‹ Dictionnaire de la Bible (volume 3)Chapitre 322 sur 389 · IV · texte numérisé non relu

IV

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b) Formation de la grande dépression palestinienne. — L’énorme dépression qui constitue le trait caractéristique de la Palestine se rattache donc à un phénomène géologique qui a ébranlé une immense étendue de terrain. Mais, pour nous en tenir à la ligne spéciale qui nous occupe, voici comment s’explique sa formation. Nous avons montré, dans la géographie physique, comment le plateau de la Cisjordane et celui de la Transjordane se maintiennent dans leur ensemble au même niveau. D’autre part, nous venons de constater

prouvent qu'il y a eu dans l'unique plateau primitif une dislocation, postérieure au dépôt des couches crétacées et faite suivant une ligne droite du nord au sud. Si ce n’est pas le résultat de l’effondrement d’une clef de voûte, c’est du moins quelque chose de fort analogue. Il y a donc ici plus qu’une faille. En effet, dit Ed. Suess, La face de la terre (Bas Anllitz der Erde ), traduction faite sous la direction de E. de Margerie, Paris, 1905, t. i, p. 477 : « Une faille simple peut former à la surface du sol un gradin, mais non une vallée; ce gradin

536. — Coupe : 1” de Jérusalem à la mer Morte; 2° d’Hébron à la pointe S.-O. de la mer Morte. D’après Blanckenhorn, dans la Zeitschrift des Deut. Pal. Ver., 1896, pl. 3.

que les couches supérieures du terrain sont les mêmes des deux côtés. Seulement, tandis qu'à l'est elles sont horizontales, à l’ouest elles sont bombées, inclinant du côté de la Méditerranée et descendant, par une série de cassures ou de plis brusques, du côté du Jourdain et de la mer Morte. En outre, du côté oriental, apparaissent, sous ces couches crétacées, des roches anciennes invisibles à l’occident. On a remarqué enfin que la ligne de dépression est beaucoup plus accentuée à l’est qu’à l’ouest; d’un côté, elle plonge presque perpendiculairement dès le début; de l'autre, elle s’intlécriit davantage. C’est aussi sur la rive orientale que les montagnes sont le plus rapprochées de la mer Morte et présentent un escarpement plus raide. Voir Morte (Mer), Profondeur , col. 1295 et fig. 158. Tous ces faits

peut être évidé en vallée par l'érosion, mais alors cette vallée aura une pente déterminée par lécoulement des eaux, et son niveau ne descendra jamais au-dessous de de celui de la mer. Une vallée dont le fond descend à 800 mètres au-dessous de la mer, pour remonter un peu plus loin à 230 mètres d’altitude, puis redescendre encore sous le niveau de la mer, ne peut être ni le produit d'une faille unique, ni celui d’une faille accompagnée d’érosion. Il faut que des bandes de terrain se soient affaissées suivant des cassures parallèles, sur une grande longueur et à une profondeur inégale. Un retrouve ici ces variations dans l’amplitude du rejet que révèlent les failles des hauts plateaux de l’Utah et les grandes cassures des Alpes méridionales. C’est ainsi seulement que de larges dépressions, comme l’ouadi

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Arabah et l’ouadi Akabah, ont pu se former, et l'inégal affaissement des diverses parties peut s’expliquer par la compression qu’elles ont subie. »

c) Relief montagneux. — La dislocation dont nous venons de parler a eu naturellement sa répercussion sur le système montagneux. C’est à elle que sont dus en particulier les plissements de la chaîne occidentale. Tandis qu’à l’est l’effondrement s’est produit suivant une seule grande ligne, il s’est formé à l'ouest plusieurs fentes parallèles, de telle sorte que la région s’est affaissée non pas en bloc, mais par gradins successifs. C’est ce qu’il est facile de constater principalement lorsqu'on va de Jérusalem à la mer Morte en longeant Vouadi en-

537. — Ligne de structure des montagnes palestiniennes. D'après Blanckenhorn, dans la Zeitschrift des Dent. Pal. Ver., 1896, pl. 1.

