IV. - C
PARALIPOMENES (LES DEUX LIVRES DES
surnaturalisés et beaucoup sont controuvés. Le clironiste ne mérite donc aucune confiance.
Ces conclusions sévères ne sont plus guère adoptées dans leur rigueur par les critiques plus récents, qui les atténuent notablement. Les anciens critiques, en effet, méconnaissaient à tort l’existence de certains documents, listes et recueils, accessibles au chroniste et utilisés par lui. Ils attribuaient à cet auteur une faculté d invention que rien dans son œuvre n’autorise à admettre si riche et si productive. Il apparaît plutôt comme un compilateur de documents. Le soin avec lequel il indique les sources consultées par lui est une garantie de son exactitude et de la diligence avec laquelle il a recueilli tous les renseignements propres à lui faire connaître la vérité. Il a donc travaillé d’après des documents antérieurs qu’il reproduit parfois textuellement, et il est impossible d’attribuer tous ses récits propres à des lictions ou à des falsifications volontaires. D’ailleurs, la manière dont il utilise les sources est mise en évidence par la comparaison de ses récits avec les récits parallèles du livre des Rois. L’accord est complet pour les points essentiels, et les variantes ne sont, pour le fond, que des détails mieux précisés et plus développés, et pour la forme, des différences d’expression et de style, qui s’expliquent par le but parénétique et didactique de l’historien. 11 faut en conclure que le chroniste a mis le même soin à utiliser les autres sources dont il cite les titres et qui ne nous sont pas parvenues, bien que nous ne puissions pas faire le contrôle. Par comparaison avec ce qu’il a fait du livre des Rois, nous pouvons affirmer que, s'il les a modifiés pour les rendre conformes à son but, il n’a pas changé la vérité objective des faits; il a seulement donné à son récit une empreinte subjective et personnelle qui lui est particulière, et le distingue de l’exposition plus objective du livre des Rois.
Ces conclusions ont été soutenues et la véracité du chroniste défendue contre les attaques des anciens rationalistes par des écrivains protestants et catholiques. Voir Dahler, De librorum Paralipomenon auctoritate algue fide historica, Strasbourg, 1819; un- anonyme catholique, dans Theologische Quartalsclirift, 1831, p. 201-261; Movers, Kritische U ntersuchungen ïiber die biblische Chronik, Bonn, 1834; Keil, Apologetischer Versuch über die Bûcher der Chronik , Berlin, 1833; Einleitung, 3e édit., p. 461-476; Dillmann, Chronik, dans Realencyklopàdie fur Théologie, de Herzog, 1854, t. il, p. 693; Welte, Einleitung, t. n, p. 161 - 231; E. Nagl, Die nachdavidische Kônigsgeschichle Israels elhnographisch und geographisch Beleuchtet, Vienne, 1905.
Enfin, des faits qui sont relatés dans les Paralipomènes et dont l’authenticité était mise en suspicion par les critiques modernes, ont été heureusement confirmés par les découvertes récentes. Sur la prise de Jérusalem par Sésac, II Par., xii, 2-9, et sur l’invasion des Moabites -en Palestine, Il Par., xx, voir F. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 6e édit., Paris, 1896, t. ni, p. 416-422, 464-474. D’autres faits ont été rendus très vraisemblables par la connaissance plus approfondie que nous avons des choses de l’Assyrie. Sur la captivité de Manassé à Babylone, voir F. Vigouroux, Les Livres Saints et la critique rationaliste, Paris, 1890, t. iv, p. 62-67. Cette confirmation inattendue peut donner l’espoir que de nouvelles découvertes justifieront encore sur d’autres points contestés l’exactitude du chroniste.
