‹ Dictionnaire de la Bible (volume 4)Chapitre 334 sur 454 · ANTIOCHE · texte numérisé non relu

ANTIOCHE

plus suivi que les fêtes d’Apollon à Daphné, et c'est là que plus tard, mais avec une insistance bien inutile, Julien l’Apostat essaya de ressusciter le paganisme frappé à mort.

Sous un climat qui porte à la mollesse, et dans un milieu riche et corrompu, les populations syriennes, de mœurs ‘beaucoup trop faciles, aimaient surtout ces démonstrations religieuses, où, à travers les bosquets odoriférants, dirigeant au bruit des instruments sacrés des danses lascives, chacun croyait honorer les dieux par d’immorales pratiques, lorsque en réalité on sacrifiait la vertu aux plus honteuses passions. Satisfaire à la fois l'instinct de la religiosité et l'amour effréné du plaisir qui se trouvent au fond de tout homme de l'Orient, était pour Apollon une bonne fortune. Antioche fut souvent désignée sous le qualilicatif d'Épidaphné.

Les Juifs vivaient pourtant tranquilles dans cette ville turbulente et imimorale, grâce aux privilèges dont les princes macédoniens les avaient comblés. Suivant les inspirations d’une sage politique, les Séleucides, en les attirant vers la Syrie au détriment de l'Égypte, cherchaient à faire échec à leurs adversaires les Ptolémées. Plus d’une fois, en effet, ces Juifs leur furent d’un grand secours, même au point de vue militaire. Le prenuer livre des Machabées, x1, 42-51, raconte comment, les habitants d'Antioche s'étant révoltés contre leur roi Démétrius II Nicator, ce prince put réprimer la sédition, gräce à la bravoure de trois mille Juifs que lui avait envoyés Jonathas Machabée. Toutefois et par un cruel caprice, quelques-uns des Séleucides maltraitèrent à Jérusalem ceux qu'ils favorisaient à Antioche. Épiphane et ses généraux firent régner en Palestine la plus terrible des persécutons qui ait affligé Israël. On sait avec quel patriotisme les Machabées opposèrent à ses entreprises criminelles la plus glorieuse résistance. 1 Mach., 111, 37; χα, 20 ; IT Mach., ν, 27; vi-ix. Le quatrième livre des Machabées, dont l'origine est incertaine, mais qui est attribué par quelques critiques à Josèphe (De Machabæis, n° 4 et 5), fait de Jérusalem le théâtre du martyre d’Eléazar, des sept frères Machabées et de leur mère, II Mach., vi, 18-vI1, 41; mais plusieurs croient que l’héroïque scène se passa à Antioche, et l'on montrait dans cette ville, au temps de saint Jérôme et de saint Augustin, le tombeau et l’église des glorieux observateurs de la loi. Voir saint Jérôme, Liber de situ et nom. loc., au mot Modin, t. xx1n1, col. 911, et saint Augustin, Sermo 1 de Machab., 300, t. ΧΧΧΥΠΙ, col. 1379.

À partir de Pompée, l'intervention des Romains dans les affaires de Syrie ne fit qu'accroitre la prospérité de la colonie israélite. Celle-ci commença même à faire des prosélytes religieux dans celte immense cité de 500,000 âmes, si étrangement mêlée de Syriens et de Grecs, de Chaldéens et de Romains, de marchands et de rhéteurs, de charlatans et de philosophes, de science et d'ignorance, de hautes et de basses aspirations, de bien et de mal. Ainsi nous lisons, Act., vI, ὃ, qu'un des sept premiers diacres, Nicolas, fut un prosélyte d'Antioche. Mais c'était à l'Évangile que devait revenir l'honneur d'y faire la véritable trouée dans le monde païen, en y fondant la première Eglise chrétienne sortie de la gentilité.

A la suite de la persécution qui sévit à Jérusalem, lors du martyre d'Étienne, plusieurs disciples étaient allés annoncer l'Évangile à Antioche, certains d'y trouver une grande communauté juive peut-être curieuse de les entendre, et, en tout cas, un pouvoir public assez indifférent pour les laisser parler. Act., ΧΙ, 19. C’est là qu'après le baptéme du centurion Corneille, et en apprenant le discours tenu par Pierre devant ceux de Jérusalem, des disciples commencèrent à mettre en pratique les vues nouvelles du chet des Apôtres, et à prêcher l'Évangile aux paiens eux-mêmes. Là Barnabé vint voir de près, approuver et poursuivre, de concert avec Paul, qu'il était allé chercher à Tarse, une si décisive innovation. C'est à Antioche que, cessant d'être confondus avec les Juifs, les

DE SYRIE 652 disciples de l'Évangile, issus de toute nation et de toute langue, furent appelés chrétiens, soit par malicieux sobriquet, soit par mesure de police, soit par une inspiration plus haute, en raison de leur union intime et absolue avec celui qui était l'objet de leur culte. Act., x1, 21, 22, 96. Dans cette cité à jamais célèbre, fut donc baptisée, qualifiée pour la première fois et officiellement reconnue l'Église chrétienne.

Mais la nouvelle communauté, tout en ayant pleine conscience de sa vie personnelle et de son avenir, n'en voulut pas moins rester filialement unie, par des liens de charité et de déférence, à l'Église-mère de Jérusalem. Elle avait reçu d'elle tantôt des évangélistes, tantôt même des prophètes; elle lui envoya des secours d’argent pour se défendre contre la famine. Act., X1, 30; x11, 25. D'Anlioche, comme du centre religieux le plus fortement organisé et le plus ouvert aux idées universalistes, partirent les premiers missionnaires Paul et Barnabé, pour aller à la conquête du monde paien, Act., x, 1-3, et c'est là qu'ils revinrent pour se retremper, comme au centre primordial de lactivité apostolique. Act., χιν, 26. Paul, du moins, resta fidèle à cette pratique dans les divers voyages qu'il entreprit. Act., χν, 36, et XVII, 22; XVII, 23. C'est à propos de l'Église d’Antioche que le concile de Jérusalem rendit son décret sur les observances légales. Act., χν, 23. Cf. Gal., 11, 11-14.

Antiochke ἃ donc été le berceau véritable de l'Évangile libre et de l'Église chrétienne dégagée de tous liens avec le judaisme. C’est une gloire que nulle autre métropole ne saurait lui disputer. D'après la tradition, Pierre y séjourna quelque temps et en dirigea la florissante communauté (S. Jérôme, Zn Gal., 1. 1, €. 11, t. XXVI, col. 341; Origène, In Luc., hom. Vi, t. xut, col. 1815; Eusébe, H. E., 11, 86, t. xx, col. 288); mais ce ne fut qu'en passant, après le concile de Jérusalem et avant son apostolat en Asie, aux bords de l'Euphrate, dans les provinces du Pont, de Bithynie et de Cappadoce. De grands évêques devaient, par leur martyre, leurs vertus et leur science, illustrer après lui ce siège incomparable.

