‹ Dictionnaire de la Bible (volume 3)Chapitre 89 sur 389 · Muselière. Colonne de Théodose · texte numérisé non relu

Muselière. Colonne de Théodose

D’après Rich, Dictionnaire des antiquités, 1873, p. 271.

l’impossibilité soit de manger, soit de faire entendre sa voix. De même, les présents ferment la bouche du sage qui devrait parler pour condamner le vice. La Vulgate a traduit le second membre de phrase : « Et comme un muet ( mutus ), il détourne dans leur bouche leurs réprimandes. >' Le texte hébreu devait porter ici un substantif dérivé du verbe ’âlam, « lier, » et le traducteur aura lu 'illêm, « muet. » "Voir Muet, col. 1331. Saint Jérôme, In Mich., ni, t. xxv, col. 1183, traduit, en conformité avec les Septante : les présents, « comme un frein ( frenum ) dans la bouche, détournent la réprimande. » La loi mosaïque défendait de mettre une muselière au bœuf qui foulait les épis, lô’ tahsôm, où <pip.(oaetç, non alligabis os. Deut., xxv, 4.

H. Lesètre.

MUSI (bébreu : Mûsi [dans I Par., vi, 19, Musi ] ; Septante : '0[j.o-j<jô!, Exod., vi, 19; ailleurs Moutrî), petit-fils de Lévi, le second des fils de Mérari. Exod., vi, 19; Num., m, 20 ; I Par., vi, 19, 47 ; xxm, 21, 23 ; xxiv, 30. 11 eut trois fils, Moholi, Éder et Jérimoth. 1 Par., xxm, 23; xxiv, 30. Tous ses descendants furent appelés de son nom Musites. Voir Musites, col. 1360.

MUSICIEN (grec: | xouor/oç; Vulgate: musions), celui qui joue d’un instrument de musique. Les musiciens ne sont pas nommés dans le texte hébreu ; ils ne le sont que dans les versions de l’Ecclésiastique, xxxn, 7, 8; de I Machabée, ix, 41 ; et dans le grec d’Apocalypse, xvm, 22. Partout ailleurs, musicus est un adjectif, « musical, de la musique, concernant la musique. » Voir Musique.

MUSIQUE DES HÉBREUX. - 1. Noms. - 1» Le mot sir s’applique aux « voix » des chanteurs en même temps qu’au « son » des instruments : I Par., xv, 16; II Par., v, 13; xxix, 28; I Reg.,v, 12; Ps. cxxxvii,3, 4. L’expression kelê sir désigne « les instruments de mu-

sique ». Amos, vi, 5; I Par., xv, 16; II Par., xxxiv, 12.

— 2° Qôl, la « voix », désigne spécialement le « chant »,

dans I Par., xv, 16; II Par., xx, 19; et aussi le « son » des instruments, dans II Reg., xv, 10; 11 Par., v, 13; Job, xxi, 12; Ezech., xxvi, 13. — 3° Niggên, « palper, toucher » les cordes, I Reg., xv, 16; Isaïe, xxxviii,

20, donne le dérivé : — 4° Neginâh, le « jeu » des instruments à cordes : I Reg., xvi, 6; Ps. iv, 1; Habac., ni, 19; Isaïe, xxxviii, 20; II Esd., xti, 27; puis, par dérivation, aussi bien que le grec tyil p.oç, le « chant » accompagné d’un instrument à cordes; enfin, tout thème poétique chanté. Ps. lxxvii, 7; Thren., ni, 63; v, 14; Ps. lxxvii, 7; lxix, 13. Le pluriel negînôt peut être pris comme appellation générique des instruments à cordes, Ps. iv, 1 ; probablement aussi le mot gittit. Voir Gittit, t. iii, col. 246. Dans l’hébreu rabbinique neginâh est l’ensemble du système d’accents réglant le chant des textes scripturaires. Voir E. David, La musique chez les Juifs, dans les Archives israélites, Paris, 1873, p. 44; F. Consolo, Libro dei canti d'Israele, Florence, 1892, p. 3. — 5° Zimmêr, en poésie, signifie « jouer » ou

1 « chanter » ; de la racine nnr, zâmar, « diviser » les sons. D’où : — 6 °Mizmôr, « psaume. » VoirMiZMOR, col. 1 137; et :

