V. RELATIONS ENTRE MOAB ET ISRAËL AVANT SAUL ET
sous les premiers rois. — Après ces événements, Moab entretint avec Israël, et pendant une période assez longue, des relations moins hostiles. Il n’apparaît pas avec les Madianites et les Amalécites dans leurs incursions sur la terre d’Israël, au temps de Gédéon, et il ne se joint pas aux Ammonites dans leurs revendications au temps de .Teplité. Cf. Jud., v-vm, xi. Plus d’une fois, au contraire, pendant cette période, on voit des groupes d’Israélites ou des familles entières émigrer dans la terre de Moab et y chercher un refuge et des secours contre les malheurs du temps et les persécutions des hommes. Cf. I Par., iv, 22; vin, 8; Is.. xvi, 4; Jer., xl, 11-12. La plus célèbre émigration de ce genre est celle d’Élimélech de Bethléhem avec son épouse Noéini et ses deux lils à qui leur mère fit épouser deux femmes Moabites dont l’une fut Ruth, ensuite épouse de Booz, ancêtre du roi David et du Messie. Voir Ruth. — Sous le règne de Saül (1095-1055), Moab est désigné le premier parmi les peuples voisins d’Israël adversaires du nouveau roi. Saül triompha d’eux et de tous les autres. I Reg., xiv, 47. dette inimitié des Moabites pour le roi d’Israël fut peut-être une des causes qui disposèrent leur roi à bien accueillir David, le compétiteur de Saül, quand il lui amena ses parents pour lesquels sans doute il redoutait la vengeance de Saül. son antagoniste. 1 Reg., xxii, 34. — Devenu roi de tout Israël, David n'en eut pas moins à combattre à son tour les Moabites. Quelle fut la cause de la rupture entre eux? on l’ignore. David toutefois devait avoir à leur reprocher quelque méfait odieux, car il lestraitaavec une grande rigueur. Il fit coucher par terre les prisonniers de guerre, les partagea en deux parties, dont l’une devait être mise à mort et l’autre épargnée. Le pays de Moab fut assujetti au tribut et son peuple considéré comme esclave. II Reg., vm, 2; I Par., xvm, 2. C’est probablement dans cette expédition que Cabséel
tua les deux Ariel de Moab. II Reg., xxm ; 20 ; IPar., xr, 22. Tout l’or, l’argent et le bronze de Moab recueilli par David en cette guerre, fut consacré au Seigneur et destiné pour le Temple futur. II Reg., vm, 12; I Par., xvm, 11. — Salomon prit des femmes du pays de Moab, et laissa introduire à Jérusalem le culte de leur dieu Chamos. III Reg., xi, 1, 7, 33. — La scission du royaume d’Israël en deux obédiences et les luttes de rivalités entre elles, puis les troubles intérieurs du royaume du Nord à cause des compétitions au trône et des révolutions incessantes, permirent à Moab de se relever et de secouer le joug que lui avait imposé David. Les récits de l’inscription de Mésa supposent qu’avant l’avènement au trône de la maison d’Amri, la région au nord de l’Arnon avait été, en grande partie du moins, réunie au royaume de Moab. Sous le règne deJosaphat, le roi de Moab n’avait pas craint de venir avec les Ammonites et les Iduméens porter la guerre au centre même du royaume de Juda. Mais la discorde avait éclaté entre ces alliés; ils s’étaient massacrés entre eux et leur projet n’avait pas eu de suite. II Par., xx, 1-29.
vi. le roi mésa. — Contemporain d’Achab, roi d’Israël, de Josaphat, roi de Juda, et de leurs successeurs, Mésa chercha à délivrer son pays et à lui rendre ses anciennes frontières. Il réussit en partie. Profitant de la mort d’Achab (897), le roi de Moab refusa de payer le tribut imposé par les rois d’Israël. Joram ayant succédé à son frère Ochozias, demanda l’assistance du roi •Tosaphat, et le roi ou prince d’Idumée, vassal du roi de Juda, se joignit à eux pour contraindre Mésa. Les trois alliés prirent le chemin des déserts, contournèrent la mer Morte pour attaquer Moab par le sud. Le prophète Elisée, qui accompagnait l’armée, la sauva d’un désastre en obtenant du ciel de l’eau pour l’abreuver. Les Moabites, accourus sur la frontière pour la protéger contre l’invasion, voyant l’eau rougie par les rayons de l’aurore, la prirent pour du sang et se jetèrent sur le camp pour le piller, croyant que leurs adversaires s’étaient entre-égorgés. Ceux-ci les accueillirent de pied ferme, les mirent en déroute et les poursuivirent au cœur du pays. Toutes les villes de Moab furent prises et saccagées, les champs et les jardins bouleversés et couverts de pierres, les arbres fruitiers abattus et les fontaines obstruées. Il ne restait à Mésa que sa capitale, Kir Moab, dans laquelle il s’était réfugié. Assiégée à son tour, la ville allait succomber, la brèche était ouverte, et le roi avait vainement tenté de s’échapper avec ses meilleurs guerriers. Désespéré, Mésa saisit son fils aîné qui devait régner après lui et l’immola en holocauste sur la muraille de la ville: « Une immense indignation saisit Israël qui se retira de lui et retourna en son pays » (895). IV Reg., m. Mésa attribua à la protection de Chamos, dieu des Moabites, cette délivrance subite à laquelle il parait faire allusion dans l’inscription de la stèle commémorative élevée par lui àDibon. La mort de Josaphat, survenue peu de temps après l’expédition de Moab et la guerre que Joram dut soutenir contre les Syriens en Galaad, permirent à Mésa de se venger de ses échecs. Il raconte lui-même, dans le document dont nous venons de parler, comment il le fit en franchissant l’Arnon, en s’emparant de Médaba et des principales villes de la région, et en remettant tout le territoire, depuis le Nébo et Médaba sous l’hégémonie de Moab. Il fixa en outre sa résidence à Dibon, après l’avoir embellie et rendue plus forte. Voir Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, Paris, 1896, t. ni, p. 464-474; Mésa, col. 1014. Les successeurs de Mésa, avant de devenir les possesseurs définitifs de la région septentrionale, durent cependant se retirer plus d’une fois encore au delà de l’Arnon. Sous le règne de Jéhu, Hazaël, roi de Syrie, combattant les Israélites sur leur territoire, poursuivit son incursion jusqu’à Aroër, sur le bord de l’Arnon, IV Reg., x, 33; et Jéroboam II (824-872), rétablissant Israël dans toutes
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ses anciennes limites, IV Reg., xiv, 25, dut lui rendre tout le territoire possédé auparavant par Ruben et par Gad. C’est au temps de Pliacée, roi d’Israël, et vers la fin du règne d’Ozias qu'eut lieu la déportation en Assyrie des tribus orientales d'Israël, par Téglathphaiasar (809). Moab rentra alors en possession complète de son territoire primitif.