De tout cela, il ne reste plus aujourd'hui que le souvenir. Nous n'avons trouvé en 1888, à Antioche, que cent quinze chrétiens catholiques et deux cents schismatiques environ. Comme reliques du passé, nous avons vénéré deux grottes au pied du Stauris. À l’une, celle du cimeüère latin, se rattache le souvenir de saint Pierre. ἃ l’autre, celle du monastère Saint-Paul, s'applique ce qui est raconté dans Théodoret (H. E., 1v, 22,t. LxxxIr, col. 1184; Vic. Patr.,n,t. LxxxH, col. 1188, 1317) des réunions solennelles tenues au temps de la persécution de Valens par les chrétiens catholiques. C’est près de ces roches creusées en voute où avait vécu jadis l’apôtre Paul que, sous la présidence de Flavien et de Diodore, ils allaient chanter les louanges de Dieu. Peut-être la Tekkéh, dans la ville moderne, répond-elle à l'église ancienne (παλαία ) bâtie dans la rue du Singon, où Paul avait donné ses conférences publiques (Malala, liv. x, t. XVII, col. 372). La mosquée Abib el-Nadjar est-elle le vieux temple de la Fortune d'Antioche, où furent solennellement déposés les restes d'Ignace martyr? Ce n’est pas impossible. Comme construction, elle remonte à une date très ancienne. Le dôme en était formé avec des poteries creuses, comme dans certains édifices des premiers siècles, au monument de sainte Hélène, par exemple, dans la campagne romaine. 1] y ἃ dans la mosquée d’Abib el-Nadjar une crypte avec des tombeaux qu'il ne nous ἃ pas été permis de visiter et auxquels la tradition arabe attribue la plus grande importance.

Ottfried Müller ἃ recueilli dans ses Antiquitates Antiochenæ, in-4°, Gœttingue, 1839, à peu prés tout ce que les anciens, Strabon, Libanius, Julien, Ammien Marcellin, saint Jean Chrysostome et surtout Malala ont écrit sur Antioche, ΠῚ ne lui ἃ manqué que d'avoir vu pour mieux utiliser ses palientes recherches, Voir Notre voyage aux

683 ANTIOCHE DE SYRIE pays bibliques, t. 1117, p. 30-80, et L'Œuvre des Apôtres, t.1, p. 256-272 et 348. E. LE Camus.

3. ANTIOCHE (ÉCOLE EXÉGÉTIQUE D’). — L'école exégétique d'Antioche de Syrie est moins ancienne que celle d'Alexandrie d'Égypte; de plus, elle ne forma même pas d'abord une école proprement dite, donnant un enseignement régulier, comme le Didascalée de la capitale égyptienne (voir ALEXANDRIE 2); mais elle mérita néanmoins ce nom, avant même d'avoir des professeurs et des élèves, par un ensemble de doctrines et une méthode d'études et d'exposition que les docteurs formés dans cette ville se transmirent les uns aux autres. Elle doit sa gloire aux écrivains ecclésiastiques sortis de son sein, lesquels se sont surtout distingués par l'explication des Saintes Écritures. Leur trait caractéristique, ὁ c'est, par opposition aux tendances allégoriques de l’école d’Alexandrie, la recherche du sens littéral, dont ils font leur objet principal. Ils étudient la révélation divine à l’aide de l’histoire et de la grammaire, et ils s'efforcent de rendre cette étude tout à fait pratique. L'historien Socrate peint par ces mots l'école d’Antioche, en la personne d’un de ses principaux maîtres : Wié τῷ γράμματι τῶν θείων προσἔχων Ἰ Γραφῶν, τὰς θεωρίας αὐτῶν εχτρεπόμενος, « 1] s'attache au sens simple et littéral des divines Écritures, laissant de côté le sens allégorique. » H. E., VI, 8, t. LXVIL, col. 668. Cf. Sozomène, H. E., vu, 2, 1. LXVI, col. 1516% Photius, Bibl., Codex 38, 1. CIN, col. 7. :

L'histoire de l’école exégétique d’Antioche peut se diviser en trois périodes : 1° période de formation, depuis saint Lucien jusqu'à Diodore de Tarse (290-370); 2 période de maturité et d'éclat, depuis Diodore de Tarse jusqu'à Nestorius (370-430); 3 période de décadence, depuis les commencements de l’hérésie nestorienne, vers 430, jusqu’à sa ruine complète.

I. Période de formation de l’école exégétique d'Antioche (290-370). — Ses origines remontent au prêtre Dorothée et au prêtre Lucien. Dorothée était très versé dans la science des Ecritures, au témoignage d'Eusébe, qui les lui avait entendu expliquer, et qui nous apprend de plus que ce docteur avait étudié avec soin la langue hébraïque, pour mieux comprendre la parole de Dieu. Eusèbe, H. E., vri, 32, τ. xx, col. 721. Quant au prêtre Lucien, qui, comme Dorothée, scella sa foi de son se en souffrant le martyre à Nicomédie, en 311 ou 912, se distingua aussi par sa science des "Écritures. a H. E., 1x, 6, t. xx, col. 809. Lucien, originaire de Samosate, avait été élevé à Édesse, où il avait eu pour maître un habile exégète appelé Macaire ; il avait aussi fréquenté l’école de Césarée de Palestine, fondée par Origène. Suidas, Leæicon, édit. Bernhardy, t. 11, col. 607. Quand il alla à Antioche, il y suivit peut-être aussi les lecons de Malchion, qui y tenait une école (παιδευτήριον, Eusèbe, H. E., vu, 29, t. xx, col. 708), et qui est considéré par quelques-uns comme le véritable fondateur de l’école d’Antioche. W. Smith, Dictionary of Christian Biography, τ. ἀπ p.748. Quoi qu'il en soit de ce point, Lucien, s'il n'en fut pas le fondateur, fut du moins le maître qui forma le plus de disciples, dont quelques-uns malheureusement acquirent une triste célébrité : Eusèbe de Nicomédie, Maris de Chalcédoine, Léonce d'Antioche, Eudoxe, Théognide de Nicée, Astérius et Arius, le père de l'hérésie arienne. À cause de leur maitre, ils se donnaient le nom de « Collucianistes ». (Théodoret, ΠΗ. E., 1, 4, t. LXXXH, col. 392; A. de Broglie, L'Eglise et l'empire romain au 1ve siècle, % édit., 1857, t. 1, p. 970.) De tels élèves ne firent pas honneur à leur maitre, et montrérent alors, comme plus tard Théodore de Mopsueste, que linterprélation littérale peut dégénérer en rationalisme, si elle n'est pas maintenue dans de justes bornes. Saint Lucien Il se rendit célèbre dans tout l'Orient par son édition critique des Seplante, qui rendit de grands services à l'Église grecque. S. Jérdme, De vir.

évita lui-méme ces excès.

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illust., LXXVIL, t. ΧΧΠῚ, col. 685. Son esprit et sa méthode: lui survécurent et s’implantèrent solidement dans l'ancienne capitale de la Syrie.

