ANA — ANAGOGIQUE (SENS
Josué. Jos., ΧΙ, 21. Eusèbe et saint Jérôme nous disent qu'elle existait encore de leur temps « sur les confins d'Eleuthéropolis » (aujourd’hui Beit-Djibrin), Onomasticon, Gœttingue, 1870, p. 93, 221. Robinson, Biblical researches in Palestine, Londres, 1856, t. 1, p. 49%, signale un village de même nom, mais à une certaine distance au sud-est de Beit-Djibrin et au sud-ouest d'Hébron. M. V. Guérin en décrit deux situés dans cette même contrée et tout près l’un de l’autre. Le premier s'appelle Khirbet ‘Anab es-Serhir, c'est-à-dire Cruines d’Anab Ja Petite ». «Des centaines de maisons renversées, en pierres de taille pour la plupart, couvrent le sommet et les pentes d’une colline. Quelques constructions plus étendues, et bâties avec de gros blocs, les uns aplanis, les autres relevés en bossage, semblent avoir été des édifices publics. De distance en distance, on rencontre des citernes et des magasins souterrains creusés dans le roc. » V. Guérin, Description de la Palestine, Judée, t. 111, p. 862.
Le second, placé un peu au sud-ouest du premier, s'appelle Khirbet ‘Anab οἱ - Kebir, ou « ruines d’Anab la Grande », et ces ruines sont très étendues. « La ville dont ce Khirbet offre les débris s'élevait sur deux collines, lune occidentale, l’autre orientale, séparées par une vallée qui est aujourd'hui livrée à la culture, et qui parait avoir été aussi jadis couverte d'habitations. En parcourant l'emplacement que cette ville occupait, on heurte à chaque pas les arasements de maisons bouleversées de fond en comble, qui renfermaient pour la plupart un hypogée pratiqué dans le roc. Il y ἃ de nombreuses citernes ; les unes sont obstruées par des décombres, les autres sont encore pleines d'eau. » V. Guérin, ouv. cité, p. 365. Sur la colline occidentale, on remarque une mosquée presque entiérement construite avec des blocs antiques, dont quelques-uns sont taillés en bossage. Sur celle de l’est se trouvent les traces d’une église chrétienne, et les vestiges considérables d’un vaste édifice qui paraît avoir eu une destination militaire ; il était bâti en pierres de taille très régulièrement agencées.
« La Bible, il est vrai, ajoute M. Guérin, loc. cit., ne mentionne, dans le massif montagneux de Juda, qu’une seule ville appelée ‘Anab ; mais les deux Khirbet connus sous ce nom, et distingués uniquement l’un de l'autre par les épithètes de petit ou de grand, prouvent que dans l'antiquité il y avait deux villes ainsi désignées, qui pouvaient être différenciées entre elles par quelque surnom analogue. » N’en pourrait-on pas trouver comme un souvenir dans 1 ᾿Αναδώθ des Septante, qui semblent avoir lu le pluriel du féminin ‘Anabah, employé dans le Talmud ? Quoi qu'il en soit, l'emplacement de l’une ou de l'autre de ces localités convient parfaitement à l'antique cité biblique, mentionnée avec Hébron et Dabir (Dhaberiéh ou Khirbet Dilbéh), Jos., ΧΙ, 21, et placée dans le voisinage d'Istemo (Semoua) et d'Anim (Rhoueïn). Jos., XV, 50. L'arabe ‘Anab, « raisin, » avec ain inilial, correspond aussi exactement à l'hébreu, tant au point de vue du nom qu’au point de vue de la signification. Voir la carte de la tribu de JupA. Δ. LEGENDRE.
ANAËL (Septante :
Septante. Tob., 1, 21.
᾿Αναήλ), frère de Tobie selon les
ANAGOGIQUE (SENS). Le sens anagogique est un sens spirituel de l’Ecriture, fondé sur un type ou un objet figuratif du ciel et de la vie éternelle. « Anagogia, quasi sursum ductio, quando per nnum factum intelligendum est aliud, quod desiderandum est, scilicet æterna felicitas beatorum. » . Bonaventure, Breviloquium, proœm., ὃ 5. De sa nature, l’anagogie est propre à tous les passages de l'Écriture qui, suivant la lettre ou l'esprit, traitent du ciel et des biens éternels. Dans le langage ecclésiastique, elle est restreinte aux sens spirituels qui ont cet objet. Quelques Pères, Origène, De principiis, τιν, 21, t. ΧΙ, col. 387; In Matth., x,14,t. Χαμ, col. 868; 5, Jérôme, Epist. LXxIII, 9,
t. xx, col. 681; In Amos, 1v, 4,5, t. xxv, col. 1027, S. Chrysostome, In Ps. xLvI, 4, t. LV, col. 208; Denys l’'Aréopagite, De cælesti hierarchia, 1-11, t. 11, col. 121 et 137, désignaient par ce nom le sens spirituel, qui toujours élève l'esprit des lecteurs vers des choses hautes et sublimes. Depuis le moyen âge, le sens anagogique n'est plus considéré que comme une espèce particulière du sens spirituel. Voir SPIRITUEL (SENS).