— 7° Zemârâh, équivalent chaldéen de sir et de neginâh : Dan., iii, 5. — 8° Zimrâh a le même sens dans Amos, v,

I 23; Ps. lxxxi, 3. — 9° Pârat, Amos, vi, 5, a la même signification que zâmar. — Jouer de la trompette se dit: — 10° Mâsak, «prolonger » le son, Exod., ix, 13; et : — 11° Tâqa\ « sonner » (coup). I Reg., xm, 3. — Jouer

j de la flûte se dit : — 12° Hallêl, I Reg., i, 40. — 13° ' Anâh signifie « chanter », spécialement « répondre en refrain ». Num., xxi, 17; Ps. cxlvii, 7; Ose., ir, 17; Exod., xv, 21 ; xxxu, 18. Voir Chant, t. n, col. 555. — 14° Chanter se dit encore hasmi'a qôl, Deut., iv, 36, ou simplement hasmi’a, I Par., xvi, 42, « faire entendre | la voix]; »

— 15° Rànan, « crier, chanter. » Levit., ix, 24. — 16° Terû'dh, I Sam. (I Reg.), iv, 5, exprime le « bruit », les « clameurs », et aussi le « son »dela trompette. Num., xxix, 1. — 17° Têqa ', Ps. cl, 3, est le « son » de la trompette. Voir Tâqa', 11». —18° Hâmôn, Amos, v,25,et: — 19° hémydh, Is., iv, 11; xvi, 11, signifient la « résonance » de l’instrument, la « vibration » des cordes. — 20° Aldmôt, désigne les sons ou les voix élevées. Voir Alamot, t. i, col. 333. — 21° Ndbâ’, « improviser, chanter sous l’inspiration. » Exod., xv, 20; I Par., xxv, 2, 31. —

— 22° Higgâijôn, Ps. ix, 17, semble être comme le syriaque hegyânâ, [le/ix/,, le thème poétique scandé ou rythmé, et sa modulation musicale. Voir Pitra, Analeeta novissima, Paris, 1876, t. i, p. xlvij. — 23° Siggdyôn serait assez vraisemblablement la désignation d’un

j rythme ou d’un genre de mélodie, Ps. vu, 1 ; de même que : — 24° Miktdm, Ps. xvi, 1, « chant » ou « poème » ; voir Miktam, coi. 1084, et encore : 25° Maskil, Ps. xxxii, 1, « poème. » Mais ces noms n’ont pas de signification musicale certaine. Voir Maskil, col. 832. — 26° Qindh, II Reg., i, 17; Jer., vu, 27, II Par., xxxv, 25, signifie, comme néhî, Amos, v, 16, un « chant lugubre ». — 27° Sélâh peut désigner l’interlude musical entre les strophes des psaumes. Voir Sélah. — 28° Saliar, Ps. xxii,

1, pourrait être rapproché de l’arabe « chant,

incantation. » — 29° nVx, Ps. xxxu, 1, désigne peut-être le mode éolien de la musique grecque et ruv, Ps. lvi, 1, le mode ionien. Voir Ayelet, t. i, col. 1296. — D’autres termes musicaux, spécialement les noms d’instruments, trouveront leur place dans la suite de cet article.

IL Manifestations de l’art musical chez les Hébreux. — La Genèse rapporte à Jubal, 61s de Lamech, le premier usage des instruments de musique. Gen.,iv, 20. La première mention du chant et des instruments après le déluge se réfère à la Syrie. Gen., xxxi, 27. Mais l’Égypte comme la Chaldée, posséda très ancien-

