 générations. Exod., xx, 6; Deut., vu, 9; Jer., xxxn, 18. Ses commandements sont pour 1000 générations. Ps. civ (cv), 8;I Par., xvi, 15. Fidèles à Dieu, les Israélites poursuivront leurs ennemis un contre 1000, Jos., xxm, 10; infidèles, 1000 fuiront devant un seul. Is., xxx, 17. On ne peut répondre à Dieu en un cas sur 1000. Job, ix, 3. Pour Dieu, 1000 ans sont comme un jour. Ps. lxxxix (xc), 4. Pour trouver ce qu’il y a de meilleur, on choisit un entre 1000. Eccle., vu, 29; Cant., v, 10; Eccli., vi, 6; xvi, 3; xxx, 15; etc. L’accroissement de 1 à 1000 caractérisera le temps messianique. Is., lx, 22. Pour son châtiment, une ville de 1000 sera réduite à 100. Am., v, 3. A cause de la naissance du Messie, Bethléhem ne sera pas la moindre parmi les 1000 de Juda. Mich., v, 2. Que celui qui est forcé de marcher 1000 pas en marche 2000. Matth., v, 41. Sur les 1000 ans du règne du Christ avec les saints, Apoc., xx, 2-7, voir Millénarisme, col. 1090-1097.
16° Dix mille. —L’emploi de ce nombre à propos de troupes est relativement fréquent. Jud., i, 4; m, 29; IV, 6; vu, 3;xxi, 10; I Reg.,xv, 4 ; III Reg., v, 14;IMach., iv, 29; x, 74; II Mach., xii, 19; Luc., xiv, 31. Il sert aussi pour les sommes d’argent, Esth., ni, 9; Matth., xviii, 24, pour les animaux, II Par., xxx, 24, pour les mesures. II Par., xxvn, 5, etc. 11 est également usité pour exprimer une quantité très considérable, mais indéfinie. Deux Israélites fidèles poursuivront 10000 ennemis. Deut., xxxii, 30. David a tué ses 10000. I Reg., xviii, 7. Le peuple disait à David : « Roi, tu es comme 10000 d’entre nous. » II Reg., xviii, 3. Il y en a 10000 qui tombent à droite de celui que Dieu protège. Ps. xc (xci), 7. Saint Paul dit aux Corinthiens que, même s’ils avaient 10000 maîtres, ils n’ont qu’un père. I Cor., iv, 15, etc.
17° Enfin, dans l’Apocalypse, xm, 18, saint Jean donne le chiffre de 666 comme devant être celui de la bête qui viendra dans les derniers temps combattre le royaume du Christ sur la terre. L’apôtre remarque que ce nom-
bre sera celui d’un homme. Le nombre de 666 apparaît déjà comme celui des fils d’Adonicam qui revinrent avec Zorobabel. I Esd., h, 13. Ce nombre est porté à 667 dans II Esd., vu, 18. Le nom de âdonîqâm signifierait s seigneur des ennemis ». Cf. Gesenius, Thésaurus, p. 329. Mais on ne voit pas ce qu’on pourrait tirer de là. — Le nombre 666 s’écrirait en hébreu : imn; en grec : XEÇ”; en latin : DCLXVI.Y a-t-il à former un nom avec ces lettres, au moins celles de l’hébreu? Est-on assuré d’ailleurs de la langue dans laquelle saint Jean suppose la transcription numérique? — On a aussi cherché des noms d’hommes dont la somme des lettres, prises numériquement, donnât le chiffre voulu. De là les hypothèses faites sur AATEINOS, l’empire latin, TEITAN, noms proposés par saint Irénée, Adv. hær., v, 30, t. vu, col. 1206; -".Dp pi;, Néron César, cf. t. i, col. 748; DIoCLes aVgVstVs, Dioclétien Auguste; C. F. IVLIANVS. CÆS, A VG., C. F. Julien, César, Auguste, etc. D’après la Gematria d’Abenesra, dans le nom de Jéhovah, > = 10, n = 5, >= 6; la somme des deux premières lettres est 15, qui donne au carré 225 ; la somme des trois lettres est 21, qui donne au carré 441 ; or 225 + 441 = 666. Il est vrai que, dans ce calcul, Abenesra n’a nullement l’intention d’expliquer le nombre apocalyptique. Cf. Ivarppe, Elud. sur les orig. et la nature du Zohar, Paris, 1901, p. 200. On pourrait multiplier indéfiniment les combinaisons semblables, à l’aide des différents