ANNALISTE — ANNE, ÉPOUSE DE TOBIE
sens, Cf. ΠῚ Reg., xt, 20), Anne le conduisit à Silo pour l’'accomplissement de son vœu, et elle le présenta au Seigneur, offrant en même temps en sacrifice trois taureaux, 1 Reg., 1, 24 (Septante: ἐν μόσχῳ τριετίζοντι), dans lesquels sont compris deux taureaux qu'offrait ordinairement Elcana (voir le texte des Septante, Ÿ. 25), ce qui fait qu’au ÿ. 25, l'écrivain, n'ayant en vue que l’offrande d'Anne, ne parle plus que d'un taureau; puis trois mesures de farine (hébreu : un épha, vingt litres environ; d’après Ruth, 11, 17, trois mesures équivalaient à un épha), cf. Ezech., XLVI, 7, et une amphore (hébreu : nébél, «une outre »} de vin. Les Septante ajoutent : des pains. 1 Reg., 1, 24. Α ce moment Anne présenta Samuel au grand prêtre, en lui rappelant la circonstance de sa prière; elle lui déclara aussi son vœu, mélant à cette déclaration un double jeu de mots sur le terme δᾶ αἱ, « demander, accorder. » «Le Seigneur, dit-elle, m'a accordé ma demande ($e’éläti) que je lui ai adressée ($d’alti), c'est pourquoi je l'ai accordé (his’itiht, à la forme hiphil) tout le temps qu'il sera consacré ($4’ül) au Seigneur. » 1 Sam. (1 Reg.),1, 27-28. La consécration de Samuel apparaît dans ce jeu de mots comme intimement liée, dans la pensée d'Anne, avec sa demande et se confond avec elle.
C'est alors que, dans la joie de voir ses espérances réalisées, Anne chanta au Seigneur son sublime cantique. 1 Reg., 11, 1-10. Les critiques modernes ont vainement tenté d'en nier l’authenticité, en disant qu’il est un chant de triomphe destiné à célébrer un succès plus général que la naissance de Samuel, et composé à une époque plus récente qu'ils n’essayent pas d’ailleurs de déterminer. Assertion toute gratuite et insoutenable. Il ne répugnerait pas en soi que ce cantique, ayant été composé avant la naissance de Samuel, Anne l’eût emprunté pour célébrer les gloires de sa maternité; mais pour l'affirmer, il faudrait une raison positive, qui n'existe pas. Rien n’empêche d'ailleurs que le regard de la pieuse mère se soit élevé, sous le souffle de l'Esprit de Dieu, du bienfait personnel jusqu'à la contemplation prophétique du bienfait national lié à la naissance de Samuel, savoir : la consécration du premier roi de Juda, la délivrance du peuple opprimé, la ruine des ennemis de Dieu, enfin, et par-dessus tout, le règne triomphal du Messie. I Reg., 11, 1-10. Herder, Histoire de la poésie des Hébreux, t. τι, ch. var ; Meignan, Les prophéties contenues dans les deux premiers livres des Rois, Paris, 14878, p. 71-102; Thalhofer, Erklärung der Psalmen, Ratishbonne, 1880, p. 840-843. La très sainte Vierge dans son Magnificat, Luc, 1, 46-55, s'est appliqué plusieurs des pensées du cantique d'Anne, en laquelle tous les interprètes ont vu une figure de la fécondité miraculeuse de la Mère de Dieu. Anne est encore regardée comme l'image de l'Église persécutée à son origine, puis féconde et glorieuse, tandis que Phénenna est regardée comme le type de la Synagogue, d’abord puissante, puis rejetée. S. Cyprien, t. IV, col. 522; S. Grégoire le Grand, t. LxxIX, col. 27, 62, 90; 5. Isidore de Séville, t. LXXXIN, col. 111-112. On peut aussi voir en elle avec saint Augustin, t. ΧΙ, col. 598, la figure de la religion chrétienne et de la grâce. Saint Jean Chrysostome à exposé tous les enseignements moraux qui découlent de la maternité d'Anne dans cinq homélies très remarquables, t. Liv, col. 631-676. La mère de Samuel ἃ été mise par plusieurs auteurs au nombre des saints de l'Ancien Testament, bien qu'elle ne se trouve inscrite dans aucun ménologe grec, ni martyrologe latin. P. RENARD.