' nement l’usage du chant et des instruments. Exod., xv,

MUSIQUE DES HÉBREUX

20; xii, 35; Num., x, 10. — La musique s’associait, chez les Hébreux comme chez leurs voisins d’Égypte (fig. 381) et d’Assyrie, comme aussi chez les Orientaux modernes, à tous les actes de la vie. Le chant et les instruments sont pour' ces peuples une jouissance indispensable. Comme expression de la joie, la musique était inséparable de toute fête. Job, xxi, 12; Ps. xxx, 12; Jer., xxxi, 4, 13. Elle s’identifiait avec la religion et se joignait aux cérémonies du culte. Num., x, 10; II Reg., vi, 5, 12; II Par., vu, 6. Elle faisait le charme des réunions et paraissait aux noces, aux festins. II Reg., xix, 35; Is., xxiv, 8; I Mach., ix, 39; Eccli., xxxii, 7; xlix, 2; Cf. Eccle., il, 8; au couronnement des rois. II Reg., xv, 10; III Reg., i, 40; IV Reg., ix, 13; n, 14; II Par.,xxm, 11. On chantait aux moissons et aux vendanges. Jud., ix, 27; Is., ix, 3; xvi, 10; xxv, 6; Jer., xxxi, 4, 5; Ps. iv, 8. Les Hébreux chantent en chœur autour du puits découvert dans le désert, Num., xxi, 17, 18; Samson rythme et chante ses énigmes. Jud., xiv, 14, 18. Les prophètes et les psalmistes modulent musicalement leurs sentences. Ps. lxxviii, 2; Eccli., xliv, 4, 5. Voir

nisation musicale du culte ses commencements, et fit fabriquer des instruments en grand nombre pour les lévites, I Par., xxm, 5, qui devaient accompagner les psaumes. Il régla l’ordre du chant dans les cérémonies. I Par., xxm, 31; Eccle., xlvii, 11, 12. D’après Josèphe, David formait lui-même les musiciens. Ant. jud., VII, xii, 3. Il organisa les classes des chanteurs et instrumentistes. I Par., xv, 22; xvi, 5, 6; xxv, 1-7. Voir Chanteurs du Temple, t. n, col. 557. — A l’époque de la construction du Temple, les arts mécaniques n’étaient pas avancés chez les Hébreux. I Reg., xm, 19. Il leur fallait recourir sans cesse à leurs voisins. Salomon fit fabriquer des instruments musicaux avec les bois précieux rapportés d’Ophir. II Par., ix, 10, 11. — Le service quotidien ainsi établi dura jusqu’à la captivité. Néhémie le reconstitua après le retour. II Esd., xii, 36.

IV. Caractère de la musique des Hébreux. — L’imperfection de nos connaissances sur la musique dans l’Asie ancienne ne nous permet pas de déterminer suffisamment le caractère de l’ancienne musique hébraïque, ni de connaître, sinon dans une mesure très restreinte,

381. — Égyptiennes jouant de la harpe, du luth, de la double flûte, de la lyre et du tambourin. D'après Champollion, Monuments de l’Égypte, pl. clxxv.

I Par., il, 57;Eusèbe, Præp. Ev., xi, 5, t. xxi, col. 852; I Reg., x, 5; xix, 20. Élie appelle un harpiste pour prophétiser, IV Reg., ni, 15, voir I Par., xv, 22, 27 ; et Saül calme par l’audition de la musique les accès de son mal.

I Reg., xvi, 16. La musique, d’abord cultivée dans les écoles des prophètes, voir Chant, t. ii, col. 555, entra tout à fait, sous les rois, dans les habitudes de la vie privée et servit à célébrer les réjouissances profanes. Amos, vi, 4d5; Is., v, 12; Eccle., ii, 8; Jud.,xxi, 21. Les courtisanes l’employaient comme un moyen de séduction. Is., xxm, 16. On l’associait enfin aux deuils et aux funérailles, à cause de sa signification religieuse, comme aussi à cause de la puissance qu’elle exerce sur les sens et qui fait qu’elle peut servir à l’expression des sentiments les plus opposés. Gen., iv, 9-11; II Reg., i, 17;

II Par., xxxv, 25. Voir Jer., vu, 27; Amos, v, 16; Matth., xi, 17. Les anciens chrétiens faisaient aussi une part à la musique vocale dans leurs synaxes. Col., m, 16. — L’absence de musique marquait la tristesse et la désolation. Is., xxiv, 8, 9; Ps. cxxxvii, 2; Job, xxx, 31.

III. Usage rituel de la musique. — Moïse n’avait rien ordonné au sujet de la musique, si ce n’est l’usage de la trompette, destinée à convoquer le peuple, à conduire la guerre, annoncer les calendes, les jubilés, les fêtes et accompagner l’offrande des sacrifices. L’usage de cet instrument était réservé aux prêtres. Num., x, 2-11. Mais, en n’établissant pas d’ordonnances, le législateur n’avait rien proscrit; aussi, plus tard, les circonstances s’y prêtant, David put mettre les instruments de musique au service du tabernacle. Il donna à l’orga-

leurs idées sur cet art. Quelques points seulement peuvent être proposés, avec une extrême réserve.

