II. Lesètre
NOUVEAU TESTAMENT (grec : KocivVj Aia0r>ri; Vulgate : Novum Testamentum ), nom donné à la révélation évangélique et, par extension, aux livres inspirés qui s’y rapportent.
I. Sens du mot. — 1° Le mot Testamentum a été choisi par la Vulgate pour rendre le mot hébreu berit, qui sert à désigner l’alliance contractée par Dieu avec l’ancien peuple, Gen., vi, 18; xv, 18 ; Exod., xxiv, 7 ; Deut., ix, 9; etc., voir Alliance, t. i, col. 387, et celle qu’il devait renouveler à l’époque messianique. Is., lv, 3 ; lxi, 8; Jer., xxxi, 31 ; xxxii, 40; Ezech., xvi, 60 ; xxxiv, 25; xxxvii, 26. Le berit commençait par un acte solennel et entraînait une obligation impérieuse liant les deux contractants l’un à l’autre. Dieu s’engageait à protéger Israël et Israël s’engageait à servir Dieu. — 2° Les Septante rendent ordinairement berit par oux- 97,/.-/). Gen., vi, 18; xv, 18; xvn, 2, etc. Ce mot signifie « disposition, arrangement », d’où « disposition testamentaire », Aristophane, Vesp., 584, 589, et « convention ». Aristophane, Av., 439. Le berit était donc, pour les Septante, l’arrangement conclu par Dieu avec son peuple, la convention faite avec lui. La ScaÔv-o nouvelle est celle que Jésus-Christ est venu conclure avec l’humanité rachetée par lui. Matth., xxvi, 28; Marc., xiv, 24; Luc., xxn, 20; I Cor., xi, 25; Ileb., ix, 15. — 3° La Vulgate emploie le mot testamentum , « testament, » expression des dernières volontés de quelqu un, volontés exécutables après sa mort et sur lesquelles luimême ne peut revenir. Ce sens est impliqué dans le grec 6ia0vj>.r|. La Vulgate l’a spécialement affirmé à cause de la manière dont la nouvelle alliance a été conclue à la dernière Cène et aussi à cause de la théorie développée dans l’Épître aux Hébreux, IX, 15, 17.
IL L’institution du Nouveau Testament. — R Cette institution avait été promise par les prophètes. Isaïe, lv, 3; lxi, 8, annonce que la nouvelle alliance sera éternelle. Jérémie le redit à son tour et explique que cette alliance ne sera plus seulement extérieure, mais écrite au fond des cœurs. Jer., xxxi, 31-33; xxxii, 40. Il l’appelle, xxxi, 31, « alliance nouvelle ». Ezéchiel, xvi, 60; xxxvii, 26, parle aussi d’alliance éternelle et pacifique, et Osée, n, 18, représente cette alliance sous la figure de l’union conjugale. - 2» A la dernière Cène, Notre-Seigneur institue l’alliance promise ou plutôt il promulgue à l’avance l’alliance qui ne sera contractée qu’au moment de sa mort sur la criox.
