‹ Dictionnaire de la Bible (volume 4)Chapitre 206 sur 454 · AMALÉCITE · texte numérisé non relu

AMALÉCITE

teli, Cagneau. ») Dans 1 Reg., xxvIr, 7 et suiv., et xxx, on voit que les Amalécites étaient dans le voisinage des Philistins, tandis que 1 Par., 1v, 45, les met en rapport avec les montagnes de Séir. La région des Amalécites confinait donc à l'Égypte, aux Philistins, au sud de Juda et aux Iduméens. C'est là que nous ramène la donnée assez vague de Josèphe, Ant. jud., VI, VII, 3, paraphrasant I Reg., xv, 7 : « Tous ceux qui vont de Péluse à la mer Rouge, » où il faut entendre plus spécialement le golfe d'Akaba. Cf. aussi Eusébe, dans l'Onomasticon, où il définit Amalec « la région dans le désert situé au sud de la Judée, s'étendant jusqu'à la ville maintenant appelée Pétra, quand on va vers Aïla. » (Dans les Œuvres de saint Jérôme, t. ΧΧΠΙῚ, col. 121.) C’est par une singulière méprise que Josèphe parle de «villes amalécites » dont Saül aurait fait le siège en règle; iloublie le caractère nomade de ce peuple, tel que l'Écriture nous le présente partout. La prophétie de Balaam, Num., xx1V, 20-21, nous montre qu'Amalec vivait à côté des Cinéens, autres tribus errantes, et ce trait est confirmé par 1 Reg., xv, 6. L'humeur vagabonde et l'instinct pillard d'Amalec expliquent comment nous le voyons envahir le territoire d'Israël par la Transjordanie au temps des Juges, tantôt uni à Moab οἱ à Ammon, Jud., ni, 13, et tantôt aux Madianites. Jud., vi, 8. C'est probablement alors, sinon dans une circonstance analogue antérieure, non mentionnée dans l'Écriture, qu'une famille d'Amalécites s'établit un certain temps jusque dans les montagnes d'Éphraïm, et y laissa son nom à une localité. Jud. x11, 15, CF. le texte si obscur et peut-être altéré, V, 14. Voir AMALEC 2.

La région qu'occupait Amalec est en grande partie représentée par ce qu'on appelle aujourd'hui le désert d'Et-Tih (de l’égarement}; ce n'est pas une région absolument aride et sablonneuse, mais le sol est trop maigre, trop desséché pour être cultivé, sauf en quelques oasis; à la saison des pluies, il se couvre d'une végétation abondante, et peut nourrir des troupeaux, qui, dans la saison chaude, sont parqués dans les oasis. Autrefois même, comme l'attestent de nombreuses vallées et les lits de torrents qui se ramifient en divers sens, Ce pays jouissait d'un régime d’eau plus abondant; il pouvait par conséquent nourrir une population pastorale plus dense. Le Ti répond parfaitement à la notion hébraïque du midbur, qui désigne une région inhabitée sans doute, impropre à l'agriculture, mais où lon conduit et nourrit des troupeaux, Aujourd'hui les principales tribus bédouines de la péninsule sinaitique sont les Τὴ γα] (habitants du Ti) et les Towarà (Arabes de Tor); de ces derniers, E. Reclus nous dit dans sa Nouveile géograplie , t. IX, Asie antérieure, 1881, p. 747: « On les croit descendants des Amalékites, que les Hébreux sortis d'Égypte vainquirent à Raphidim, au pied du mont Serbal, » Mais ce sont plutôt les Tiyaha, comme le pense L. de Laborde, qui tiennent la place des Amalécites. Conunentaire géographique de l'Exode, 1841, DU!

Il. Histoire des Analéciles. — C'est dans le récit de l'invasion de Chodorlahomor que se trouve la plus ancienne mention du «pays de l'Amalécite ». Gen., x1v, 7. Quelques siècles après, les Amalécites furent les premiers ennemis qu'eurent à combattre les Hébreux, au sortir de l'Égypte, à Raphidnn, à une petite distance au nord-ouest du mont Sinaï. Cf. Visouroux, La Bible et les découvertes modernes, 1889, {{ 11, p. 469. Ces hordes de pillards, attirés sans doute par l'espoir d'un facile bulin, € chargérent en queue » les émigrants fatigués par la marche, la faim et la soif, « frappant les trainards » sans pitié. Deut., xxv, 17-19. Josué fut chargé de repousser les assaillants, tandis que Moïse montait sur une colline voisine, accompagné d'Aaron et de Hlur, et grice à leur appui tenait ses bras étendus, ayant en sa main la € verge de Dieu ». Exod., XVII, 8-16. Amalec fut battu, et Moise dut écrire « dans le livre » le souvenir de la victoire et la promesse qu'Amalec serait enlicrement délruit, Nous suivons dès lors