Nâr, ou d’Hébron à la pointe sud-ouest du même lac. Voir fig. 536. On voit que le terrain, tout en s’inclinant vers ce dernier point, descend comme par échelons; il y a eu en plusieurs endroits des cassures qui ont maintenu aux couches une direction presque horizontale. Le même affaissement s’est répété vers la Méditerranée; mais ici toute trace de lèvre opposée a disparu. Qu’on jette les yeux sur une carte et qu’on examine les principales lignes qui constituent le relief montagneux de la Palestine cisjordane (voir fig. 537), et l'on verra comment, dans la Judée surtout, elles se suivent parallèlement sur le versant oriental, avec inclinaison plus ou moins prononcée du nord-est au sud-ouest. Elles constituent ainsi comme trois marches qui descendent vers la mer Morte. À chacune de ces lignes correspond une ligne de brisure ou de plissement, avec affaissement du même côté. On peut suivre également celles qui marquent la dislocation du côté du Carmel et de la

plaine d’Esdrelon, comme du côté de la vallée du Jourdain en Samarie et en Galilée.

d) Du pliocène à nos jours. — Transformations du sol palestinien; érosions, alluvions. — Antérieurement à cette dislocation qui ébaucha le relief définitif de la Palestine, le pays avait déjà commencé de subir certaines transformations. Lorsque, au moment de la période miocène, la mer quitta, au moins en partie, le continent palestinien pour ne plus le reconquérir, celui-ci se présentait. sous la forme d’un haut plateau, couvert par des couches horizontales du calcaire à nummuliles. Mais, sous l’action des grandes pluies de cette phase continentale, l’aspect du plateau se modifia. L’érosion fit disparaître en grande partie le calcaire nummulitique. De même une grande partie de la craie à silex fut enlevée par l’action chimique des eaux, ne laissant subsister que les silex qui s’y trouvaient contenus. Pendant ce temps, le pli anticlinal delà monlagne commençait sans doute à se dessiner ; puis, la tension imprimée au liane oriental du pli s’étant trouvée trop forte, des fractures s’y ouvrirent, laissant sortir des laves basaltiques qui ont recouvert le plateau à l’est de la mer Morte, où des lambeaux de ces coulées ont seuls été conservés. Pendant le pliocène, survint l’effondrement du Ghôr et de V Arabah. L'histoire de la Palestine peut ensuite se diviser en plusieurs phases, à l’époque quaternaire, pendant la période pluviale ou pluvio- glaciaire. Tandis qu’à l’orient les hauts plateaux du Belqa et du Haurân avaient déjà leur physionomie presque définitive, à l’occident la Méditerranée couvrait encore, sur une hauteur considérable, la plaine côtière, dite aujourd’hui de Saron et de Séphélah, avec une bonne partie du Nègeb. En construisant, en effet, le chemin de fer de Jaffa à Jérusalem, on a trouvé dans une tranchée près de Ramléh, à une cinquantaine de mètres d’altitude, une couche de gravier épaisse de 1 à 4 mètres, et de même nature que les dépôts côtiers. Cf .Zeitschrift des Deutschen Palàslina-Vereins, t. xiv, 1891, p. 135. La mer Morte s’étendait aussi depuis le lac de Tibériade au nord jusq’au seuil de l’Arabah, un peu plus bas que la latitude de Pétra, formant un long bassin d’un niveau supérieur même à celui de la Méditerranée. On comprend, en effet, que les pluies abondantes de l’époque, trouvant un déversoir naturel dans la grande dépression palestinienne, en aient fait un immense lac. Survint ensuite une phase sèche, pendant laquelle le niveau de la mer intérieure baissa de 300 mètres, et la concentration des eaux produisit le gîte de sel et de gypse connu sous le nom de Djebel Usdum. Voir Morte (Mer), col. 1305. Une recrudescence des pluies fit remonter le lac de 80 ou 100 mètres, hauteur à laquelle se construisit une importante terrasse de cailloutis avec gros blocs. Sous l’action violente des eaux, de nombreux torrents se creusèrent dans la chaîne occidentale ; de même à l’orient furent créés par l’érosion de profonds ravins, par lesquels les flots entraînaient les débris arrachés au plateau. A cette période tourmentée succéda une époque d’activité volcanique, pendant laquelle auraient eu lieu les épanchements de lave qu’on trouve dans la vallée du Scliéri at el-Ménâdireh , près des sources thermales d'El-Hamméh, et ceux de l’ouadi Zerqa Ma in. La température générale s’abaissant de nouveau, le relief continental acheva de se façonner par érosion et par alluvion. La plus importante des formations alluviales de cette période est la basse terrasse si bien caractérisée contre le pied oriental de la Lisân et près de Masada, comme dans toule la vallée du Jourdain. A ce moment aussi, on croit qu’il a dû se produire un redoublement d’activité dans les sources thermales de la contrée. Les flots de la Méditerranée s’étant retirés vers l’ouest, le littoral se trouva à peu près à la limite générale qu'il possède aujourd’hui. Cependant, sous le choc des masses liquides, le rivage