1° Les Hébreux ne possédèrent ni système, ni pratique musicale qui leur appartînt en propre. Ils eurent moins à prêter à leurs voisins qu’à recevoir d’eux. La musique fut en Palestine ce qu’elle était dans le reste de l’Orient. Quoi qu’il en soit, la pratique musicale de l’ancienne Asie semble n’offrir aucune prise à la recherche historique ; les Sémites ne nous ont pas légué, en effet, comme l’ont fait plus tard les Grecs, de documents authentiques, fragments musicaux ou traités théoriques. La tradition orale est trop incertaine à pareille distance de temps, et il ne nous reste, à défaut de bases plus solides, que les hypothèses des théoriciens.

2° L’art musical proprement dit débuta par la culture des instruments à cordes. Ce fait est exprimé dans la légende antique, par le mythe de la lyre de Mercure. L’accord des instruments anciens donnait différentes échelles tonales, limitées à quatre ou cinq termes. A. Gevaërt, Histoire et théorie de la musique dans l’antiquité, t. i, Gand, 1875, p. 3-5. Avant l’invasion en Syrie de la musique arabe, la tonalité était purement diatonique. Mais les instruments à cordes conservés de l’antiquité ne peuvent, dans l’état où ils se retrouvent, fournir de résultat sur la nature de ces systèmes. Les flûtes et hautbois égyptiens ont permis à V. Loret de reconstituer des tonalités; voir Les flûtes égyptiennes antiques, dans le Journal asiatique, 1889, t. xiv, p. 111, dont la valeur est de beaucoup réduite si l’on considère que ces instruments étaient construits avec si peu de

MUSIQUE DES HÉBREUX

précision que, sur quarante modèles étudiés, il n'y en a pas deux qui offrent des résultats identiques. V. Loret, L’Égypte au temps des Pharaons, Paris, 1889, p. 165, 166. D’ailleurs les conclusions de l’auteur ne s’étendraient pas au delà de l’Égypte. — Dans l’Asie ancienne, l’Inde était en possession d’une échelle tonale, qui représentait à peu près celle des physiciens modernes. Voir J. Weber, La musique ancienne des Hindous, dans le journal Le Temps, 10 juin 1880. Les tonalités arabes qui possèdent d’autres intervalles, dus à des altérations, n’apparurent en Syrie qu’à la suite de la conquête musulmane. Voir Land, Recherches sur l'histoire de la gamme arabe, Leyde, 1894, p. 63, 65; Carra de Vaux. Le traité des rapports musicaux de Safi-eddin, dans le Journal asiatique, 1892, p. 279. Aussi est-ce la tonalité diatonique, partie constituante des systèmes musicaux de l’ancienne Asie, qui doit se retrouver à l’origine de la musique hébraïque, avec cette première différence, toutefois, constatée par l’étude des échelles employées de nos jours en Asie, que la tierce majeure est sensiblement plus basse que le troisième degré de notre gamme. Voir J. Parisot, Musique orientale (extrait de la Tribune de Saint- Gervais), Paris, 1878, p. 13, 14; Essai sur le chant liturgique des Eglises orientales, dans la Revue de l'Orient chrétien, juillet 1898, p. 226 ; Rapport sur une mission scientifique en Turquie et en Syrie, dans les Nouvelles archives des Missions scientifiques et littéraires , Paris, 1902, t. x, p. J 69, 172.

3" Dans les systèmes orientaux, chacune des notes de l’échelle est apte à servir de note finale. Ce procédé produit des modes variés, dont le plus grand nombre sont des modes mineurs; d’où le caractère doux et mélancolique de cette musique.

4° La reconstitution des mélodies serait hors de notre portée. La tradition ou la routine a pu les conserver dans une certaine mesure; mais la musique, comme l'architecture et le langage lui-même, s’altéra avec le temps : nous n’en voulons que cet indice de l’introduction de la musique grecque dans l’antique Orient et peut-être des modes grecs dans les titres des Psaumes. Voir Ayelet, t. i, col. 1296. Il nous faudrait en outre connaître le système rythmique des textes, sur lesquels se formait la mélodie. La tradition syrienne nous présente des successions de pieds toniques où les syllabes atones alternant avec les syllabes accentuées, donnent

des mesures régulières à deux temps :

où encore, la note forte étant doublée de valeur, le

rythme devient ternaire : 3 JJIcUsJUJU

enfin, le même procédé peut servir à varier davantage ces rythmes. Voir .1. Parisot, Essai d’application de mélodies orientales, dans la Tribune de Saint-Gervais, septembre 1900, p. 292.