dans l’histoire le. cours de cette malédiction, que reprend sous une autre forme Balaam, Num., xx1v, 20, et que répète le Deutéronome, χχν, 17-19, en recommandant à Israël d'accomplir cette menace : prescription bien étrange, surtout au milieu des dispositions législatives qui l’entourent, si le Deutéronome n'avait été composé qu’à l’époque de Josias, quand Amalec n'existait plus depuis bien longtemps, comme nous le verrons. L’allusion est d'autant plus remarquable, qu'en traits rapides elle caractérise exactement l'attaque de ces hordes pillardes du désert. Au contraire, dans les développements d'un âge postérieur, dans la prière du grand prêtre Éliachim, on se représente l’armée d'Amalec avec des chars et des cavaliers, comme celle des grands peuples, Assyriens ou Chaldéens, avec lesquels on s'était trouvé depuis en contact. Judith, 1v, 13 (Vulgate; le grec ne renferme pas ce développement ; remarquons que ce n’est pas l’auteur du livre qui parle, mais le grand prêtre ).

L'année suivante, après avoir quitté le Sinaï, les Hébreux se rapprochérent des confins de la Terre Promise et du territoire des Amalécites qui étaient dans le Négeb. Num, ΧΠΙ, 90), Découragés d'abord par le rapport des explorateurs, ils murmurèrent et voulurent retourner en Égypte. Num., x1V, 4. Comme punition, ils reçurent l’ordre de revenir sur leurs pas. ὃ. 25. Alors, — curieux exemple d'une multitude qui ne sait trop ce qu'elle veut, — ils ne voient plus que les inconvénients de ce retour en arrière, et, impatients d'atteindre le but par le plus court chemin, ils attaquent, malgré Dieu et Moïse, les premiers ennemis qu'ils ont devant eux, les Amalécites et les Chananéens ; mais ils sont battus et poursuivis jusqu'à Horma. Ÿ. 40-45. Ce dernier verset parait en contradiction avec le ÿ. 25, si on ne remarque pas que le Ÿ. 25 se rapporte d’une facon générale à toute la région habitée par l'Amalécite et le Chananéen, plateau qui se présente comme un endroit abaissé, une plaine, ‘éméq, relativement au massif monlagneux du sud de la Palestine, tandis que le ÿ. 45 parle plus spécialement de la crête de hauteurs (« cette montagne, » comme il y a dans l'hébreu; cf. 40-44) qui séparait Israël de ses ennemis, et qu'il essaya de franchir sans l'ordre de Dieu. Au Deutéronome, 1, #4, où l'hébreu lit aus sur cette montagne, au lieu de l'expression trop générale in montibus, Csur les montagnes,» de la Vulgate, le même fait est rappelé, mais sans nommer l’Amalécite, et en donnant à la population chananéenne qui habitait de ce côté son nom particulier d'Amorrhéen. Cf. Gen., χιν, 7. Le samaritain (Deut., 1, 4%, texte et version) répète, comme dans les Nombres : « L'Amalécite et le Chananéen qui habitit cette montagne. »

Les Hébreux durent renoncer à entrer dans la Palestine par le sud; l'heure où se réaliseraient les menaces contre Amalec était par là même différée après la conquête de la Terre Promise ; elle se fitmême attendre plusieurs siècles. À l'époque des Juges, deux fois Amalec fut un de ces instruments dont Dieu se servait pour chätier son peuple prévaricateur, Jud., x, 12; cependant, dans les deux cas, il n'apparait qu'au second plan, et sous la conduite d'un plus puissant envahisseur : la première fois, sous celle des Moabites, Jud., 117, 43; la deuxième, uni aux Madianites. Jud., vi, 1,3, 33; vis, 12. Avec ces derniers, pendant sept ans, il prit part aux fructueuses razzias que ces nomades allaient faire en Israël chaque printemps, après les semailles; il fut battu aussi avec eux par Gédéon. Voir GÉDÉON.

