LIVRE DE
ne manquent pas d’une certaine force, remarque cependant qu’elles ne sont pas décisives; car les prophètes, dans leurs descriptions de l’avenir, ne sont pas toujours cohérents avec eux-mêmes (cf. par exemple, Is., iii, 25-26 et xxix, 5-8). De plus iv, 11-13, peut ne pas être de la même époque que ni, 12 et iv, 9-10, et par conséquent rélléter une nouvelle phase des conceptions de Michée. Toutefois, le même auteur regarde comme une glose marginale la « clause babylonienne », iv, 10, parce qu’elle serait incompatible avec la victoire promise aux Juifs, iv, 11-13, et le ton général de v, 2-6. Toutes ces objections ne reposent au fond, comme on le voit, que sur la négation à priori de l’inspiration prophétique.
iii. chapitres vi-vii. — Ces deux chapitres, qui contiennent un dialogue entre Dieu et son peuple, ont été intégralement attribués par Evvald à un prophète écrivant au temps de Manassé. Ce critique s’appuie sur les différences qu’on remarqne entre i-v et vi-vii : 1° Dans i-v, Michée ne s’élève que contre les chefs de la nation, tandis que les chapitres vi-vii, englobent dans leurs récriminations le peuple tout entier; 2° dans
vi, 16, les mots : « Les ordres d’Amri et toute œuvre de la maison d’Achab, » se rapportent directement au temps de Manassé; 3° les différences de style sont sensibles : vi-vii est dramatique dans ses peintures; la prophétie se déroule entre interlocuteurs, ce qui est étranger aux prophètes; le ton élégiaque se rapproche de Jérémie. Wellhausen, Einleitung de Bleek, 4e édit., p. 425, admet les conclusions d’Evvald, sauf pour vu, 7-20, qu’il regarde comme une addition postexilienne; Giesebrecht, Beilrcige, 1890, p. 216, qui se range à cette opinion, s’appuie sur deux raisons : 1° l'état décrit dans
vii, 7-20, est tout à fait différent de celui qui est décrit dans vu, 1-6 ; 2° vu, 7-20 aune grande ressemblance avec Is., xl-lxvi. Mais, remarque Driver, Introd., p. 334. ces deux arguments ne sont pas démonstratifs : le contraste entre vu, 7-20, et vu, 1-6, est réel et suppose un intervalle d’au moins un siècle entre les deux situations; mais le prophète décrit deux situations différentes, et d’autre part le temps n’est rien dans la représentation prophétique; quant à la ressemblance avec Is., xl-lxvi, elle est aussi sensible, comme le montre le tableau suivant : Mich., vu, 8b, 9b, et Is., xlii, 16; lxii, lb; Mich., vu, 9a, et Is., xlii, 24, 25; lxiv, 5b; Mich., vii, 10, et Is., xlix, 25, 26; li, 23; Mich., vu, 11, et Is., lviii, 12; Mich., vu, 12, et Is., xliii, 5-16; xlix, 12; Mich., vu, 14, et Is., lxiii, 17b; lxiv, 9; lxv, 9, 10 (cf. Jer., l, 19); Mich., vit, 15, et Is., xli, 18; xliii, 16- 17 ; xlviii, 21 ; Mich., vii, 16-17, et Is., xlv, 14; liv, 15; Mich., vii, 18-20, et Is., xliii, 25; xliv, 22; liv, 8-9; lv, 7b; toutefois Mich., vu, 7-20, ne contient aucune de ces claires allusions à l’exil, comme on en trouve dans Is., xl-lxvi. Il faut ajouter que la mention de l’Assyrie plutôt que de Babylone dans Mich., vii, 12, et l’emploi, vu, 15, du mot : M içràim, pour désigner l’Egypte, qu’on ne trouve que dans Is., xix, 6; xxxvu, 2 (cf. IV Reg., xix, 24), sont en faveur de l’authenticité des chapitres vi-vm.
IV. Canonicité. — La canonicité de la prophétie de Michée n’a jamais été contestée; elle a toujours fait partie du Canon juif ou chrétien. Voir Canon, t. u, col. 138-167. Les Pères ont cité Michée comme Écriture canonique. Cf. Kilber, Analysis biblica, édit. Tailhan, in-8°, Paris, 1856, t. i, p. 499-500.
V. Texte, style et langue. — Le texte original est l’hébreu. La prophétie de Michée se trouve dans toutes les versions. Elle se distingue par l’élévation des pensées et la beauté des expressions. Ce qui caractérise le style de Michée, ce sont des jeux de mots, ce qui est d’ailleurs commun à tous les écrivains orientaux, Mich., i, 10-15 ; vi, 11; des images et des comparaisons pittoresques, Mich., 1,16; u, 12-13; iv, 9-10; des transitions brusques. Mich., iii, 12-iv, 1 ; iv, 9-11 ; vu, 11-12. La prophétie, iv, 1-3,
MICHEL