NOUVEAU TESTAMENT
Il présente à ses Apôtres le calice en leur disant : « Voici mon sang de la nouvelle alliance, » Matth., xxvi, 28; Marc., xiv, 24; « Ce calice est la nouvelle alliance dans mon sang. » Luc., xxn, 20; I Cor., xi, 25- L’Église, dans sa formule de consécration, reprend la donnée des prophètes et dit : « Voici le calice de mon sang, du nouveau et éternel Testament. » L’ancienne alliance avait été scellée par le sang, Exod., xxiv, 8; la nouvelle se conclut dans les mêmes conditions, mais d'une manière incomparablement supérieure, puisque c’est le sang de l’Homme-Dieu qui est répandu dans le calice, èx-yjvv6p.evov, et qui bientôt sera répandu sur la croix, effundelur, pour la rémission des péchés. Matth., xxvi, 28. Le caractère contractuel de cette elfusion du sang résulte de la déclaration même de Notre-Seigneur, qui l’appelle le « sang de la nouvelle alliance », c’est-àdire le sang versé pour rendre possible, réaliser, manifester et commémorer cette alliance. Le sang des anciennes victimes n’avait qu’une valeur symbolique et figurative, le sang du Sauveur a une valeur effective et sans limite, à cause de la personne divine à laquelle il appartient. — 3° Cette alliance nouvelle porte à bon droit le nom de testament. Car c’est seulement après la mort de Jésus-Christ que les hommes entreront en possession de l’héritage qu’il leur a acquis par l’effusion de son sang. Et de même que le testateur ne peut plus revenir, une fois mort, sur la décision qu’il a prise, ainsi Dieu ne dénoncera jamais, non par impuissance, mais par volonté, l’alliance contractée par son Fils. L’Épitre aux Hébreux prend le mot oiocOrfxr, dans le sens de « testament », comme d’ailleurs traduit la Vulgate. D’après l’écrivain sacré, Jésus-Christ est le médiateur de la nouvelle alliance, par conséquent celui qui prépare le testament nouveau et lui donne force exécutoire. « Car là où il y a testament, ô'.aSvjxr,, il est nécessaire qu’intervienne la mort du testateur, Sia0É|j.£vo;, parce qu’un testament n’a son effet qu’après la mort, et qu’il est sans valeur tant que le testateur est en vie. » Heb., ix, 15-17. La condition de l’homme pécheur depuis Adam s’opposait à une alliance définitive et totale avec Dieu, tant que le péché n’était pas efficacement expié par l’effusion du sang. Notre-Seigneur a sacrifié sa vie pour assurer cette expiation. C’est donc en mourant qu’il scellait l’alliance, et dès lors, cette alliance prend le caractère d’un testament, puisque la volonté du Sauveur n’est exécutée qu’après sa mort. — 4° Les auteurs sacrés donnent le nom de « Nouveau Testament » à l’alliance contractée par l’intermédiaire de Jésus-Christ, par opposition avec les anciennes alliances du temps de Noé, d’Abraham et de Moïse. II Cor., iii, 6 ; Heb., vm, 8 ; ix, 15 ; xii, 24. Ils l’appellent aussi « testament éternel ». Heb., xiii, 20. Voir Loi nouvelle, col. 347-353.
III. Le Nouveau Testament écrit. — 1° Sa composition. — On donne encore le nom de Nouveau Testament à l’ensemble des livres inspirés qui se rapportent soit à la vie soit à la doctrine de Notre-Seigneur. Ces livres sont au nombre de vingt-sept, dont cinq historiques : les quatre Évangiles et les Actes des Apôtres ; vingt et un doctrinaux : les Épitres des Apôtres, et un prophétique : l’Apocalypse. Ces écrits ont pour auteurs six Apôtres; saint Matthieu, saint Jean, saint Jacques, saint Pierre, saint Jude et saint Paul, converti après la disparition du Sauveur, deux disciples, saint Marc et saint Luc. Pour l’Épitre aux Hébreux, voir Hébreux (Épitre aux), t. iii, col. 544-546. Sur la manière dont ces écrits ont été envisagés et reçus dans l’Église primitive, voir Canon des Écritures, t. n, col. 167-182. Dès le temps des apôtres, on considérait ces différents écrits comme revêtus d’un caractère sacré. Déjà saint Pierre met en parallèle les Épîtres de saint Paul et « les autres Écritures ». II Pet., ni, 16. Saint Jean parle de son Apocalypse comme d’une pcophétie à laquelle il n’est permis à personne de rien retrancher ni de rien ajouter. Apoc., xxn, 18-19.
