III. Le mizzi supérieur ou calcaire à nérinées
Au sénonien :
IV. Le ka'kûléh inférieur ou la zone de Y Ammonites (Schlœnbachia) olivetin. sp. (=S. quinquenodosaRedt).
V. Le ka'kûléh supérieur ou calcaire crayeux tendre avec Leda perdita Conr., Baculites et débris de poissons.
VI. Bancs de silex alternant avec calcaires bitumineux, gypse et marne.
Le nâri ou la croûte calcaire superficielle appartient à une époque plus récente. Pour cette étude du terrain de Jérusalem, cf. Max Blanckenhorn, Géologie der nâlieren Umgebung von Jérusalem, dans la Zeitschrift des Deutschen Palâstina-Vereins, Leipzig, t. xxvm, 1905, p. 75-120, avec carte. Les dérangements qui ont affecté le massif judéen permettent de suivre en plus d’un endroit les couches crétacées dont nous venons de parler. Ainsi, avec M. Blanckenhorn, Entstehung und Geschichte des Todten Meeres, dans la Zeitschrift des Deutschen Palâstina-Vereins , t. xix, 1896, pi. m, établissons une coupe allant en droite ligne du rivage de la Méditerranée, près d ’Esdùd, jusqu’à la mer Morte, en passant par Bethléhem. Voir Morte (Mer), col. 1289, fig. 360. Nous verrons, à la hauteur de Meghullis, 177 mètres, le sénonien sortir de dessous les dépôts marins récents, puis disparaître à Khirbet Zanû'a, 412 mètres, pour faire place au cénomanien. Au point culminant du plateau, El-Kliadr, 860 mètres, le sénonien redevient visible, puis, à partir de Bethléhem, l’on suit ses couches peu épaisses, disposées en échelons, jusqu’à une altitude voisine de celle du niveau méditerranéen. Alors, au-dessous, réapparaît le cénomanien, au pied duquel se montrent des dépôts plus l’écents. Il est facile de faire les mêmes constatations en examinant le cours du Cédron, ouadi en-Nûr, depuis Jérusalem jusqu’à son embouchure dans la mer Morte, et en allant d’Hébron à la pointe sud-ouest du même lac, par Zuéirah et-tahta. Voir plus loin fig. 537. Le [cénomanien longe ainsi le pied des falaises occidentales de la mer Morte d’un bout à l’autre; il se prolonge au nord jusqu’au delà du Djebel Qarantal, et, au sud, il contourne le bas de la montagne jusqu’au-dessous de Kurnub. Le sénonien occupe ensuite une large bande qui rencontre le cénomanien à Jérusalem, Bethléhem, Khirbet Tequ'a, Hébron, etc. Cf. Blanckenhorn, Zeitschrift des Deut. Pal. Ver., t. xix, pl. 2, carte géologique de la mer Morte et de ses environs.
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b) Transjordane. — Le Djoldn et le llaurân sont des terrains volcaniques dont nous aurons à nous occuper plus tard. Nous n’avons donc à étudier que VAdjlûn et le Belqci ; nous y rencontrerons, pour la série crétacique, les mêmes éléments qu’à l’ouest du Jourdain. Voir fig. 532 et la carie. Ainsi, entre Sûfe t Djérasch, on marche sur des marnes d’un blanc jaunâtre qui renferment, en grande abondance, des Hemiasler Orbignianus, associés à VOstrea / labellata , à un eJanire, à un Cardium très voisin du Cardium sulciferum, etc- On trouve encore VOstrea /labellata au nord de Svf, dans un calcaire compacte et rosé qui contient également un Pecten de grande taille et, près de ce même point, on voit affleurer des calcaires à plicatules, Plicatula Beynesi. Dans les carrières qui ont fourni les gigantesques matériaux d’Ardq el-Emir, apparaissent des couches d’un beau calcaire blanc cristallin superposé à des assises de calcaire compact à nérinées et à exogyres. En montant vers El 'Al et Hesbân, qui sont à 900 mètres d’altitude, on traverse des alternances de calcaires et de marnes en lits minces, blanchâtres, très faiblement ondulées et contenant à leur partie supé-
533. — Coupe des marnes et calcaires crétacés dans te ravin d’Aïn-Mouça, au pied du Nébo. D'après de Luynes, Voyage d’exploration à la mer Morte, Atlas, pl. v, fig. 2.
