ANCIENS
avaient pas moins une réelle influence, capable d’atténuer dans bien des cas le mauvais effet des exemples donnés par les rois impies, et c’est pour n'avoir pas toujours exercé cette influence salutaire qu’ils sont pris à partie par les prophètes. Is., 111, 14; Jer., χιχ, 1, Ezech., vit, 26; vint, 12. C'est dans ce dernier passage que le prophète montre les anciens du peuple réunis clandestinement dans une salle du temple pour adorer des images idolätriques.
Pendant la captivité, les anciens continuent à l'étranger leurs fonctions habituelles vis-à-vis de leurs compatriotes, autant du moins que les circonstances le permettent. Jer., xxIX, 1; Dan., xit, 5, 1. Au retour, ils président à la construction du temple, 1 Esdr., v, 5; vi, 14, et commandent au peuple conjointement avec le scribe Esdras, I Esdr., x, 8. Mais l’organisation reste flottante. Esdras, qui avait tant de choses à restaurer, ne paraît pas s’être préoccupé de reconstituer le conseil national des anciens. Il établit seulement la grande Synagogue, dont les membres, de compétence exclusivement théologique, n’avaient aucune attribution administrative ou politique. Encore l'existence de cette grande Synagogue est-elle contestée; il n’en est fait mention ni dans les livres postérieurs de la Bible, ni dans les écrits de l'historien Josèphe. Les Talmudistes sont les premiers à en parler, et on peut les soupconner d’avoir voulu donner plus d'autorité à leurs traditions, en imaginant un corps constitué par Esdras pour les fixer.
D'Esdras aux Machabées (433-177), l’histoire biblique fait défaut. Pendant cette période, le corps des anciens prit certainement plus de consistance; car, au rapport de Josèphe, Ant. jud., ΧΗ, πα, 3, il y avait une γερουσία chez les Juifs sous Antiochus Épiphane (176-163). Le fils de ce persécuteur , Antiochus Eupator (163), écrivit une lettre τῇ γερουσία τῶν ᾿Ιουδαίων, Cau sénat des Juifs, » Il Mach. ΧΙ, 27. Sous les Séleucides, ce sénat ne dut avoir qu’une autorité précaire. Les anciens néanmoins coopérèrent avec les princes asmonéens à l’affranchissement de la nation. 1 Mach., 1, 27; χι, 23. Quand Jonathas fut vainqueur, ils devinrent à ses côtés ἢ γερουσία τοῦ ἔθνους, «16 sénat de la nation, » et en cette qualité négocièrent des alliances importantes. 1 Mach., x, 6; 11 Mach., 1, 10; 1v, ἀφ. Cette γερουσία n’était autre que le sanhédrin. Voir SANHÉDRIN. Les anciens qui en faisaient partie étaient prêtres ou laïques, mais en tout cas de haute compétence sur toutes les questions qui intéressaient les destinées politiques et religieuses de la nation.
II. LES ANCIENS DANS LE NOUVEAU TESTAMENT. — 1° Dans les Évangiles. — Quand l'Iduméen Hérode usurpa le trône des princes asmonéens, la plupart des anciens du sanhédrin furent mis à mort et remplacés par d’autres plus complaisants. Ceux-c1 et leurs successeurs partagèrent les destinées de ce sanhédrin amoindri, tenu en tutelle par les Hérodes, puis par les procurateurs romains, et réduit à discuter les subtilités pharisaiques qui avaient remplacé pour lui les grandes questions politiques et relisieuses en vue desquelles il avait été institué. Les anciens dont parle si souvent l'Évangile composaient la plus grande partie du sanhédrin, et y siégeaient avec les grands prêtres et les scribes. Ils étaient recrutés parmi les chefs de familles riches et influentes. Mais comme leur nomination dépendait pratiquement des grands prêtres, ces derniers s'efforçaient de n’introduire dans le sanhédrin que des anciens appartenant comme eux à la secte matérialiste des Sadducéens. Toutes les fois qu'il est question d'anciens dans l'Évangile (sauf un seul passage de saint Luc, ὙΠ, 9), il s'agit de ‘membres du sanhédrin, dont il ἃ été parlé plus haut, 1 , 1. Ils se montrèrent opiniätrément hostiles à Notre-Seigneur, et poussèrent l'acharnement jusqu’à le condamner à mort, au mépris de toutes les conditions de fond et de forme requises par le droit naturel et le droit positif. Nicodème et Joseph d'Arimathie, qui s'illustrèrent par leur courage et leur piété au moment de la sépulture du Sauveur, faisaient partie du sanhédrin, selon toute
probabilité, à titre d'anciens. Il est à croire qu'ils ne furent convoqués ni l'un ni l’autre à la séance dans laquelle Notre-Seigneur fut condamné à mort. Ils n'auraient pas manqué de faire entendre une protestation dont l'Evangile eût gardé le souvenir.