Cependant, les critiques plus récents cherchent à tenir un juste milieu entre ces deux positions opposées. Ils ne peuvent considérer tous les récits propres du clironiste comme sûrs et authentiques, puisque, prétendent-ils, quelques-uns sont en désaccord formel avec le livre des Rois. Ils ne nient pas que le chroniste ait utilisé des sources antérieures autres que ce livre canonique;
ils discutent seulement la valeur historique de ces sources, ou la manière dont le chroniste les a employées. Sans dénier la part de la tradition qu’on ne doit pas négliger, surtout à propos des coutumes religieuses, ils se tiennent sur la réserve relativement à ce que le chroniste rapporte de l’organisation de la tribu sacerdotale et à quelques points particuliers. On ne peut rejeter en bloc les additions du chroniste et chacune d’elles doit être examinée séparément et pour elle-même. Quant aux modifications, abstraction faite de celles qui sont dues aux copistes et qui sont assez nombreuses, au moins dans les généalogies, et de celles qui proviennent de la diversité des sources, il en reste auxquelles l’esprit de tendance ne paraît pas étranger, par exemple celle qui rattache Samuel à la tribu de Lévi. A cette cause ils rapportent aussi le grossissement des chiffres, le classement chronologique des événements de quelques règnes, par exemple ceux d’Asa et de Josias, l’influence des idées théologiques de l’époque postérieure au retour de la captivité, l’importance donnée aux lévites dans les solennités antérieures à l’exil, le patriotisme et le royalisme du chroniste, et sa croyance stricte à la doctrine de la rétribution ici-bas. Le chroniste aurait donc vu parfois l’histoire ancienne à travers un prisme, et il aurait décrit le passé avec les couleurs de son temps. En tout cela, sa bonne foi serait hors de cause. Quoi qu’on pense de ses procédés et de son système, son honnêteté est incontestable. Il n’a pas cru ni voulu tromper ses lecteurs ou fausser l’histoire. Il s’est borné à raconter l’histoire telle qu’elle aurait dû se passer, si les insti tu lions contemporaines avaient déjà existé. Il a transporté en arrière le présent, sur lequel il nous renseigne très fidèlement. Cf. A. Ivuenen, Histoire critique des livres de VA. T., trad. franc., Paris, 1866, t. i, p. 482-495; Cornill, Enleitung in clas A. T., p. 122-125; L. Gautier, Introduction à l'Ancien Testament, t. n, p. 370-378. Sa méthode n’est pas strictement historique. 11 met dans la bouche de ses personnages des discours qu’ils n'ont pas tenus; il juge leurs actes d’après son propre point de vue. Il reproduit fidèlement les idées théocraliques de son temps. Il laisse hors de son cadre tout ce qui est étranger. On se tromperait en pensant qu’il a cru par son silence cacher les faits défavorables à David et à Salomon; ils étaient connus de ses contemporains. Son silence s’explique plutôt par les circonstances de son époque : il fortifie la foi de son temps en traçant une image idéale du passé. Ses contemporains envisageaient l’histoire comme lui. Personne ne doutait alors que les choses se soient passées telles qu’il les décrit. Dans l’ensemble donc, il reproduit les idées traditionnelles, mais développées sous une forme littéraire spéciale et en vue de l’enseignement et de l’édification. Driver, Einleitung in die Litteratur des alten Testaments, trad. Rothstein, Berlin, 1896, p. 569- 571; Strack, Einleitung in das A. T., 6e édit., Munich, 1906, p. 163-164.
Le P. de Hummelauer, op. cit., t. i, p. 5, se propose d’examiner plus tard si les récits des Paralipomènes sont strictement historiques, ou s’ils exposent l’histoire sous une forme plus libre que celle que suivent les historiens modernes. 11 admet déjà, p. 210, que les différences entre les Paralipomènes et le livre des Rois peuvent provenir non pas de sources spéciales, mais de la manière dont le chroniste utilise le livre des Rois, en en faisant, sous l’inspiration divine, une paraphrase ou un midrasch qui, tout en développant le récit primitif, ne le fait pas par des développements étrangers à la vérité historique. D’ailleurs, il a volontairement modifié le texte des Rois en remplaçant des termes obscurs et vieillis par des expressions plus claires et plus modernes, en omettant ou changeant à dessein quelques faits, en employant des euphémismes. Il voulait édifier ses lecteurs; il ne se proposait pas d écrire une histoire
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complète. Il suivait les sources qu’il consultait et il ne forgeait pas les faits qu’il rapportait. Bref, inspiré de Dieu, il ne pouvait s’écarter de la vérité qu’il avait en vue conformément au genre de son récit.