5° Un autre procédé oriental, applicable peut-être à la musique hébraïque, consiste à donner sous la dernière syllabe du vers une modulation finale, composée de plusieurs notes. C’est dans ce sens que plusieurs auteurs anciens semblent interpréter le diapsalma des Psaumes. Voir Vincent, Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque du Roi, t. xvi, 1847, p. 218, note O. Voir Sélaii.

6° Nous pouvons encore distinguer, par le rapprochement de la musique traditionnelle des Orientaux, deux sortes de chants dans la musique hébraïque : le récitatif et le chant orné. Le récitatif s’est conservé dans la lecture modulée, avec accents et cadences, qui se fait dans les synagogues. Fort antique dans son origine, il a son analogue dans la récitation du Coran dans les mosquées, et mieux encore dans les lectures des églises de tous rites en Orient. C’est le développement de ce récitatif qui a produit les chants ornés, appliqués aux textes en vers. Le chantre orienlal scande et mesure les vers, auxquels il donne en même temps la mélodie;

celle-ci, d’abord courte et irrégulière, est amenée à l’unité par son application au texte rythmé, pour sc développer ensuite plus richement. Les vers forment les strophes, qui se répètent semblables, et auxquelles l’assistance répond par l’acclamation ou le relrain. Ps. cxxxvi ; Dan., ni, 57-88. Voir M. Grünwald, TJeber der Ein/luss Psalmen auf die Entstehung der katholischen Liturgie, Francfort, 1890. Voir Refrain.

V. Instrumentation. — Nous devons juger de la musique instrumentale des Hébreux par celle des Egyptiens, des Assyriens, et, pour la dernière époque, par celle des Grecs. L’archéologie nous permet de substituer des conclusions satisfaisantes à beaucoup des données incertaines que l’on possédait autrefois.

L’antiquité orientale a connu trois catégories d’instruments : celles des instruments à cordes, pincées ou frappées, des instruments à vent, et des instruments de percussion. L’archet, qui prit origine dans l’Inde, ne pénétra dans l’Asie occidentale qu'à une époque tardive. Les Hébreux ne paraissent pas en avoir fait usage, et les monuments égyptiens ou assyriens n’en donnent pas de représentation. L’Écriture contient des instruments de chacune des trois classes indiquées.

1° Instruments à cordes. — Les instruments à cordes, usités chez les Hébreux, furent tous de la famille des harpes. Ils se distinguaient par leur forme, leur étendue et leur mode de maniement, obtenant ainsi des noms différents. — 1. Le premier mentionné est le kinnôr. Gen., iv, 21; xxxi, 27. On l’assimile au trigone égyptien. Voir Harpe, t. ni, col. 435. Mais le nom hébreu a pu s’appliquer à plusieurs variétés de harpes. — 2. A l’époque des rois apparaît le nébél. I Reg., vi, 5; x, 15; Ps. lvii, 9; Is., v, 12; Amos, v, 23. En hébreu, 'rz:, nébél, signifie « outre », ce qui permet de se figurer