2° Son unité. — L’Ancien Testament renferme des livres de toute nature, historiques, législatifs, doctrinaux, liturgiques et prophétiques, ayant des auteurs très divers, connus ou inconnus, dont la composition s’espace sur près de quatorze siècles, et qui contiennent une multitude de choses qui ne se rapportent qu’indirectement à la révélation. C’est l’histoire d’un peuple, dans les principales phases de son existence, et, à travers cette histoire, des enseignements très variés concernant la religion du passé et celle de l’avenir. Le Nouveau Testament a une unité beaucoup plus accusée. Jésus-Christ en est pour ainsi dire l’objet exclusif. Les Évangiles racontent sa vïe et exposent ses enseignements. Les Actes rapportent ce que les apôtres ont fait de plus important pour propager la foi en lui. Les Épitres expliquent sa doctrine. L’Apocalypse montre dans l’avenir les destinées de son Église et le triomphe final du Sauveur. Tous cesécritsont étécomposésdansun espace de temps relativement court, puisque soixante ans au plus, et peut-être beaucoup moins, se sont écoulés entre l’apparition du premier Évangile et celle du dernier. Voir Évangiles, t. n, col. 2062. Encore cet espace se réduit-il à vingt ou trente ans, si l’on met à part les écrits de saint Jean composés à la fin du siècle.
3° Son caractère occasionnel. — Pourtant tous les livres qui composent le Nouveau Testament n’ont été composés que par occasion. Noire-Seigneur avait commandé aux Apôtres de prêcher sa doctrine. Matth., xxvm, 9; Marc., xvi, 15. Il ne leur avait pas défendu d écrire, mais il ne le leur avait pas non plus prescrit, et il faut bien avouer que le genre de vie primitif des Apôtres ne les prédisposait pas à devenir écrivains. Tout au plus saint Luc, simple disciple, avait-il une préparation sérieuse, Quant à saint Paul, la teneur de ses Épitres fait assez comprendre qu’il ne prend la plume qu’occasionnellement. La formule : « Que celui qui lit, comprenne, » qui se trouve une fois dans l’Évangile, Matth., xxiv, 15 ; Marc., xiii, 14, ne donne nullement à entendre, comme on l’a prétendu, que Notre-Seigneur suppose son enseignement mis par écrit, car, dans ce passage, le Sauveur vise uniquement la prophétie écrite de Daniel sur l’abomination de la désolation. Le Sauveur, au contraire, ne connaît que des auditeurs, jamais de lecteurs. Matth., xi, 15; xiii, 9, 43; Marc., iv, 9, 20, 23; vu, 14; Luc., vi, 37 ; vm, 8, 21 ; xi, 28 ; xiv, 35 ; Joa., vm, 47 ; x, 16, etc. A chacun des articles concernant les Evangiles ou les Épîtres, on trouvera l’indication de l’occasion certaine ou présumée qui a porté l’auteur à écrire.
4'1 Sa langue. — Le Nouveau Testament tout entier est composé dans une même langue, la langue grecque, comprise à cette époque dans tout le monde civilisé. L’Évangile de saint Matthieu, originairement écrit dans une langue sémitique, l’araméen a été de bonne heure traduit dans la langue commune à tous les autres livres. Voir col. 882. Sur la langue du Nouveau Testament, voir Grec biblique, t. m, col. 319-330. A part l’Apocalypse, dans laquelle abondent les figures et les symboles, tous les autres livres du Nouveau Testament sont écrits sous forme narrative ou didactique, par conséquent à la portée du commun des lecteurs auxquels ils s’adressaient. C’est la forme qui convenait le mieux à l’expression de la révélation évangélique, définitive et destinée à tous les hommes de tous les temps et de tous les pays. Ce caractère simple et lucide des écrits du Nouveau Tes- ! tament a permis de les traduire successivement dans toutes les langues du monde sans trop leur faire perdre | de leur valeur originale. Dans l’Ancien Testament, au contraire, les livres poétiques et prophétiques, coulés dans le moule purement sémitique, ont grand’peine à passer dans les langues étrangères sans perdre notablement de leur valeur littéraire. Les écrivains du Nouveau | Testament sont des Sémites écrivant dans une langue classique. Cette situation qui, de prime abord, semblait
NOUVEAU TESTAMENT
être pour eux une cause d’infériorité et d’insuccès, devint au contraire favorable à la propagation de leur œuvre. Celle-ci, en effet, saisit les Juifs et les Asiatiqnes par son tour sémitique, et les Grecs par la forme relativement classique qu’elle était obligée de revêtir. Le Nouveau Testament réalisa ainsi ce que saint Paul tâchait d’être lui-même, « débiteur vis-à-vis des ignorants comme des savants, » Rom., 1, 4, et « tout à tous ». I Cor., ix, 22.