a Calcaires en bancs minces avec lits de silex. — b Marnes à exogyres. — c Marnes jaunes en lits très minces. — d Calcaire gris jaunâtre à Ostrea /labellata, Cyphosoma Delamarrei. — e Calcaire gris compact avec nombreux débris de rudistes. — f Calcaire compact gris à turritelles, natices gastéropodes de grande taille, Pecten, Holectypus excisus, Janira tricostata, Coq. — g Calcaire subcristaliin, blanc un peu magnésien. — h Calcaire dolomitique avec nomCreuses empreintes d 'Ammonites. — i Marnes grises et jaunes à Ostrea flabellata, Luynesi, Mermeti; Mermeti, var. sulcata, Holectypus serialis, Hemiaster Fourneli, Heterodiadema Lybicum. — j Calcaire compact avec Cardium Pauli, Combei. — lt Marnes blanches. — l Calcaire à Ostrea Mermeti, var. major. — m Grès blanc moucheté de brun et grès blanc veiné de rouge.
î-ieure do nombreux lits de silex. Un des sites les plus pittoresques de la contrée, ‘ Ayûn Mûsa, au pied du mont Nébo, est en même temps plein d’intérêt au point de vue géologique pour la superposition et la disposition des assises crétacées qu’on y remarque et leur richesse en fossiles. Voir fig. 533.
Le Zerka Ma in coule également sur des lits alternés de marnes et de calcaires assez fossilifères et dont la succession est particulièrement aisée à étudier. Cf. L. Lartet, Géologie, dans l’ouvrage du duc de Luynes, Voyage d’exploration à la mèr Morte , Paris, s. d., t. ni, p. 64-65, et Atlas, pl. vi, fig. 9. On peut voir dans le même volume les coupes de Vcuadi Héiddn, de Vouadi Modjib (cf. Arnon, t, i, col. 1020), du Djebel Schihàn, de Vouadi Modjib à Kérak et de Kérak à la
mer Morte, p. 68-74; Atlas, pl. v, fig. 4, 5, 6 ; pl. vi, fig. 8. Comme dans la Cisjordane, la partie supérieure de ces terrains appartient au sénonien. On voit ainsi, à l’est de la mer Morte, au-dessus du grès de Nubie-, une puissante assise de cénomanien, qui affleure comme une bande irrégulière, projetant ses ramifications le long des principaux ouadis et couronnée ailleurs par des couches sénoniennes beaucoup moins épaisses. Cf. Blanckenhorn, Zeitschrift des Deut. Pal. Ver., t. xix, carte géologique de la mer Morte et de ses environs, pl. Il, III, iv.
2° Calcaire nummulitique. — Dans plusieurs endroits de la Palestine, les calcaires crétacés sont recouverts par des calcaires à nummulites. Ainsi, en Samarie, entre Sébastiyéh et Naplouse, on a trouvé la Nummulites Guettardi d’Archiac répandue en abondance dans des calcaires blanchâtres assez tendres. A Naplouse, les blocs accumulés au pied du mont Garizim en sont pétris; ce calcaire est gris clair, dur, compact, à cassure esquilleuse, cireuse et translucide sur les bords; les nummulites font saillie sur les surfaces de la roche exposées depuis longtemps aux agents atmosphériques. On a également rapporté des environs de Jérusalem la Nummulites variolaria. Cf. O. Fraas, /h<s dem Orient, Stuttgart, 1867, p. 82. Voir cependant
caire de Philistie et les couches plus récentes de graviers à coquillages. D’après Huit, Geology, p. 6t.
Blanckenhorn dans la Zeitschrift des Deutschen Palcistina-V ereins , t. xxvm, 1905, p. 96 sq. On rencontre la même formation dans les environs de Tell el-Milh et dans le massif auquel appartient 'A 'in Qedis. Elle forme, en outre, depuis le Carmel jusqu’au-dessous de Bersabée, une bordure dont la limite est difficile à déterminer.