Il. Période de maturité et d'éclat de l’école exégétique: d’Antioche (370-430). — Flavien, prêtre et évêque d’Antioche (381-404), continua l'œuvre de saint Lucien en s'appliquant à l'instruction et à l’enseignement; mais ce: fut surtout son ami Diodore, connu sous le nom de Diodore de Tarse (+ 394), parce qu'il devint évêque de cette ville vers 379, qui porta au plus haut point la gloirede l’école d’Antioche. Avec lui commence la seconde période historique de cette école. Diodore, comme Flavien, était originaire d’Antioche. (Théodoret, H. E., 1v, 22, t. LxxxI, 00]. 1184.) Il avait étudié la philosophie à Athènes. (Julien pe dans Facundus, Pro defens. trium capitul., αν, 2, t. LxVII, col. 621.) Il avait eu aussi pourmaitre Silvain, évêque de Tarse, soit à Tarse même, soit à Antioche. 5. Basile, Æpist. CCXLIV, 3, t. xxx11, col. 916. Il mena dans cette derniére ville la vie monastique, et avec son ami Cartérius fut à la tête d’une école proprement dite, dans laquelle il créa un véritable enseignement, avec une sorte de cours régulier d’études, dont l'Écriture: Sainte faisait le fonds. Les monastères d’Antioche et des. environs devinrent alors autant de centres d'étude. L'historien Socrate atteste, H. E., νι, 3,t. LXVIT, col. 665, que: Jean Chrysostome, Théodore de Mopsueste et Maxime, depuis évêque de Séleucie, fréquentaient les écoles monastiques (ἀσχητήριον) des deux archimandrites Diodore et Cartérius, dans l’ancienne capitale de la Syrie. Saint Jean Chrysostome lui-même nous apprend que les monastères servaient alors d'école aux jeunes chrétiens. Adv. oppugnat. vilæ monast., 111, 18, t. XLVII, col. 380.

L'enseignement de Diodore de Tarse fut, pour les principes et la méthode, celui de saint Lucien. On lui reproche à lui-même des tendances rationalistes, mais cette ac cusation n’est pas établie rigoureusement. Quoique son. langage ait pu manquer plus d'une fois d'exactitude, il est certain qu'il ne fut pas au moins formellement hérétique. L'orthodoxie de son illustre élève saint Jean Chrysostome peut être regardée comme sa Justification, et rien n'auto— rise à lui attribuer les hardiesses de son autre disciple, Théodore de Mopsueste (+ 428), et moins encore les erreurs de Nestorius, élève de Théodore. On l'accuse avec plus de raison, d’après les fragments de ses commentaires qui se sont conservés dans les Chaines, de n'avoir pas épargné les injures aux allégoristes de l’école d’Alexandrie ei dans l'Encyclopédie des sciences religieuses, t. 1, p. 374. Voir les rares débris qui nous sont restés de ses commentaires dans Migne, Patr.gr.,t.XXXII1, col. 1561-1628). Nous ne connaissons que par le titre son. ouvrage Sur la différence entre le sens typique et le sens allégorique, Τίς διαφορὰ θεωρίας χαὶ ἀλληγορίας, mais il n'est pas douteux qu'il n'y préconisàt l’exégèse littéraleet n'y combattit l'interprétation allégorique. (Voir Suidas, Lexicon, édit. Bernhardy, t. 1, col. 1379; H. Kihn, Ueber θεωρία und ἀλληγορία nach den verlorenen hermeneutischen Schriften der Antiochener, dans la Tübinger Quartalschift, 1880, p. 531-582.)

Diodore eut pour auxiliaire le prêtre Évagre, qui fut aussi l'ami de saint Jérôme. De vir. illust., CXXV, &. ΧΧΠΙ, col. 711. Parmi les élèves du chef de l’école d'Antioche, saint Jean Chrysostome, né dans cette ville en 347, le plus grand peut-être des exégètes chrétiens, occupe la premiére place. Théodore de Mopsueste, condisciple de Jean, fut non moins célèbre par ses erreurs que par son éloquence et par sa science des Écritures, qu'il expliqua toujours dans le sens littéral, en loutrant parfois et en préparant amsi les voies au nestorianisme. Son frère Polychronius, évêque d’Apamée sur l'Oronte, de 410 à 430, et Théodoret, évêque de Cyr (vers 386-458), son élève, l'un et l'autre exégètes remarquables, eurent comme Théodore une grande connaissance des Livres Saints, mais surent éviter ses écarts. Isidore de Péluse, mort en 43%,

continua dans ses écrits les traditions de l’école d’Antioche ; toutefois il ne fut guère qu'un compilateur et un abréviateur de saint Jean Chrysostome, et son œuvre est l'annonce de la décadence.

ΠῚ. Période de décadence de l’école exégétique d'Antioche, à partir de 430. — Les erreurs de Nestorius, nommé en 4% archevêque de Constantinople, mort en 440, furent fatales à l'école d'Antioche. Cet hérésiarque avait été disciple de Théodore de Mopsueste. Ses sectateurs adoptèrent ses principes d'exégèse. Obligés de quitter l'empire, ils se réfugièrent dans le royaume de Perse, où ils furent protégés pour des raisons politiques, et, à partir de 431, date de la condamnation du nestorianisme par le concile d'Éphèse, ils furent les maitres de l’école d'Édesse en Mésopotamie, destinée à former le clergé perse. Quand cette école, après des péripéties diverses, fut détruite par l'empereur Zénon en 489, les professeurs hérétiques la transportérent à Nisibe, où elle se perpétua jusque fort avant dans le moyen âge. Voir H. Kihn, Theodor vom Mopsuestia, p. 198-212. À Edesse et à Nisibe, 115 avaient écrit en syriaque. Ibas, Cumas et Probus avaient déjà traduit en langue syriaque, dans cette première ville, les écrits de Diodore de Tarse et de Théodore de Mopsueste.

Tandis que les Nestoriens continuaient en Perse l’enseignement de leur chef, d'après la méthode de Théodore de Mopsueste, l’école exégétique d'Antioche déclinait dans cette ville au milieu des luttes des hérétiques. Les écrivains orthodoxes qui fleurissent alors sont inférieurs à ceux qui les avaient précédés par l'originalité, la profondeur et l'activité. Tels sont les disciples de saint Jean Chrysostome : l'abbé Mare, moine égyptien (+ vers #10); saint Nil, moine du mont Sinaï (+ vers 450) ; Victor d'Antioche, auteur d'un commentaire de l'Évangile de saint Marc: Cassien (+ 431), qui fonda le monastère de Saint-Victor à Marseille; saint Proclus, patriarche de Constantinople (+ 447), etc. Tous ces auteurs, à part Cassien, dont les ouvrages sont en latin, écrivirent en grec; ils ignorérent ou connurent fort peu l'hébreu et le syriaque, et ne se servirent des Hexaples d'Origène que dans un but exégétique, non comme d'un instrument de critique, comme l'avait fait Diodore de Tarse. Voir Diodore, In Gen. XXIV, 2, t. xxxII1, col. 4575, etc.