alphabets, sans qu’aucune certitude en découlât logiquement.il s’agit ici d’un fait qui, étant donnée la place que saint Jean lui assigne dans son livre, précédera d’assez peu le jugement de Dieu. Ce fait appartient donc encore à l’avenir, et il ne paraît pas qu’il y ait utilité pour nous à en avoir la clef. Saint Irénée, Adv. hær., v, 30, t. vu, col. 1207, dit à ce sujet : « 11 n’y a pas de péril en la demeure et nous n’affirmons pas d’une manière positive qu’il portera tel ou tel nom. Nous savons que si ce nom avait eu à être publié actuellement, il aurait été révélé par celui qui avait vu l’Apocalypse. »
VIII. Symbolisme des nombres. — 1» Réalité de ce symbolisme. — 1. Comme on vient de le constater, certains nombres reviennent avec affectation dans la Sainte Écriture. C’est donc qu’on leur prêtait une signification particulière. Il est dit d’ailleurs que « Dieu a disposé toutes choses avec mesure, nombreet poids », Sap., xi, 21, c’est-à-dire avec cette harmonie parfaite qui a porté les pythagoriciens à donner au monde le nom de y.6<7[i.o ;, « bon ordre. » Cf. Plutarque, Moral., édit., Diibner, Paris, 1846-1855, p. 886. Déjà, chez les Chaldéens, « les notions positives s’entremêlaient bizarrement à des considérations mystiques sur la puissance des nombres, sur les liens qui les attachaient aux Dieux. » Maspero Histoire ancienne, t. i, p. 774. Les Hébreux conservèrent quelque chose de ce goût pour l’interprétation mystique des nombres. — 2. Après avoir voyagé en Orient et surtout en Égypte, pour se rendre compte des doctrines des différents peuples, Pythagore, vers le milieu du vie siècle avant Jésus-Christ, par conséquent pendant la captivité des Juifs à Babylone, formula son principe philosophique que « les nombres sont les principes des choses ». Dieu, l’unité absolue, est l’origine suprême de tous les nombres. On se demande si, pour Pythagore, les nombres sont des éléments substantiels et des causes efficientes, ou seulement des archétypes ou des symboles. Toujours est-il que ces nombres se composent de deux principes, le un, ou monade, principe non produit et essentiellement parfait, et le deux, ou dyade, principe produit par l’intervention du « vide » ou « intervalle » et essentiellement imparfait. Cf. Aristote, Phys., iv, 6 ; Wendl, De rerum principiis sec. Pythag., Leipzig, 1827 ; Chaigne, Pythagore et la philos, pythag., Paris, 1873; Josèphe, Cont. Api on., i, 22; S. Justin, Cohort. ad. Græc., 14, t. vi, col. 270, et l’auteur des Pliiloso-
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phumena, ix, 4, édit. Cruice, Paris, 1860, p. 466, affirment que des emprunts ont été faits par Pythagore aux doctrines juives. D’autre part, le premier signale l'influence des idées de ce philosophe sur le genre de vie des Esséniens. Ant. jud., XV, x, 4. Cf. Schürer, Gescliichte des jüdischen Volkes irn Zeit J.-C., Leipzig, t. ii, 1898, p. 574, 583. Philon, que les Pères rattachent à la fois à Platon et à Pythagore, cf. Clément d’Alexandrie, Stromat., i, 15, 72; n, 19, 100, t. vin, col. 814, 1040; Eusèbe, H. E., II, 4, 3, t. xx, col. 145; S. Jérôme, Epist. Lxxad Magn., 3, t. xxii, col. 667, avait écrit un livre aujourd’hui perdu usp\ àpiSfjitôv, « sur les nombres, » dans lequel il expliquait la vertu des nombres et auquel il fait lui-même allusion. Vit. Mosis, ni, 11 ; De opific. mundi, append., édit. Mangey, t. n, p. 152; t. I, p. 43. On ne peut évidemment prétendre que les écrivains sacrés postérieurs à Pythagore