En d’autres termes, les particularités qu'on reproche tant à l’auteur des Paralipomènes s’expliquent ou par les sources qu’il a utilisées ou par son but didactique et parénétique. Il n’avait pas en vue d'écrire une histoire critique, conforme à toutes les régies d'un art qui n’existait peut-être pas encore, au moins tel que le conçoivent les modernes. Il voulait parfois peut-être reproduire seulement les documents qu’il avait sous les yeux; mais en les reproduisant, il pensait qu’ils étaient vrais et Dieu qui l’inspirait garantissait ainsi la vérité des faits tirés des sources consultées. Cf. C. Pesch, De inspiralione sacræ Scripturæ, Fribourgen-Brisgau, 1906, p. 526, 539-540. Il écrivait l’histoire pour édifier ses lecteurs. L’histoire édifiante est-elle nécessairement fausse V Elle ne le serait que si elle façonnait à dessein ses récits; elle ne l’est pas, si elle omet ce qui ne va pas à son but, si elle fait ressortir les circonstances des événements et si elle les décrit complaisamment pour atteindre mieux sa fin propre. Telle est la manière d'agir du chroniste. Ces considérations générales suffisent à justifier sa véracité dans la plupart des cas. Pour les objections particulières, ce n’est pas le lieu de les résoudre. Notons seulement que celles qui concernent le culte au Temple et le service des prêtres et des lévites reposent sur l’hypothèse de l’origine récente et non mosaïque du code sacerdotal. Elles tombent par le seul fait que cette hypothèse n’est pas vérifiée. Quant aux chiffres grossis ou enflés, on peut en expliquer quelques-uns par des fautes de copistes, et rien n’est plus facile que l’altération des nombres dans des copies successives. D’ailleurs, il n’est pas vrai que, comparativement à ceux du livre des Rois, ils soient toujours invraisemblables dans les Paralipomènes. Quelques-uns reproduits dans ce livre sont, au contraire, plus raisonnables et plus conformes à la vérité. Voir F. Vigouroux, Manuel biblique, 12e édit., Paris, 1906, t. n, p. 143-150. Pour la solution d'autres objections, voir P. Martin, Introduction à la critique générale de VA. T. (lith .), Paris, 1887-1888, t. n, p. 29-153; R. Cornely, lntroduclio specialis in historicos V. T. libros, part. I, Paris, 1881, p. 335-347; F. Vigouroux, Les Livres Saints et la critique rationaliste, Paris, 1890, p. 68-74. Voir aussi col. 1602-1683.
XI. État du texte. — 1° Hébreu. — Ce texte ne nous est pas parvenu dans sa teneur primitive. On y constate de nombreux passages altérés, surtout dans le livre des généalogies. Ces tableaux, si peu ordonnés et si peu systématiques, ont eu d'abord à souffrir des gloses complémentaires. De plus, les copistes les ont fort maltraités. Le texte, en effet, des neuf premiers chapitres des Paralipomènes est actuellement dans un état défectueux. Et cela se comprend aisément; les erreurs de copie se produisent facilement dans la transcription des noms propres de personnes et de lieux. Aussi, par la comparaison avec les autres livres de la Bible, on constate de nombreuses altérations de ces noms dans les listes de Paralipomènes. Cf. Friedlander, Die Veründerlichkeit der Namen in den Stammlisten d.er Bûcher der Chronik, Berlin, 1903. Dans la suite du livre, le texte est moins remanié et présente moins de fautes, au point de vue critique, que celui de beaucoup d’autres livres bibliques, et en particulier du livre des Rois. Il y a des fautes visibles à l’œil : I Par., xiv, 13; xx, 3; xxiv, 6; II Par., îx, 4; xvm, 29; xix, 8; xx, 25; xxviii, 16; xxxii, 4. L’âge de 42 ans, donné â Ochozias, Il Par., xxn, 2, est manifestement le résultat d’une erreur de copie, car un fils n'est pas plus âgé que son père, et le passage correspondant, II Reg., vin, 26, indique 22 ans. Voir aussi I Par., ix, 5; cf. II Esd., xi,