Sur les autres écrivains qui se rattachent à l’école d'Antioche, voir J.S. Assemani, Bibliotheca orientalis, Rome, 1735, t. 11, part. 1, p. 37 et suiv.

IV. Influence de l’école exégétique d'Antioche en Occident. — On ἃ vu une attaque contre l’école d’Antioche dans les paroles de saint Jérôme condamnant ceux qui suivent la honte de la lettre et ne savent pas s'élever plus haut: « Si turpitudinem litteræ sequatur et non ascendat ad decorem intelligentiæ spiritalis. » In Amos, τι, 1, τ. xxv, col. 1003. Si l'illustre docteur ἃ jugé, non sans raison, que les exégetes qu'il combat poussaient quelquefois trop loin les conséquences de leurs principes, il n'en a pas moins reconnu leur mérite, et il ἃ contribué plus que personne à répandre leurs idées en Occident, L'influence de l'école d'Antioche ne fut pas ainsi bornée à l'Orient seul. Les règles qu'elle avait suivies firent leur chemin dans les monastères latins. Voir Junilius Africanus, Institula regularia divinæ legis, édit. Kihn, in-8&, Fribourg -en-Brisgau, 1880. Si les écrits de Diodore, de Théodore de Mopsueste, de Polychronius et même de Théodoret, trouvérent peu de lecteurs dans l'Église occidentale, les homélies de saint Jean Chrysostome eurent toujours des admirateurs et conlribuërent à répandre le goût de sa manière d'interpréter la Sainte Ecriture.

V. Jugement critique sur l’école exégétique d'Antioche. — Cette école, nous l'avons vu, n'a pas été sans tache. Née en partie d'une réaction naturelle et justifiée contre les excès de l'interprétation allégorique d'Origène, elle ne sut pas toujours s'arrêter à temps en marchant dans la voie opposée, et éviter tous les précipices qui bordaient sa route. L'école d'Alexandrie faisait fortement ressortir

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l'élément surnaturel, mystérieux des Écritures; mais elle donnait trop quelquefois à l'imagination. Celle d'Antioche insistait davantage sur le côté rationnel des dogmes chrétiens, et s’efforçait de prouver que le christianisme est en parfait accord avec les exigences légitimes de la raison ; mais si ses docteurs les plus éminents surent éviter l’écueil du rationalisme et ne prétendirent nullement contester le caractère surnaturel des mystères de notre foi, les erreurs graves dans lesquelles tombèrent quelques-uns de ses membres ternirent sa gloire; elles lui devinrent funestes et finirent par amener sa ruine complète.

Cependant, quels que soient les reproches qu'on est en droit d'adresser à l'école d’Antioche, on ne doit pas méconnaitre les grands services qu'elle ἃ rendus à la théologie et aux Livres Saints. Non seulement elle ἃ fait toucher du doigt ce qu'il y avait d’arbitraire et de faux dans l'allégorisme outré d'Origène, mais elle ἃ posé les principes d'une saine exégèse, qui demeurent toujours vrais, et qui, appliqués avec sagesse, doivent être les guides du théologien. Les maitres de cette école ont établi l'herméneutique sacrée sur une base solide, et ils en ont fait une véritable science, en montrant, en théorie, quelles sont les véritables règles de l'interprétation littérale, c'est-à-dire de l'interprétation historique et grammaticale ; et en indiquant en pratique, par leur exemple, comment il faut les appliquer.

Origène, par ses Hexaples et ses Commentaires, avait posé, il est vrai, les fondements d'une exégèse scientifique ; mais il n'avait pas su achever l'édifice qu'il avait commencé, parce que sa méthode était défectueuse. Les Antiochiens, sans avoir son génie, furent plus heureux que ce grand docteur. En mettant à profit, avec une méthode sûre, les travaux de ceux qui les avaient précédés, ils expliquèrent les Ecritures avec le plus grand succès; l'exégèse de saint Jean Chrysostome est encore aujourd’hui un modèle.

Les deux écoles se complétèrent, du reste, à bien des égards, en suivant chacune une direction particulière. Les Alexandrins suivaient une tendance spéculative et mystique ; les docteurs d'Antioche se distinguaient surtout par la réflexion, la logique et la sobriété des idées. Tandis que les premiers s’attachaient de préférence à la philosophie de Platon, surtout dans la forme que lui avait donnée Philon, les seconds étaient éclectiques, prenant quelque chose au stoicisme et beaucoup à Aristote, dont la dialectique convenait à leur genre d'esprit. Toutefois il n'y avait pas une opposition absolue entre les uns et les autres. Clément et Origène donnaient une place beaucoup plus grande à l’allégorisme ; Diodore de Tarse et ses élèves, à l'interprétation littérale et historique; mais ceux-ci ne rejetaient point entièrement le sens mystique, ni surtout les figures typiques de l'Ancien Testament, et ceux-là, s'ils sacrifiaient trop souvent le sens littéral et le déclaraient insuffisant, reconnaissaient néanmoins son existence et son utilité. Ils admettaient tous aussi l'inspiration des Écritures, et l’étendaient à toutes les parties de l’Ancien et du Nouveau Testament; seulement à Alexandrie on croyait souvent découvrir dans une expression isolée une pensée profonde que le Saint-Esprit aurait eue en vue, au lieu qu’à Antioche on faisait ressortir davantage dans les livres sacrés la part de l'homme, dont Dieu s'était servi pour nous communiquer la vérité révélée, La foi était donc la même, quoique dans l'interprétation de la parole de Dieu on donnät d'un côté davantage au sentiment, et de l'autre à la raison.

Les deux tendances subsistent toujours : quelques esprits, aujourd'hui encore, sont portés vers les spéculations mystiques des Alexandrins; cependant le plus grand nombre des commentateurs, habitués à une méthode scientifique rigoureuse, ne veulent rien admettre sans preuves positives, et s'appliquent à établir les vérités chrétiennes sur l'interprétation litiérale des Écritures, appuyée sur la tradition.

VI. Bibliographie. — Voir Frd. Chr. Münter, Commentatio de schola Antiochena, Copenhague, 1811; Id., Ueber die Antiochenische Schule, dans l'Archiv für alte und neue Kirchengeschichte von Stäudlin und Tzschirner,

, 1813 (Münter a eu le premier le mérite de faire ressortir l'importance de l’école d'Antioche); Dubois, Etudes sur les principaux travaux de l’école d'Antioche, Genève, 1858; K. Hornung, Schola Antiochena de Scripturæ interprelulione quonam modo sit merita, Neustadt am Saal, 1864; Kuhn, Die antiochenische Schule, Ingolstadt, 1866; Ph. Hergenrôther, Die antiochenische Schule und ihre Bedeutung auf exegetischen Gebiete, in-8°, Wurzbourg, 1866; celui qui a le mieux et le plus complètement étudié l’école d’Antioche est H. Kihn, Die Bedeutung der antiochenischen Schule auf dem exegetischen Gebiete, Weissenburg, 1867; Id., Theodor von Mopsuestia und Junilius Africanus als Exegeten, in-8, Fribourg-en-Brisgau, 1880 ; F. A. Specht, Der exegetische Standpunkt des Theodor von Mopsuestia und Theodoret von Kyros, Munich, 1871; L. Diestel, Geschichte des Alten Testaments in der christlichen Kirche, in-8&, léna, 1869, p. 126-141; cardinal Hergenrôther, Histoire de l Église, trad. Belet, t. 11, 1880, p. 131-140. F. VIGOUROUX.