Quand, par l'établissement de la royauté, Israël se lrouva de nouveau réuni sous un seul chef, il fut capable d'exécuter Ja menace qui pesait dès les temps anciens sur Amalec, Saül reçut de Samuel l'ordre de laccomplir. Nous avons dans 1 Reg., xv (déjà, par anticipation, XIV, 48), le récit de la campagne et de la victoire complète de Saül, et aussi celui de sa faute, qui eut pour lui de si graves conséquences : Saül épargna le roi Agag et le peuple, ce quil y eut de meilleur dans les troupeaux et dans les

AMALÉCITE — AMAMA

richesses d’Amalec. Cependant les Amalécites ne se relevérent pas de ce coup. Quelques années après, ils ne peuvent se défendre contre les razzias que David organise contre eux pour plaire à Achis, roi de Geth, chez qui il s'était réfugié. 1 Reg., xxvir, 8-12. Ce n'est que par ruse, en profitant de l'absence de David et de ses partisans, que pour se venger ils s'emparent de Siceleg, la ville donnée par Achis à David, la pillent, la brülent, et s'en vont emmenant captives toutes les femmes. 1 Reg., xxx; IT Reg., 1, 1. Mais David, revenu à temps, et guidé par un esclave égyptien malade, que les Amalécites avaient abandonné, atteint la bande des pillärds au moment où, sans défiance, ils se livraient à la bonne chère avec le butin enlevé. Il en fit un grand carnage : quatre cents jeunes gens réussirent seuls à s'enfuir sur des chameaux, I Reg, xxx, 17; les prisonnières, les enfants et les richesses emportées furent recouvrés. ÿ. 18-19.

Dans ce même temps, il devait y avoir quelques familles d'Amalee vivant en paix, et campant parmi les Israélites du nord, comme celle de l'Amalécite qui, se trouvant sur la colline de Gelboé au moment de la mort de Saül, le dépouilla de ses insignes royaux et vint les apporter à David. II Reg., 1, 2, 8-13. — La mention d'Amalec parmi les ennemis vaincus et spoliés par David, IT Reg., vi, 12; I Par., ΧΥΠῚ, 11, suppose-t-elle une nouvelle campagne, ou fait-elle allusion aux anciennes? Il est difficile de répondre. Dans tous les cas, à partir de ce moment, l'histoire ne parle plus d'Amalec, sinon en passant, dans la généalogie de la tribu de Siméon, 1 Par., 1v, 42-43, où nous voyons qu'au temps d'Ézéchias (d'après le ὃ. 41), cinq cents Siméonites s’avancérent dans les montagnes de Séir, y tuérent « ce qui restait des Amalécites », et habitèrent à leur place. Dès lors il n’est plus question d'Amalec; son souvenir semble même perdu; la littérature prophélique, qui date en grande partie de cette époque (vie et vue siècles avant J.-C.), si riche en indications ou allusions sur les anciens voisins et ennemis d'Israël, ne prononce pas même le nom d'Amalec. Les conquérants assyriens du même temps, qui ont rencontré et mentionné dans leurs inscriptions presque tous les peuples de l'est et du sud de la Palestine, n’en parlent pas non plus. Ce fait a une grande importance pour la critique biblique, car il prouve que les traditions relatives à Amalec, si concordantes entre elles malgré la diversité des documents et des livres où elles nous arrivent, se sont formées et fixées avant l’époque des plus anciens prophètes qui nous ont laissé des écrits, c'est-à-dire avant le milieu du vinie siècle, Δ. Tomas.

AMAM (hébreu : *Amäm ; Septante : Σ ἦν), ville méridionale de la tribu de Juda, mentionnée entre Carioth et Hesron, Sama et Molada. Jos., xv, 26. Eusèbe, Onomasticon, Gœættingue, 1870, au mot ᾿Αμέμ,, et S. Jérôme, Liber de situ et nominibus locorum heb.,t, ΧΧΤΠ, col. 870, la citent, mais sans en déterminer la position. Elle est restée inconnue jusqu'ici. Parmi les villes qui la précèdent et la suivent dans le texte sacré, deux surtout, dont l'identification semble très probable, sinon certaine, peuvent d'une façon générale délimiter l’espace où 1] la faudrait chercher. C’est, au nord, Carioth (unie à Hesron dans l'hébreu), que Robinson propose de voir dans Δ μι)bet el-Kuryétein, et, au sud, Molada, que le mème savant assimile à Ahirbet el-Milh. Cf. Biblical Researches in Palestine, Londres, 1856, & 11, p. 101 et 201. Voir la carte de la tribu de Juda. À. LEGENDRE.

