‹ Dictionnaire de la Bible (volume 4)Chapitre 336 sur 454 · ANTIOCHUS III LE GRAND — ANTIOCHUS IV ÉPIPHANE · texte numérisé non relu

ANTIOCHUS III LE GRAND — ANTIOCHUS IV ÉPIPHANE

de retour dans sa patrie et se trouvait à Athènes, lorsque Séleucus IV fut empoisonné par Héliodore. Voir HÉLI0- DORE. Ce dernier s’empara du trône; mais Antiochus, aidé par Eumèéne et Attale, le chassa facilement, et profitant de l'éloignement de son neveu Démétrius, héritier légitime de la couronne, qui l'avait remplacé comme otage à Rome, il le supplanta « et obtint le royaume par la fraude ». Dan., x1, 21; cf. Tite Live, xLr, 20; Jean d'Antioche, fragm. 58, dans Müller, Histor. græc. fragm., t. IV, p. 058.

Le caractère du nouveau roi de Syrie nous ἃ été dépeint par Polybe, son contemporain, dans les termes suivants : « Il aimait à s'échapper de son palais, loin de ses courtisans, et d'aller errer çà et là dans la ville, accompagné seulement d’un ou deux serviteurs. On le rencontrait surtout dans les boutiques des orfèvres qui travaillaient l’argent et l'or, s'entretenant sans fin avec les ciseleurs et les autres ouvriers, et leur témoignant un grand amour pour leur art. Il se plaisait aussi à se mêler familièrement aux gens du peuple, et même à manger et à boire avec les hôtes qui se trouvaient chez eux. Lorsqu'il apprenait que des jeunes gens se réunissaient quelque part pour se régaler, il s'y rendait sans s'être fait annoncer, accompagné d’une trompette et d’une cornemuse, de sorte que la plupart s'enfuyaient, effrayés par son arrivée imprévue. Souvent il se dépouillait de ses habits royaux, se revétait d'une toge, et allait briguer une charge sur la place publique; il prenait alors les uns par la main, il embrassait les autres et les priait de lui donner leur voix, tantôt pour les fonctions d'édile, tantôt pour celles de démarque. Quand il avait obtenu la dignité sollicitée, il s'asseyait à la manière romaine sur un siège d'ivoire, il écoutait attentivement les affaires qui se traitaient sur l’agora, et il rendait ses sentences avec beaucoup de zèle et de soin. De tout cela il résultait que les gens sensés ne savaient que pénser sur son compte : les uns croyaient que c'était un homme simple, les autres que c'était un fou. Dans la distribution de ses présents, il se conduisait d'une manière analogue : à ceux-ci il donnait des osselets, à ceux-là des dattes, à d’autres de l'or. S'il rencontrait par hasard des personnes qu'il n'avait jamais vues, il leur faisait aussi des dons auxquels elles ne s’attendaient en aucune façon. Dans les sacrifices qu'il offrait dans les villes et dans les honneurs qu'il rendait aux dieux, il surpassait tous les autres rois. La preuve en est dans le temple de Jupiter Olympien à Athènes, et dans les statues élevées autour de l'autel de Délos. 11 avait coutume de se baigner dans les bains publics, lorsqu'ils étaient tout remplis de gens du peuple, etc. » Polybe, xxvr, 10. Cet écrivain, comme plusieurs autres historiens de l'antiquité, rapporte de lui beaucoup d’autres traits semblables. Ts s'accordent tous ἃ montrer en lui un prince prodigue, Dan., x1, 2% (voir ANTIOCHIDE), vaniteux, ami du faste, de l’ostentation, des constructions somptueuses, des spectacles pompeux, se mélant aux danseurs et luttant d'adresse avec eux, fréquentant la populace, plein de mépris et de dédain pour les grands. Cf. Polybe, xxvrr, 18, 8; χχιχ, 9, 18: xxx1, 3 et suiv.; Diodore, ΧΧΙΧ, 32; χχχι, 16; Tite Live, xLr, 20; Ptolémée VII Évergète II, 1, et Héliodore, 6, dans Muller, Histor. græc. fragim., tt. 11, p. 186; t. 1v, p. 425. En tout il se portait aux extrêmes et aux excès, et ce sont ses extravagances qui lui firent donner par Polybe, xxv1, 10, le surnom d'Épimane, au lieu de celui d'Épiphane. Par beaucoup de traits de son caractère, il présageait Néron.

Tel était le roi sous la domination duquel tombèrent les Juifs après la mort de Séleucus IV Philopator. À toutes ses autres manies, le nouveau souverain joignait celle de se poser en réformateur religieux, et d'aimer à intervenir dans les questions liturgiques et théologiques. Ses prédécesseurs avaient laissé à leurs sujets de Palestine pleine et entière liberté dans l'exercice de leur culte, mais ἢ] n'allait plus en être de même sous son gouvernement.