ANTIOCHIDE (’Avroyis, forme féminine du nom d'’Avtioyoc), femme illégitime d’Antiochus ΓΝ Épiphane. C'était la coutume des rois d'Orient de donner aux reines pour leur entretien des villes ou même des provinces dont elles percevaient les revenus. Cf. Cicéron, In Verrem, act. 11, 1. ut, 38. Antiochus Épiphane donna pour ce motif à Antiochide les villes de Tarse et de Mallo, en Cilicie. Les habitants de ces deux cités, soit qu'ils fussent indignés de devenir ainsi les tributaires d’une concubine, soit qu'ils craignissent d'être trop pressurés par elle, se révoltèrent, et le roi fut obligé de marcher contre eux, en personne, pour les remettre sous son obéissance (171 avant J.-C.). II Mach., 1V, 90.

ANTIOCHUS. ᾿Αντίοχος, «adversaire. » Nom de plusieurs rois séleucides et de quelques autres personnages. Pour l'histoire générale des rois gréco-macédoniens de Syrie, voir SÉLEUCIDES.

1. ANTIOCHUS 11 THÉOS, troisième roi de Syrie (261- 246 avant J.-C. ; de l’ère des Séleucides, 51-66). ἢ succéda à son père, Antiochus Ier Soter, et reçut des Milésiens

— Antiochus II Théos.

Tête diadémée d'Antiochus II. — à. ΒΑΣΙΛΈΩΣ ANTIOXOY.

Pallas, casquée, debout, tenant une Victoire de la main droite et une palme de la main gauche. A ses pieds, un bouclier.

le surnom de Théos ou «dieu », parce qu'il les délivra de leur tyran Timarque. Appien, Syr., 65 (fig. 172). Il n'est pas nommé par son nom dans l'Écriture, mais il est question de lui dans les prophéties de Daniel. Son père, Antiochus [er Soter (281-261 avant J.-C.), fils de Séleucus Ier Nicator (312-280), fondateur du royaume de Syrie, était en guerre au moment de sa mort, en 261, avec Ptolémée I Phil: idelphe, roi d'Égypte. Antiochus IT continua la lutte. Après huit ans de combats, comme une grande partie

de ses possessions d'Asie Mineure étaient tombées au pou- |

voir des Égyptiens, le roi d'Antioche, pour acheter la paix, consentit, en 249, à répudier sa femme Laodice, afin d'épouser Bérénice, fille de son vainqueur, et s’engagea à laisser

ANTIOCHE (ÉCOLE EXÉGÉTIQUE D’) —

ANTIOCHUS III LE GRAND 088

| le trône, non aux fils de sa première femme, mais aux descendants de Bérénice (Polybe, dans Athénée, Deipnos., 11, #5). Antiochus avait fait ce mariage par pure politique et contrairement à ses inclinations, aussi Ptolémée IT Philadelphe étant mort deux ans plus tard (247), le roi de Syrie rappela-t-il sa première femme Laodice. Cependant celle-ci ne put lui pardonner l'affront qu'elle avait subi; elle empoisonna son mari, et fit mettre à mort, à Daphné, sa rivale Bérénice et son fils. C’est ainsi qu'Antiochus IT périt, à l’âge de quarante ans (Porphyre, dans Eusèbe, Chron. arm., 1, t. ΧΙΧ, col. 259). Le frère de Bérénice, Ptolémée IIT Évergète , qui avait succédé à son père Philadelphe sur le trône d'Egypte, marcha avec une armée au secours de sa sœur; mais il arriva trop tard, et il ne put que venger sa mort par le supplice de Laodice et le pillage de la Syrie. Appien, Syr., 65; Valère Maxime, x, 1%, 1; Justin, xxvi1, 1; 5. Jérôme, In Dan., x1, 6, t. xxv, col. 560.

Daniel avait prophétisé les événements tragiques qui devaient résulter du mariage de Bérénice avec Antiochus IT. Q A la fin de plusieurs années [de guerre], ils [le roi d'Égypte et le roi de Syrie] feront alliance, et [Bérénice | la fille du roi du midi | Ptolémée II Philadelphe, foi d° Égypte] viendra auprès du roi du nord [ Antiochus IT Théos, roi de Syrie] pour faire l'union [entre les deux rois par son mariage |; mais elle n'obtiendra pas la force du bras [Laodice l'emportera sur elle après la mort de Ptolémée IT Philadelphe ], et elle ne subsistera pas elle et sa race [son fils périra avec elle], et elle sera livrée [à ses ennemis] et ceux qui sont venus avec elle [ d'Égypte en Syrie | et son enfant et celui qui la soutenait en ces temps. Mais il s’'élèvera un rejeton de ses racines [ Ptolemée III Evergète, frère de Bérénice] et il viendra avec une armée et il entrera dans les places fortes du roi du nord [en Syrie], et il les prendra et s’en rendra maitre. Et leurs dieux, avec leurs statues, avec leurs vases précieux d'argent et d’or, il les emmènera captifs en Égypte [il emportera dans son royaume les richesses du royaume de Syrie après l'avoir pillé ] et pendant des années il pré-

vaudra contre le roi du nord [ Lorsque Ptolémée IT Éver-

sète eut fait périr Laodice, meurtrière de sa sœur, le fils de Laodice, Séleucus IT Callinicus, fut écarté quelque temps du trône d’Antioche; les hostilités se prolongerent entre les Syriens et les Égyptiens, à l'avantage de ces derniers, et ce ne fut qu'après la mort de Séleucus IT que ses fils menacèrent sérieusement l'Égypte]. » Dan., ΧΙ, 6-9. Pour la suite de l’histoire de la guerre entre l'Égypte el la Syrie, voir SÉLEUCUS IL CALLINICUS, SÉLEUCUS IIT CÉRAUNUS, ANTIOCHUS ΠῚ LE GRAND. Antiochus IT avait été bienveillant pour les Juifs, et il paraît leur avoir conféré le droit de cité à Éphèse. Josèphe, Ant. jud., XII, ii, 2. Cf. E. Schürer, Geschichte des jüudischen Volkes, 2e édit., t.1, part. 11, 1890, p. 745. F. VIGOUROUX.