AMAMA Sixtin, orientaliste protestant hollandais, né à Franeker, le 15 octobre 1593, mort dans cette ville, le 9 novembre 1629. Il fut professeur d'hébreu à luniversité de Franeker, et publia l'Antibarbarus biblicus sex libris, in-%°, Franeker, 1698 ; 2e édit., in-4°, 1656. Le barbare contre lequel s'élève Amama , c'est Mersenne et en général celui qui rattache pas, d'après lui, assez d'impor-

433 AMAMA tance à l'étude des langues sacrées. L'auteur se proposait de donner à son ouvrage deux parties renfermant chacune trois livres, mais la mort l'empêcha de réaliser son dessein. Le livre quatrième fut ajouté à la deuxième édition, publiée en 1656. Amama, en défendant les textes originaux dans cet ouvrage un peu confus, dépassa la mesure. 11 est d'une sévérité outrée et injuste contre l'édition de la Vulgate publiée par Sixte V et Clément VII. I critique spécialement la version des livres historiques, des Psaumes et des écrits de Salomon. Dans le livre qui fut publié après sa mort, la traduction d'Isaïe et celle de Jérémie sont critiquées d’une manière analogue. Amama publia aussi une collation de la version hollandaise de Ja Bible avec les textes originaux, Bybelsche Conferencie, Amsterdam, 1623, et une grammaire hébraïque, Amsterdam, 1695. Voir W. Orme, Bibliotheca biblica, p. 10-11.

AMAN (hébreu : Hämän, nom d'origine persane, «estimé ; » Septante : “Δ μάν), premier ministre d'Assuérus (identifié avec Xerxès Ier, fils de Darius, voir ASSUÉRUS), fils d’'Amadathi l'Agagite, c'est-à-dire originaire de la province d'Agag, en Médie. Voir AGAGITE. Aman n'était donc pas d'origine perse, comme Fa soutenu Eichhorn, en s'appuyant sur cette raison que chez les Perses la loi s’opposait à ce qu'un étranger [ἀξ élevé à une dignité comme celle de premier ministre. Einleitung, τ. 111, p. 653. C'est là une affirmation sans fondement, car les rois de Perse, comme tous les monarques orientaux, étaient des despotes dont la volonté faisait loi contre la loi même, De nombreux documents les montrent, au contraire, distribuant les dignités selon leur fantaisie. Baumgarten, De fide libri Estheri, p. 26. La Médie faisait d’ailleurs partie de lempire perse.

Ce fut la douzième année du règne d’Assuérus, ou peu auparavant (vers 473 avant J.-C.), qu'Aman fut élevé à la dignité de premier ministre, car c’est à cette époque qu'il prit en haine Mardochée, dont la fière attitude le blessa profondément. Or Mardochée lui refusa les honneurs auxquels il prétendait, dès le début de son élévation, et l'on ne peut douter que le favori royal n'ait formé immédiatement ses projets de vengeance et arrêté contre les Juifs une action d'éclat. Esth., 111, 7. Cf. Netcler, Die Bücher Esdras, Nehemias und Esther, Munster, 1877, p. 162. Au même temps Mardochée avait découvert et révélé un complot tramé contre la vie du roi par deux eunuques, et Aman, qui était leur ami, peut-être leur complice, en avait concu contre le Juif une nouvelle animosité. Esth., ΧΙ, 3-6. L'exégèse rationaliste et protestante ἃ voulu voir une contradiction entre ce dernier passage et celui où le refus d’adoration de la part de Mardochée est donné comme la cause de la colère d'Aman, Esth., 111, 4-5, comme si une double cause n'avait pu concourir à développer dans le premier ministre d'Assuérus l'esprit de vengeance. Ces deux récits se complètent, loin de se contredire,

En effet, Assuérus, à qui ses sujets rendaient hommage en fléchissant le genou, selon l'usage persan (Hérodote, vit, 136), avait voulu qu'Aman partageät avec lui cet honneur. Mais cette volonté, devant laquelle tout pliait, était venue se briser contre la résolution d'un Juif obscur, Mardochée, dont la noble fierté n'avait pas voulu se soumettre à ce servilisme répugnant. Non qu'il füt interdit aux Juifs de rendre hommage à des hommes en fléchissant le genou, ou même en se prosternant, le front dans la poussière. II Reg., x1v, 4; xvit, 28; III Reg., 1, 16. Ce que Mardochée tenait comme interdit à son honneur, c'était la prestation à un indigne ministre de cet hommage, réservé aux souverains, Aman, en jurant de se venger, voulut étendre le châtiment à toute la nation de Mardochée : 1] de l'exterminer en Esth., 111, 6. Selon nos idées et nos mœurs empreintes de l'esprit chrétien, cette prétention parait, de la part d'Aman, si exorbitante de cruauté et d'orgueil, que des rationalistes modernes en ont voulu conclure que cette histoire n'est

résolut donc masse,

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