5° Son contenu incomplet. — Le caractère occasionnel des écrits du Nouveau Testament ne permet pas de dire qu’il contient d’une manière complète la révélation transmise aux Apôtres par Notre-Seigneur. Saint Jean termine son Évangile en déclarant qu’il a laissé de côté beaucoup d’autres choses accomplies par le Sauveur. Joa.,xxi,25. Cette déclaration porte sur les récits des synoptiques aussi bien que sur son propre Évangile, puisque saint Jean avait leur œuvre sous les yeux et qu’il parle de livres sans nombre qu’on pourrait encore écrire en utilisant ce qu'il omet. Dans les Épitres, les Apôtres ne font que traiter certaines questions, pour répondre aux difficultés qui leur ont été posées, ou expliquer certains points du dogme et de la morale dont l’intelligence ou la pratique laissaient à désirer parmi les destinataires de leurs lettres. Aussi le concile de Trente, sess. iv, dont les termes sont reproduits par celui du Vatican, Const. de fide, n, déclara-t-il que la vérité révélée par Notre- Seigneur est « contenue dans les livres écrits et dans les traditions non écrites qui, reçues de la bouche du Christ par les apôtres, ou transmises de main en main par les apôtres eux-mêmes, sous la dictée du Saint-Esprit, sont arrivées jusqu’à nous ». On n’est pas en droit de dire que la tradition ne fait que répéter ce qui est déjà dans les écrits sacrés. Saint Paul recommande à son disciple d’enseigner et de faire transmettre par des hommes capables, non ce qu’il a lu, mais ce qu’il a entendu. II Tim., ii, 2. En effet, tout ce qui a été enseigné n’a pas été inséré dans les livres du Nouveau Testament, et la tradition contient bien des choses dont l'Écriture ne fait pas mention. Cf. Franzelin, De divin, tradit. et Scriptura, Rome, 1875, p. 245-260. Le Nouveau Testament écrit ne reproduit donc pas dans son intégralité la révélation évangélique.
6° Son utilité relative. — Le Nouveau Testament écrit n’a pas été nécessaire à la propagation primitive de la foi. Les premiers fidèles ont été convertis sans le secours d’aucun écrit, et ceux qui les ont suivis n’ont connu qu’assez tardivement les ditlérents livres du Nouveau Testament. La doctrine évangélique a donc été connue par tradition avant de l’être par les écrits inspirés. Cf. Franzelin., Op.cit.,p. 261-267. Aujourd’hui encore, comme du temps de saint Irénée, ^Cont. hær., III, iv, 1, 2, t. vu, col. 855, beaucoup s’en rapportent à l’enseignement de la tradition, parmi ceux « qui croient au Christ, en ayant le salut écrit par le Saint-Ëspritdans leur cœur sans parchemin ni encre, et en gardant avec soin l’antique tradition ». Quelque précieux et quelque utiles que soient les écrits du Nouveau Testament, la tradition peut les suppléer et les supplée en réalité pour beaucoup d’âmes, qui ne sont dépourvues malgré cela ni de la connaissance de Jésus-Christ ni de sa grâce. Il en a été ainsi pour la majeure partie des premières générations chrétiennes.
7° Son caractère définitif. — La révélation contenue dans l’Ancien Testament a été bornée, progressive et finalement incomplète ; en dehors des écrits sacrés, il n’existait pas de tradition authentique de cette révélation. La révélation évangélique est définitive et totale, non pas en ce sens que Dieu a révélé tout; ce qu'il pouvait révéler, mais en ce sens qu’il a révélé tout ce qu’il jugeait à propos de révéler pour le salut de l’humanité. L’Esprit devait enseigner aux Apôtres « toute vérité ». Joa., xvi, 13. Bien que les livres du Nouveau Testament
n’aient pas un contenu aussi riche que la tradition, ils renferment cependant les points principaux de cette révélation, avec une multitude d’indications utiles à la croyance et aux mœurs chrétiennes. De cette révélation, l’Église tire, par voie de développement, des vérités qui s’y trouvaient implicitement contenues; mais rien ne peut être ajouté au trésor primitif. Le progrès n’est possible que par une perception plus explicite de la vérité déjà possédée, et non, comme dans l’Ancien Testament, par des additions successives à la vérité antérieurement révélée.
