‹ Dictionnaire de la Bible (volume 4)Chapitre 57 sur 454 · ABSTINENCE — ACACIA · texte numérisé non relu

ABSTINENCE — ACACIA

explique pourquoi les Septante, dans leur traduction, l'ont désigné sous le nom de bois incorruptible. Il est par conséquent très propre aux travaux de menuiserie. Il brunit avec le temps, et, lorsqu'il est vieux, il est presque aussi noir que de l’ébène. Le nom hébreu de l’acacia seyal,

12. — Rameau, épines, feuilles, fleurs et fruits de l’acacia seyal.

Sittim, singulier &ttäh, est une contraction de &intäh, $int, et ce nom a été emprunté probablement à l'égyptien sent.

L'acacia était un des arbres les plus communs dans l'ancienne Égypte. On retrouve fréquemment son nom,

Q ), Sent, dans les textes hiéroglyphiques. Ce mot

signifie probablement € épine »; c'est du moins le sens du mot copte MONTE, $onte, ce qui nous explique les noms grec et latin donnés à l’acacia d'Égypte (Mimosa nilotica), ἄκανθα, Acanthus, spina ægyptiaca. Encore aujourd'hui les Arabes l'appellent sunt. Théophraste, Hist.plant., ιν, 2,8,dit: « L'acantha (ou acacia d'Égypte) porte ce nom parce qu'il est partout couvert d'épines ( ἀχανθώδης), excepté au tronc; les feuilles mêmes sont épineuses. » Les anciens Égyptiens se servaient du bois d’acacia pour faire des barques, comme le raconte Hérodote, 11, 90, et comme l'attestent les monuments, qui nous apprennent aussi qu'on en faisait des statues et des meubles de toute espèce. Voir Ch. E. Moldenke, Ueber die in altägyptischen Texten erwähinten Baïme und deren Verwerthung,in-8v, Leipzig, 1887, p. 74-81.

Il est digne de remarque que l'acacia seyal n'est mentionné que dans les livres écrits aussitôt après la sortie d'Égypte, c'est-à-dire dans l'Exode et le Deutéronome (sauf le passage à sens douteux d'Isaïe, χα, 19). Cet arbre étant très commun dans le Sinaï et, au contraire, inconnu en Palestine, excepté dans le voisinage du Jourdain, il est tout naturel qu'il n'en soit question que pendant que les Israélites habitent le désert du Sinaï. C’est là une nouvelle preuve de détail, ajoutée à tant d'autres, de l'exactitude minutieuse du récit sacré, et du parfait accord des textes avec ce que nous enseigne la géographie de l'Orient. Quand Salomon construisit le temple de Jérusalem, il se servit

de bois de cèdre, qu'il fit venir du Liban, pour la décocation et l’'ameublement du lieu sacré ; quand Moïse édifia le tabernacle, il employa le seul bois de construction qu'il eut sous la main, c’est-à-dire l’acacia seyal. Les autres arbres répandus dans la péninsule, qui sont le palmier et le tamaris, ne pouvaient lui servir ni pour la construction de la tente du Seigneur, ni pour la fabrication des meubles sacrés; ils sont tout à fait impropres à ce genre de travaux; l’acacia seyal avait, au contraire, comme le Jui avait appris l'usage qu'on faisait en Égypte des diverses espèces d’acacias, toutes les qualités que pouvait désirer le libérateur des Hébreux : son bois est excellent pour faire des planches, et il a de plus l'avantage d’être très léger, propriété précieuse dans les circonstances où vivaient les Israëélites; car, menant alors une vie nomade, et ayant à transporter tout ce qui servait au culte lorsqu'ils changeaient de campement, il leur importait beaucoup de tout réduire à un poids minimum.

Moïse, afin d'exécuter tout ce qui était nécessaire au culte du vrai Dieu, s’adressa aux enfants d'Israël et leur demanda d'offrir eux-mêmes au Seigneur les matières premières. Pour la construction du tabernacle et des divers meubles sacrés, il les engage à donner, entre autres objets, du bois de setim, Exod., xxv, 5; xxxv, 7, 24, que chacun pouvait prendre dans le désert même. Avec ce bois, on fit l'arche d'alliance, Exod., xxv, 10; xxxvir, 1; Deut., x, 3; la table des pains de proposition, Exod., xxv, 23 ; xxx VII, 10; l'autel des holocaustes, Exod., xxvIr, 1; XXX VIN, 1; l'autel des parfums, Exod., xxx, 1; xxxvii, 25; les planches qui devaient former la partie solide du tabernacle, Exod., XXVI, 15; xxxvI, 20; les colonnes de ce même tabernacle, Exod., xxvi, 32, 37; xxxvi, 36, et enfin les traverses de bois nécessaires pour transporter ces divers objets sacrés d’un campement à un autre, Exod., xxv, 13, 28; χχνι, 26; XXVIT, ὃ; XXX, Ὁ; XXXVL 91; XXXVII, 4,15, 285 XXX VIII, Ὁ. Tous ces travaux en bois d’acacia furent exécutés sous la direction de Béséléel, et recouverts de feuilles d'or. Voir les articles ARCHE D'ALLIANCE, AUTEL, etc.

Dans tous les passages de l'Exode et du Deutéronome que nous venons de rapporter, le nom de l’acacia seyal est toujours au pluriel dans le texte hébreu, Sittim. Un verset d'Isaie, XLI, 19, nous présente ce mot sous la forme du singulier, &ittäh, et c'est l'unique fois où nous le rencontrions, au singulier : « Je ferai croître dans le désert (l'Arabah, c'est-à-dire la partie méridionale, inculte et aride de la vallée du Jourdam) le cèdre, le Sittäh, le myrte et l'olivier, » dit le prophète. Certains savants pensent que ce mot ne désigne pas latacia seyal, parce que, disent-ils, [Isaie annonce que des arbres qui ne viennent que dans un sol fertile et riche prospéreront alors dans le désert, ce qui ne convient pas à l’acacia seyal, qui est, au contraire, un arbre très commun dans le désert du Sinai. Il paraît cependant difficile de ne pas reconnaitre dans le &ittäh le Sittim de l'Exode; et peut-être même est-ce l'usage sacré qu'on avait fait de son bois dans la péninsule du Sinaï qui a porté le prophète à le placer ainsi dans son énumération. On doit remarquer d'ailleurs que les anciens traducteurs ou ont ignoré la signification précise de sittäh, comme de Sit{im, où ont manqué du mot propre pour le traduire; car nous avons vu que les Septante ont rendu $ittin par une sorte de paraphrase : « bois incorruplible; » saint Jérôme s’est borné à transcrire simplement le terme hébreu en latin, setün. Dans Isaie, la version grecque traduit $ittäh par « buis », et la version latine par « épine ». Saint Jérôme savait d'ailleurs assez bien de quel arbre il était question, quoiqu'il n'eüt pas de nom latin particulier pour le désigner. Il écrit, en effet, dans son commentaire d'Isaie, XLI, 19, t. XXIV, col. 417: CExpliquons, dit-il, ce qu'est le setta hébraïque, que Théodotion ἃ traduit par épine. C'est une espèce d'arbre qui croît dns le désert et qui ressemble à laubépine (spina alba) ; c'est avec son bois que furent faits l'arche et tout ce qui servit au labernacle, Ge bois est incorruptible ettrès léger. »

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