3° Grès calcaire de Philistie. — A la base des collines qui forment le plateau central de la Palestine, et principalement dans l’ancien pays des Philistins, on a reconnu une formation particulière, à laquelle on a donné le nom de grès calcaire de Philistie. Cette couche se compose, en général, de grains de quartz cimentés par du carbonate de chaux taché de jaune, en raison de la présence d’oxyde de fer. La roche, parfois plutôt massive, est généralement poreuse, disposée en lits distincts, et de caractère uniforme. Elle est recouverte immédiatement par une couche de gravier à coquillages, d’époque plus récente, comme on l’a constaté à Tell Abu Haréiréh, près de Vouadi esch-S chéri' ah. Voir fig. 534. Le grès de Philistie se rencontre ainsi jusqu’aux environs de Ramléh, puis on le retrouve auprès et au-dessus de Jaffa, au-dessous de Qaisariyéli, et entre le Carmel et la mer. E. Hull, Memoir on the Geology and Geography of Arabia Petræa, Palestine, Londres, 1889, p. 63-66, le rapporte, au moins par conjecture, à l’éocène supérieur. Mais Blanckenhorn, dans la Zeitschrift des Deut. Pal. Ver., t. xix, p. 19, note 2, rejette cette hypothèse et attribue au diluvium les dépôts de la plaine côtière.
D) Pliocène à post-pliocène et récent. — 1° Dépôts marins. — U y a, sur les bords de la Méditerranée, une formation marine qui correspond à une véritable plage soulevée et, à certains endroits, se poursuit assez loin
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dans l’intérieur de la plaine. Elle s’élève à un niveau de 60 à 67 mètres au-dessus de la mer; mais elle est en grande partie couverte par des collines de sable qui forment un trait remarquable du pays depuis les bords de l’Égypte jusqu’à la base du mont Carmel. Les graviers que nous venons de signaler à Tell Abu Haréiréh en donnent une idée. Leurs lits s’étendent des deux côtés de l’ouadi esc h-S chéri' ah en couches horizontales. On y trouve la succession suivante : terre glaise, grès calcaire tendre en couches minces, lit de coquillages, principalement en empreintes, grès calcaire tendre avec petits cailloux et petites huîtres, lit de la rivière — grès calcaire dur. Les coquillages mentionnés appartiennent aux genres : Turritella, Dentalium, Artémis (?), Pecten, Cardium, etc. Sur les collines de sable rougeâtre qui dominent Jaffa et servent de sol aux jardins, on a recueilli de nombreuses
ainsi qu’on voit sur le flanc occidental du Samrat el- Fedân des couches horizontales de marne blanche, de sable et d’argile, renfermant un grand nombre de coquilles, dont plusieurs sont identiques avec celles qui vivent actuellement dans les eaux douces de la Palestine. Ainsi se forma le gîte de sel et de gypse connu sous le nom de Djebel Usdum. On trouve également, sur le bord occidental de la mer Morte, à la hauteur de 80 ou 100 mètres, une terrasse de cailloutis avec gros blocs, dont on peut suivre les traces depuis le sud jusque vers le Djebel Qarantal. On a recueilli, sur les bords du lac de Tibériade, des coquilles lacustres appartenant à la faune actuelle de la Judée. Enfin s’est formée une basse terrasse, consistant en dépôts marneux et arénacés, bien caractérisée dans la presqu’île de la Liscin et dans la basse vallée du Jourdain. Voir Morte (Mer), Formation géologique, col. 1303-1306. C’est, en
535. — Coupe des anciens dépôts de la mer Morte à travers la vallée la vallée du Jourdain, près de Jéricho. D'après M. Blanckenhorn, dans la Zeitschrift des Deutsch. Palest. Vereins, 1896, pl. 4, profil 4.
coquilles identiques à celles qu’on rencontre sur le rivage actuel de la Méditerranée, notamment : Pectunculus violacescens, Lamk., Purpura hemas toma, Lamk. ; Murex brandaris, Linn.; Columbella rustica, Lamk., etc. Cette formation s’étend jusqu’à Ramléh; entre Jaffa et Qaisariyéh, elle se prolonge souvent jusqu’à la limite du calcaire nurnmulitique; elle se retrouve dans la plaine d’Esdrelon, dans celles de Saint- Jean-d’Acre et de Tyr.