Les relations des enfants d'Abraham avec leurs maitres

égyptiens et syriens avaient peu à peu altéré la foi et les mœurs d'un certain nombre de Juifs, et il s’était formé insensiblement un parti helléniste, caractérisé par son penchant pour les idées et les coutumes grecques, et dont le centre principal était à Jérusalem. Il se composait naturellement des plus remuants et des plus ambitieux, et comptait dans son sein beaucoup de jeunes gens entreprenants et hardis. L’avènement d’Antiochus IV au trône de Syrie leur parut une occasion favorable pour s'emparer du pouvoir dans la Judée, et ce furent ces Hellénisants qui fournirent occasion au nouveau roi de s’immiscer dans leurs affaires intérieures et religieuses. Ils lui envoyèrent à Antioche des députés chargés de lui exposer leurs projets et d'obtenir de lui l'autorisation de les mettre à exécution. Rien ne pouvait lui être plus agréable; il accorda tout ce qu'on voulait, et l'on vit bientôt s'élever dans la cité sainte un gymnase paien, et des enfants de Jacob vivre à la façon des Grecs. 1 Mach., 1, 12-16. C'est ainsi que commença l’œuvre de perversion, en attendant que la persécution lui vint en aide pour travailler à déraciner le mosaisme.

Encouragés par ces premiers succès, quelques hommes, mus par les mobiles les plus intéressés et les plus vils, recoururent à Antiochus afin de satisfaire leur ambition. Jason, frère du grand prêtre Onias LT, entreprit de le dépouiller ; il brigua pour lui-même le souverain pontificat, et l'obtint ou plutôt l’acheta d'Antiochus IV. Il gagna ce prince en Ν prenant par ses deux côtés faibles. Comme Épiphane,

cause de ses prodigalités et du lourd tribut qu'il avait à su aux Romains, était toujours à court d'argent, le prêtre infidèle lui offrit des sommes considérables, II Mach., αν 8-9; de plus, comme il savait que le prince était un ardent propagateur des mœurs helléniques, il case son nom hébreu de Jésus (Josèphe, Ant. jud., XII, v 1) pour prendre le nom grec de Jason, et sollicita comme une faveur la permission d’ «helléniser » ses compatriotes de Judée, et spécialement de Jérusalem. I Mach., 1v, 9-20 (174 ans avant J.-C.). Onias ΠῚ fut obligé de se retirer à Antioche, où un officier d’Antiochus le fit périr plus tard traitreusement, pendant que le roi faisait une guerre en Cilicie. Ce prince vengea sa mort à son retour, pour donner satisfaction à l'opinion publique. 11 Mach., 1v, 30-38.

Jason, en achetant ainsi le souverain sacerdoce, avait appris à Antiochus IV qu'il pourrait trouver en Palestine des ressources abondantes pour satisfaire ses goùts de dépenses; aussi ce prince ne manqua-t-il aucune occasion d'arracher de l'argent aux Juifs. Daniel ue prédit les conquêtes d'Épiphane en Égypte. Dan., x1, 25. Ce pays avait toujours excité la cupidité des Séleucides, ils tenaient surtout à avoir en leur possession les provinces de Cœlésyrie, de Phénicie et de Palestine, et les Ptolémées les désiraient avec non moins d'ardeur. Elles avaient été données en dot par Antiochus ΠῚ le Grand à sa fille Cléopatre, lorsqu'elle épousa Ptolémée V Épiphane; mais depuis la mort de cette princesse les rois de Syrie n'avaient cessé de les réclamer. Elles étaient au pouvoir d’Antiochus IV dès le commencement de son règne, comme le prouve l'histoire de Jason, 1 Mach., 1, 11, 44, et les honneurs avec lesquels ce roi fut reçu à Jérusalem, quelque temps aprés son avènement au trône, vers 173. II Mach., ιν, 22. Mais pour assurer de plus en plus ces possessions, et dans le but de s'emparer de l'Égypte elle-même, I Mach., 1, 17, Épiphane fit quatre campagnes contre ce dernier pays: la première en 171, la seconde en 170, ΤΙ Mach., v, 13 1 Mach., 1, 17-21, la troisième en 109 et la quatrième en 168. Dans toutes ces expéditions, il eut à traverser la Palestine, et ce pays eut souvent à en souffrir.

Jason, après avoir acheté le souverain pontificat, en élait resté paisible possesseur pendant trois ans, de 174

171. Il n'avait rien négligé pour s'assurer les bonnes grâces de son protecteur Antiochus; il avait même poussé Jinfamie, lui grand prêtre du vrai Dieu, jusqu'à envoyer

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