aient emprunté quoi que ce soit à ce philosophe. Mais les écrivains juifs et chrétiens se sont certainement inspirés de ses idées sur l’importance des nombres. — 3. Ainsi Athénagore, Légat, pro christ., 6, t. vi, col. 902, cite l’opinion des pythagoriciens sur la valeur du nombre 10, qui renferme toutes les raisons et toutes les harmonies des autres. D’après l’auteur des Philosophumena, iv, 7, dans le système de Pythagore, utilisé par les hérétiques, les nombres 1 et 3 étaient mâles, les nombres 2 et 4 étaient femelles, et 10, somme de ces quatre nombres générateurs, était un nombre parfait. Cf. Philosophumena, i,2, p. 8-14 ; vi, 11, p. 269-278. Saint Justin, Cohort. ad Græc., 4, t. vi, col. 248, et saint Irénée, Adv. hær., n, 14, t. vu, col. 752, admettent le principe pythagoricien sur l’importance des nombres et sont obligés de suivre les hérétiques sur ce terrain. Saint Ambroise, Epist. xliy, t. xvi, col. 1136, entreprend d’expliquer les nombres « non à la manière de Pythagore et des autres philosophes, mais selon la forme et les divisions de la grâce spirituelle ». Il ne convenait pas en effet d’interpréter les nombres de la Sainte Écriture d’après des principes qui lui fussent étrangers. — 4. Ce sont surtout les Pères occidentaux qui cherchent l’explication symbolique des nombres. Saint Irénée, Adv. hæres., i, 14 ; n, 24, t. vu, col. 603-608, 788-795, suppose la réalité de ce symbolisme ; il observe toutefois, n, 28, col. 810, que souvent les conclusions tirées des nombres sont vaines, et déclare, n, 25, col. 798, que ce ne sont pas les nombres qui font la règle, mais la règle qui commande les nombres. Saint Augustin est, de tous les Pères, celui qui s’attarde le plus volontiers, le plus longuement et le plus subtilement à l’explication des nombres. Cf. De music., i, 12; t. xxxii, col. 1095; Epist. LV, ad inquis. Januar., 15-17, t. xxxm, col. 218- 220; ln Ps. vi, 1, 2 ; xlix, 9, t. xxxvi, col. 90, 91, 570- 572; ln Ps. cl, 1, t. xxxvii, col. 1961, etc. Ailleurs, De doctr. christ., n, 16, t. xxxiv, col. 48, il pose en principe que « l’inintelligence des nombres empêche d’entendre beaucoup de passages figurés et mystiques des Écritures », et que, « dans beaucoup de formes des nombres, sont cachés certains secrets de similitude qui, à cause de l’inintelligence des nombres, restent inaccessibles pour le lecteur. » — 5. En fait, il ne parait pas que les nombres aient par eux-mêmes une valeur symbolique. Celle que les Pères leur attribuent vient uniquement des choses dénombrées, si bien que, suivant la qualité de ces dernières, le même nombre a des symbolismes divers ou même opposés. 11 suit de là que le symbolisme des nombres n’a qu'une importance très secondaire pour l’interprétation des textes sacrés. Malgré son observation sur la nécessité de l’intelligence des nombres, saint Augustin en tire plus de choses curieuses que de choses utiles. Les autres Pères ne sont pas plus heureux que lui. En cherchant des mystères dans les nombres, ils obéissent à une sorte de mode en vigueur de leur temps, mais ils n’apportent aucune contribution
vraiment sérieuse à l’explication des textes sacrés. Aussi saint Jérôme, In Gai., i, 1, t. xxvi, col. 329, parle-t-il, sans les blâmer, de ceux qui regardent comme « tout à fait superflu de considérer les nombres qui sont dans l’Écriture ». Les symbolismes attribués à différents nombres sont simples ou composés, suivant qu’ils résultent du nombre lui-même ou des nombres dont il se compose.