2. ANTIOCHUS ΠῚ LE GRAND, sixième roi de Syrie (293-187 avant J.-C.; de l'ère des Séleucides, 90- 126). Antiochus III, fils de Sélencus II Callinicus, succéda à son frère Séleucus ΠῚ Céraunus sur le trône d'Antioche (fig. 173). 1] τέρμα trente-six ans (Eusèbe, Chron. arm., 11, 35, t. ΧΙΧ, col. 261), et son règne fut une suite presque ininterrompue de guerres entreprises au sud, au nord, à l'est et à l'ouest de ses États. Le premier livre des Machabées, 1, 10 (Vulgate, 11) ; νπι, 6-8, nomme ce prince et fait allusion à ses armées d’éléphants, ainsi qu'à l'échec que lui infligèrent les Romains. Daniel, sans le nommer, prophétise ses exploits et sa défaite finale. Dan., x1, 10-19.

Héritier des haines de sa famille contre les Lagides, il fit surtout la guerre à l'Égypte. Irrité de ce que Ptolémée III Évergète avait arraché la Cœælésyrie, la Phénicie et la Palestine à ses prédécesseurs, il chercha, après la mort de ce roi, sous le gouvernement de son faible successeur Ptolémée IV Philopator, à reprendre possession de ces provinces. Après de longs préparatifs, il commença,

en 218, la lutte contre l'Égypte. Polyhe, v, 1, 5; 67, 68. Cf. Dan., x1, 10. Ses armes furent d’abord victorieuses. Il s'empara de Séleucie sur l'Oronte, prit par trahison Tyr et Ptolémaïde et s’avança jusqu’à Dor, au sud du Carmel,

173, — Antiochus III le Grand.

Tête diadémée d'Antiochus IIL — À. ΒΑΣΙΛΕΩΣ ANTIOXO Y’. Un éléphant.

sur la Méditerranée. Ptolémée IV lui fit alors demander une trêve et elle fut conclue pour quatre mois, pendant lesquels les troupes syriennes prirent leurs quartiers d'hiver. Polybe, v, 51-66. La campagne suivante ne fut pas favorable à Antiochus. Philopator avait profité de l'armistice pour se préparer à la résistance ; ses troupes battirent complétement Je roi de Syrie, à Raphia, près de Gaza (217) ; toutes les conquêtes précédentes d'Antiochus furent perdues, et il dut s’estimer heureux que son vainqueur ne le poursuivit point jusqu à Antioche. Polybe, v, 51-87; Strabon, xXvI, p. 709 ; Justin, xxx, 1.

Le prophète Daniel avait annoncé les premiers succès d'Antiochus IT et prédit qu'ils seraient sans résultat : « L'un [des fils de Séleucus IT, Antiochus II] viendra en hâte et se répandra partout [première campagne |, et il reviendra [une seconde fois] et il s’animera et il attaquera ses places fortes. Et le roi du midi { Ptolémée IV Philopator] sera irrité, et il sortira, et il combattra contre le roi du nord [Antiochus III], et il lui opposera une nombreuse multitude [de soldats] et la multitude [des Syriens] sera livrée dans ses mains. Et il ruinera la multitude et son cœur s’élèvera, et il fera tomber un très grand nombre [de Syriens]. » Dan., x1, 10-12.

Pendant les treize années suivantes, Antiochus IIT, vaincu, laissa l'Égypte en paix, mais ne resta pas inactif, I fut continuellement en guerre en Asie Mineure et les succès qu'il remporta alors lui valurent le surnom de € Grand ». I soumit d'abord Achæus, gouverneur d'Asie Mineure, qui s'était révolté. Polybe, v, 107; vir, 15, 17-93. I] tourna ensuite ses armes à l’est contre les Parthes et les Bactriens, qui, vers l'an 250, s'étaient affranchis de la domination des Séleucides. Il ne réussit pas à les remettre sous le joug, mais sa campagne ne fut pas sans résultat : s'il ne parvint pas à détruire le royaume des Parthes, il en réduisit au moins les frontières, qui avaient été étendues par les conquêtes du roi Arsace, à la Parthie et à l'Hyrcanie (Polybe, x, 27-31; Justin, xLI, 5), et 1] fit alliance avec le roi de la Bactriane. Polybe, x, 49; ΧΙ, 34. Il pénétra dans l'Inde septentrionale, et par ses expéditions dans ces contrées lointaines, acquit un grand renom aux Syriens, tout en aguerrissant ses soldats ; il ramena aussi de l'Inde cent cinquante éléphants qui devaient rendre son armée terrible aux habitants de l’Asie antérieure et de l'Égypte.

Antiochus ΠῚ avait gardé au fond de son cœur un profond ressentiment de l'échec que lui avait infligé Ptolémée IV Philopator ; mais, ne voulant pas s'exposer à une nouvelle défaite, il attendait avec patience le moment propice de se venger. Les circonstances le lui fournirent, à son retour de l'Inde. La mort frappa son ennemi, en 264, et il eut pour successeur un enfant de quatre à cinq ans, Ptolémée V Épiphane. Cf. Justin, xxx, 2. Le roi de Syrie, en apprenant cette nouvelle, ne perdit pas de temps. Afin de pouvoir abattre plus sûrement la puissance égyptienne

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et reconquérir les provinces des bords de la Méditerranée, il s’allia avec Philippe de Macédoine contre les Lagides. Polybe, πὶ, 2; χν, 20; Tite Live, xxx1, 14. [l eut bientôt repris la Cœlésyrie, la Phénicie et la Palestine. Mais une guerre avec Attale, roi de Pergame, l'obligea de porter alors ses armes en Asie Mineure; et en son absence, Ptolémée, aidé par Scopas, redevint maître de Jérusalem (Josèphe, Ant. jud., ΧΗ, πα, 3), et recouvra le territoire qu'il avait perdu. $S. Jérôme, ἢν Dan., χι, 1%, 1. XXV, col. 563. Ce fut pour peu de temps. Antiochus, ayant conclu la paix avec Attale, se hâta de marcher par la Cœlésyrie à la rencontre de l'armée que les Egyptiens avaient levée contre lui. Il la tailla en pièces à Panéas, au pied de l'Hermon, en 198, et toute la Palestine retomba ainsi en son pouvoir. Polybe, xv, 20; Appien, Syr., 1; Tite Live, xxxu1, 19; Joséphe, Ant. jud., XII, πα, 8.

Tous ces événements avaient été prophétisés par Daniel: « Le roi du nord {Antiochus IIT] reviendra, et il armera une multitude plus nombreuse que la première, et à la fin des temps et des années [après quelques années |, il viendra avec une grande armée et des forces nombreuses. Et dans ce temps-là beaucoup [les Macédoniens de Philippe V avec les Syriens] s'armeront contre le roi du midi | Ptolémée Épiphane] et les fils des prévaricateurs de ton peuple [une partie des Juifs] se léveront | contre le roi d'Égypte] pour accomplir la vision, et ils tomberont. Et le roi du nord [ Antiochus II] viendra, etil formera un rempart et il prendra des villes fortifiées, et les bras du midi [des Égyptiens] ne pourront pas résister [ἃ l'attaque des Syriens après le retour d'Antiochus IT, vainqueur à Panéas |, et ses hommes d'élite seront sans force. Et il fera en venant contre lui selon son plaisir, et personne ne lui résistera, et il s'arrêtera dans la terre glorieuse [la Judée], qui devait être détruite par ses mains. » Dan., ΧΙ, 13-16. Antiochus II reprit Jérusalem et s'empara de Scopas et de ses troupes, qui s'étaient réfugiées sur le mont Sion. Les Juifs, qui avaient beaucoup souflert pendant tous ces combats, Josèéphe, Ant. jud., XIT, πὶ, 5, heureux de voir la guerre finie, accueillirent le roi de Syrie comme un libérateur.