Les types anagogiques, pris dans la signification restreinte, sont peu nombreux dans l'Écriture. La plupart peuvent être rangés parmi les types allégoriques, et le plus souvent les saints Pères ne les en ont pas distingués. La ville de Jérusalem, capitale du royaume de Juda, représente anagogiquement le ciel, le royaume que Dieu a préparé aux élus pour l'éternité. Tobie, xur, 21-922. Le sacerdoce de Melchisédech, Heb., var, 2% et 25; var, 1, et celui d'Aaron, Heb., ὙΠ], 4 et 5, figurent le sacerdoce éternel du Sauveur et son exercice au ciel. Le tabernacle et le temple dans lesquels s’offraient les sacrifices juifs étaient l'emblème du ciel, temple où le pontife éternel s'immole lui-même. Heb., x1, 2-25. L'idée la plus féconde en applications anagogiques est que les biens temporels, promis aux observateurs de la loi ancienne, étaient la figure des biens éternels réservés aux chrétiens. Les commentateurs se sont complus à la développer. Voir Patrizi, Institutio de interpretatione Bibliorum, Rome, 1876, nos 289 et 290.
E. MANGENOT.
ANAGEYPHA, mot grec (ἀνάγλυφα) employé par saint Jérôme dans sa traduction du troisième livre des Rois, vI, 32 : « Sculpsit (Salomon) in eis (sur les portes en bois d'olivier du Saint des saints) picturam cherubim, et palmarum species et anaglypha valde prominentia, » c’est-à-dire que Salomon fit seulpter sur les deux portes de l'entrée du Saint des saints des figures de chérubins et de palmes, et des bas-reliefs très saillants. Anaglypha vient du verbe grec γλύφω (d'où est aussi tiré notre mot français glyptique), € graver en creux ou en bosse, ciseler, sculpter, » et de ἀνά, qui marque que la gravure est en relief et non en creux. Les anaglypha sont donc des sculptures en relief, Le texte hébreu porte : «Il fit représenter en relief (sur les portes) des figures de chérubins, de palmes et de fleurs épanouies. » Ce genre de travail était très connu des Phéniciens, comme des Égyptiens et des Chaldéo-Assyriens, qui faisaient un grand usage des bas-reliefs dans la décoration de leurs temples et de leurs palais. La représentation des sphinx en Éeypte, des chérubins en Chaldée et en Assyrie, des plantes et des fleurs dans ces divers pays, étaient les motifs les plus communs de l’art national, en dehors des scènes où figuraient les personnages divins ou humains.
ANAHARATH (hébreu : ’Anähàrât ; Septante : ’Aya- 72066), ville de la tribu d'Issachar, mentionnée entre Séon et Rabboth. Jos., xix, 19. Le manuscrit alexandrin portant Ῥενάθ et ᾿Αῤῥανέθ, certains auteurs en ont conclu que le nom était peut-être corrompu, et qu'il faudrait lire en hébreu ’Arhanat, en transposant le resch et le noun. On pourrait ainsi l'identifier avec celui d’Ardnéh, petit village situé au nord de Djenin, au pied du mont Gelboë. Cf. C. F. Keil, Biblischer Commentar über das Alle Testament, Josua, Leipzig, 1874, p. 154. Ce qui nous empêche d'admettre cette opinion, c'est que la paraphrase chaldaïque, la Vulgate, la version arabe, sans compter les autres manuscrits des Septante, rendent le mot de la même manière, et que, de plus, nous le trouvons reproduit sur les monuments égyptiens avec la même exactitude. Il est, en effet, dans les listes géographiques de Tothmès IT, sur les pylônes de Karnak, n°52; et la transcription est aussi parfaite que possible, sans changement ou retranchement d'aucune lettre, comme on peut s’en convaincre en comparant les caractères égyptiens οἱ
hébraïques : 1h fa $ οὐρὰς æ LS , Anühertü (dans
ANAGOGIQUE (SENS) — ANAMÉLECH
deux exemplaires, Anüherd), nan2x. Cf. À. Mariette, Les listes géographiques des pylônes de Karnak, Leipzig, 1875, p. 29. M. E. de Rougé avait, dès le principe, reconnu là une «de ces transcriptions. rigoureusement conformes aux règles très logiques que les hiérogrammates avaient su se tracer et qui sont fondées sur une grande connaissance des deux idiomes ». Ltude sur divers monuments du règne de Toutmès 11], dans la Revue archéologique, novembre 1861, p. 364. M. Maspero déclare que ce nom «a un équivalent certain dans l’onomastique de la Bible ». Sur les noms géographiques de la liste de Thoutmos IIT, qu’on peut rapporter à la Galilée, extrait des Transactions of the Victoria Institute, or philosophical Society of Great Britain, 1886, p. 10.