2° Anciens dépôts de la mer Morte. — On sait que, à une certaine époque, les eaux de la mer Morte remplissaient la longue vallée dont elle occupe aujourd’hui le fond, s’étendant ainsi depuis le lac de Tibériade jusque vers le milieu de l’Arabah. Les traces qu’elles ont laissées sur les côtés de cette vallée montrent que leur niveau le plus élevé alla jusqu’à 425 mètres audessus du niveau actuel, c’est-à-dire 30 mètres au-dessus delà Méditerranée. Malgré cela, elles ne communiquèrent jamais avec l'Océan. L'absence, dans l’Arabah, de toute formation marine, postérieure aux terrains qui l’entourent, prouve que, depuis leur soulèvement, leur émersion et la, naissance de la dépression au fond de laquelle se trouvent le Jourdain et la mer Morte, il n’y a pas eu communication entre ce bassin et la mer Rouge. Le lac primitif a donc laissé des dépôts qui permettent de suivre les principales phases de son histoire. C’est
effet, au milieu de ces dépôts que le fleuve a creusé son lit, et l’on peut y distinguer plusieurs étages successifs, voir fig. 535. Ainsi, aux environs de Jéricho, le plus haut étage va de 191 à 182 mètres, le second de 158 à 76 mètres, le troisième de 60 à 39 m., et la plaine alluviale, exposée à l’inondation, de 27 à 6 mètres. Tous ces étages, qui sont formés de lits de graviers, de boue et de marne, inclinent vers les bords du Jourdain, de sorte que la surface supérieure de chacun d’eux varie de hauteur à différents points, comme il arrive dans le cas de lits lacustres successifs.
E) Terrains volcaniques. — Les roches volcaniques sont très répandues à l’est de la grande fissure qui s’étend du golfe d’Akabah au Liban; celles qu’on trouve à l’ouest ne constituent que des accidents de moindre importance. De ce dernier côté, c’est surtout en Galilée qu’on les rencontre. Le point le plus méridional où l’on ait observé des basaltes est près de Zer'ln, dans la plaine d’Esdrelon, dont le sol gras est parsemé de débris basaltiques, particulièrement abondants à El- Fiiléh. Des découvertes récentes ont même prouvé l’existence d'une énorme coulée de lave dans la partie septentrionale et dans le centre de cette plaine. Cf. Schumacher, The Lava Sircam s of the Plain of Esdrælon, dans le Palestine Exploration Fund, Quarterly Statement, 1900, p. 357; voir aussi 1899, p. 312.
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Des coulées basaltiques existent aussi sur les flancs occidentaux et septentrionaux du Djebel Dalnj, et, plus loin, aux environs de Nazareth. Une autre, qui semble partir de Qurun Hattin, vient atteindre les bords du lac près de Tibériade; le basalte qui la constitue renferme les éléments suivants: silice, alumine, fer oxydé, carbonate de chaux, magnésie et alcalis. Mais le plus important massif volcanique est celui de Safed, que Russegger regarde comme le centre des éruptions de la contrée. Existe-t-il des coulées de lave à l’occident de la mer Morte? C’est un point qui a été discuté entre MM. Hôrmann et Blanckenhorn, dans les Mittheilungen de la Zeitschrift des Deut. Palàslina-Vereins, t. xxi, 1898, p. 87-88. La question est de savoir d’où provient réellement le morceau de lave trouvé dans ces parages. Cf. F. Zirkel, Das Lavastück des Pfarrers Hôrmann in Brixen, dans les Mittheilungen, 1899, p. 61-62. — Ce ne sont là cependant que de faibles échos des phénomènes volcaniques qui ont couvert de lave le Djôlan et le Haurân, dans la Transjordane. Voir lîg. 532 et la carte. Toute la rive orientale du lac de Tibériade est couverte de débris basaltiques, et plusieurs coulées descendent presque sous les eaux, comme aux débouchés des ouadis Sik et Semak. Ces coulées sont répandues sur tout le Djôlan; elles viennent se terminer brusquement au pied de l’Hermon, qui est comme le cap avancé contre lequel se sont brisés les flots vomis par les cratères. Les scories et les blocs de laves, parfois entassés les uns sur les autres, donnent un caractère étrange à cette région et y rendent la marche très pénible. Le' basalte est généralement assez compact, d’une couleur, noirâtre tirant sur le bleu et parsemé de nombreux ’cristaux de péridot d’un jaune clair. — C’est encore dans le Ilauràn que les phénomènes volcaniques ont atteint leur plus grand développement. On ne voit dans cette contrée, comme nous l’avons dit plus haut, que cônes et cratères et d’immenses coulées volcaniques recouvertes, en partie, d’un terreau gras que perce à chaque instant le basalte. Le basalte qui