IIe PÉRIODE : DEPUIS LES INVASIONS ASSYRIENNES JUS- QU’A LA DOMINATION ROMAINE. — I. MENACES DES PRO- PHÈTES d’israel contre moab. — Les prophètes Isaïe, xv-xvi, et Jérémie, xlviii, dépeignant la situation de Moab, alors qu’il se trouvait en possession de tout son territoire, le premier au temps des rois de Juda, Ozias, Joatham etÉzéchias (810-897), le second au temps de Josias et Joachim (642-611), le montrent l’un et l’autre au comble de la prospérité. Le pays de Moab est un carmel, un « jardin divin » où régnent l’abondance, la joie et le bonheur. Les moissons couvrent son sol, les chants des vendangeurs retentissent de toute part et le vin coule à torrent des pressoirs. Is., xvi, 10; Jer., xlviii, 33. La force et la splendeur de Moab vont cependant disparaître, et le Seigneur va le frapper en punition de ses crimes. — Le prophète Jérémie, xlviii, énumère contre lui plusieurs griefs. Moab a mis sa confiance dans ses œuvres et ses trésors, ÿ. 7 ; dès sa jeunesse il a vécu dans la corruption, f. 11 ; son orgueil et sa présomption sont indomptables et sans limite, f. 14, 29-30. Cf. Is., xvi, 6. Moab s’est plongé dans les ignominies de l’idolâtrie, et il a fait de Chamos son dieu, dans lequel il a mis son espoir, Jer., xlviii, 13, 46. Cf. Jud., xi, 24; IV Reg., xxiii, 13; Chamos, t. ii, col. 528-529. Moab s’est élevé et s’est glorifié contre Dieu, et l’a méprisé dans son peuple d’Israël dont il s’est moqué, et qu’il a insulté, 26-27. Isaïe, xvi, 4, insiste sur les torts de Moab à l’égard d’Israël ; faisant sans doute allusion à la campagne de Sennachérib contre Juda, il reproche à Moab de n’avoir pas accueilli les fugitifs d’Israël réduits aux abois; il parait même l’accuser de les avoir livrés à leur persécuteur. Dans la campagne d’Holopherne contre Béthulie, les Moabites conseillèrent, en effet, au général assyrien de faire garder les fontaines pour empêcher les habitants assiégés d’y puiser de l’eau et pour les obliger à se rendre. Judith, vu, 8-9. Ézéchiel, xxv, 8, ne formule d’autre motif de la colère divine contre Moab que ces paroles de joie maligne : « Voici que la maison de Juda est devenue pareille aux autres nations! » — Sophonie, il, 8, 10, met le reproche dans la bouche même du Seigneur : « J’ai entendu les sarcasmes de Moab et les blasphèmes des fils d’Ammon, comment ils ont insulté mon peuple et se sont exaltés sur leurs frontières. » — Selon l’expression du Psalrniste, lxxxii (lxxxiii), 3-7, Moab est entré dans le complot général des nations ennemies de Dieu; il s’est ligué avec elles contre le peuple saint; avec elles il a jeté le cri de haine: :< Venez, faiscns-le disparaître du nombre des peuples et que le nom d’Israël soit éteint à jamais ! » Cf. Exod., xv, 15; IV Reg., xxiv, 2. Le prophète Amos, il, 1, ayant probablement en vue ces trois catégories d’infâmies et de crimes : sa corruption morale, son idolâtrie et sa haine du peuple de Dieu, conclut : « A cause des trois infamies de Moab, et à cause d’une quatrième, je ne lui pardonnerai pas, parce qu’il a réduit en cendre les ossements du roi d’Édom. » A la jalousie et à la haine contre Israël, Moab avait joint l’inhumanité à l’égard de ses voisins et des autres peuples. — C’est à cause de ces crimes et de ces méfaits que Moab sera châtié. Il sera broyé comme la paille sous le triturateur. Is., xxv, 10. Il mourra dans la confusion et le tumulte de la guerre. Amos, ii, 2. Mcab sera traité comme Sodome et deviendra un désert pour toujours. Soph., il, 9. Le pillage et la dévastation passeront par toutes les villes de Moab. Jer., xlviii; Is.,xvxvi ; Ezech., xxv, 9. Sa capitale sera ruinée. Is. , xv, 7; xvi, 7, 11; Jer., xlviii, 31-36. Le feu dévorera les demeures
et les palais. Amos, n, 2 ; Jer., xlviii, 15, 45. Les fils et les filles de Moab, ses vaillants et ses princes, ses magistrats et ses prêtres, seront exterminés par le glaive ou emmenés en captivité et dispersés. Amos, il, 3; Jer., xlviii, 7, 15, 42, 46. Moab cessera d’être un peuple. Jer., xlviii, 42; cf. Is., xvi, 14. Ses vallées et ses plaines seront ravagées et désolées. Is., xv, 6; Jer., xlviii, 8, 32-34. Ses eaux, mêlées de sang, ne pourront servir à la boisson. Is., xv, 6, 9; Jer., xlviii, 18, 34. Cependant, à la lin des temps, le Seigneur ramènera les captifs de Moab. Jer., xlviii, 47. Moab, avec Édom et une partie d’Ammon seront les seuls pays qui échapperont à la tyrannie du roi impie. Dan., xi, 4L C’est sur son territoire, semble-t-il, que seront anéanties les armées de Gog et de Magog. Ezech., xxxix, 11.