Antiochus le Grand ne put cependant, malgré tous ses succès, réaliser ses projets contre l'Égypte. Les Romains avaient déjà empêché Philippe V de Macédoine de lui fournir une aide efficace ; ils l’arrêtérent lui-même au milieu de ses victoires. La guerre se termina par le mariage de Ptolémée V Épiphane avec une fille d'Antiochus IT, appelée Cléopâtre ; mais ce mariage, que le roi de Syrie avait cru très avantageux pour sa politique, lui fut plutôt nuisible : la nouvelle reine d'Égypte préféra les intérêts de son époux à ceux de son père. « Le roi du nord [Antiochus}, dit Daniel, se disposera à venir pour s'emparer de tout son royaume [de Ptolémée]; mais il s'entendra avec lui, et il lui donnera une fille de ses femmes {sa fille Cléopâtre 1 afin de le perdre ; mais il ne réussira pas, et elle ne sera pas pour lui [et elle soutiendra les intérêts de Ptolémée]. » Dan., x1, 17. Cléopatre avait reçu en dot 165. provinces enlevées par son pére à l'Égypte, entre autres, la Palestine (198 avant J.-C.). Tite Live, xxxv, 13; Appien, Syr., 5; Polybe, xxvir, 17; Josèphe, Ant. jud., ΧΙ, 1V, 1; S. Jérôme, ἢν Dan., xt, 17, τ xxV, col. 564.

L'année suivante (197), Antiochus le Grand entreprit par terre et par mer une campagne contre l'Asie Mimeure. Tite Live, ΧΧΧΠΙ, 19. Il soumit la plus grande partie de cette contrée, et en 196, il franchit même l'Hellespont et pénétra en Europe. Tite Live, xxxH1, 38. 1] marchait à ‘ sa perte. Poussé par les conseils d'Annibal, qui s'était réfugié à sa cour, il entra en guerre avec les Romains. Ceux-ci avaient battu, en 197, à la bataille de Cynocéphale, le roi de Macédoine, Philippe V, l'allié d'Antiochus ; ils n'avaient plus aucune raison de ménager désormais, comme ils l'avaient fait jusqu'alors, le roi de Syrie. I y eut rupture ouverte entre les Romains οἱ Antiochus,

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en 192. Tite Live, xxxv, 13; Justin, xxx1, 1. Après avoir ! qu’Antiochus IV Épiphane mourut dans des circonstances

essuyé plusieurs revers, le roi de Syrie fut enfin completement battu par Scipion l'Asiatique à la bataille de Magnésie du Sipyle, en Lydie (190). Il dut accepter un traité fort onéreux (189), qui nous fournit l'explication de plusieurs événements historiques, racontés dans les Machabées, et qui eurent lieu sous ses successeurs Séleucus IV Philopator et Antiochus IV Épiphane, sans parler de sa propre mort, qui en fut indirectement la conséquence. Cf. Appien, Syr., 33-39 ; Polybe, xx1, 14; Tite Live, xxxvn, 40, 43, 45, 55; Justin, ΧΧΧΙ, 8; Diodore, Fragm., XXVI, 46.

Daniel avait prophétisé cette fin honteuse d'un règne

auparavant glorieux : € Et [le roi du nord, Antiochus HI] tournera sa force vers les iles [il pénétrera en Europe], et il en prendra beaucoup; mais un chef [le consul Lucius Scipion | fera cesser sa hauteur, et sa hauteur retombera sur lui. » Dan., ΧΙ, 18. Le premier livre des Machabées, Vi, 6-8, rappelle quelques-unes des conditions humiliantes qui furent imposées par les vainqueurs à Antiochus. Ce fut d'abord « un grand tribut », consistant en la somme énorme de quinze mille talents euboïques, c’est-à-dire plus de quatre-vingt-trois millions : cinq cents talents devaient être payés à la conclusion des négociations, deux mille cinq cents à la ratification de la paix, et les douze mille restant pendant les douze années suivantes (Appien, Syr., 38); mais le roi de Syrie fut incapable de payer régulièrement ce qu'il avait été obligé de promettre, de sorte qu'Antiochus IV Épiphane, second successeur d'Anliochus IIT, avait encore à payer les arrérages, en 173. De plus, le malheureux vaincu de Magnésie dut donner aux Romains « des otages », 1 Mach., vu, 7, afin de garantir ainsi l'exécution des conditions de la paix. Parmi ces otages se trouvait son second fils, celui qui devait devenir Antiochus IV Épiphane. 1 Mach., 1, 11. On le força aussi de céder à Eumène IT, roi de Pergame, fils et successeur d'Attale Ier, «la région des Indiens {il faut lire probablement Ioniens}, et les Mèdes [à lire sans doute Mysiens] ét les Lydiens, » 1 Mach., vit, 8, c'est-à-dire ses possessions à l'ouest du Taurus, la Mysie, la Lydie et la Phrygie. Ce fut la récompense du service qu'Eumène avait rendu aux Romains en combattant en personne, avec son contingent de troupes, contre les Syriens, à la bataille de Magnésie. L'auteur du premier livre des Machabées, vin, 7, nous apprend aussi comment Antiochus III avait été contraint de subir un traité si dur : c'est qu'il avait été « pris vivant » dans le combat. L'auteur sacré est le seul qui nous fasse connaitre ce détail important de la lutte de l'Orient grec contre Rome.

Antiochus ΠῚ ne survécut que deux ans à ce désastre. L'impossibilité de se procurer, par des levées ordinaires d'impôts, l'argent qui lui était nécessaire pour payer les sommes qu'il avait promises à ses impitoyables vainqueurs, le fit recourir à la rapine : il tenta de piller le trésor d’un temple d'Élymaïde; mais le peuple, irrité, se révolta et massacra le sacrilège avec sa suite (187 avant J.-C.). Strabon, xvi, 74%; Justin, xxx11, 2, Diodore, Fragm., XXVI,

39, 40; Porphyre, dans Eusèbe, Chron. arm., 1, t. xIX, col. 261; 5. Jérome, 7n Dan., x1, 19, 1. xxv, col. 573. Le

prophète Daniel avait annoncé ces derniers événements en ces termes : « Π [ Antiochus HIT] tournera sa face vers les places fortes de sa terre, et il se heurtera, et il tombera, et on ne le trouvera plus. » Dan., ΧΙ, 19.