5; 1 Par., vi, 28; cf. I Sam., vin, 2. D'autres fautes proviennent de la différence d’écriture. Plusieurs des chiffres trop élevés s’expliquent par des erreurs de transcription. F. Kaulen, Einleilung in die heilige Schrifl H. und N. T., 2e édit., Fribourg-en-Brisgau, 1890,
2° Grec et latin. — Saint Jérôme constatait déjà de son temps leur mauvais état : Libéré vobis loquor, ila et in græcis et lalinis codicibus hic nominum liber vitiosus est, ut non tam hebræa quam barbara quædam et sarmatica nomina congesla arbitrandum s if. Nec hoc Septuaginta inter pretibus...,sed scriptorum culpæ adscribendumfdum de inemendalis inemendata scriptitant et sæpe tria nomina, sublractis e medio syllabis, in union vocabulum cogunt, vel e regione unum nomen propter latitudinem suarn in duo vel tria vocabula dividunt. In librum Par. præfalio, t. xxix, col. 402. Le nombre des fautes de copiste a certainement grandi depuis l’époque de saint Jérôme, au moins dans les manuscrits des Paralipomènes. Les éditions critiques ont réduit le nombre de celles qu’elles indiquent parmi les variantes. Cf. Hovvorth, The Lrue L. XX version of Chronicles-Ezra-Nehemiah, dans Academy,
NIL Commentaires. — Ils ne sont pas nombreux. Leur petit nombre provient vraisemblablement du peu d’intérêt qu’on portait à des livres considérés comme île simples suppléments des autres livres canoniques.
— 1° Des Pères. — Grecs : Théodoret, Quæstiones in libros Paralipomenon, t. lxxx, col. 801-858; Procope de Gaza, ln libros Paralipomenon (extraits du précédent), t. lxxxyii, col. 1201-1220. — Latins : pseudo-Jérôme, Quæstiones hebraicæ in Paralipomenon ,X. xxm, col. 1365-1402 (d’après Martianay, ibid., col. 1329-1330, leur auteur est du vne ou du vme siècle); Raban Maur, Comment, in Par. (c’est le premier commentaire développé du livre, d’après les Pères), t. cix, col. 279-540; Walafrid Strabon en a extrait sa Glossa ordinaria, t. cxm, col. 629-692. — 2° Du moyen âge. — Hugues de Saint-Cher, dans Opéra, Cologne, 1521, t. i, p. 310- 344, et Nicolas de Lyre ont commenté les Paralipomènes comme les autres livres de la Bible dans leurs Postillæ; Denysle chartreux, Enarralio in libros Par., dans Opéra, Montreuil, 1897, t. iv, p. 105-275; A. Tostal, Comment, in. Par., dans Opéra, Venise, 1728, t. xvi, xvn. — 3° Dans les temps modernes. — 1. Catholiques .
— Serarius, Comment, posthuma in l. Reg. et Par., Lyon, 1613; Mayence, 1617; C. Sanchez, Comment, in l. Reg. et Par., Anvers, 1624; J. Bonfrère, Comment, in l. Reg. et Par., Paris, 1643; J. B. le Brun et N. le Tourneux, Concordia librorum Reg. et Par., Paris, 1691;Calmet, Commentaire littéral, 2« édit., Paris, 1724, t. ni, p. 1-246; trad. lat. dans le Cursus complétas Scripturæ sacræ de Migne, t. xi, col. 831-1460; Duguet et d’Asfeld, Explication des Rois et des Paralipomènes, Paris, 1738; L. Mauschberger, Comment, in l. Par., Esdræ, Tobiæ, Judith, Eslher, Olrnulz, 1758; B. Neteler, Die Bûcher der Chronik, Munster, 1872,1899; Clair, Les Paralipomènes, Paris, 1880; 1'. de llummelaucr, Commentarius in Paralipomenon , Paris, 1905, t. i. — 2. Protestants du xixe siècle. — E. Bertheau, Die Bûcher der Chronik erklart, Leipzig, 1854, 1874; C. F. Keil, Nachexilische Geschichlsbûcher : Chronik, Esra, Nehemia und Eslher, Leipzig, 1870; trad. anglaise par Harper, dans Cook, The Iloly Bible, Londres, 1873, t. ni, p. 155-384; G. Rawlinson, Chronicles, dans The Speaker’s Commentary, Londres, 1873, t. in, p. 155-384; O. Zôckler, Die Bûcher der Chronik, Bielefeld, 1874; Bail, dans Comment, for englisli readers d’Ellicott, 1883; S. Œttli, Die Bûcher der Chronik, Esra und Nehemia, Munich, 1889; H. Bennett, The Books of Chronicles, 1894; W. E. Barnes, The Book of Chronicles, Cambridge, 1899; J. Benzin-
2151 PARALIPOMÈNES (LES DEUX LIVRES DES) — PARALYTIQUE 2152
ger, Die Bûcher der Chronik, Fribourg-en-Brisgau, 1901 ; R. Kiltel, Die Bûcher der Chronik, Gœttingue, 1902.