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se modifia, cerlaines parties se creusant plus ou moins profondément selon le degré de résistance ou l’état de fendillement des roches; ces modifications, du reste, nous l’avons vu, ont continué pendant les âges historiques. Dans l’intérieur des terres, s’achevèrent les grands phénomènes d’érosion. Avec le concours des agents atmosphériques, les sédiments et les roches perdirent tout ce qui pouvait leur être enlevé, les torrents et les ravins creusèrent leur lit définitif, et souvent leurs bords largement rongés montrent que leur écoulement fut autrefois ce qu’il n’a jamais été depuis. Non seulement les eaux corrodèrent la surface du sol, mais celles qui ne trouvèrent pas de voie ouverte à l’extérieur s’infiltrèrent à l’intérieur à travers les fissures ou les roches plus friables, creusant ainsi des canaux, de petits lacs et des cavernes jusqu’à ce que leur action constante ou quelque mouvement du sol leur ait permis de s’échapper. Ainsi ont été formées ces nombreuses grottes dont est percé le sol palestinien, souvent énormes et aux formes capricieuses. L’époque historique est inaugurée en Palestine par un événement qui a laissé une très vive impression dans les traditions contemporaines, dont la Bible est l’écho ; nous voulons parler de la catastrophe qui détruisit les villes de la Pentapole. C’est alors que s’atfaissa le terrain qui constitue aujourd’hui la partie méridionale de la mer Morte. Voir Morte (Mer), col. 1306. Depuis ce cataclysme, la Palestine a été fréquemment secouée par les tremblements de terre, mais aucun phénomène géologique n’y a apporté de changement notable. Les conditions physiques et biologiques que nous allons décrire sont, malgré quelques modifications superficielles, celles qui saluèrent la première apparition de l’homme dans ces contrées.

Voir, au point de vue géologique : Pour les notions générales, A. de Lapparent, Traité de géologie , 5e édit., Paris, 1906, 3 in-8»; Ed. Suess, La face de la terre ( Das Antlitz der Erde), trad. sous la direction de E. de Margerie, 3 in-8°, Paris, 1905. — Pour l’histoire des recherches géologiques faites en Palestine jusque vers 1880 : L. Lartet, Géologie, t. m du Voyage d'exploration à la mer Morte du duc de Luynes, in-4°, Paris, s. d., p. 9-22; Huddleston, The geology of Palestine, dans le Palestine Exploration Fond, Quarterly Statement, Londres, 1883, p. 166-170. — Pour la' géologie proprementjdite : E. Robinson, Physical geography of the lioly Land, in-8°, Londres, 1865, p. 284-299; O. Fraas, Ans dem Orient, in-8°, Stuttgart, 1867; L. Lartet, Géologie, tout le volume que nous venons d’indiquer, ouvrage des plus importants, mais à compléter par les études plus récentes; Id., Essai sur la géologie de la Palestine et des contrées avoisinantes, telles que l’Egypte et l’Arabie, dans les Annales des sciences géologiques, t. i, 1869, reproduit dans la Bibliothèque des Hautes Eludes; seconde partie, consacrée à la paléontologie, imprimée en 1872 dans le t. ni des Annales des sciences géologiques et également reproduite dans la Bibliothèque des Hautes Etudes; Ed. Hull, Memoir on the geology and geography of Arabia Petræa, Palestine and adjoining districts, in-4°, Londres, 1889, publié par le comité du Palestine Exploration Fund, et résumant les notes éparses, sur ce sujet, dans le Quarterly Stalement ; Id., Mount Seir, in-8°, Londres, 1889; M. Blanckenhorn, Syrien in seine e geologischen Vergangenheit, dans la Zeitschrift des Deutschen Palàstina-Vereins, Leipzig, t. xv, 1892, p. 40-62; Enlstehung und Geschichte des Todten Meeres, ibid., t. xix, 1896, p. 1 -59, avec 4 planches; Noch einmal Sodom und Gomorrha, ibid., t. xxi, 1898, p. 65-83; Géologie der nàheren Umgebung von Jérusalem, ibid., t. xxvai, 1905, p. 75-120, avec carte et planche; F. Nœtling, Geologische Skizze der Umgebung von el-Hammi, ibid., t. x, 1887, p. 59-88, avec planche. — Pour la minéralogie, analyse des eaux, etc. :