Le premier livre des Machabées, qui n'a rappelé sa défaite à Magnésie que par voie d’allusion, en décrivant la puissance des Romains, [ Mach., var, 6-8, ne dit rien de sa mort; mais le second livre des Machabées, 1, 13-16, d'aprés plusieurs interprètes, et avec raison, croyons-nous, raconte la fin d'Antiochus le Grand. Comme, d'une part, l'Antiochus dont parle l'auteur sacré n'est pas désigné dans son récit, comme nous le faisons aujourd'hui, par un nombre ordinal où par une épithète ; comme, d’autre part, l'auteur du premier livre des ὑπο δ τὰ vi, 1-16, et aussi Paulcur du second, IL Mach., IX, 1-28, nous apprennent

qui ont une certaine ressemblance avec celles qui sont rapportées dans la lettre insérée II Mach., 1, 13-16, la plupart des commentateurs pensent que l’Antiochus indéterminé de IT Mach., 1, 13-16, est l’Antiochus de 1 Mach., vi, 1-16 et II Mach. IX, 1-28, lequel est incontestablement Épiphane. Cette identification nous semble fausse, parce que les détails contenus dans les deux récits, malgré

quelques traits analogues, sont si différents qu'ils ne peuvent s'appliquer au même personnage. En effet, l’'Antiochus dont parle la lettre des Juifs, voulant piller le temple de Nanée, y fut introduit par les prêtres, avec un petit nombre de compagnons, et y fut tué, II Mach., 1, 14-16, tandis que l’Antiochus dont 1 Mach., vi, 1-16, et II Mach., 1x, 2-98, racontent la mort, fut repoussé du temple qu’il avait entrepris de piller, et ne périt pas de mort violente dans le temple, mais de maladie, en chemin, à son retour en Syrie. À cause de ces différences, quelques exégètes ont imaginé que l’Antiochus de II Mach., 1, 13-16, est Antiochus VII Sidètes; mais cette opinion n’est pas fondée. Voir ANTiocHus VII. Tout indique que cet Antiochus est le père d'Épiphane.

On ne voit point d’abord comment on pourrait soutenir que l'Antiochus qui est massacré dans le temple de Nanée, II Mach., 1, 15-16, est le même que celui qui n’est que repoussé d'un temple et succombe en route au milieu des montagnes, non à ses blessures, mais à une maladie. IT Mach., 1x, 1, 5, 21, 28. Dés lors que la lettre des Juifs ne dit nullement que le roi, dont elle rappelle la mort, soit Antiochus IV Épiphane, et puisque celui dont elle parle ἃ péri d’une autre manière que ce célèbre persécuteur des Juifs, la conclusion naturelle est qu’il s’agit d’un autre Antiochus. Comment admettre, en effet, qu’un écrivain, alors même qu'il ne serait pas inspiré, se serait contredit si formellement à quelques pages de distance ? C’est contraire à toutes les vraisemblances. Quand même nous n’aurions aucun moyen d'expliquer ces récits différents par des témoignages extrinsèques, à cause de la pénurie des renseignements parvenus jusqu'à nous sur ces époques reculées, la critique nous prescrirait de tirer cette conclusion : le roi que l’auteur du second livre des Machabées fait mourir, au commencement de son ouvrage, de mort violente, dans le temple de Nanée, qu'il est en train de piller, n’est pas le même que le roi dont il décrit la fin un peu plus loin, dans des circonstances tout à fait diverses. Tous les deux s'appellent Antiochus, mais il y a eu treize rois de Syrie qui ont porté ce nom; tous les deux ont voulu piller un temple, mais ce n'était pas chose rare dans l'antiquité. Voir Strabon, xvi, 1, 4, édit. Didot, p. 634; Diodore de Sicile, XXVIN, 8, t. 11, p. 473. ἢ est d'ailleurs certain, par les témoignages profanes, rapportés plus haut, qu'Antiochus le Grand trouva la mort dans une tentative de ce genre; il est certain aussi que son fils, Antiochus Épiphane, tenta une entreprise semblable, mais échappa à la mort et ne périt qu'à son retour, à Tabès, en Perse. Voir Anriocaus IV. Pour plus de détails et pour la réponse aux autres objections qu'on peut faire à cette solution, ef. F. Vigouroux, Les Livres Saints et la critique rationaliste, 4 édit., τι αν, p. 628-6#1.

Antiochus le Grand ne persécuta pas les Juifs, comme devait le faire son second successeur, son fils Antiochus Épiphane ; mais ils eurent néanmoins beaucoup à souffrir, surtout pendant la première partie de son règne. ( Pendant que ce prince, dit Joséphe, faisait la guerre contre Ptolémée P hilopator et contre son fils surnommé Épiphane, les Juifs avaient à souffrir si Antiochus était vainqueur, et ils avaient à souffrir de même s’il était vaincu, de sorte qu'ils ressemblaient à un navire qui, au milieu d'une tempête, est battu de tous côtés par les flots, parce qu'ils se trouvaient au milieu des combattants. » Ant. jud., XII, πὶ, 3. C'est ce qui nous explique pourquoi Daniel parle longuement du règne d'Antiochus ΠῚ. Et parce que c’est lui qui attaque l'Égypte, la responsabilité

des souflrances qu'endurent les Juifs lui est imputable, et |

le prophète s'élève, Dan., x1, 14, contre ceux qui prennent parti pour lui contre le roi d'Égypte, de même que la lettre conservée dans II Mach.,1, 13-16, adressée à des Juifs habitant l'Égypte, et bien disposés par suite en faveur des Ptolémées, leur dit que la mort d’Antiochus IIT les ἃ tous délivrés d'un grand péril, parce que, si ce prince avait réussi à s'emparer du trésor du temple de Nanée, il aurait sans doute entrepris de se venger sur l'Égypte de tous les affronts qu'il avait reçus. Le texte grec de IT Mach, 1, 12, qui est le texte original (rendu avec une nuance inexacte dans la Vulgate), parle d'une guerre qui était « préparée » contre les Juifs. Quoi qu'il en soit, du reste, de cette guerre, et quoique Antiochus ΠῚ, qui avait eu jusque-là tout intérêt à ménager les Juifs, afin de les gagner à son parti dans sa lutte contre l'Egypte, les eùt, en effet, bien traités, au témoignage de Josèphe, Ant. jud., XII, 11, 3, 4, le roi de Syrie aurait difficilement résisté à la tentation de les pressurer, pour être en état de payer aux Romains les sommes dont il leur était redevable, de sorte que la mort de ce prince fut pour les Juifs, comme pour les Égyptiens, une délivrance. Voir Flathe, Geschichte Macedoniens, t. 11, p. 225 et suiv.; Clinton, Fasti hellenici, t. 11, p. 914 et suiv. F, VIGOUROUX.

3. ANTIOCHUS IV ÉPIPHANE, huitième roi de Syrie (175-164 avant J.-C.; de l'ère des Séleucides, 137-149); fils et second successeur d’Antiochus ΠῚ le Grand (fig. 174). I Mach., 1, 11; Appien, Syr., 45. C'est de tous les rois

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