I. Moyen âge. — i. place de la bible dans lordre
— Le couvent dominicain étant conçu comme un groupe essentiellement scolaire en vue de la dill'usion de la science sacrée, chaque couvent possède un docteur ou lecteur, chargé de lire et commenter le texte des Écritures aux religieux et aux étudiants du dehors. La Bible au moyen âge est le texte ofliciel de la théologie, et il en est pareillement dans les écoles dominicaines. Dans quelques grands couvents, spécialement à Paris, où les écoles furent incorporées à l’Université dés 1229 ( Revue thomiste, t. iv, 1896, p. 153), les écoles portent le titre de studia generalia, ou hautes études. Les maîtres qui y enseignent sont les plus célèbres, et leurs leçons forment les meilleures productions scripturaires du temps. Les Postilles de Hugues de Saint-Cher représentent le type i des leçons sur la Bible à l’Université de Paris pendant la première moitié du xme siècle, les commentaires de saint Thomas et d’Albert le Grand montrent ce que cet enseignement est devenu dans la seconde moitié du siècle ; il s’est d’ailleurs maintenu sous la même forme pendant les siècles suivants. Le caractère relevé des leçons scripturaires des maîtres dans les studia generalia nécessita l’adjonction d’un auxiliaire destiné à donner aux commençants une connaissance d’ensemble mais élémentaire du texte de la Bible; ce furent les baccalaurei biblici. Denifle, Rev. Thom., t. n, 1894, p. 149. Cette institution fut introduite vers la fin du xme siècle dans les couvents importants qui n’étaient pas des studia generalia, mais auxquels on donnait le nom de studia solemnia. Ces sortes de maîtres en second y furent appelés lectores biblici. Douais, Essai sur l’organisation des éludes dans l’ordre des Frères Prêcheurs , in-8°, Paris,
Une culture biblique aussi intensive (car tous les religieux d’un couvent, même le prieur, étaient tenus d’assister aux leçons) conduisit comme conséquence naturelle les Dominicains à introduire avec surabondance les citations de l’Écriture dans toutes leurs productions littéraires, spécialement dans leurs ouvrages théologiques et leurs sermons. La tendance est d’ailleurs générale au moyen âge. Mais il semblait alors qu’il ne pouvait pas y avoir d’excès dans l’usage de la parole de Dieu.
L’usage incessant que les Dominicains durent faire de la Bible dans leurs écoles et la prédication les conduisit de très bonne heure à entreprendre de grands travaux dans le domaine scripturaire, et leur action se trouve marquer le point initial des principales directions dans lesquelles ont été engagées les sciences bibliques. Aussi le savant barnabite L. Ungarelli a-t-il pu écrire : « L’on peut dire que les bibles latines, manuscrites ou imprimées, depuis le milieu du xme siècle jusqu’au concile de Trente, furent infiniment redevables aux travaux assidus et éclairés des Frères Prêcheurs. » Anal, juris pontif., 1852, col. 1321. Et son disciple, le P. Vercellone : « C’est a l’ordre dominicain que revient la gloire d’avoir, le pre-
mier, renouvelé dans l’Église les exemples illustres d'Origène et de saint Jérôme par le culte ardent de la critique sacrée. » Dissert, acad., in-8°, Rome, 1864, p. 48.