Les explorateurs anglais proposent d'identifier Anaharath avec En-Na’ourah, localité située à la partie septentrionale du Djébel Dahy ou Petit-Hermon. Cf. G. Armstrong, Wilson et Conder, Names and places in the Old and New Testament, Londres, 1889, p. 10. Cet emplacement, sans être certain, convient assez bien à la cité biblique, séparée seulement par deux noms de Sunem (Soulem), Jos., xix, 18, et mentionnée, dans les listes de Karnak, entre Schémesch-Adouma (peut-être Édema, Jos., xIX, 86, aujourd'hui Khirbet Admakh) et Apourou = Apoulou (Fouléh, El-Afouléh?). Cf. Maspero, ouv. cité, p.10, 11. M. Guérin, qui a visité En-Na’ourah, n'a rien relevé de remarquable dans ce village, autrefois considérable, réduit aujourd'hui à l’état de simple hameau. Cf. Description de la Palestine, Galilée, t. 1, p. 124. Voir la carte de la tribu d'ISSACHAR. A. LEGENDRE.
ANAÏA (hébreu : ‘Anäyäh, «Jéhovah exauce; » Septante : ᾿Αναΐα, ‘Avavixc), un des chefs du peuple qui signérent avec Néhémie le renouvellement de l'alliance. II Esdr., x, 22. Peut-être est-il le même que celui qui se tenait au côté d'Esdras dans la lecture solennelle de la loi au peuple, et que la Vulgate appelle ANIA. I Esdr., VITE, 4.
ANAMÉLECH (hébreu : ‘AÂnammélék ; Septante :
᾿Ανημελέχ ; textes cunéiformes : Anunitu-malkitu, et, suivant d’autres : Anu-malku ou Anu-malik), idole dont les Sépharvaïtes, IV Reg., xvir, 29-41, introduisirent et perpétuërent le culte, conjointement avec celui d’Adramélech, dans la Samarie où les avait transplantés Sargon, roi d’Assyrie, après la destruction du royaume d'Israël et la prise de sa capitale. On lui offrait des enfants en holocauste. Les anciens et les rabbins disent qu’on le représentait sous la forme d’un cheval, d’un paon, d'un faisan, etc., mais sans aucune preuve, et probablement par le seul désir de tourner en dérision le culte samaritain, à peu près comme Apion accusait les Juifs d’adorer une tête d'âne. L'une des deux pertions de Sippar, la Sépharvaiïm biblique, patrie de ces néo-Samaritains, était particulièrement consacrée à celte déesse Anounit; les textes cunéiformes la mentionnent fréquemment sous le nom de Sippar 8a Anunitu, Sippar d'Anounit, à côté de Sippar ÿa Samêu, la Sippar du soleil, The cuneiform Inscriptions of Western Asia, t.11, pl. 65,1. 18, 190. Malkitu serait une épithète empruntée au verbe malaku, « être prince, » laquelle est donnée à plusieurs divinités assyrobabyloniennes, The cun. Inscr. of Western Asia, t. IV, pl. 56, 1. 80 δ. Anounit joue un rôle à la fois effacé, mal défini, et multiple, comme presque toutes les divinités féminines mésopotamiennes. Plusieurs textes semblent la confondre avec la déesse Istar ou Vénus, The cun. Inscr. of Western Asia, t. 1, pl. 53, 1.340; Lenormant-Babelon, Histoire ancienne de l'Orient ,t. V, p. 257; du reste, au point de vue étymologique, ce nom signifie simplement déesse ; il ἃ done pu être porté par plusieurs divinités différentes, IL. Sayce, Lectures on the origin and growth of the religion, p. 261, 273 et 306.