2 Dans les Actes et les Epiîtres. — Le Nouveau Testament réservait à la dignité d'ancien des destinées plus glorieuses. L'Église, dès sa naissance, a des πρεσθντέρους, seniores où majores natu. Act., xI, 90; xv, 4, 6; xx, 17, etc. Mais ce sont des chefs spirituels remplissant les fonctions sacrées : ils prennent part au concile de Jérusalem et promulguent le décret avec les Apôtres, Act., xv, 93, 41, ils administrent les sacrements, Jac., v, 14, dirigent les églises particulières, Tit., 1, 5, etc. En un mot, ce sont des prêtres, par conséquent des ministres sacrés dont les fonctions sont bien différentes de celles des anciens. Voir PRÈTRES.
3 Dans l’Apocalypse. — Vingt-quatre vieillards ou «anciens » occupent des trônes dans le ciel autour du trône de l'Agneau, Apoc., IV, 4; x1x, 4. Ils se prosternent devant lui, et offrent dans des coupes d’or les prières des saints, v, 8 L'un d'eux parle à saint Jean pour lui expliquer ce qu'il a sous les yeux, v, 5; ὙΠ, 13. La cité céleste est conçue par l'écrivain sacré à l’image de la cité terrestre. Il est donc naturel que le Roi du ciel ait autour de lui des anciens. Ces anciens sont des mpecévrepo, à la fois vieillards et prêtres, comme l'indiquent la place qu'ils occupent et les fonctions qu'ils remplissent. Ils représentent en général la totalité des élus, et plus spécialement les douze patriarches, chefs des douze tribus de l'ancien peuple, et les douze Apôtres, chefs du peuple nouveau. Apoc., ΧΧΙ, 12-14. H. LESÈTRE.
4. ANCIEN TESTAMENT, nom donné, par opposition au Nouveau Testament : 1° à l’ancienne loi et à l'histoire du peuple de Dieu avant la venue du Messie ; 2° aux livres inspirés et canoniques antérieurs à Jésus-Christ. Voir TESTAMENT 1.
1. ANCILLON Jean-Pierre-Frédéric, pasteur protestant français à Berlin, né dans cette ville, le 30 avril 1766, mort le 10 avril 1837. I1 descendait de David Ancillon (1617-1692), qui était pasteur de Metz, d'où il était originaire, lors de la révocation de l’édit de Nantes, et qui se réfugia alors à Francfort (1685) et puis à Berlin. Les fils de David occupèrent une place importante parmi les réfugiés français en Prusse. Jean-Pierre-Frédéric, son arrièrepetit-fils, fut nommé professeur à l’académie militaire de Berlin, après avoir terminé ses études théologiques. Il fut en même temps prédicateur à l'église française protestante de cette ville. Le succès de ses sermons attira sur lui l'attention du roi de Prusse, qui, en 1806, lui confia l'éducation du prince royal. En 18%5, il devint ministre des affaires étrangères, et conserva cette dignité jusqu'à sa mort, en 1837. Il était aussi membre de l'académie des sciences de Berlin. Parmi ses ouvrages, nous n’avons à signaler que son Discours sur la question : Quels sont, outre l'inspiration, les caractères qui assurent aux Livres Saints lu supériorité sur les livres profanes ? in-8v, Berlin, 1782, ouvrage estimé, quoique un peu superficiel. Voir Haag, La France protestante, t. 1, p. 90 ; Mignet, Notice historique sur la vie et les travaux d’Ancillon, dans les Mémoires de l'Académie des sciences morales et politiques, 1850, t. vI, p. 59-85.
2. ANCILLON Louis-Frédéric, petit-fils de David et père de Jean-Pierre-Frédéric, prédicateur protestant français à Berlin, né dans cette ville, le 30 avril 1767, mort en 1814, a laissé entre autres écrits : Tentamen in Psalmo seæagesimo octavo denuo vertendo, in-8°, Berlin, 1797. Voir Barbier, Dictionnaire des anonymes, au titre Tentamen; Ersch et Gruber, Allgemeine Encyklopädie, au mot Ancillon.