cet instrument comme pourvu d’une partie rebondie, formant corps de résonance. Voir Nable. C’était en tous cas un instrument distinct du kinnôr. Voir I Reg., x, 5; Ps. xxxiii, 2; lvii, 9; II Esd., xii, 27. —3. L’Écriture mentionne aussi le nable à dix cordes, (nébél) ’dsor. Ps. xxxiii, 2; cxliv, 9; xcn, 4. Ce peut être aussi une harpe à huit cordes que désigne le terme de semînit. I Par., xv, 20; Ps. vi, 1; xn, 1. Voir Harpe, t. ni, col. 438. Les progrès successifs caractérisés par la disposition nouvelle des instruments et par l'augmentation du nombre des cordes firent époque dans les traditions musicales des anciens. 11 n’y a donc rien d’étonnant à voir ces instruments perfectionnés mentionnés à leur apparition par les écrivains bibliques. — 4. Nous ne savons quelles dénominations les auteurs hébreux donnèrent aux instruments à manche du type de la guitare, du luth ou de la mandoline. Voir Édut, t. n, col. 1598. Ces instruments étaient en usage chez les Égyptiens, et les Hébreux les connurent sans doute, de même que les instruments grecs, à une époque postérieure. Voir Luth, col. 430, et Lyre, col. 450. Ils se retrouvent dans le texte chaldéen de Daniel, sous leurs noms grecs. Ce sont la sabbekd' , ou sabbekd’, Dan., m, 5-15, o-airêvy-T), autrement appelée « lyre phénicienne », Athénée, iv, 23 (voir Ducange, au mot Sambuca), qui donnait des sons très aigus; pesantêrin, le ^aX-r^piov (voir Psaltérion); la qiterôs, ou cithare, qui différait de la lyre principalement par la disposition et la matière de la boite sonore. Voir A. Gevaërt, Histoire et théorie de la musique dans l’antiquité, Gand,I881, n, p.250;Guhl et Kohner, La vie antique, t. i : La Grèce, Paris, 1884, p. 290, 291. On trouve des représentations de la cithare ou de la lyre sur les monnaies juives du premier siècle de notre ère. Originaires de l’Asie, perfectionnés par les Grecs, ces instruments retournaient à leur premier berceau, à la suite des conquêtes de la civilisation hellène. Voir Vigoureux,VLa Bible et les découvertes modernes, 6= édit., t. v, p. 319. — 5. Les cordes s’appelaient minnïm. Voir

J OÜO

MUSIQUE DES HEBREUX

ci-dessus. Elles étaient faites non de métal, mais de boyaux d'animaux. On les touchait avec la main : I Reg. xvi, 23. Voir Sap., xix, 17; plus tard on connut le plec tre. Voir Plectre.

2° Instruments à vent. — Ceux-ci appartiennent à deux classes, celle des trompettes et celle des llùtes. Ce dernier nom comprenait chez les anciens la famille des llùtes proprement dites et celle des hautbois. Voir Flûte, t. il, col. 2291. — 1. Les cornes d’animaux durent servir très anciennement à faire des trompettes; d’où le nom de qérén, « corne, » donné à cet instrument. Jos., VI, 4, 5. Il semble que le sôfdr fût synonyme du qérén, ou du moins lui ressemblât par sa forme. Voir Trompette, Corne, t. n, col. 1011. Hasôserah, Num., x,2, était une autre sorte de trompette en métal, analogue aux trompettes égyptiennes, droite ou recourbée, et évasée en forme de pavillon. — 2. Les flûtes et hautbois sont appelés hâlll, I Reg., x, 5; neliîlôt, Ps. v, 1; lûgâb, Gen., iv, 21; Job, xxi, 12; mais l’exacte détermination de ce dernier nom est encore à faire. Voir Flûte, t. ii, col. 2291. Ce peut être la flûte de Pan, l’instrument des bergers,

donne à conclure que les harpistes et flûtistes devaient jouer à notes rapides. Les premiers sont représentés dans l’attitude nécessaire au jeu fatigant des muscles, voir Harpe, t. ni, col. 439; les doigts étendus pour l’exécution de passages rapides et de notes répétées. Les flûtistes soutiennent leur instrument à l’aide du pouce, les quatre autres doigts de chaque main restant libres pour ouvrir et boucher rapidement les trous. Ces procédés ont persévéré jusqu’à nos jours dans le monde musical oriental. Voir M. Fontanes, Les Eggples, Paris, 1882, p. 356, 357; Salvador Daniel, La musique arabe, Alger, 1879, p. 73. La multiplicité des notes supplée ainsi au manquede puissance des instruments, qui ne servent pas d’ailleurs à produire d’elfets d’harmonie simultanée, caractéristique de la musique occidentale. L’accouplement des instruments, ou « le concert », Eccli., xl, 21, loin de former comme parmi nous une partie intégrante de la musique, ne constituait qu’un accessoire; les voix d’hommes et les voix de femmes ou d’enfants chantaient à l’unisson ou à l’octave; les instruments suivaient à peu près les voix pour les guider ou les soutenir, ou pour

382. — Musiciens de Suse, du temps d’Assurbanipal. Koyoundjik. D’après Layard, Monuments of Nineveh, t. n, pl. 48-49.

ou la syrinx ou sifflet, comme l’instrument appelé masrôqitâi, dans Daniel, ni, 5, et, d'après quelques-uns, serîkôt, dans Juges; mais ce dernier mot signifie simplement « sifflement ». §urnpêmiâh, Dan., ni, 5, et simpônidh. Dan., ni, 10, serait la cornemuse ou musette des si

arabes modernes, qui est encore appelée sam-

bônyd, dans les dialectes syriaques vulgaires. Le terme grec de a-up-çuma, dans Luc, xv, 25, aurait peut-être le sens de « concert », réunion de voix et d’instruments.