H. MOAB ET LES ASSYRIENS ET LES CHALDÉENS. — Le plus terrible instrument des vengeances divines contre Moab devait être le même dont le Seigneur voulait se servir contre les nations voisines de Moab, le bâton de sa colère, l’Assyrien dont la passion était de ruiner et de broyer les peuples, Is., x, 5-7, et le Chaldéen devait continuer son œuvre. Les premiers malheurs sont indiqués au livre de Judith, dont les documents assyriens complètent les renseignements. A la proposition du roi d’Assyrie aux nations de l’Asie occidentale de le reconnaître pour leur suzerain et de lui offrir des présents, toutes avaient refusé. Rempli de fureur, le potentat chargea son général Holoferne de le venger : «Tu n’épargneras aucun royaume et tu me subjugueras toutes les cités fortifiées, » avait dit le prince en remettant le commandement de ses troupes à ce général. Judith, ii, 7 (grec). La destruction des villes, le pillage des richesses, l’incendie des moissons, les arbres coupés, les vignes arrachées, les guerriers et tous ceux qui pouvaient faire de le résistance massacrés; les populations emmenées en captivité, les territoires occupés, les jeunes gens incorporés dans les armées, tels furent les traitements que le vainqueur fit subir aux pays domptés. Judith, n, ni. Le pays de Moab est particulièrement désigné parmi ceux qui repoussèrent les propositions des ambassadeurs ninivites, Judith, i, 12 (grec), et il est inscrit dans les documents cunéiformes avec ceux qui subirent ces traitements. — Depuis longtemps déjà, le pays de Moab était contraint de payer le tribut aux souverains de Ninive. Salamanou, roi de Moab, est mentionné parmi les rois tributaires de Théglathphalasar III (732 ou 731 av. J. -G.). Smith, Cuneiform Inscriptions of Western Asia, t. il, p. 67. Cf. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, Paris, 1896, t. ni, p. 526. Les inscriptions du règne de Sargon parlent de Moab au même litre (710). Vigouroux, ibid., p. 590. En 701, le roi de Moab Kamosnadab vient à la rencontre de Sennachérib qui s’avance vers la Judée pour soumettre Ezéchias, lui oifre le tribut et lui baise le pied. Prisme de Taylor, col. 2, lig. 53; cf. Vigouroux, ibid., t. iv, p. 25. Le roi Moussouri est nommé après Manassé de Juda et le roi d’Édom, parmi les rois qui viennent (673) apporter le tribut à Asarliaddon. Prisme brisé d’ Asarliaddon, col. 4, lig. 15; Vigouroux, ibid., p. 71. [Le nom de ce même prince se trouve encore parmi les noms des vingt-deux tributaires de l’Assyrie, au temps d’Assurbanipal (668). Cylindre c, lig. 5; Vigouroux, ibid., p. 87. — Quelques années plus tard, à la sollicitation de Samassarnoukin, le frère révolté d’Assurbanipal (667-625), tous les princes de l’Asie antérieure se soulevèrent contre le roi de Ninive en lui refusant le tribut. C’est le même fait, croit-on, dont parle le livre de Judith. Cf. Vigouroux, ibid., 1. III, c. v, p. 90-92. Dans tous les cas, les châtiments infligés aux peuples rebelles sont identiques, et après avoir mentionné les Arabes bédouins et plusieurs peuples dont les noms se retrouvent au livre de Judith, Assurbanipal ajoute comment il entra sur les territoires de Bet-Ammon, du llauran
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et de Moab. Annales d’Assurbanipal, Cylindre A, col. 6, | lig. 121 ; cf. Vigouroux, ibid., p. 120. - Moab s’était remis de ses désastres et la prospérité à laquelle Jérémie fait allusion leur est postérieure. A quelle époque et comment arrivèrent les nouveaux malheurs dont ce prophète, Sophonie et Ézéchiel menacent Moab ? la Bible ne le dit pas. Moab toutefois, on le voit par rbisloire, après la ruinede Ninive et au temps de Nabuchodonosor (582) passa, avec ses voisins, sous le joug de Babylone. Cf. Josèphe. Ant. jud., X, ix, 7. Sa décadence paraît dater de cette époque. Au retour des Juifs de la captivité, la race amoindrie de Moab achevait de se confondre avec les tribus arabes par lesquelles son sol était envahi : elle cessait d’être un peuple.
111. ENVAHISSEMENT DE MOAD PAR LES ARARES. — l°Sous les Perses et les Grecs. — Moab passa sous le joug des Perses, avec Babylone et le reste de l’Asie occidentale. Les Juifs revenus à Jérusalem retrouvèrent parmi leurs voisins de la Transjordane méridionale des Moabites, avec les iilles desquels plusieurs d’entre eux contractèrent des alliances. I Esd., ix, 1; 11 Esd., xm, 1-4, 23. Il semble que ce soit dans la même région qu’il faille chercher la résidence de Gosem l’Arabe dont les Juifs de Jérusalem eurent plus d’une fois à se plaindre. II Esd., n, 19; vi, 1,2, 6; cf. iv, 7. — L’invasion d’Alexandre (332) et des Grecs macédoniens avait placé Moab sous l’hégémonie de ces conquérants. Hyrcan, fils de Joseph, avait profité du départ pour la Perse du roi Antiochus II!, pour exercer pendant sept années (182-175) une sorte de souveraineté sur le district septentrional de Moab. L’avènement d’Antiochus Épiphane, auquel les Arabes pouvaient se plaindre, mit lin, par la mort volontaire d’ilyrcan, à cette tentative d’ingérence des Juifs dans le pays. Josèphe, Ant. jud., XII, iv, 11. Voir Galaad, t. ni, col. 56-57. Dès ce moment, le pays de Moab était considéré déjà comme une simple province de l’Arabie. Cf. Josèphe, Ant. jucl., XIV, I, 4; v, 2; Bell, jucl., I, IV, 3; XIII, xm, 3.
