‹ Dictionnaire de la Bible (volume 5)Chapitre 182 sur 485 · ÉLÉPHANT · texte numérisé non relu

ÉLÉPHANT

l’abritant contre les arbustes épineux à travers les forêts, mais surtout assurent à l’animal une supériorité terrible dans la lutte contre ses ennemis. La matière dont elles sont formées est précieuse et recherchée. Voir Ivoire. Les molaires de l'éléphant sont appropriées au régime végétal. Elles se composent de lames osseuses enveloppées d’émail et reliées par une substance corticale. Au lieu de se remplacer verticalement, comme chez les autres mammifères, elles sont poussées en avant, à mesure qu’elles s’usent, par les molaires postérieures. L’éléphant a la tête énorme, le cou très court, les jambes de devant plus hautes que les deux autres, le corps revêtu d une peau calleuse et presque sans poils, l’aspect général lourd et informe. Les pieds ont cinq doigts, et, pour qu'ils ne fléchissent pas sous le poids du corps, ces doigts sont soutenus en dessous par une sorte de grosse pelote en tissu fibreux et élastique. Les éléphants vivent en troupes dans les forêls et les endroits marécageux. Ils se nourrissent d'herbes, de racines, de graines, et font parfois

546. — Éléphant d’Afrique, xxv« dynastie. Ouadi E’Sofra. D'après Lepsius, Denkmtiler, Abth. v, Bl. 75.

de grands ravages dans les champs cultivés. — On connait une dizaine d’espèces d’éléphants fossiles, dont la principale est celle du mammouth ou elephas primigenius. Deux espèces subsistent seules aujourd’hui. L 'elephas africanus a la tête simplement bombée, les oreilles longues et les défenses très fortes. Il habite l’Afrique, depuis l’extrême sud jusqu'à la Haute-Égypte. On le chasse surtout pour avoir la nourriture que fournit sa chair abondante et pour s’emparer de l’ivoire de ses défenses. L 'elephas indiens habite le Siam, la Birmanie, le Bengale, l’Hindoustan et quelques lies de l’Océanie. Il a la tête doublement bombée et les oreilles plus courtes que dans l’autre espèce. L’éléphant d’Asie est domesticable. Il met facilement son intelligence et sa force au service de l’homme et exécute pour le compte de son maître de rudes travaux. Sa force équivaut à environ cinq fois celle du chameau. On habitue aisément ce mammifère à boire du vin et des liqueurs spiritueuses.

IL Les éléphants dans l’antiquité. — Les anciens Egyptiens connaissaient l'éléphant, qu’ils nomment âb , libu (fig. 546). Un officier de Thothmès III, Amanémeb, raconte dans son inscription funéraire qu'il a tué cent vingt éléphants dans l'Asie occidentale. Chabas, Études sur l’antiquité historique, 2e édit., p. 573-575. L’éléphant figure avec l’ours, sur le tombeau de Rakhmiri, parmi les tributs que les Syriens apportaient à l’Egypte, sous les rois de la XVIIIe dynastie thébaine. Champollion, Monuments de l'Egypte et de la Nubie, pl. clxxvi, 1-2; Rosellini, Monumenti civili, pl. xxii, 3-5. Mais c’est surtout dans le Pouanît, région située entre la mer Rouge et le Haut-Nil, que les Égyptiens allaient chercher l’ivoire que leur apportaient les naturels du centre africain. L’île d'Eléphantine, située sur le Nil, près de la première cataracte, parait avoir été longtemps un des principaux entrepôts de ce commerce , comme d'ailleurs de tout le trafic avec le sud. — L’éléphant fréquentait primitivement les ré-

gions du moyen Euphrate. Il en disparut vers le XIIIe siècle avant notre ère et ne devint plus dès lors, en Assyrie, qu’un objet de curiosité importé d’ailleurs. Fr. Lenormant, Sur l’existence de l’éléphant dans la Mésopotamie au xne siècle avant l’ère chrétienne , dans les Comptes rendus de l’Academie des inscriptions, 2e série, t. i, p. 178-183. Il existait encore en Syrie, au moins à l’état sauvage, et c’est de là que les rois assyriens tiraient l’ivoire. Théglathphalasar Ier se vante d'avoir tué à la chasse dix éléphants et d'en avoir pris quatre vivants. Prisme de Théglahtphalasar Ier, vi, 70-75. Sur l’obélisque de Nimroud, qui raconte les hauts faits de Salmanasar II, un des registres représente un éléphant amené comme tribut au prince assyrien (fig. 547). Sur un autre registre, un groupe de quatre hommes portent des objets qui paraissent être des dents d’éléphants, que l’inscription fuit venir du pays de Soukhou, à l’embouchure du Khabour dans l'Euphrate. — Le nom assyrien de l’éléphant est piru. L’obélisque de Salmanasar nomme les pirâti. Delattre, L’Asie occidentale dans les inscriptions assyriennes, et Encore un mot sur la géographie assyrienne, dans la Revue des questions scientifiques , Bruxelles, 1884, octobre, p. 513-51C; 1888, avril, p. 452-456. Ce nom devient phil ou pii en arabe, pii en perse, pilu en sanscrit. L’hébreu n’a pas de nom pour désigner l’animal. C’est à tort que pendant longtemps les commentateurs ont cru trouver ce nom dans l'hébreu behêmôt, qui ne convient qu'à l’hippopotame. Voir t. i, col. 1551. Toutefois, parmi les produits que Salomon tire d’Ophir, on trouve les sénhabbim, mot que les versions traduisent par oSôvt a lltçàvrtva, dentes elephantorum , Targum : sèn dephil. III Reg., x, 22; II Par., ix, 21. Pour les anciens traducteurs, habbim était donc un pluriel désignant les éléphants. A l’époque de Salomon, l’éléphant, depuis longtemps traqué par les chasseurs, avait sans doute disparu de Syrie, et, en important de loin ses défenses, on importait également le nom étranger qui désignait l’animal. Un autre mot sanscrit, ibha, sert à nommer l’éléphant, et le grec è>içaç ne serait autre que le mot ibha précédé de l’article sémitique. Max Muller, La science du. langage, 2e édit., Paris, 1867, p. 255. Bien que cette étymologie ne soit pas absolument certaine, elle est confirmée par les anciennes versions et semble beaucoup plus probable que toutes les autres conjectures imaginées pour rendre compte de l'hébreu habbim. Cf. Gesenius-Rœdiger, Thésaurus linguæ hebrææ, p. 1453, et Addenda, p. 115. Tristram, The natural history of the Bible, Londres, 1889, p. 81, assure que le mot habba se retrouve actuellement à Malabar et à Ceylan pour désigner l’éléphant.

