AOD
Barac, qui ne fut que l’auxiliaire de Débora. Quelle que soit d’ailleurs la moralité intrinsèque de cet acte, on ne peut le juger équitablement qu’en se conformant à cette règle élémentaire de critique historique, trop souvent méconnue quand 1] s’agit de l’histoire sainte : pour apprécier un fait quelconque, on doit tenir compte des mœurs et des idées régnantes au temps où vivait celui qui l'a accompli. Or les Orientaux ont de tout temps donné la préférence à la ruse sur la force, même quand ils pouvaient recourir à celle-ci avec espoir de succès; à plus forte raison doivent-ils employer la ruse, quand elle est le seul moyen de réussir : c'était le cas d’Aod. Il ne faut pas d’ailleurs oublier que les Israélites considéraient les | Moabites comme des ennemis campés sur la portion de | la Terre Promise qu'ils avaient usurpée par la violence ;
leur domination oppressive n'était donc, aux yeux d’Aod | et de ses compatriotes, que la continuation de la guerre \ sous une autre forme. On conçoit dés lors que, pour lui,
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179. — Tributaires apportant le tribut à Sargon, roi d'Assyrie. D'après Botta, Monument de Ninive, Architecture, pl. 29.
La dix-huitième année de la servitude, il fut chargé par ses compatriotes d'apporter le tribut au roi de Moab, avec un certain nombre d’autres Israélites; car, selon les usages de l'Orient, il y avait un porteur pour chacun des présents offerts. Sur les bas-reliefs des palais assyriens, on voit de longues files de personnages venant, à la suite les uns des autres, déposer leur offrande aux pieds du puissant souverain de Ninive (fig. 179). Les choses durent se passer à peu près de la même manière à la cour d'Églon. Après la cérémonie, Aod aurait, selon l'hébreu, laissé partir ses compagnons et serait resté dans la ville ou même dans le palais; mais, d’après la Vulgate, 1] sortit avec eux de Jéricho, et ils allèrent ensemble jusqu'à Galgala. Là il les quitta, et revint seul à Jéricho pour mettre à exécution le plan qu'il méditait depuis longtemps. I avait eu soin de placer sous ses habits, à son côté droit, où personne ne pouvait soupconner la présence d'une arme, une dague qu'il avait fuit fabriquer exprès: elle avait deux tranchants, et la garde était longue d’un gôméd. Voir GômÉép. C’est avec cette arme cachée qu’il se présenta devant Eglon. [ avait, disait-il, une communication à lui faire. Le roi fit sortir tout le monde pour l'entendre; Aod lui dit alors : « J'ai à vous transmettre une parole de Dieu. » À ces mots le roi se leva de son trône par respect; Aod profita de ce mouvement pour saisir sa dague de la main gauche et la lui enfonça dans le ventre avec tant de force, que la poignée même disparut dans la plaie et fut recouverte par la graisse, car Églon était fort obèse.
Celle action d'Aod, si blämable qu'elle puisse paraitre, ne saurait fournir un motif d'attaquer l'Écriture, qui se borne à rapporter le fait sans le louer ni le blämer. En nous disant qu'Aod avait été suscité par le Seigneur pour délivrer les enfants d'Israël, elle indique bien qu'il avait reçu de Dieu sa mission; mais lui seul est responsable du moyen qu'il ἃ choisi pour l'inaugurer. C'est même une chose remarquable que là phrase : « L'Esprit de Dieu fut en lui, le remplit, etc., » ne se lit pas au sujet d'Aod, tandis que nous là trouvons appliquée à tous les autres juges, sauf Abimélech, que Dieu n'avait pas choisi, et
la mort d'Églon fût seulement un épisode de cette lutte et le prélude de la bataille sanglante qui devait la terminer. Il serait facile de montrer par de nombreux faits analogues, celui de Mutius Scævola par exemple, combien les peuples de l'antiquité admiraient, loin de les blämer, ces traits de bravoure, dans lesquels ils ne voyaient que l'audace intrépide au service d'un ardent patriotisme.
Aod, sans prendre le temps de retirer son arme, ferma à clef rapidement les portes de l'appartement, et s'enfuit «par la sortie de derrière ». Jud., 111, 24. Ces derniers mots, rapprochés de ce qui est dit au ὃ. 20, que le roi « était assis seul dans sa chambre d'été », nous font comprendre la facilité avec laquelle Aod put réussir dans une entreprise si hardie et s'échapper sans être vu de personne, parce qu'ils nous mettent en quelque sorte sous les yeux le plan du palais d'Églon. Les habitations offraient souvent, en Orient, une disposition particulière qu'on y retrouve encore fréquemment de nos jours. Elles se composaient de deux maisons : la principale, dar ou bayif, | et, attenante à celle-là, une autre plus petite, mais ordi- | nairement plus élevée d'un étage et qu’on appelle, aujour- |: d'hui comme au temps des Juges, ‘aliyäh. On y donne | l'hospitalité aux étrangers; le maitre y trouve, en tout temps, un lieu tranquille pour s'occuper d’affaires ou s'y reposer et, en élé, un séjour plus frais que la grande | maison. Elle communique avec le bayit par une porte intérieure et avec le dehors par une autre porte donnant sur un escalier extérieur, qui conduit à l'entrée principale ou bien méme directement à la rue. Cest par cet escalier qu'Aod se sauva, après avoir fermé par dedans la porte de communication et par dehors la porte extérieure du ‘aliyäh, dans lequel gisait Églon.