8° Son développement historique. — Il importe enfin de remarquer que, d’après les écrits du Nouveau Testament, les Apôtres sont en possession des articles fondamentaux de la foi chrétienne dès qu’ils commencent leur prédication évangélique, et que le développement qui apparait dans la doctrine à travers les écrits sacrés n’a rien que de naturel et de logique. Ces articles fondamentaux de la foi chrétienne sont l’existence de la Trinité divine, l’incarnation et la divinité de Jésus, Fils de Dieu, la rédemption de l’homme par sa mort volontaire, la nécessité pour l’homme de croire en lui et de recevoir de lui a vie de l’âme pour pouvoir atteindre sa fin, l’éternité bienheureuse. Or, dès les premiers discours des Apôtres, tels que les rapportent les Actes, ces points de doctrine apparaissent aussi nettement définis qu’on peut l’attendre, étant données les circonstances. La divinité de Jésus-Christ, en particulier, y est affirmée d’-une manière formelle. Act., ni, 15; iv, 11, 12 ; v, 31 ; x, 36, 42, etc. « L’absence de toute trace d’une théorie générale concernant la personne du Christ est une des marques d’historicité que présentent les premiers chapitres des Actes. Mais les descriptions qu’ils offrent du caractère et de l’œuvre absolument uniques du Christ me paraissent tout à fait inconciliables avec l’hypothèse d’une personne purement humaine. » Stevens, The Theology of the N. T., 1901, p, 267. Les Épitres de saint Paul, dont les premières au moins sont indépendantes de tout Évangile écrit, à raison même de leur date, rappellent quelques faits que raconteront les synoptiques, mais surtout démontrent que l’Apôtre « connut non pas seulement la doctrine mais la vie publique et certains discours du Sauveur. A vrai dire il n’en indique rien que les points saillants; mais avec assez d’autorité pour laisser entrevoir qu’ils possède pleinement tout le reste, tout, depuis la préexistence divine de Jésus et sa naissance d’une femme jusqu’à sa mort et à sa résurrection, depuis l’angoisse de Gethsémani jusqu’à l’apothéose dans le ciel. Il parle de sa vie pauvre et humiliée, de son caractère doux et miséricordieux, de son pouvoir sur la nature, de son enseignement si nouveau et si surprenant, de son rôle de médiateur et de législateur souverain, de son sacrifice expiatoire, et si, une fois ou l’autre, il veut entrer dans le détail, on voit qu’il sait très bien, et que l’on ne racontera pas mieux que lui ». Le Camus, La vie de N. -S. J.-C., Paris, 1901, t. i, p. 19. Toute la substance du Nouveau Testament est donc déjà dans les écrits de saint Paul, comme elle était dans l’enseignement oral des autres apôtres. C’est l’application ferme de la doctrine du Sauveur et l’adaptation de ses leçons et de ses exemples à la pratique de la vie chrétienne. Les synoptiques paraissent ensuite, sous une forme purement historique qui tranche fortement avec le caractère dogmatique et parénitique des écrits de saint Paul. Ils font connaître le détail des faits et des enseignements que l’Apôtre n’ignorait pas et qu’il supposait arrivés déjà, par voie orale, à la connaissance des chrétiens, au moins dans leurs éléments principaux. Mais ici et là, c’est toujours le même Christ, la même doctrine, la même règle de vie, la même espérance. Les Epitres des autres Apôtres s’inspirent des circonstances pour mettre en lumière certains détails de l’enseignement évangélique et de la règle des mœurs nouvelles.