2° Au temps des .Juifs. — Les Asmonéens cherchèrent à remettre les Juifs en possession de la partie de territoire de Moab dont Moïse avait fait la conquête sur les Amorrhéens. Profitant des troubles dans lesquels se trouvait la Syrie, Jean Hyrcan vint s’emparer de Médaba, de Saméga et de tout le pays des alentours. Ant. jud., XIII, ix, 1; Bell, jud., I, n, 6. Son petit-fils, Alexandre Jannée, devenu roi de Judée (106-79), pénétra dans le pays au delà du Jourdain. Il y trouva les Galaadites et les Moabiles, les combattit et les assujettit au tribut. Ant. jud., XIII, xm, 5. Il occupa les deux villes déjà conquises par son père et s’empara en outre d’Hésébon, de Nabo, de Betharam, appelée plus tard Liviade, de Lemba (Libb), de Zara (Sarath), d’Oronaïm et de plusieurs autres villes. Ant. jud-, XIII, xv, 4. — Si les noms de Rabba et d’Agallaïm, dont font mention certains manuscrits, étaient authentiques, il en résulterait que le roi juif aurait poussé ses conquêtes assez loin au sud de l’Arnon. Josèphe semble l’affirmer ailleurs. Il désigne en effet, Bell, jud., 111, iii, 5, comme limite entre la Judée et l’Arabie, au commencement du règne d’IIérode l'Ancien, une localité du nom de Jarda. Cet endroit ne paraît pas différent du lieu situé au sud de Machéronte et appelé, ibid., VII, vi, 5, Jardès, transcription fautive, semble-t-il, pour Zarda ou Zardès, forme grécisée employée par l’historien juif à la place du nom du Zared. — Les places prises par Jannée appartenaient auparavant à Arétas, roi des Arabes-Nabuthéens, dont la résidence était alors à Pétra, au sud de la Moabitide. Ibid. Cette nation parait avoir été en possession de la Moabitide méridionale depuis longtemps déjà. C’est de là peut-être que les Nabuthéens vinrent à la rencontre de Judas Machabée (166-161) et de son frère Jonathas, quand ils franchirent le Jourdain pour aller au secours de leurs frères de Galaad, I Mach., v, 25; et c’est vers
cette région que paraissait se diriger Jean Machabée pour leur demander du secours, quand il fut surpris et assassiné par les hommes de la famille de Jambri. Ibid., ix, 35-36. Cette ville et son territoire n’étaient sans doute pas en ce moment en possession des Nabuthéens, alors alliés et amis des Asmonéens et des Juifs, ibid., mais elle dut tomber en leur pouvoir peu après cet évènement et peut-être à son sujet. L’opposition que faisait à Alexandre le parti des Pharisiens et les avantages que remporta sur lui Arétas durent lui faire négliger un instant sa conquête. Il ne laissa pas moins en mourant la plupart de ces villes en la possession des Juifs et tout le territoire situé au nord du grand aflluent de l’Arnon, le nahar el-Ouûlëh actuel, et dont Machéronte formait la frontière. Ant. jud., XIII, xiv, 2; XIV, i, 4; cf. Ant. jud., XVIII. v, 1; Bell, jucl., III, ni, 3.
— Hyrcan II, fils aîné d’Alexandre, pour obtenir l’appui d’Arétas contre son frère et rival Aristobule, promit de lui rendre toutes les villes conquises par son père. Ant. jud., XIV, i, 4. Cette promesse ne paraît pas avoir été tenue. La discorde des deux frères attira les armes des Romains dans cette partie de la Moabitide (63). Alexandre, fils d’Aristobule, songeait à en faire son refuge et à se retirer à Machéronte. Avant d’avoir pu atteindre cette forteresse, il dut l’abandonner aux mains du préteur Gabinius dont il était poursuivi et qui la fit démanteler. Ant. jucl., XIV, v, 2-4; Bell, jud., I, vin, 5-6. Aristobule, échappé de Rome, s’y réfugia avec son fils Antigone, et essaya de s’y défendre; mais, après deux jours de siège, se voyant tout couvert de blessures, il dut se rendre de nouveau aux Romains. Ibid., XIV, vi, 1.
— Hérode l’Ancien (47-4), en se faisant attribuer par le sénat romain le royaume de Judée, reçut en même temps la partie de la Moabitide reconquise par les princes asmonéens. Elle fut dès lors annexée à l’ancien pays de Galaad, devenu la province de Pérée. Un des premiers soins d’Hérode fut de chercher à s’en assurer la possession en fortifiant Hésébon et en y mettant une garnison. Josèphe, Ant. jud., XV, vin, 5.