Comme il avait prévu, les serviteurs du roi, pensant que leur maitre avait lui-même fermé la porte, attendirent longtemps sans chercher à pénétrer chez lui; et lorsque, honteux enfin de cette longue attente, 115. ouvrirent, ils le trouvérent étendu mort par terre. Aod était déjà loin; le trouble dans lequel cet événement jeta les | gens d'Églon servit à assurer encore mieux sa fuite. Il
s'en retourna par le même chemin jusqu'au point d’où il était revenu, aux environs de Galgala, et de là 1] se dirigea vers Seirath. Il fit aussitôt retentir la trompette de la délivrance dans les montagnes d'Éphraïm, et les enfants d'Israël, répondant à cet appel, vinrent se mettre sous ses ordres. « Suivez-moi, leur dit-il, car le Seigneur nous ἃ livré entre les mains nos ennemis les Moabites. » Jud., 111, 28. Il s’avança d'abord à la tête de son armée vers le Jourdain, dont il fit occuper les gués, afin d'ôter aux ennemis tout moyen d'échapper, et marcha ensuite contre eux. Pris ainsi à revers par les Israélites et déjà démoralisés par la mort de leur roi, les Moabites furent taillés en pièces, et ils périrent tous dans le combat, au nombre d'environ dix mille. Quatre-vingts ans de paix et de sécurité furent le résultat de l’€humiliante » défaite qu'Aod infligea en ce jour aux Moabites. Jud., 11, 30. E. PALIS.
APADNO (hébreu : ’Apadnô) désigne, d’après la Vulgate, une ville où Antiochus IV Épiphane devait « fixer sa tente, entre les mers, sur la montagne célèbre et sainte ». Dan., ΧΙ, 45. Les versions ont différemment compris ce mot. Les Septante l’omettent; Aquila et Théodotion en font un nom propre : ᾿Εφαδανῶ ou ᾿Αφαδανῶ ; Symmaque traduit ’ohôlé ’apadnô par τὰς σχηνὰς τοῦ ἱπποστασίου αὐτοῦ, « les tentes de sa cavalerie » ou « de son écurie »; la Peschito, ne considérant que l'étymologie paddan, « plaine, pays plat, » sans tenir compte du suffixe possessif, met simplement : « dans la plaine. »
Les commentateurs sont également divisés. Les uns, voyant dans Apadno une ville, l'identifient avec une localité nommée ’Axaôvas par Procope, De ædificiis Justiniani, 11, 4, peut-être l’’Apsèdvw de Ptolémée, v, 18, située, en Mésopotamie, au confluent de l'Euphrate et du Chaboras. Porphyre, cité et en même temps réfuté par saint Jérôme, Comment. in Danielem, t. xxv, col. 573, la place entre le Tigre et l'Euphrate. Dom Calmet, traduisant de même l'hébreu : *Apadnô bên yammim par « Apadno ou Padan d’entre les deux mers », reconnaît ici « Padan d'entre les deux fleuves, ou Padan Aram ou Aram Naharaïm, qui signifient incontestablement la Mésopotamie; les fleuves du Tigre et de l'Euphrate sont assez grands pour être nommés des mers, surtout dans leurs dun ». Commentaire sur Daniel, Paris, 1715,
p. 735. On suppose encore qu’ « Apadno entre les deux mers » désignerait la Parétacène, dans laquelle Quinte- Curce, v, 13, place la ville de Tabès , où mourut Antiochus IV. D'autres la cherchent en Palestine, non loin de Jérusalem ou auprès d'Émmaüs-Nicopolis. Cf. 5. Jérôme, In Dan., t. xxv, col. 574. Enfin, d’après M. Fabre d'Envieu, Le livre du prophète Daniel, Paris, 1891, t.17, part. 1, p. 1426, Grätz ἃ soutenu tout récemment que le mot ’apadnô désigne la ville d'Apfadna en Élymaïde.
Avec le texte hébreu, tel que nous le possédons actuellement, il est impossible de faire un nom propre du mot qui nous occupe. Pour traduire : (Il fixera sa tente à Apadno, » il faudrait un suffixe possessif à ’ohôlé, et la préposition be devant Apadno ; d'un autre côté, ’ohôlé, étant à l'état construit, indique que ’apadnô est son complément. Aussi la plupart des exégètes anciens et modernes en font un nom commun. C’est, dit saint Jerome, Zn Dan., t. XXv, col. 574, un mot composé qui signifie θρόνου αὐτοῦ, (son trône ; » et le sens est: « [1 fixera sa tente et son trône entre les mers. » D’autres traduisent : «Il fixera les tentes de son palais, » expression employée par le prophète, probablement en souvenir des grandes tentes, semblables à des palais, en usage chez les rois orientaux. C'est donc entre ces deux sens que flotte ‘apadn6. Pour Gesenius, Thesaurus linguæ heb., p. 1092, TIEN appédén, n ἘΞ
autre chose que péden avec aleph prosthélique, et se rattache ainsi à la racine pédan, d’où l'arabe GS
. ΄ faddan, « construire en haut, » et YU» fadan, «tour