NOUVEAU TESTAMENT
NUAGE
Enfin paraissent, à la fin du siècle, les Épitres el l’Évangile de saint Jean, qui présentent un portrait du Christ enrichi de traits multiples et souverainement intéressants, mais de ressemblance parfaite avec le Christ de saint Paul et celui des synoptiques. Dans tout le Nouveau Testament règne ainsi une vivante unité, dont Jésus-Christ, Fils de Dieu, est lui-même le principe et le centre. Toutefois, ce ne sont pas les synoptiques qui sont la source du développement doctrinal ; c’est l’enseignement oral sur la personne et la doctrine de Jésus, enseignement utilisé d’abord par saint Pierre, dans ses discours des Actes, par saint Paul dans ses Épitres, et ensuite par les Évangélistes. Cf. Lepin, Jésus Messie el Fils de Dieu, Paris, 1905, 2e édit., p. 338-363. — Sur les questions qui se rapportent au texte et à la doctrine du Nouveau Testament, voir Canon des Écritures, t. i, col. 167-183; Manuscrits bibliques, t. iv, col. 682-698; Évangiles, t. ii, col. 2058-2114, et les articles sur chacun des livres du Nouveau Testament.
H. Lesètre.
NOVARDND Aloy sius, théologien italien, né à Vérone en 1594, mort dans cette même ville le 14 janvier 1650. Il fit profession en 1614 dans la congrégation des clercs réguliers théatins. Parmi ses écrits nous avons à mentionner : Matthæus et Marcus expensi, nolis monitisque sacris illustrati, in-f°, Lyon, 1642; Lucas expensus..., in-f°, Lyon, 1643; Johannes expensus..., in-f°, Lyon, 1643; Paulus expensus..., in-f°, Lyon, 1643; Moses expensus..., 2 in-f°, Verone, 1645-1648. — Voir Ant. Fr. Vezzosi, I scritlori de’ chierici regolari delti Tealini, Rome, 1780, t. n, p. 100. B. IIeurtebize.
NOYER, arbre qui produit la noix dont le nom hébreu ’ëgôz est rendu par les Septante : xdtpviov; et la Vulgate nux. Cant., vi, 11.
I. Description. — Les Juglandées, dont cet arbre est le type, forment une famille des plus naturelles tenant
à la fois des Amentacées par leurs fleurs mâles groupées en chatons, et des Térébinthacées par leurs feuilles composées-pennées ainsi que par leurs principes résineux-aromatiques. Le Noyer cultivé, Juglans regia L (fig453), est originaire des forêts d’Asie, mais a été introduit dès les âges les plus reculés dans toutes les régions tempérées du globe, à cause de la diversité de ses produits utiles. Son bois est un des meilleurs pour les arts; brun, compact, d’un grain fin, agréablement veiné, il n’est sujet
ni à se fendre ni à se tourmenter. L’enveloppe verte des fruits (brou de noix) riche en tanin fournit à la teinture une couleur brune solide. L’amande est comestible avant comme après la maturité : l’on en extrait une huile douce, sapide et siccative dont le défaut est de rancir assez vite à l’air. Enfin la sève peut donner par évaporation une assez grande quantité de sucre cristallisable ou se convertir en boisson fermentée.
Le Noyer est un grand arbre à cime touffue et arrondie : le tronc épais et assez court est recouvert d’une écorce grise crevassée. Les feuilles alternes et sans stipules se composent de 7 à 9 folioles ovales, glabres, coriaces et d’un vert sombre. Les chatons mâles sont solitaires et pendants, insérés vers la base des rameaux de l’année : chaque (leur est formée par un calice à divisions inégales, membraneuses, soudé avec la bractée axillante, protégeant de nombreuses étamines à filets î accourcis et terminés par de grosses anthères Les fleurs femelles solitaires ou plus souvent géminées, parfois même ternées, terminent les rameaux : l’ovaire infère ovoïde supporte un limbe calicinal 4-lobé. Le fruit à maturité est un drupe dont l’enveloppe externe peu charnue finit par se déchirer irrégulièrement. Le noyau lui-même se sépare à la germination en 2 valves ou coques convexes, et rugueuses à la surface. Sa cavité intérieure incomplètement divisée en 4 cloisons est occupée par une seule graine volumineuse, sans albumen, à cotylédons charnus, huileux, bilobés et bosselés. F. Hy.