2° Symbolismes simples. — Les Pères assignent à plusieurs nombres une signification symbolique.
1. Un. — Conformément à la nature des choses, à la théorie pythagoricienne et surtout à l’indication de la Sainte Écriture, l’unité est le symbole et la caractéristique du Dieu suprême, principe de toutes choses. Cf. S. Augustin, De vera religione, xxxvi, t. xxxiv, col. 151; De Gen. ad litt., 10, t. xxxvi, col. 234.
2. Deux. — Ce nombre n’est pas bon, parce qu’il marque l’exclusion de l’unité, la division, l’imperfection et la conjonction charnelle. Cf. S. Hilaire, In Ps. cxl, t. ix, col. 828; S. Ambroise, De Noe et area, 12, t. xiv, col. 378; S. Jérôme, Epist., xlviii, 19, t. xxii, col. 508; Adv. Jovin., i, 16 ; t. xxm, col. 236 ; In Zach., i, 1, t. xxv, col. 1422, etc. Cependant, le nombre 2 est pris quelquefois dans un sens favorable. Cf. S. Ambroise, De xlii mans., t. xvn, col. 11. Dans le Nouveau Testament, il symbolise la charité, dont la pratique nécessite au moins deux termes. Cf. S. Augustin, Quæst. in Evang., ir, 14, t. xxxv, col. 1339; S. Grégoire le Grand, Hom. xvn in Evang., t. lxxvi, col. 1139. De la défaveur attachée au nombre 2 résulterait le caractère favorable du nombre impair. Cf. Virgile, Eclog., vin, 75; S. Jérôme, Epis!., xlviii, 19, t. xxii, col. 509 ; In Eccl., t. xxm, col. 1046.
3. Trois. — Ce nombre avait déjà un caractère sacré dans le paganisme ; c’était le nombre impair par excellence, par conséquent un nombre heureux et. d’usage fréquent dans le culte des dieux. Il garda ce caractère chez les Juifs, à cause du Dieu trois fois saint, Is. , vi, 3, qui était, qui est et qui sera. Apoc., i, 4; iv, 8. La révélation du mystère de la sainte Trinité acheva de rendre ce nombre sacré entre tous. Cf. S. Ambroise, De Abraliamo, 1, t. xiv, col. 446; In Luc., i, 36, t. xv, col. 1548.
4. Quatre. — Certains regardaient ce nombre comme néfaste et à éviter, sans doute parce qu’il doublait le nombre 2. Saint Ambroise, Hexaem., iv,9, t. xiv, col. 205, déclare cette idée sans fondement. Pour toute l’antiquité, le nombre 4 symbolise l’univers, composé des 4 éléments, eau, terre, air et feu. Cf. S. Jérôme, ln Agg., 2, t. xxv, col. 1401 ; S. Ambroise, De xlii mans., t. xvii, col. 11 ; De Abrah., n, 9, t. xiv, col. 487. Le monde est la révélation extérieure de Dieu, et Dieu s’est révélé aux Hébreux sous son nom de mn>, le T£Tpaypâp.p.aTov, Jéhovah, le nom à 4 lettres, de même que sous le Nouveau Testament, il s’est révélé par les 4 Évangiles. Le nombre 4 symbolise donc aussi la révélation. Du nombre 4 vient encore l’idée de carré et de cube, par conséquent de stabilité. Cf. S. Jérôme, ln Matth., ir, 15, t. xxvi, col. 112.
5. Cinq. — Ce nombre symbolise la loi mosaïque, contenue dans les 5 livres du Pentateuque, le peuple juif vivant sous cette loi, cf. S. Irénée, Adv. hier., ii, 24, t. vu, col. 794, 795 ; S. Augustin, In Ps. xlix, 9, t. xxxvi, col. 571 ; Serra., xxxi, t. xxxvm, col. 198, et aussi la continence des 5 sens. Cf. S. Augustin, ln Ps. xlix, 9, t. xxxvi, col. 570.