3° Instruments de percussion. — Cette catégorie appartient à l’antiquité la plus reculée et se trouve dans les civilisations les plus rudimentaires, comme accompagnement obligé de la danse rythmée. — 1. L’Écriture mentionne le tambourin, tôf, dont le nom, en arabe,

comprend diverses variétés de tambours ou tambourins légers, montés en bois en terre ou en métal (timbales).

— 2. Les cymbales, ?el$elim, II Reg., vi, 5, et mesiltâïm , cymbales doubles, I Par., xm, 8; les castagnettes, dont le nom sémitique n’est pas certain ; les sonnettes ou grelots, pa’âmon, que la Bible ne présente pas toutefois comme employées en guise d’instrument musical, Exod., xxvin, 33; les sonnailles ou lamettes de métal, mëfillôt, servant d’ornement, Zach., xiv, 20; le sistre, mena'naim, II Reg.,vi,5;puis un autre instrument, qui reste indéterminé, salis, I Reg.,xvm,6, sont les différents types de cette catégorie. Voir Clochettes, t. n, col. 807.

VI. Exécution musicale. — L’exécution musicale 1 était fort différente de celle à laquelle notre éducation nous nabitue. A la vérité, l’inspection des monuments I

marquer le rythme; tout au plus pratiquait-on un contre-chant ou des ornements mélodiques, analogues au procédé en usage en Grèce au vne siècle avant, notre ère, et que les Arabes modernes exécutent, sans autre règle que celle de la fantaisie ou de la routine. Cette pratique, connue aussi des « chanteurs de luth » du xve siècle, semble avoir été celle des musiciens populaires, à toutes les époques.

C’est précisément parce que les instruments ainsi accouplés ne produisaient pas d’etlets polyphoniques, que les Asiatiques, à Jérusalem comme à Babylone, en réunissaient un si grand nombre dans chaque catégorie. Leurs associations d’instruments comprenaient indifféremment tous les types ensemble (fig. 382; voir la suite de ce basrelief, 1. 1, fig. 192, col. 555) ou plusieurs d’entre eux, groupés sans préférence. Nous trouvons, en effet, les nables, les llùtes, les tambourins et les kinnors , I Reg., x, 5; Job, xxxi, 12; nables, tambourins, cymbales, trompettes, I Par., xiii, 8; nables, kinnors et cymbales, I Par., xv, 16; nables, kinnors et trompettes, II Par., xx, 28; cornes et trompettes, I Par., xx, 28; flûtes et tambourins accompagnant la danse, Judith, m, 10 (Vulgate); flûte et voix, III Reg., i, 40; flûte et psaltérion, Eccli., xl, 21 ; mais le concert de ces deux derniers instruments est ici d’inlluence gréco-alexandrine. Il importe toutefois de constater que les flûtistes quoiqu’on les trome partout chez les anciens (fig. 383), manquent dans les nomenclatures des musiciens au service du Temple. I Par., xxv. Voir Flûte, t. ii, col. 2295.

De ces observations nous devons conclure que les Sémites n’élevèrent pas la musique, comme le firent les

MUSIQUE DES HÉBREUX

Égyptiens, précurseurs des Grecs, au rang des sciences sacrées. Les Sémites la développèrent dans un sens moins austère. Nous en avons la preuve quand nous voyons, sous la xviip dynastie, l'influence asiatique prédominer aux bords du Nil, et changer en l’amollissant le caractère de la musique égyptienne. Nous ne savons si les vices d’exécution delà musique orientale actuelle proviennent de l’iniluence arabe, ou s’ils existaient plus anciennement. Au dire de Clément d’Alexandrie, les chants hébreux étaient réguliers et harmonieusement cadencés, les mélodies simples et graves : èggeXn; sù).oylot y. ai ooixpp iov... aùarvipà y. ai craKppaivtxa [xéXy]. Pædag.,

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