IL Exégèse. — Bien que ce nom 'ëgôz ne se présente qu’une seule fois dans l’Écriture, Gant., vi, 11, la signification n’en est cependant pas douteuse. Ce mot, emprunté vraisemblablement d’une langue aryenne, a passé dans les idiomes sémitiques. Le persan l’appellej^£=»,
Khaus, Gliuz, et dans le dialecte du Ghilan aghuz ; l’arménien ëngoyz; l’arabe Djaus, Gjaus ; le sy-
riaque Gûzô, Gauza. Abulfaradj convient que les Arabes ont emprunté ce nom aux Persans. O. Celsius, llierobotanicon, in-8°, Amsterdam, 1748, t. i, p. 28; Gesenius, Thésaurus, p. 20, et les add. de Rœdiger, p. 64; A. Pictet, Les origines indo-européennes, 2e édit., in-8, Paris, s. rL, t. t, p. 290; 1m. Lbw, Aramaïsche Pflanzennamen, in-f- ', Leipzig, 1881, p. 84. Les Septante ont interprété exactement le mot par xâpuov, « noix, » et la Vulgate par nux. Le Talmud l’entend de même Maaseroth, i, 2 ; Schebiilh, vu, 5; Schabbath, vi, 7; ix, 5; Peah, i, 5. Les langues anciennes et les traductions de l’Écriture s’accordent donc à voir dans 'ëgoz, le fruit du noyer. La noix (et indirectement l’arbre qui la produit) n’est signalée qu’une fois dans la Bible : c’est dans la bouche de l’épouse des Cantiques, vi, 11 : « J’étais descendue au jardin des noix. » Elle vient sous les frais ombrages des noyers du jardin de Salomon « contempler les herbes de la vallée, et voir si la vigne pousse, si les grenadiers sont en fleur ». Cet arbre est cultivé en Orient, surtout dans la région du Liban, où l’on apprécie son fruit et surtout l’huile qu’on en extrait, il. Tristram, The natural History of the Bible, in-12, Londres, 1889, p. 413. Au temps de Josèphe, Bell, jud., III, x, 8, les noyers étaient abondamment cultivés dans la plaine de Génésareth. Ils étaient évidemment plus rares, à mesure qu’on s’avançait dans le midi de la Palestine. Cependant ils n’étaient pas inconnus à l’Égypte. Des noix ont été trouvées dans la nécropole d’Hawara; et les scalæ coptes donnent à ce fruit le nom de Koïri, ou Kaire, emprunté, semble-t-il, au grec xdcpvov. V. Loret, La flore pharaonique, 2« édit., in-8, 1892, p. 45. Cf. E. Fr. Rosenmüller, Hanclbucli der biblischen Alterthums- Itunde, t. iv, p. 224; O. Celsius, Hierobotanicon, t. i, p. 28-34. E. Levesque.
NUAGE, NUÉE, NUE (hébreu : ' db , 'ânânâh, 'ânân, ârdfel, saliaq ; chaldéen : ’ânan; Septante :
1711 NUAGE
veçé),ï); Vulgate : nubes, nebula, nubecula), amas de vapeur condensée, affectant des formes très diverses, suspendu dans ; l’atmosphère à différentes hauteurs, obéissant à l’impulsion des vents, et souvent se résolvant en pluie.