6. Sept. — Le nombre 7, particulièrement sacré chez tous les peuples, symbolise l’union de la divinité, représentée par 3, avec le monde, représenté par 4, et spécialement avec le peuple d’Israël. Il est à remarquer qu’en hébreu le même mot yau i signifie « sept » et «. faire serment ». Le nombre 7 intervenait en effet dans les cérémonies accompagnant le serment et l’alliance. Gen., xxi, 28; Hérodote, ni, 8, etc. Il est écrit : « Dieu n’ou-
bliera pas l’alliance qu’il a jurée, nisba , à vos pères. » Deut., iv, 31 ; vm, 18. Le caractère mystérieux et sacré du nombre 7 est reconnu par les Pères. Cf. S. Hilaire, In Ps. cxviii, xxi, 5, t. ix, col. 637; S. Ambroise, Epist. xliv, t. xvi, col. 1136; S. Jérôme, In Am., n, 5, t. xxv, col. 1037; S. Grégoire de Nazianze, Orat. in Petit., 2-
4, t. xxxvi. col. 431 ; S. Bernard, Serm. de temp. pasc., 3, t. clxxxiii, col. 288, etc. Il est sacré à cause des 7 couples d’animaux purs de l’arche, voir t. I, col. 614; cf. S. Jérôme, Adv. Jovin., i, 16, t. xxm, col. 236; du sabbat et des 7 dons du Saint-Esprit. Cf. S. Jérôme, In Is., il, 5, t. xxiv, col. 72; S. Augustin, Serm. ccxlyiii,
5, t. xxxvm, col. 1161. Il symbolise la perfection et la plénitude. Cf. S. Augustin, Quæst. xlii, ln Heptat., v, 42, t. xxxiv, col. 765; In Ps. lxxviii, IG, t. xxxvi, col. 1019. S. Bernard, Serm. lu, de divers., t. clxxxiii, col. 675, y voit l’union de la foi, indiquée par le nombre trinitaire, et des mœurs, représentées par les quatre vertus cardinales. C’est un nombre vierge, parce qu’il n’engendre pas d’autres nombres. Cf. S. Ambroise, DeNoeet area, 12, t. xiv, col. 378.
7. Huit. — C’est le chiffre de l’octave. Il marque le passage de la synagogue, représentée par 7, nombre du sabbat, à l’Église, cf. S. Jérôme, In Ezech., xii, 40, t. xxv, col. 338, fondée sur la résurrection glorieuse du Christ, le lendemain du sabbat ou huitième jour. Cf. Epist. Barnabæ, 15, t. n, col. 771 ; S. Augustin, Epist. lv, 11, 13, t, xxxiii, col. 215. C’est aussi le symbole de la vraie circoncision, à cause de la circoncision judaïque pratiquée le huitième jour après la naissance, cf. S. Hilaire, InPs. cxviii, t. ix, col. 503; S. Jérôme, Adv. Lucifer., 22, t. xxm, col. 176; InAgg., 2, t. xxv, col. 1401, et le symbole de la perfection, parce que le 8e jour complète la solennité. Cf. S. Ambroise, In Ps. cxviii, proh, t. xv, col. 1198; S. Augustin, Epist. lv, t. xxxiii, col. 215.
8. Dix. — Ce nombre est heureux et parfait, à cause de son rapport avec l'unité et des dix préceptes de la loi. Cf. S. Ambroise, De xlii mans., t. xvii, col. 11 ; S. Jérôme, Adv. J ovin., i, 22, t. xxm, col. 240; S. Augustin, Serm. xxxi, t. xxxvm, col. 198. D’après Tertullien, De anim., 37, t. ii, col. 714, le 10e mois étant celui de la naissance, le nombre 10 marque la renaissance spirituelle à la loi du Décalogue.
9. Douze. — Nombre sacré, à cause de la division du peuple de Dieu entre 12 tribus. Cf. S. Augustin, In Ps. cm, 3, t. xxxvii, col. 1359.