R. Sachsse, Beitrage zur chemischen Kenhtnis der Mineralien, Gesteine und Gewachse Palastinas, ibid., I. xx, 1897, p. 1-33 ; M. Blanckenhorn, Die Mineralschatze Palàstina' s , dans les Mittheilungen und Nachrichlen de la même revue, 1902, p. 65-70.

V. CLIMAT et FERTILITÉ. — 1. Climat. — La météorologie de la Palestine n’a guère été étudiée scientifiquement que de nos jours. Une étude scientifique sous ce rapport, en effet, réclame des instruments de précision, des observations exactes et régulières, faites non seulement sur un point particulier du territoire, mais en différentes stations, surtout si la situation, l’altitude ou d’autres conditions doivent, en certaines parties du pays, déterminer des différences climatériques. Or les instruments ont longtemps fait défaut, et les observations n’ont eu ni la méthode rigoureuse ni l’étendue suffisante. Sans doute les voyageurs ont bien constaté des changements atmosphériques plus ou moins sensibles correspondant au relief du sol luimême, ceux que l’on remarque, par exemple, en passant de la plaine à la montagne, en descendant de la montagne dans le Gliôr. Longtemps aussi les études se sont bornées au climat de Jérusalem ou à des expériences de quelques années faites à Nazareth et à Gaza. On peut voir, en particulier, dans le Palestine Exploration Fund, Quarterly Statement, 1883, p. 8-40, le rapport de Th. Chaplin, exposant le résultat d’observations faites dans la ville sainte pendant un espace de 22 ans, de 1860 à 1882; reproduit dans la Zeitschrift des deutschen Palàstina-Vereins, 1891, p. 93-112. La même revue a publié et continue de publier les résultats obtenus depuis. Mais, pour établir des points de comparaison et en arriver à un jugement d’ensemble sur la Palestine, il fallait augmenter le nombre des stations météorologiques. C’est ce qui a été fait, grâce surtout aux soins de T « Association allemande pour l’exploration de la Palestine », Deutsclier Palâstina-Verein. On trouve maintenant des stations plus ou moins complètes ; le long de la côte, à .Gaza, Sarona près de Jaffa, Khaïfa et au Carmel; — dans la montagne, à Bethléhem, Aïn Karim, Jérusalem, Naplouse, Nazareth, Safed; — dans la vallée du Jourdain, à Jéricho et à Tibériade; — à l’est du fleuve, au Sait. Cf. M. Blanckenhorn, Die meteorologisclien Beobachtungs-Stalionen des deutschen Palàstina-Vereins in Palàstina im Jahre 1004, dans les Mittheilungen und Nachrichten des deut. Pal. Ver., 1904, p. 20-32; voir aussi 1906, p. 71-78. Sans entrer dans les minutieux détails que comporte cette étude climatologique, nous nous bornerons à des données générales sur la température, les vents, la pluie sous ses différentes formes, et les saisons.

1° Température. — Par sa situation géographique, la Palestine appartient, au point de vue du climat, à la zone subtropicale; au solstice d’été le soleil n’est qu’à 10° sud du zénith. La température varie naturellement selon les différentes régions ; la région voisine de la mer est plus chaude que celle de la montagne, moins chaude que celle du Gliôr. Les observations n’ont malheureusement pas été faites en même temps sur tous les points; nous manquons donc des éléments d’appréciation nécessaires pour établir un tableau comparatif général. Les indications suivantes suffiront cependant pour donner une idée des rapports thermométriques qui existent entre les quatre régions de la Palestine. Prenons d’abord sur la côte les trois stations de Khaïfa, de Wilhelma (colonie située dans la plaine à l’est de Jaffa) et de Gaza. Les observations faites pour l’année 1904 nous offrent, pour les deux premiers mois, les plus froids avec décembre, et les trois mois les plus chauds, les résultats ci-joints. La température moyenne est prise à deux heures de l’après-midi ; nous traduisons toujours en degrés centigrades.

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