Ce pays fut souvent l’objet de son attention et de ses soins. Il y fonda la ville de Machéronte (fig. 302) près du château du même nom, Bell, jud., VII, vi, 2. Il y releva et embellit la ville de Bétharam à laquelle il donna le nom de Liviade. Ant. jud., XVIII, n, 1 ; Bell, jud.., II, ix, 1. Se sentant défaillir, il se fit transporter de Jéricho à Callirhoé, espérant y recouvrer la santé par l’usage des bains. Ils ne firent qu’aggraver son mal. Ant. jud., XVII, vi, 5; Bell, jud., I, xxxm, 5. Par son testament, il légua la Pérée à son (ils Hérode Antipas, et lui transmit ainsi le domaine de cette région. Ant. jud., XVII, vin, 1. — Ce prince semble l’avoir choisie pour son séjour préféré, et il fit de Machéronte sa résidence. Ces lieux devinrent ainsi le théâtre de son union incestueuse et adultère, et du drame qui la suivit. Antipas avait d’abord épousé la fille d’Arétas III, son voisin, qui régnait sur le reste de la Moabitide. Épris d’une passion coupable pour Hérodiade, la femme de son frère Philippe, il vécut avec elle et renvoya la fille d’Arétas. Celle-ci, instruite du pacte, demanda d’aller à Machéronte; elle voulait s’échapper et de là gagner les États de son père, « car Machéronte était sur la frontière du royaume d’Hérode et d’Arétas. »
Revenu de Rome où il avait dû se rendre, Hérode prit Hérodiade, Jean-Baptiste était alors dans les anciennes Araboth de Moab et près de Bétharam, non loin de Machéronte, où il prêchait le baptême de la pénitence (30 après J.-C.). Le monde venait à lui en foule de la Judée, de la vallée du Jourdain et de tous les pays circonvoisins, pour l’écouter et demander le baptême. C’est alors que Jésus de Nazareth voulut être baptisé par lui. Jean condamnait la conduite d’Hérode. Celui-ci le fit prendre et le jeta dans la prison de Machéronte. Hérode avait invité tous les grands de la Galilée, dont il était
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également le tétrarque, à venir en cette ville célébrer avec lui la fête de l’anniversaire de sa naissance. Hérodiade profita du serment imprudent du prince pour lui demander la tête de l’homme de Dieu. Hérode le fit aussitôt décapiter, .loa., i, 28; x, 40. Voir Betiiâbara, t. t, col. 1647, et Bethanie, t. i, col. 1661; Matth., iii, 1-17; xiv, 1-12; Marc., i, 2-11; vi, 17,29; Luc., ni, 1-23; Josèphe, Ant. jud., XVIII, v, 1-2. Arétas, irrité de la conduite d llérode à l’égard de sa Mlle, lui déclara la guerre. Le tétrarque fut complètement défait et le peuple crut à une vengeance du ciel, à cause du crime de Machéronte. Ibid. — Quelques années plus tard, Antipas, poussé par Hérodiade jalouse du titre de roi ob-
corps de troupes pour la surveiller; car dès les premiers jours de la révolte, les Juifs s’étaient empressés de l’occuper (67). Ibid. La guerre était achevée et déjà Vespasien et Titus avaient triomphé à Rome, et Machéronte, pourvue d’armes et de munitions laissées par Hérode l’Ancien, était encoreaux mains des Juifs (71). Lucilius Bassus fut envoyé avec une armée et la Xe légion prise en Judée, pour l’assiéger. 11 avait ordre de la ruiner jusque dans ses iondements. Les Romains craignaient qu’elle ne demeurât pour les Juifs un centre de ralliement où ils pourraient continuer la guerre ou la recommencer. Elle eût prolongé la résistance si un incident n’eût mis les assiégeants en sa possession. Un des plus
302. — Machéronte. D'après de Luynes, Voyage autour de la mer Morte, pl. 36.
tenu de Caligula par Agrippa Ier, étant allé demander le même titre, fut exilé dans les Gaules et sa tétrarchie en général réunie à la province romaine de Syrie (39). Ibid., XVIII, vu, 1-2. La Moabitide septentrionale parait avoir été réunie au royaume arabe-nabuthéen dont toute la Moabitide méridionale, depuis Machéronte, n’avait pas cessé de faire partie. C’est ce qu’indique 1 inscription nabuthéenne de Médaba écrite la 46e année du règne d'Arétas IV Philodème. — Claude, en même temps qu’il nommait Félix gouverneur de Judée (52), séparait du territoire moabite Juliade (Liviade- Bétharam) avec 14 bourgs des alentours et Abela (Albelsatim), pour les annexer au royaume d’Agrippa le Jeune. Bell, jud.., II. xm, 2; Ant. jud., XX, vin, 4. — Au commencement de la guerre de Judée, les Juifs, échappés de Gadara, et poursuivis par Placide, lieutenant de Aespasien, se portèrent en cette partie de la vallée du Jourdain; mais repoussés de partout, la plupart périrent dans les eaux du Jourdain et du lac Asphaltite, ou sous les coups des soldats. Bell, jud., IA , vu, 6. Les Romains prirent possession de la région jusqu’à Machéronte, près de laquelle ils laissèrent un
vaillants défenseurs de la ville ayant été pris par les Romains, ses compagnons proposèrent de rendre la place en échange de la vie et de la liberté de cet homme et de la leur. Les Romains acceptèrent et ils épargnèrent en effet le guerrier et les auteurs de la proposition, mais ils massacrèrent impitoyablement le reste des habitants qu’ils trouvèrent encore. Le plus grand nombre, prévoyant qu’ils ne seraient pas épargnés, s’étaient enfuis pendant la nuit et réfugiés dans la forêt de Jarden, sur la frontière d’Arabie, où, depuis le commencement du siège de Jérusalem, étaient déjà venus se cacher un grand nombre de Juifs. Bassus poursuivit les fugitifs, fit envelopper la forêt par sa cavalerie et y mit le feu. Les Juifs réunis en groupe tentèrent de forcer le cordon en se précipitant sur les Romains. Ceux-ci ne se laissèrent pas entamer et trois mille Juifs succombèrent dans cet eflort suprême. Un seul put s’échapper furtivement, Judas, fils d'Ari. Bell, jud., ATI, vi, 5. C’est ainsi que le pays de Moab fut le dernier boulevard de la défense du peuple juif contre les Romains.
III' PÉRIODE : DEPUIS LA DOMINATION ROMAINE. — i. asservissement aüx ro.maixs. — Les premiers rap-
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ports de Moab avec les Romains remontent à la venue de , Pompée à Damas (63 av. J.-C.). Damas était alors la capitale du royaume arabe-nabathéen, dont Moab faisait partie. Le roi Arétas II y avait établi son siège, appelé , par les Damasquins, après la mort d'Antiochus Denys, i tandis qu’Alexandre Jannée régnait en Judée. Ant. jud., XIII, xv, 2. Les Romains s’étaient contentés alors de soumettre l’Arabie au tribut et Moab ne les vit pas encore. Gabinius paraît être le premier d’entre eux qui mit le pied sur la terre de Moab, quand il poursuivait Alexandre, fils d’Aristobule. Bassus abandonna, semblet-il, aux Arabes, la région où il venait d’exterminer les Juifs. Ce fut Trajan qui réduisit définitivement l’Arabie, qui comprenait le pays de Moab, en province romaine (106). Bell, jud., IV, vin, 1. — De cette époque datent le commencement de l’administration du pays par ce peuple, l’établissement des colonies étrangères et l'expansion de la civilisation occidentale dont on retrouve les nombreuses traces dans toute la contrée. — Avant les Romains, les Grecs, il est vrai, avaient couvert de leurs colonies et de leurs établissements les régions voisines de Basan, de Galaad et d’Ammon, mais ils ne paraissent pas avoir eu aucun établissement important en Moab. Si l'on excepte quelques œuvres des Asmonéens et les travaux d’Hérode à llésébon, à Liviade et à Machéronte, c’est encore par les Romains, disciples des Grecs, et par les Byzantins que la terre de Moab s’est embellie de monuments et de fondations marquées à l’empreinte de l’art et de la civilisation helléniques. Le plus grand nombre des œuvres des Arabes paraissent exécutées sous l’inlluence du prestige romain. Prolongée par les empereurs de Constantinople, la domination romaine s’exerça jusqu’au temps de l’invasion musulmane (325-635).