10. Quinze. — Ce nombre symbolise la plénitude de la science, d’après S. Jérôme, ln Gai., i, 1, t. xxvi, col. 329.
11. Vingt. — Le nombre 20 participe à la défaveur qui frappe le nombre 2. Il est néfaste dans la Sainte Écriture. Cf. S. Jérôme, Adv. Jovin., i, 22, t. xxm, col. 240.
12. Quarante. — Ce nombre est le symbole de la pénitence et de la prière. Cf. S. Hilaire, ln Matth., 3, t. ix, col. 928 ; S. Jérôme, In Jon., 3, t. xxv, col. 1140; S. Augustin, ln Ps. ex, 1 , t. xxxvii, col. 1463. Il indique aussi l’ensemble des siècles. Cf. S. Augustin, In Ps. xciv, 14, t. xxxvii, col. 1226 ; Serm., ccx, t. xxxvm, col. 1051.
13. Cinquante. — Le nombre 50 rappelle l’année jubilaire et la descente du Saint-Esprit à la Pentecôte. Il symbolise donc la rémission du péché et l'effusion de la grâce. Cf. S. Hilaire, ln Ps., proh, 10, t. ix, col. 238; S. Ambroise, De Noe et area, 33, t. xiv, col. 415; S. Jérôme, In Ezech., xii, 40, t. xxv, col. 387.
14. Soixante-dix. — Ce nombre a une signification mystique, comme multiple de deux autres nombres symboliques, 7 et 10. Cf. S. Augustin, Quæst. in Heptat., i, 152, t. xxxiv, col. 589.
15. Mille. — Par ce nombre sont symbolisés l’ensemble des générations et la perfection de la vie. Cf. S.
Augustin, In Ps. civ, 7, t. xxxvii, col. 1394; S. Grégoire le Grand, Moral., ix, 3, t. lxxv, col. 860.
3° Symbolismes composés. — Ces symbolismes résultent des combinaisons d’idées fournies par les nombres partiels dont se compose une totalité. — 1. Un premier exemple de ce genre de symbolisme se rencontre dans 1 ’Épitre de Barnabe, 9, t. n, col. 751. L’auteur veut rendre compte du nombre de 318 hommes circoncis par Abraham. Gen., xiv, 14; xvii, 27. D’après la numération grecque, H = 8 et I = 10 ; les deux premières lettres du nom de Jésus, IH, valent donc 18. La lettre T = 300 et en même temps est la figure de la croix. Le nombre 318 indique ainsi que les hommes sont sauvés par Jésus en croix. — 2. S. Auguslin est celui des Pères qui goûte le mieux ce symbolisme compliqué, et il multiplie les appels à l’attention de ses auditeurs pour qu’ils saisissent le sens de ses calculs. Voici quelques exemples de sa méthode. Le nombre 12, qui est celui des Apôtres jugeant les 12 tribus d’Israël, Matth., xix, 28, signifie que l’Église est composée d’hommes appelés des 4 vents au moyen du baptême conféré au nom des 3 personnes divines; car 4x3= 12. ln Ps. lxxxvi, 4, t. xxxvii, col. 1104. Le nombre 15, formé de 7, nombre du sabbat, et de 8, nombre de la résurrection, représente les deux Testaments, In Ps. lxxxix, 10 ; cl, 1, t. xxxvii, col. 1144, 1959, et le nombre 20, produit des 5 livres de Moïse par les 4 Évangiles, désigne les justes des deux Testaments. In Heptat., iv, 2, t. xxxiv, col. 718. La signification du nombre 15, représentant l’union des deux Testaments, est également admise par saint Hilaire, In Ps. cxviii , t. ix, col. 644, et S. Ambroise, Epist. xliv, t.xvi, col. 1138. Saint Jérôme, InAgg., 2, t. xxv, col. 1401, sacrifie aussi à la même méthode en expliquant le nombre 24 comme le produit des 4 éléments par les 6 jours delà création. — Pour saint Augustin, 40, temps de la vie humaine, se décompose en 7 + 3 = 10; et 10 x 4 = 40, 7 symbolisant la créature, 3, le créateur, 10, la plénitude de la sagesse, et 4, les saisons de l’année. De même, 50, symbole de l’Église triomphante, est la somme de 40, nombre de la