Livre canonique des Paralipomènes
Cependant, il n’est pas démontré absolument que le chroniste ait consulté directement le livre canonique des Rois, et il se pourrait qu’il n’en dépende que médiatement, par le moyen du livre des rois d’Israël et de Juda. Celte dernière source étant perdue, on ne peut trancher la question. Seule, l’inlluence, directe ou indirecte, du livre canonique des Rois sur les Paralipomènes est certaine.
3° Sources traditionnelles, écrites ou non. — En dehors des sources précédentes, le chroniste a consulté encore d’autres sources, soit des souvenirs traditionnels, soit des documents écrits. Ainsi, selon Driver, dans le livre des généalogies, les renseignements fournis I Par., iv, 22, 23, 39-43; v, 10, 19-22, viennent de cette origine. Ces listes étaient peut-être déjà rédigées, étant donné l’intérêt que les exilés portaient aux listes anciennes. De I Par., ix, 4, ce critique conclut que le livre des rois de Juda et d'Israël contenait des généalogies et des statistiques, reproduites ou utilisées par le chroniste.
Le P. de Iluminelauer, op. cil., p. 207-211, a ébauché une théorie différente des sources du chroniste. Celuici, voulant écrire l’histoire suivie du sanctuaire de Jérusalem, depuis le règne de David jusqu’à la captivité, combine et relie les récits, relatifs à son sujet et empruntés au livre des Rois, avec quelques narrations spéciales concernant le Temple. Peut-être toutes les additions et modifications qu’il fait à sa source principale ne sont-elles pas tirées de documents particuliers, et quelques-unes pourraient, sans détriment pour la véritéhistorique, avoir la forme du midrasch et n’être que des développements édifiants des récits des Rois. En outre,
le chroniste complète son récit par des narrations relatives aux lévites et tirées d’un autre document. Enfin, il y insère, ne pereant, des documents statistiques qui n’ont pas un rapport étroit avec son but propre et qui auraient pu être omis sans que la trame de son histoire en fut brisée. Le P. de Iluminelauer range encore dans cette dernière catégorie le Psaume chanté à la solennité de la translation de l’arche. 1 Par., xvi, 8-36. Ces sources se distinguent par leur caractère propre. Les narrations sur le Temple, qui sont très ressemblantes, formaient probablement un écrit unique, composé dans le même style diffus et ample, et contenant un récit non strictement historique, mais plus libre, présentant, sous la forme d’une véritable histoire, quelque liberté épique. Celles qui concernent les lévites ont un autre caractère et proviennent d’un auteur différent qui se complaît dans les noms de personnes et de lieux. Elles se rapprochent donc des documents statistiques qui, eux, quoique semblables par la forme extérieure, peuvent être distincts d’origine.
X. Autorité historique ou crédibilité. — Suivant l’expression de Cornill, la question de la valeur historique des récits des Paralipomènes est la question capitale. Pour les faits racontés à la fois dans ce livre ou dans les autres livres canoniques antérieurs, il n’y a pas de grave difficulté. Les termes étant souvent identiques eu à peu près, on en conclut que l’auteur des Paralipomènes a emprunté à ces livres les récils qui allaient à son but. Leur valeur historique est donc la même que celle de la source utilisée. Mais la difficulté naît au sujet des récits propres au chroniste, à propos de ses particularités et des nombreuses additions qu'il a faites au livre des Rois et qui concernent en majeure partie le Temple et les lévites.
D’anciens critiques déclaraient catégoriquement que toutes les particularités du chroniste étaient de son invention, qu’il avait imaginé même les titres des ouvrages auxquels il se réfère, qu’il n’avait pas eu d’autres sources que les livres canoniques antérieurs, et qu'il ne les avait pas compris, les remaniant, les embellissant et les altérant volontairement. Ces critiques rejetaient donc en bloc comme dénués de toute crédibilité tous les renseignements propres au chroniste. Telles étaient les conclusions de de Welle, Historischkritische Untersuchung über die Bûcher der Chronik, dans Beitrage zur Einleilung inclus A. T., Halle, 1806, t. i, p. 3-132; Einleilung, 7e édit., Berlin, 1852, p. 237- 259; de Gramberg, Die Chroniknacli ihrem geschichtlichen Charakter xind Hu er Glaubwiirdigkeit geprüft, Halle, 1823; de Graf, Die gescliichtliehe Bûcher des A. T., Leipzig, 1866, p. 1 14—247 ; et enpartie de Reuss, Geschichte des H. T., p. 517. Wellhausen, Prolegomena zur Geschichte Israels, 2e édit., Berlin, 1883, p. 177- 239, a accumulé les objections contre les récits du chroniste. Il lui a reproché ses omissions, le silence qu’il garde sur les faits défavorables à David et à Salomon, l’altération de ses sources, la couleur qu’il donne à certains faits, dans lesquels interviennent les prêtres, les lévites, les chantres et les musiciens du Temple. Selon lui, le chroniste juge le passé d’après le code sacerdotal, qui est d’origine récente, idéalise les événements en conformité avec cette loi et façonne un ancien peuple d’Israël à l’image de la communauté juive des temps modernes. Il lui reproche d’exagérer les faits et de grossir les chiffres d’une façon démesurée, notamment dans les affaires militaires. L’armée de David, I Par., XII, *23-40; xxi, 5, atteint des proportions colossales. Les prisonniers de guerre et les victimes immolées aux jours de bataille sont parfois augmentés d’une façon invraisemblable. Au sujet de la construction du Temple, I Par., xxn, xxix, les proportions de l’édifice sont réduites, tandis que les préparatifs de la construc lion sont exagérés. D’autres faits sont transformés et
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