XIII. Bibliographie. — J. Danko, Historia revelationis divinæ V. T., Vienne, 1862, p. 455-459; F. Kaulen, Einleitung in die heilig. Schrift. A. und N. T., 2e édit., Fribourg-en-Brisgau, 1890, p. 201-207; F. Vigoureux, Manuel biblique, 12e édit., Paris, 1906, t. il, p. 138-157; P. Martin, Introduction à la critique générale de VA. T. (lilli.), Paris, 1887-1888, t.n, p. 8-167; R. Cornely, Introduclio specialis in liisloricos V. T. libres, part. I, Paris, 1887, p. 311-350; Pelt, Histoire de VA. T., 3e édit., Paris, 1902, t. n, p. 293-296; A. Kuenen, Histoire critique des livres de VA. T., trad. franc., Paris, 1866, t. I, p. 442-495; Th. Nôldeke, Histoire littéraire de VA. T., trad. franc., Paris, 1873, p. 79-92; Cornill, Einleitung in das A. T., 3e et 4e édit., Fribourg-en-Brisgau et Leipzig, 1896, p. 119-128; Driver, Einleitung in die Litteratur des allen Testaments, trad. Rothstein, Berlin, 1896, p. 553-576; G. Wildeboer, Die Literatur des A. T., 2e édit., Gœttingue, 1905, p. 404-409, 412-420; 11. L. Strack, Einleitung in das A. T., 6e édit., Munich, 1906, p. 161-164; L. Gautier, Introduction à VA. T., Lausanne, 1906, t. ii, p. 306- 380; ,T. Hastings, A Dictionary of the Bible, art .Ch.ronicles, Londres, 1898, t. i, p. 389-397.
E. Mangenot.
PARALLÉLISME, caractère particulier de la poésie hébraïque, consistant dans la correspondance des pensées et souvent même des mots. Voir Hébraïque (Langue), iv, 1°, t. m, col. 489.