vie humaine, et de 10 ou denier, récompense de l’ouvrier. Matth., xx, 10; Serm. cclii, 10, 11, t. xxxvm, col. 1177, 1178. — Les 38 ans du paralytique, Joa., v, 5, représentent le nombre 40, qui est la plénitude de la loi, c’est-à-dire le produit des dix commandements par les 4 Évangiles, moins les 2 préceptes de la charité envers Dieu et le prochain On comprend que le saint Docteur, pour faire entendre ce symbolisme à ses auditeurs, leur ait dit : « Je vousveux attentifs ; le Seigneur nous aidera, moi à m’expliquer comme il faut, vous à saisir suffisamment. » ln Joa., xvii, 5, t. xxxv, col. 1529-1531. — Les 77 générations énumérées par saint Luc, ni, 23-38, représentent les hommes pécheurs qui ont vécu avant la venue du Sauveur, parce que 77 est le produit de 7, nombre de la créature, par 11, nombre de la transgression ; or 11 a ce caractère parce qu’il transgresse ou dépasse de 1 le nombre 10, qui est celui du Décalogue. Serm. lii, 34; lxxxiii, 6, t. xxxvm, col. 353, 517. — Enfin les 153 poissons de la pêche miraculeuse, Joa., XXI,U, fournissent le symbolisme suivant. Le Saint-Esprit et ses dons sont figurés par 7, et 10 représente la loi accomplie par la grâce du Saint-Esprit, ce qui forme 17 au total. Si maintenant on additionne les nombres de 1 à 17, c’est-à-dire 1 + 2 + 3 + 4, etc., on obtient au total 153, nombre qui figure les fidèles et les saints admis au paradis où Dieu les récompense. Serm. ccxlyiii, 5, t. xxxvm, col. 1161. Il serait difficile de pousser plus loin la subtilité. Aussi Richard Simon, Hist. critique du Vieux Testament, Rotterdam, 1685, p. 388, après avoir cité le passage de saint Augustin, De doctr. christ., il, 16, t. xxxiv, col. 48, se croit-il en droit de dire: « J’avoue que ces nombres contiennent quelquefois des mystères, mais ils ont jeté souvent les interprètes de la Bible
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dans des sens allégoriques qui sont entièrement inutiles pour connaître le sens littéral. Il arrive même quelquefois qu’on néglige le sens littéral pour débiter ces sortes de mystères. Saint Augustin, qui était savant dans la philosophie des platoniciens, est sujet à ce défaut, et il le fait même paraître à cet endroit. » — Sur le symbolisme des nombres dans la Bible, voir Bahr, Symbolik des mosaischen Cultus, Heidelberg, 1837, t. i, p. 119-208; Auber, Hist. et théorie du symbolisme religieux, Paris, 1884, t. i, p. 97-155; — dans les anciens monuments chrétiens, voir Martigny, Dict. des antiquités chrétiennes, Paris, 1877, p. 503-504.
4“ Les Kabbalistes ont étendu au delà de toute limite raisonnable le rôle des nombres dans l’interprétation de la Bible. Le principe de leur Gematria, est que la valeur numérique des lettres recèle d’importants mystères et que les mots et les phrases de même valeur numérique peuvent se prendre légitimement les uns pour les autres. Outre que rien n’appuie ce principe, ses conséquences sont trop arbitraires et trop fantaisistes pour conduire à des conclusions utiles au point de vue de l'intelligence des textes sacrés. Voir Kabbale, t. ni, col. 1883. Il y a donc là une prétendue science des nombres bibliques qui porte à faux et n’est d’aucun profit. — Dans son Livre du nom, Abenezra applique toutes sortes de spéculations pythagoriciennes sur les nombres. Il mentionne ce qu’on a appelé plus tard le carré magique (fig. 452), dans lequel les 9 premiers