n. le christianisme en moab. — Parallèlement à la civilisation gréco-romaine se développait en Moab une autre civilisation plus grande et plus noble dans son expression, plus importante et plus salutaire dans ses effets, la civilisation morale et religieuse du christianisme. La terre de Moab en fut le berceau simultanément avec la Judée et la Galilée. Théâtre principal des prédications du Précurseur et école où se préparèrent les premiers apôtres, Pierre et André, pour s’attacher à Jésus lors de son baptême, elle fut encore témoin de la première manifestation publique duMessieet Rédempteur aux hommes et de l'inauguration de son ministère évangélique. Joa., i, 19-40. Ce que dit l’Évangéliste du séjour du Sauveur, à la lin de sa carrière, « à Béthanie au delà du Jourdain, «c’est-à-dire en cette même région de Moab, où un grand nombre vinrent l’entendre et « crurent en lui », Joa., x, 40-42; cf. i, 28, ne permet pas de douter que sa prédication n’y ait laissé des disciples. Le pays de Moab fut vraisemblablement évangélisé, deux ou trois ans plus tard, par le converti Saul, qui deviendra l’apôtre des nations sous le nom de Paul. Après s’être échappé de Damas, Saul passa en etl'el en Arabie, Gai., i, 17, et le pays de Moab était l’endroit de l’Arabie où résidaient principalement les Juifs auxquels Saul s’adressait à cette époque. Cf. Act., tx, 20, 22 ; xni, 46. De bonne heure du moins, cette contrée vit se former chez elle d importantes églises judéo-chrétiennes, car selon le témoignage de saint Épiphane, Adv. hær., t. xli, col. 436, la Moabitide et la Nabathée furent les principales régions où se recruta et se développa la secte des Ébionites. — Au ive siècle, la Moabitide était tout entière couverte d’innombrables communautés chrétiennes groupées autour des sièges épiscopaux d’Hésébon, de Médaba, de Liviade, de Rabbath-Moba, de Kérak-Moba, de Zoara et quelques autres moins célèbres. Cf. S. Jérôme, In Is., xvi, 1, t. xxv, col. 176; Reland, Palæstina, p. 212-224; Lequien, Oriens christianus, Paris, 1740, t. ni, p. 698- 734. Coraiatha, l’ancienne Carialhaïm, était une des rares localités de cette époque formées exclusivement de chré-
tiens. Eusèbe, Onomasticon, édit. Larsow et Parthey, Berlin, 1862, p. 25. Les nombreuses églises de Medaba, dont les ruines témoignent de la splendeur, indiquent combien florissantes étaient ces chrétientés. Voir Médaba, col. 902. A côté des sanctuaires de Bethabara, de Liviade, du mont Nébo, et d’autres établis pour consacrer leurs souvenirs bibliques et évangéliques, s’étaient élevés de vastes monastères où se perpétuait la vie de prière, de sacrifice et de sainteté. Les pèlerins y accouraient des contrées les plus lointaines, pour se fortifier dans la foi et la vertu, à la vue des saints exemples et par la méditation des récits de l’Écriture dont ces lieux virent se dérouler les événements. Voir Béthabara, t. i, col. 1649-1650; Bétiiap.an, t. i, col. 1664-1665, et Nébo (Mont). Cependant, l’excessive prospérité temporelle ne devait pas tarder à produire en Moab, comme dans le reste de l’empire, le relâchement des mœurs (cf. S. Grégoire de Nysse, Ep. Il, De his qui adeunt Jerosol., t. xlvi, col. 1012-1013) et à sa suite, l’insouciance, l’imprévoyance et la faiblesse qui devaient ouvrir le pays à une nouvelle invasion : celle de l’islam. Par elle devait s’achever la ruine de Moab et se réaliser les derniers traits du tableau de désolation tracé par les prophètes d'Israël.
iii. la conquête musulmane. — Situé sur la limite du lledjâz, et frontière de l’Empire au midi, le pays de Moab devait être le premier à subir les attaques des armes musulmanes. Dès l’an 8 de l’hégire (629), Mahomet avait dirigé une première expédition contre la Belqâ. Ses guerriers avaient été complètement défaits à Môtéh. Une seconde expédition avait été arrêtée dans sa marche par la mort du prophète (632). Abou Bekr conlia la direction d'une troisième à Khâlid ben Sa id (634). Le général musulman fut à peine arrêté dans sa marche par la résistance des Arabes chrétiens de la contrée, et il vint fixer son camp à la hauteur de Qastal, au nord de Médaba, près de la frontière septentrionale antique de Moab. Yazid et Abou Qbeidah, avec les nouvelles troupes réclamées par Khâlid, vinrent achever rapidement l'occupation de toute la contrée, dont la victoire décisive de Yarmouk, sur les troupes d’Héraclius, devait assurer à l’islâm la tranquille possession (636). Cf. Caussin de Perceval, Essai sur l’histoire des Arabes, Paris, 1847, t. iii, p. 211-214, 313-322, 422-448. — La prospérité matérielle ne disparut cependant pas immédiatement du pays de Moab. Les descriptions des géographes arabes, la liste des produits et les statistiques des revenus des khalifes attestent que jusqu’au XIIe siècle l’agriculture et les diverses industries qui s’y rattachent n’étaient guère moins llorissantes qu’aux époques antérieures.