PARALYSIE, maladie qui atteint les muscles et diminue ou supprime la faculté de les sentir ou de les contracter, dans telle ou telle partie du corps. La suppression de la sensation s’appelle anesthésie; elle est également partielle ou générale, accidentelle ou congénitale. Son nom grec, TiapcDuinç, indique le relâche- \ ment du système musculaire. Ce relâchement est souvent chronique, et la paralysie devient inguérissable | quand elle tient à une lésion matérielle du système i nerveux. — 1° La Sainte Écriture mentionne quelques j cas de paralysie. A Béthel, quand Jéroboam étendit la ! main pour faire saisir le prophète qui lui annonçait le triste avenir réservé à son entreprise schismatique, sa main se dessécha et il ne put la ramener à soi. Son bras venait d’être frappé de paralysie. Cependant, à la prière du prophète, il en recouvra l’usage. III Reg., xiii, 4-6. — 2° Ltn cas semblable se rencontre au temps de Notre-Seigneur. Un jour de sabbat, on lui présenta dans une synagogue un homme qui avait la main desséchée, Çr,pà, arida, c’est-à-dire décharnée et, par suite de l’oblitération de la contractilité dans les muscles, incapable de se mouvoir et de servir. Le divin Maître commanda à cet homme d’étendre la main; celui-ci obéit, bien qu’il se sût naturellement incapable de le faire, et aussitôt il fut guéri d’un mal incurable en lui-même. Matth., xn, 10, 13; Marc., ni, 1, 5; Luc., vi, 6, 10. A la piscine de Bethesda, se trouvaient en grand nombre, au milieu des autres malades ou infirmes, des |r,poi', aridi, qui avaient un ou plusieurs membres sans vie, atrophiés et paralysés. .Toa., v, 3. — 3° La maladie dont mourut Alcime est ainsi décrite : « Alcime fut frappé et ses entreprises furent arrêtées; sa bouche se ferma; atteint de paralysie, il ne put plus prononcer une seule parole, ni donner aucun ordre au sujet des alfa ire s de sa maison. Et Alcime mourut en ce temps-là dans de grandes tortures. » I Mach., ix, 55, 56. Josèphe, Ant. jud., XII, x, 6, dit qu’Alcime, frappé d’un mal soudain, tomba à terre privé de la parole et mourut après de longs jours de tourments. Il est probable que le mal auquel Alcime succomba n’est pas la simple paralysie. Sous le nom de TrapâD jcxiç, les anciens comprenaient différents maux, la paralysie, l’apoplexie et
le tétanos. On croit que ce dernier fut celui qui frappa Alcime. Le trismus ou convulsion des muscles de la mâchoire inférieure lui ôta l’usage de la parole; la contraction s’étendit peu à peu aux autres muscles, les mouvements de la respiration et de la déglutition furent paralysés et le malheureux mourut dans les douleurs qui accompagnent le tétanos et aboutissent presque toujours à un dénouement fatal. — Cf. Gillet, Les Machabées, Paris, 1880, p. 136; J. Daniel, De paralyticis, dans le Thésaurus de Hase et Iken, Leyde, 1732, t. n, p. 181-182. Dans le Nouveau Testament sont cités plusieurs autres cas de paralysie. Voir Paralytique.
H. Lesêtre.
PARALYTIQUE (grec : TtapaXtmxdç; Vulgate : paralyticus), infirme atteint de paralysie. — Un jour que Notre-Seigneur enseignait dans une maison de Capharnaüm, on lui apporta un paralytique à guérir. Mais, comme l’intérieur de la maison était inaccessible,
565. — Le paralytique guéri par Notre-Seigneur. Fragment de sarcophage. — D’après Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes, 3' édit., 1889, p. 558. — Jésus est debout, la main étendue pour bénir. A coté de lui est un personnage tenant des volumes dans la main, probablement un scribe. Le paralytique guéri est représenté plus petit que Notre-Seigneur, pour marquer son infériorité.
à cause de la foule, ceux qui portaient le paralytique sur un grabat montèrent à la terrasse de la maison, en ôtèrent plusieurs tuiles, de manière à pratiquer une ouverture suffisante, et firent descendre devant le divin Maître le grabat sur lequel était étendu le malheureux infirme. Voir Maison, t. iv, col. 589. Notre- Seigneur commença par lui remettre ses péchés, puis lui dit : « Lève-toi, prends ton grabat et retourne chez toi. » L’infirme se leva aussitôt, prit son grabat et s’en alla devant la multitude (fig. 565). Matth., îx, 1-8 ; Marc., ii, 1-12 ; Luc., v, 17-26. Voir t. ni, fig. 62, col. 289. Une autre fois, le Sauveur fut sollicité à Capharnaüm par un centurion dont l’esclave était atleint de paralysie. Il promit d’aller le guérir, mais, sur les humbles instances de l’oflicier, il se contenta d’opérer la guérison à distance. Matth., vin, 5-13; Luc., vu, 1-10. Ces miracles attiraient autour de Notre-Seigneur des malades de toutes sortes, entre autres des paralytiques, et il les guérissait. Matth., iv, 24. L’infirme que le Sauveur guérit à la piscine de Bethesda était probablement aussi un paralytique. On le conclut des détails que fournit le texle sacré : cet homme traînait son in-