C'est ce qui ἃ engagé plusieurs assyriologues, notamment S. H. Rawlinson, à voir dans l'Anamélech biblique
une déesse Aa ou Malkitu, épouse du Soleil, souvent mentionnée dans les textes cunéiformes : Aa hirtum naramtaka hadis linimahhirka, dans les Transact.of the Society of Biblical Archæology, τ. vint, p.11, p.168; Ebabara $a Sippar ana Samsiu Aa belia eësis ebuÿ. The cun. Inscr. of Western Asia, t. 1, pl. 65. ce. 11, 1. 40-#1, ete. Le terme non sémilique aa semble être l'équivalent du verbe sémitique malaku, et se décliner comme lui, ainsi que l'insinue, entre autres, l'exemple de l'Eponymencanon, Delitzsch, Assyrische Lesest., 1878, p.96, 1. 176. — Ceux qui identifient Anamélech avec l'épouse du Soleil peuvent encore alléguer en faveur de leur opinion les sacrifices humains mentionnés dans la Bible ; ils rappellent en effet le culte des divinités solaires en Chanaan, en Phénicie et à Carthage. Voir MoLoc. Cette Aa-Malkit parait avoir été une personnification féminine du soleil considéré comme principe de beauté, de grâce et de douceur, tandis que Samÿou était le principe mâle, c’est-à-dire le principe de force, d'énergie, de chaleur brülante ; il en résultait une dualité analogue à celle de Moloch-Baal en Phénicie, de Seket-Bast en Égypte, qui représentait également l'astre dans sa force et dans sa douceur.
Dans ces deux hypothèses, il faut regarder le mot biblique comme dépouillé de sa terminaison féminine, soit intentionnellement, soit accidentellement, par le fait des transcripteurs. Du reste, ce retranchement de la terminaison féminine se remarque encore dans d’autres mots passés de l’assyrien à l’hébreu : JIdiklal(u), nom assyrien du Tigre, donne l'hébreu /iddékel ; tehämtu, l’abime, devient l'hébreu tehüm, etc.
Dom Calmet, Comment. litt., ad loc., ἃ cru pouvoir identifier avec la Lune l’'Anamélech biblique. Mais celle-ci était considérée en Babylonie et en Assyrie comme un dieu, nommé Sin, indépendant du Soleil, Samëu, dont il était l'égal et souvent même le supérieur ; d'ailleurs Sippar ne lui était pas consacrée.
Eb. Schrader croit enfin qu'Anamélech n’est autre que le dieu Anu, suivi de l’épithète maliku, prince ; il identlie même, dans Riehm, Handwôrterbuch des bibl. Allerlums, t. 1, p. 61, cet Anou avec l'Ounnès ou dieupoisson, qui apporta sur la terre les arts et les sciences, au dire de Bérose. Mais cet Oannès est certainement £Ea-han ou Ea-nunu, dieu de l'océan, de labime et de la sagesse. Quant à Anou, c'était le dieu du ciel, comme Éa était le dieu de l'abime , et Bel celui de la terre ; la croix, image des quatre régions, c'est-à-dire des quatre points cardinaux, parait avoir été son emblème. A la vérité, il était adoré spécialement à Dir, qui portait le nom de « ville du dieu Anou », et qui était à quelques kilomètres seulement de Sippar. Fr. Hommel, Die Semitischen Vülker, t.1, p. 930; Zur altbabylonischen Chronologie, p. 43, dans le Zeitschrift fur Keilschriftforschung, 1, et Separalabdruck. Cependant les holocaustes dont parle la Bible semblent indiquer plutôt dans Anamélech une divinité solaire; de plus, les textes cunéiformes mentionnent toujours le culte de Saméou et d’Anounit comme caractérisant la ville de Sippar, tandis qu'ils ne disent jamais qu'Anou y ait été particuliérement honoré. On ne voit donc pas pourquoi les Sépharvaites auraient introduit en Samarie, comme divinité nationale, le dieu d'une localité étrangère. Cf. 1. Seldenus, De dis syris, 1661, 7
I, p. 928 11, p. 208, et passim pour les anciens; parmi les modernes: Fr. Delitzsch, Wo lag dus Paradies, p. 210;
F. Lenormant, Les origines de l’histoire, t. τι, p. 7; Th. Pinches, Proceed. of the Society of Biblic. archæol., 3 novembre 1885, p. 27; Schrader-Whitehouse, The cuneiform Inscriptions and the Old Testament, t. 1, p. 276 Lenormant-Babelon, Histoire ancienne de l'Orient, t. v, p. 251 et 259 ; μῇ sono: The five great Monarchies, BAL De LUE 126-129 ; H. Sayce, Lectures on the origin of HAE Londres, 1887, p. 182-184. 176-179 ; F. Vigouroux, La Bible et les découvertes
modernes, ot édit., t. 1V, p. 170.
E. PANNIER