2. ANNE, épouse de Tobie le père, et comme lui de la tribu de Nephthali (selon les Septante, de la famille même de Tobie), et mère du jeune Tobie, Tob., 1, 9, suivit son mari dans les rudes épreuves de l'exil et de la captivité à Ninive, lorsque Salmanasar y transporta en masse les Israélites après la prise de Samarie. IV Reg., xvH, 6; xvur, 9-10. Elle lui fut fidèle non seulement dans ces épreuves communes, mais encore dans la persécution
personnelle que lui suscitèrent ses œuvres de miséricorde. Tob., 1, 21-25. Sa piété envers Dieu et son affection pour son mari soutinrent son courage, lorsqu’après l'accident arrivé à Tobie, la famille tomba dans le dénuement. Car, pour arriver à faire vivre son époux aveugle et son fils, elle se fit mercenaire et travailla à tisser la toile. Un jour qu'elle avait reçu un chevreau en payement de son travail, ou, selon le texte grec, en surplus de son salaire, une observation de son mari l'amena à révéler son caractère susceptible et emporté. Elle alla jusqu'à reprocher à Tobie ses aumônes et ses œuvres de miséricorde, parce qu’elles n'avaient abouti qu'à les réduire à la pauvreté. I y ἃ dans ses paroles un accent de blasphème contre la bonté et la providence de Dieu. Tob., τι, 19-93. Cette irritabilité se renouvela, au milieu des larmes de sa tendresse maternelle, à l'occasion du voyage de son fils à Ragès. Tob., , 23-95; x, 4-7. Heureusement la tristesse fit place à la joie lorsque, du haut de la colline d'où elle allait souvent interroger l'horizon, Anne reconnut dans le lointain le jeune Tobie qui revenait. Tob., x1, 5-6. La réception qu'eile lui fit est un peu plus explicitement racontée dans les textes grecs que dans la Vulgate. Anne survécut à son mari, Tob., x1v, 12, et fut assistée Jusqu'à sa mort par son fils et sa belle-fille, comme le vieux Tobie l'avait recommandé. Tob., x1v, 14. P. RENARD.
3. ANNE, épouse de Raguel et parente, par son mari, de la famille de Tobie, Tob., vir, 2, est appelée par les textes grecs ’Lôvx, de l'hébreu ‘édnäh, «volupté, délices, » facilement transformé en Anna. Elle manifesta, aussi bien que son mari et sa fille, une cordiale tendresse pour son Jeune cousin Tobie, quand elle le reconnut à son arrivée à Ragés, etelle s pee comme eux, de le recevoir dignement. Tob., vi, 8-9. Elle ne parait pas avoir été appelée à à donner son avis dans le mariage de sa fille avec Tobie, mais elle entra docilement dans les vues de son mari, et fit, en cette circonstance délicatet périlleuse, une belle proiession de sa confiance en Dieu. Tob., vit, 18-20.
P. RENARD
4. ANNE, mére de la sainte Vierge, Son nom ne se lit pas dans les livres canoniques. Les plus anciens écrits qui contiennent son histoire sont les Évangiles apoc TYphes, l'Évangile de la Nativité de Marie et de l’enfance du Sauveur et le Protévangile de saint Jacques (Fabricius, Codex apocryphus Novi Testamenti, τ. 1, p. 19-67). Il y est raconté que le père d'Anne, appelé Mathan, était prêtre et habitait Bethléhem. 1] eut trois filles, Marie, Sobé et Anne. Marie épousa un homme de Bethléhem, et devint la mère de Marie Salomé ; Sobé se maria aussi dans le même village, et donna le jour à sainte Élisabeth, mére de saint Jean-Baptiste ; enfin Anne épousa saint Joachim, qui était de Galilée. Elle fut longtemps stérile, mais elle obtint enfin de Dieu la Bienheureuse Vierge Marie. Ses parents la consacrérent, quand elle eut atteint l’âge de trois ans, au service du temple de Jérusalem, et ils moururent quelque temps après. Tel est le récit du Protévangile de saint Jacques. Il est difficile de déméler ce qu'il peut contenir d'historique et de légendaire ; mais l'Église a consacré la tradition qui fait de saint Joachim et de sainte Anne le père et la mère de la sainte Vierge, et leur culte est fort ancien chez les Orientaux, comme nous l'apprenons par saint Grégoire de Nysse et par saint Épiphane., Hær. LXXVIIT, 17. τ, XLII, col. 798. Il existe des hymnes grecques antiques en l'honneur de Ja mère ᾿: Marie (Lambecius, Comm. de Biblioth. Vindob., 1. 1 ΠΡ. 2)}7.:. 168 homélies des Péres en l'honneur de la ne Vierge célébrent aussi les louanges de sainte Anne. Voir en particulier saint Jean Damascène, Hom. 1 in dorm. Moriæ, 5, Ἐξ XCVI, col. 708. Justinien fit dédier une église en son nom à Constantinople, en 550, d'après Procope, De ædif. Justiniani, 1, 3, édit. de Bonn, t. 111, p. 185. L'Église grecque honore sainte Anne, le # septembre, conjoinlement avec saint Joachim; le 9 décembre elle fête sa