constitue le tell Abu Turnéis , en particulier, est remarquable par ses propriétés magnétiques. Il diffère d’ailleurs d’aspect avec celui de la Moabitide et celui du Djôlan; plus compact, il est d’un gris bleuâtre, taché de zones violacées et chargé de nombreux grains de péridot; chaque morceau forme une sorte d’aimant naturel, ce qui est dû sans doute à une forte proportion de fer oxydulé titanifère répandue dans sa masse. Le Ledjah n’est qu’une vaste nappe basaltique vomie par les cônes du Haurân. Le sol rougeâtre de la plaine En-Naqrah est composé de scories de laves et de cendres répandues par les volcans et désagrégées par les agents atmosphériques. Les ruines des anciennes villes renferment de nombreux blocs de basalte, qui ont été utilisés pour l’architecture; on en a fait des autels votifs, des sarcophages, de linteaux de porte, des colonnes. Il faut descendre ensuite sur les bords de la mer Morte pour retrouver les roches volcaniques, qui se montrent sur plusieurs points du plateau oriental. A l’extrémité septentrionale du lac, près du débouché de Youadi Ghuéir, une coulée de lave s’avance vers les eaux, sous lesquelles elle disparaît; elle est formée de basalte noirâtre, un peu scoriacé, dont les vacuoles sont tapissées de carbonate de chaux et dans lequel on distingue, à la loupe, des cristaux de pyroxène. Sur le flanc septentrional du Djebel Allants se trouvent des amas considérables de scories et brèches basaltiques qui paraissent recouvrir la tête d’une coulée moderne; celle-ci descend d’abord vers le lit du Zerqa Ma' in, le traverse, passe sur sa rive droite, qu’elle longe pendant un certain temps, puis revient sur la rive gauche et se dirige vers la mer Morte en passant près des sources chaudes de Callirrhoé. Dans le lit de Youadi Modjib sont de nombreux cailloux de basalte, probablement charriés par ce cours d’eau des régions
où il prend sa source. Ce basalte est d’un gris assez clair, présentant quelques grandes vacuoles tapissées d’aragonite, à pâte très feldspathique sur laquelle se détachent de nombreux grains de péridot.
F) Terrains récents. — Ces terrains doivent leur formation à des dépôts marins, lluviatiles, lacustres, fontinaux et atmosphériques.
1" Dépôts marins. — L’étude du littoral rnéditérranéen nous a montré, sur la côte palestinienne, des phénomènes d’exhaussement qui sont dus à l’action delà mer et des agents atmosphériques. La plage exhaussée des anciennes villes de Tyr et de Sidon provient des dépôts qui datent de l’époque historique. Du Carmel à la frontière égyptienne, comme sur toutes les côtes plates, la mer a rejeté et rejette encore, sous la forme d’un cordon littoral, les graviers, sables et limons que peut charrier le courant qui longe le rivage. D’autre part, les vents s’emparent des sables légers arrachés, par la désagrégation, au grès et au calcaire et les chassent sans cesse dans la direction de leurs courants dominants. De là ces couches légères qui ont fini par combler les vieux ports, ces collines sablonneuses qui longent la Méditerranée ; de là ce linceul qui, comme en Egypte, est en train de recouvrir les antiques cités de la côte. Un autre phénomène plus curieux est celui que présentent ces lignes de rochers qui courent parallèlement au rivage et constituent tantôt des brise-lames, tantôt des écueils dangereux, comme à Jaffa. Ces rochers, qui se trouvent à quelques centaines de mètres du rivage, et le plus souvent à fleur d’eau, sont des grès calcaréo-siliceux, de formation moderne, remplis de pétoncles (Pectunculus violacescens, Lamk). Ils sont ainsi produits par l’agglutination du sable et d’un grand nombre de coquillages, au moyen d’un ciment siliceux déposé par les eaux de la mer. Une action chimique particulière leur donne une extrême dureté.
2° Dépôts jluviatiles. — Les seules alluvions fluviatiles un peu considérables sont celles du Jourdain. Ce fleuve, nous l’avons vu, a creusé son lit au milieu des dépôts de la mer Morte, mais il l’a en partie comblé par un limon dont la couleur jaune et la fertilité font contraste avec les bandes stériles et blanchâtres des marnes gypseuses qui l’encadrent. A son embouchure dans le lac Asphaltite, il accumule des déjections, qui ont la forme d’une surface conique et finiront par produire un delta, dont la naissance se fait déjà sentir sous les eaux. YYouadi Zerqa Ma'in et Youadi Modjib forment eux-mêmes de petits deltas en miniature, sur lesquels poussent de nombreux arbrisseaux.