En 1100, Godefroy de Bouillon, ayant fait une incursion dans la région, en avait ramené d’innombrables troupeaux. Guillaume de Tyr, Historia rerum transmarinorum, 1. IX, c. xxii, t. cci, col. 453-454. De même le roi Baudouin Ie1 pénétra deux fois dans la Moabitide, et pour soustraire les chrétiens de la contrée aux vexations des princes musulmans, en même temps que pour peupler sa capitale presque déserte, il leur proposa de venir à Jérusalem, ce que firent un grand nombre en venant s’y établir avec leur famille, leurs richesses et leurs troupeaux. Id., ibid., 1. X.c. vin, xi, col. 463, 464; 1. XI, c. xxvn, col. 514-516. La principauté du IÂérak établie en 1136, en plaçant le pays sous la sauvegarde des Francs, mit ses habitants à l’abri des attaques du côté de la Syrie et de l'Égypte et des incursions des Bédouins, et en retarda un instant la déchéance. La capitulation de Kérak, en 1 188, livra bientôt le pays aux compétitions des princes de Damas et du Caire. La décadence ne pouvait manquer de marcher rapidement. L'occupation de la Syrie par les Turcs (1517) fut le signal de la ruine totale. Laissé, avec les contrées voisines, à des gouverneurs ayant leur résidence à Damas, et dont l'unique souci était de rançonner les populations, il n’y eut plus
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aucune sécurité dans le pays. La culture devint impossible. Les villes et les villages se vidèrent absolument d’habitants et tombèrent en ruine. Toute la contrée ne différa bientôt plus en rien du désert et finit par être complètement abandonnée aux tribus nomades. Au commencement du xve siècle, s’il faut en croire Et-Tahiry, Syria descripta, édit. Rosenmüller, Leipzig, 1828, p. 11*, 21, la principauté de Kérak était encore couverte d'un nombre immense de bourgades florissantes et la Belqâ, c’est-à-dire la partie septentrionale de Moab seule comptait plus de 300 villages. Au commencement du xixe siècle, il n’y en avait plus un seul debout sur tout le territoire de l’ancien Moab. — La ruine religieuse n’a pas été moins profonde. Les Arabes vainqueurs n’imposèrent point formellement leur religion au pays soumis ; mais les habitants des principales villes, en grande partie gréco-romains et qui formaient en quelque manière l’ossature du peuple chrétien, ne tardèrent pas à disparaître et furent remplacés par des émigrés du Yémen ou des autres régions de l’Arabie, tous disciples du Coran. L'arrivée des Francs (1099) et la création au Kérak d'un évêché latin appelé la Pierre du Désert (1136) relevèrent pendant quelque temps le courage des chrétiens. Voir Kir-Moab, t. ii, col. 1795-1797. En 1301, la majorité de la population du pays de Kérak était encore chrétienne et se sentait assez forte pour refuser d’obtempérer à un décret vexatoire du sultan d’Egypte, maître de la région. Cf. Makrizi, Histoire des sultans mameluks, trad. Quatremère, Paris, 1815, t. n, p. 177. Cependant depuis la chute du royaume franc de Jérusalem, les chrétiens, livrés sans appui et sans recours aux caprices du fanatisme aigri des adversaires de la Croix, semblent avoir perdu courage et des défections plus ou moins considérables finirent par donner la prépondérance à la religion de Mahomet. Le groupe de ces chrétiens peut être considéré comme le dernier reste de l’ancienne population moabite, bien qu’il soit mêlé de l’élément arabe-nabuthéen. Isolés et sans relation possible avec le monde catholique, sans évêque de leur rite syriaque pour leur donner des prêtres, ils recoururent pour en obtenir aux patriarches grecs, quand ceux-ci furent revenus à Jérusalem. C’est ainsi qu’ils se trouvèrent engagés dans le schisme photien. Leur nombre, dans la première partie du siècle dernier, se trouvait réduit à peine au sixième de la population totale, descendu lui-même au centième de l’ancien. Ils sont demeurés groupés au Kérak et dans ses alentours, jusqu’à l'année 1879. A cette époque, une fraction de deux à trois cents environ d'entre eux demanda un prêtre au patriarche latin de Jérusalem. Le imissionnaire s’établit, avec son petit troupeau, dans les ruines de Médaba. La modeste colonie a été, pour la région et pour tout le pays, le principe d un mouvement de renaissance auquel il faudra peut-être appliquer les paroles de la prophétie : « Je ramènerai les captifs de Moab, aux derniers jours, dit le Seigneur. » Jer., xlviii, 47. Vers le même temps, le missionnaire de Màdabà tentait d’établir au Kérak un autre centre catholique; et y a réussi depuis 1894. L’année précédente, un détachement de troupe turque s’était emparé du Kérak, après une résistance insignifiante de la population, et avait pris possession de la contrée (octobre 1893). L'ancien pays de Moab, auquel a été rattachée toute la partie qui s'étend jusqu’au Zerqâ, l’ancien Jaboc, forme actuellement un sandjak ou département dirigé par un mutsarref , ou préfet. Son chef-lieu est le Kérak et il dépend de la province ( ouâlayiéh ) de Damas.