I. Les nuages au point de vue physique. — 1° L’auteur du livre de Job, dans ses descriptions des merveilles de la nature, parle plusieurs fois des nuages, de leur formation, de leurs effets. Les nuages sont l’œuvre de Dieu; l’homme ne peut ni les produire, ni même les compter. Job, xxxv, 5; xxxvm, 37. Dieu enferme l’eau dans les nuages, Job, xxxvii, 11, et ils ne se rompent pas. Job, xxvi, 8. Ils laissent couler la pluie, Job, xxxvi, 28; mais l’homme ne peut leur commander pour qu’ils la versent. Job, xxxvm, 34. Les nuages font à la mer comme un vêtement, en s’élevant tout autour d’elle, Job, xxxvm, 9, et ils se balancent dans les airs. Job, xxxvii, 16, 21. C’est en eux qu’éclate le fracas du tonnerre. Job, xxxvi,29. — 2° Pour les autres écrivains sacrés, c’est Dieu qui fait les nuages et les appelle des extrémités de l’horizon. Ps. cxxxv (cxxxiv), 7 ; Prov., vm, 28; Jer., x, 13; u, 10; Eccli., xliii, 16; Bar., vi, 61. Les nuages volent dans le ciel comme des oiseaux, Eccli., xliii, 15; versent la pluie, Ps. cxlvii (cxlvi), 8; Eccle., xi, 3; Prov., ni, 20; Is., v, 6; Eccli., xliii, 24; procurent l’ombre, Is., xxx, 5, ou laissent passer les rayons du soleil, II Reg., xxm, 4, et produisent le phénomène de l’arc-en-ciel. Gen., ix, 14; Ezech., i, 28. Les nuages sont invités à bénir le Seigneur, par l’obéissance physique aux lois qui les gouvernent. Dan., ni, 73. — 3° ,Du haut du Carmel, le serviteur d’Élie aperçoit le petit nuage qui annonce la pluie. III Reg., xvm, 44. En Palestine, le vent d’ouest, arrivant de la mer, amenait les nuages et la pluie. Luc., xm, 54.
II. Les nuages dans les théophanies. — Les nuages, interposés entre la terre et le ciel, sont considérés par lesauteurs sacrés comme le support etl'enveloppe de Dieu dans ses apparitions. — 1° De fait, les nuées accompagnent les manifestations divines à la sortie d’Égypte, Exod.,xm, 21,22, voir Colonne de nuée, t. ii, col. 854; au Sinaï, Exod., xix, 9; xx, 21 ; xxiv, 15, 16; xxxiv, 5; Deut., IV, 11 ; v, 22; Eccli,, xlv, 5; dans le Temple de Salomon, III Reg., viii, 2; II Par., vi, 1 ; cf. Ezech., x, 3, 4; dans les visions prophétiques, Ezech., i, 4; Dan., vu, 13; Apoc., i, 7; x, I; xiv, 14-16; à la Transfiguration. Matth., xvn, 5; Marc., ix, 6; Luc., ix, 34; à l’Ascension, Act., i, 9. — 2° Les nuées accompagneront la venue du Fils de l'homme au dernier jour, Dan., vii, 13; Matth., xxiv, 30; xxvi, 64; Marc., xm, 26; xiv, 62; Luc., xxi, 27; Apoc., i, 7, es les justes le rejoindront dans les nuées, c’e^t-à-dire seront transportés au-devant de lui dans les hauteurs, pour l’accompagner ensuite dans le ciel. I Thés., iv, 16; Apoc., xi, 12. — 3° Dieu est porté sur les nuées, Deut., xxxm, 26; il les a sous les pieds, II Reg., xxii, 12; Ps. xviii (xvn), 10; elles sont comme la poussière de ses pieds. Am., i, 3. Elles lui servent de char rapide. Is., xix, 1 ; Ps. civ (cm), 3. — 4° Les nuées sont l'enveloppe de Dieu et comme le manteau de sa majesté. II Reg., xxii. 12; Job, xxii, 13, 14; xxvi, 19; Ps. xvm (xvii), 12; xcvn (xcvi), 2; II Mach., n, 8; Act., i, 9. — 5° Elles manifestent, par tous les phénomènes dont elles sont le théâtre, la grandeur, la ipuissance et la sagesse de Dieu. Jud., v, 4; Ps. lxviii (lxvii),35; lxxvii (lxxvi), 18; Eccli., xxiv, 6.
III. Les nuages dans les comparaisons. — 1° Par leur légèreté, leur mobilité, leur nature éphémère, les nuages sont l’image des choses qui passent et disparaissent rapidement. Les morts, comme la nuée qui se dissipe, ne reviennent pas du tombeau. Job, vii, 9. Le bonheur de Job a passé comme un nuage. Job, xxx, 15. La piété d’Éphraïm et de Juda a disparu comme la nuée du matin que fait évaporer le soleil; Éphraïm sera dissipé de même. Ose., VI, 4; xm, 3. Dieu fera dis-