3° Dépôts lacustres. — Les dépôts lacustres les plus intéressants sont ceux qui sont formés de nos jours sous les eaux de la mer Morte. Ils ressemblent beaucoup à ceux que nous avons déjà signalés sous le nom de marnes de la Lisdn. Ils constituent principalement la grande plage appelée Sebkhah, située au sud et parfois encore, c’est-à-dire dans les crues exceptionnelles, envahie par les eaux, qui y déposent des argiles salifères. Ce sont des alluvions de celte nature qu’on retrouve sur les bords du lac, un peu partout, en particulier autour de la presqu’île de la Lisân, dont les petites falaises sont formées de dépôts plus anciens. Du fond même de la mer Morte la sonde rapporte des échantillons d’une argile bleuâtre renfermant de petits cristaux cubiques de sel et d’autres lenticulaires de gypse. Dans la partie méridionale, où la profondeur est très faible, on ne retire qu’une vase salée.
4 0 Dépôts fontinaux. — Les sources thermales laissent le plus souvent sur leurs bords des dépôts qui ne manquent pas d'intérêt pour le géologue. Celles de Hammam, près de Tibériade, qui sortent d'un calcaire bitumineux brun, semblable à celui de la mer Morte, dégagent de l’hydrogène sulfuré et ont un dépôt jaunâtre de soufre, mêlé à des carbonates de chaux et de magné-
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•sie. Celles de Callirrhoé donnent leur haute température aux eaux de Vouadi Zerqa Ma'în, à l’embouchure duquel on voit, sur la hauteur, quelques dépôts d’incrustation cimentant une brèche à éléments basaltiques. Le sol de la petite plaine de Sdrah est presque entièrement constitué par des calcaires incrustants, reposant sur le grès de Nubie. Il en est de même à l’occident du ilac, à 'Aïn Feschkhah, ‘ Ain Djidi, etc.
5° Dépôts atmosphériques. — Nous avons signalé •tout à l’heure la contribution que l’atmosphère apporte, comme l’eau, à la formation des nouveaux terrains. — Sur cette géodynamique externe, cf. A. de Lapparent, Traité de géologie, Paris, 1906, p. 136-318.
2. Formation de la Palestine. — La géologie a fait de la Terre un livre ouvert, où dans chaque couche du sol nous lisons une page de l’histoire de notre globe. Le chapitre qui concerne la Palestine a des lacunes et des incertitudes. Cependant la description des terrains, que nous venons de donner avec toute l’exactitude possible, nous permet de suivre les différentes phases ipar lesquelles a passé le pays biblique, au moins depuis une certaine époque.
A) Ire période d’émersion. — Les origines, en effet, sont assez obscures. Avant le carbonifère moyen, on ne •connaît en Palestine, à part quelques lambeaux de roches cristallines, aucun terrain d’âge déterminable, permettant d’établir l’état de la région aux premières •périodes de l’ère primaire. La -Méditerranée primitive, la Théthys de M. Suess, devait passer au nord pour aller rejoindre la région himalayenne et le Pacifique. 'On trouve, en particulier dans l’Anti-Taurus, une série marine continue, allant de l’ordovicien au carbonifère inférieur inclusivement. Plus au sud, c’est-à-dire en Palestine, au Sinaï, en Arabie et en Égypte, le premier point de repère est fourni par la puissante série des grès de Nubie, recouvrant immédiatement les granités et les schistes cristallins. L’assise de base, dite grès du désert, contient au Sinaï le Lepidodendron mosaïcum et des sigillaires, indice d’un premier épisode à tendance continentale, datant de l’époque westphalienne (carbonifère moyen). Au-dessus, une invasion marine, d’époque ouralienne (carbonifère supérieur), est indiquée au sud-est de la mer Morte par une puissante -assise de dolomies et de calcaires avec Productifs et Crinoïdes, que l’on retrouve dans l’ouadi Arabah et au Sinaï. Les fossiles ont certaines affinités avec ceux du dinantien ; mais leur caractère général est ouralien, et même certains d’entre eux sont identiques à ceux du permien inférieur d’Australie. Ces ressemblances avec l’Australie et aussi le Salt-Range de l’Inde montrent les relations de la Théthys carbonifère, la mer à fusilines, avec la région indo-pacifique. Au-dessus, en Palestine, le grès de Nubie reprend et le régime continental qu’il indique dure, sans qu’on ait pu établir de subdivision, jusqu’au cénomanien exclusivement. On y trouve du bois fossile, en particulier Araucarioxylon, qui, pour certains géologues, appartient aux assises de base, c’està-dire permiennes. Pendant celte longue période stable, la mer, faisant communiquer la Méditerranée actuelle avec lTIimalaya et le Pacifique, passe au nord de la Syrie. A partir de l’époque toarcienne, un grand fait géologique, la séparation du massif formé par l’Afrique, la Palestine et l’Arabie d’avec celui formé par l’Inde péninsulaire et Madagascar, se produit sans contrecoup apparent sur la contrée qui nous occupe. Au mont Hermon, à partir de l’époque callovienne, une série continue jusqu’au crétacé supérieur nous montre la présence de la mer avec des faciès qui rappellent successivement ses relations avec l’Inde et l’Europe occidentale.