4. Bibliographie. — Duc de Luynes, Voyage d’exploration à la mer Morte, dans l'Arabie Pélrée et sur la rive gauche du Jourdain, in-4°, Paris (sans date), t. i, p. 23- 182; Mauss et Sauvaire, Voyage de Jérusalem à Kérak et Chaubak, appendice de l’ouvrage précédent, t. n, p. 81-140; L. Lartet, Géologie, ibid., t. ni, p. 61-75, ISO- 188, 206-208, 232-237 , 292-293; F. de Saulcy,
Voyage autour de la mer Morte, in-8°, Paris, 1865, t. i, p. 266-399; t. il, p. 1-60: Lucien Gautier, Autour de la mer Morte, in-8°, Genève, 1901, p. 48-122; Tristram, Land of Moab, in-8°, Londres, 1874; Conder, Heth and Moab, in-8°, Londres, 1884; The Survey of Eastem Palestine, Memoirs, 2 in-4°, Londres, 1889; Burckhardt, Travels in Syria and the Holy Land, in-8", Londres, 1822, p. 363-404 ; Seetzen, Reisen durch Syrien, Palastina, Berlin, 1854, t. i, p. 406-427; t. il, p. 317-377; Irby et Mangle, Travels in Egypt and Nubia, Syria and Asia Minor, in-8°, Londres, 1823, p. 335-487; E. Palmer, The désert of the Tih and the country of Moab, dans Pal. Expi. Fund, Quarterly Statement, 1871, p. 40- 73; F. J. Bliss, Narrative of an expédition to Moab and Gilead, ibid., 1895, p. 203 237, 332-373; Gray Hill, A journey East of the Jordan and the Dead See, ibid., 1896, p. 24-47; G. A. Smith, The Roman Road between Kerak and Madeba, ibid., 1904, p. 367-385; 1905, p. 39- 48; Schick, Berichte über eine Reise nach Moab, dans la Zeitschrift des deutschen Palàstina-Vereins, 1879, p. 1-13; R. Briinow, Reisebericht, dans Mitheilung und Nachrichten des deutschen Palastina Vereins, 1898, p. 33-39, 49-57; 1899, p. 23-29; R. E. Briinow et A. Domaszewski, Die Provincia Arabia, in-4°, Strasbourg, 1904, t. i, p. 1-110. L. IIeidet.
MOABITE (hébreu : Mô'âb, ham-Mô’dbî, Mô’âbi, ham-Mô'âbiyâh [Mô’âbi, ham-Mô’dbî, ne se lit que dans le Deutéronome, les Paralipomènes et I Esdras, ham-Mô'âbiyâh que dans Ruth; I (III) Reg., xi, 1, II Par., xxiv, 26 (ham-Mô’abit), II Esd., xm, 23]; Septante : Maiâë, M<j>a6iTY]ç, MwaëtTtç; Vulgate, au masculin : Moabita, Moabites; au féminin : Moabitis), nom ethnique des descendants de Moab et des habitants du pays de ce nom. Gen., xix, 37 ; Num„ xxi, 13, etc. — La capitale des Moabites est appelée Ar Moabitarum par la Vulgate. Num., xx, 28; cf. xxii, 36; Deut., n, 29. — La Vulgate nomme le pays de Moab regio Moabitis, dans le livre de Ruth, i, 1, 2, 6; n, 6; IV, 3. — La loi interdisait, Deut., xxm, 3 (4), de faire entrer les Moabites dans l’assemblée du peuple, même après la dixième génération. — L’Écriture nomme plusieurs rois moabites, Balac, fils de Séphor, Num., xxii, 10, etc.; Églon, Jud., ni, 12, etc. ; Mêsa, IV Reg., ni, 4, etc. Jethma, t. in, col. 1520, un des vaillants soldats de David, était d’origine moabite. I Par., xi, 46. David descendait lui-même de Ruth la Moabite. Ruth, i, 22, etc. La belle-sœur de Ruth, Orpha, était aussi Moabite. Ruth, i, 4, etc. — Salomon épousa des femmes moabites qui le firent tomber dans l’idolâtrie. III Reg., xi, 1. — Un des meurtriers du roi Joas était fils d’une Moabite appelée Semarilh. II Par., xxiv, 26.
MOADIA (h ébreu : Mô'adyâli; Septante : Màccôaf), un des prêtres qui revinrent de Babylone en Palestine avec Zorobabel. II Esd., xn, 17. Au f. 5, son nom est écrit Madia. Voir Madia, col. 532.
MOBONNA! (hébreu : Mebunnaï ; Septante : h. tôjv uitov; ils ont lu mibnê,n du fils »), nom d’un des principaux officiers de David dans II Reg., xxm, 27. Un grand nombre de commentateurs croient que dans II Reg., xxii, 18, il est appelé Sobochaï au lieu de Mobonnaï, de même que dans I Par., xx, 4, et, avec une légère différence d’orthographe, Sobbochaï, dans I Par., xi, 29, et xxvii, 11. Sibekaï, qui se lit partout en hébreu, excepté II Sam., xxm, 27, doit être le nom véritable, d’après la plupart des critiques. Il était Husatite ou originaire de Husal, de la race de Zarahi. I Par., xxvii, 11. Voir Husathite et IIusati, t. ni, col. 784. Il fut un des gibbôrîm, I Par.,xi, 29, et un des selisim de David. Il Reg., xxm, 27. Voir Armée, t. i, col. 978. Il s’était rendu célèbre en terrassant Saph ou
JODIN
MO BON N Aï
Saphaï, géant de la race d’Arapha ou des Rapbaïm.
II Reg., xxi, 18; 1 Par., xx, 5. Il lut placé à la tête du huitième corps d'armée, lequel était chargé du service le huitième mois de l’année et comprenait vingt-quatre mille hommes. I Par., xxvn, 11.
MOCHMUR(Septa nte : Moygo-jp; omis dans l’A (earawdrinus et dans la Vulgate), torrent (xeiixàppo;) mentionné seulement dans le texte grec de Judith, vu, 18 : «Les enfantsd’Ésaü montèrent avec les entants d’Ammon et ils campèrent dans les montagnes vis-à-vis de l)othaïn, et ils envoyèrent des hommes au sud et à l’est
I Par., ix, 8. Il était l’ancêtre d’Éla, un des principaux Benjamites qui s’établirent à Jérusalem après la captivité.
MODIN (Septante : McoSeiv et MaiSeetg; on rencontre encore MwSeiv, MwSîstv, MwSaeîv et MwSaeîu.), ville de Judée, patrie des Machabées et où ils furent ensevelis. — Dans le Talmud ce nom est écrit ; Môdî'îm et Môdi'it. Il semble dériver de la racine yâda', « connaître, » et signifier « la ville de l’élude, de la science ou des savants » (fig. 303).