III. Les éléphants a la guerre. — Les anciens savaient domestiquer les éléphants et se servir d’eux à la guerre. Ils employaient dans ce but les éléphants d’Asie, plus dociles et plus braves que ceux d’Afrique. Diodore de Sicile, il, 16; Pline, H. N., vi, 24; Philostrate, Apollon., il, 12; Elien, Nat. animal., xvi, 15. Dès le temps d’Alexandre, les éléphants apparaissent dans les armées d’Asie et même d Occident. Tite-Live, xiv, 34; xxxi, 36; xxxviii, 39; flirtius, Bell, afric., 48, 83, 86; Pline, H. N., viii, 5; Végèce, De re milit., ni, 24, etc. Les Séleucides en firent grand usage dans leurs armées de Syrie. Plutarque, Demert., 28; Appien, Syr., 46; Polybe, xi, 32. Cf. Winer, Biblisches Realwôrterbuch, Leipzig, 1833, t. r, p. 371. Ils leur venaient de l'Inde par la Perse (voir t. I, iig. 272, col. 999). 11 n’est donc pas étonnant que les livres des Machabées fassent fréquemment mention de la présence de ces animaux dans les armées syriennes. — Antiochus III le Grand a des éléphants dans son armée. I Mach. i , 18. Quand il entreprend sa campagne contre la Perse, il laisse à Lysias la garde de la Syrie avec la moitié de son effectif de guerre et de ses éléphants. I Mach., iii, 34. Il fut vaincu par les Romains, malgré scs cent vingt éléphants. I Mach., viii, 6. — Sous Antio-

ÉLÉPHANT — ÉLÉPIIANTIASIS

chus V Eupator, l’armée syrienne qui opère contre Judas Machabée compte trente-deux éléphants d’après I Mach., vi, 30, et quatre-vingts d’après II Mach., xi, 4. On ne doit pas s’étonner de la différence entre des chiffres qui ont eu à souffrir des copistes. Pour exciter ces éléphants au combat, on leur montra du jus de raisin et de mûres dont ils sont très friands. Cf. 111 Mach., v, 2. Le texte porte k'SiiÇav, « on montra » sans leur permettre de boire, comme pour leur faire espérer la récompense après la lutte. — Sur chaque éléphant, entouré d’ailleurs de mille fantassins et de cinq cents cavaliers, se dressait une tour de bois contenant des machines de guerre, trente-deux hommes et en plus un Indien servant de cornac. I Mach., vi, 34-37. Ce nombre de trente-deux hommes parait constituer une charge excessive pour l’animal , sans parler de la difficulté pour tant de combattants de se mouvoir dans un étroit espace. Les auteurs profanes parlent aussi des tours de bois fixées sur le dos des éléphants à l’aide de courroies. Pline, H. N., vm, 7; Phi-

guerre contre les Juifs, Lysias, général d Eupator, a vingt-deux éléphants; Judas Machabée surprend le campdes Syriens et tue le plus grand de leurs éléphants.

II Mach., xiii, 2, 15. — Sous Démétrius Ier apparaît un chef des éléphants, ÈXsyavToép/ri; , Nicanor, chargé de faire la guerre contre les Juifs. II Mach., xiv, 12. Cf.

III Mach., v, 4; Plutarque, Demetr. , 25. Ce genre de commandement s’appelait i\z cpavrap-/^- Elien, Tact., 23. Le conducteur de l’éléphant est appelé ’lvôoç, « Indien. » II Mach., xiv, 2. — Voir P. Armandi, Histoire militaire des éléphants , in-8°, Paris, 1843; Ch. Frd. Hôlder, The lvory King , a popular History of the Eléphant illustrated, in- 12, Londres (1886); G. de Cherville, Les éléphants , in- 8°, Paris (sans date); N. S. Shaler, Domesticated Animais, in-8°, Londres, 1896, p. 127-139.

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