B) L'invasion marine cénomanienne ; sa durée jusqu’au tertiaire. — La mer n’atteint la Palestine qu’à époque cénomanienne, et, depuis lors jusqu’au sommet
du crétacé, la limite du grès de Nubie, marquant le rivage, recule vers le sud, jusqu’à atteindre, à l’époque maestrichienne, la latitude d’Assouan. Nous avons vu comment sont représentés en Palestine les étages cénomanien, turonien et sénonien. Ce sont les pages les plus développées de l’histoire géologique du pays. Les étages de passage du crétacé à î’éocène, c’est-à-dire du danien au landénien, n’ont pas laissé de traces connues en Palestine, mais ce qu’on en connaît en Égypte indique une transition progressive du secondaire au tertiaire, et aussi la persistance des relations avec la faune indienne.
C) 2e période d’émersion. — a) De l’oligocène au pliocène. — Du lutétien au bartonien, la mer devait baigner encore le Liban et la Mésopotamie, ainsi que l’Égypte, et les fossiles indiquent des relations avec l’Algérie. Mais dès la base de l’oligocène, la Théthys devait subir un assèchement qui allait supprimer les communications par le nord de l’Inde entre la Méditerranée européenne et le Pacifique. Au nord du Fayoum apparaît déjà le régime continental avec de curieux mammifères intermédiaires entre les Dinothérium et les Dinoceras, ou précurseurs des rhinocéros et des mastodontes. A l’époque miocène, la mer n’occupe plus qu’un golfe s'avançant dans la région de Suez jusqu’au 27e degré de latitude au maximum. La mer Rouge n’existe pas, et, sur le continent formé par la Syrie, la Palestine, l’Arabie et l’Afrique, s’établit, grâce sans doute aux premiers plissements nord-sud, un 535. - Carte schématique du Fossé immense réseau fluvial syrien. D’après Suess, La face de comprenant les grands la terre, t. i, p. 472. lacs africains avec le
bassin du Nil, et dont le bassin du Jourdain avec l’ouadi Arabah forme l’extrémité septentrionale. Cet état dura jusqu’au pliocène inclusivement, la mer Rouge étant de formation récente, et la faune du bassin du Jourdain lui doit le caractère africain, en tout cas nullement méditerranéen, qu’elle garde encore. La fin de l’histoire de la région jusqu’à nos jours est, en effet, celle de deux séries de fractures ou de plissements pouvant se rompre à la clef ou se briser en failles, les unes se propageant du sud au nord, prolongeant la ligne de faîte de l’Afrique au niveau du Tanganyka, les autres nord-ouest sud-est, coupant les premières et don nant passage tantôt à la Méditerranée, tantôt à l’océan indien, jusqu’à former la mer Rouge actuelle. Les deux côtes de la presqu’île du Sinaï offrent un exemple frappant de l’intersection de ces deux directions. Ce qu’on appelle le Fossé syrien (voir fig. 535) : côte de Kosséir, golfe d’Akabah, ouadi Arabah, bassin de la mer Morte et du Jourdain, partie du bassin de l’Oronte venant buter au nord contre les plis du Taurus, est un exemple de la première et demande un examen spécial.