Boswellia sacra
on les brûle, une odeur balsamique. — L’encens asiatique, qui vient surtout de l’Arabie, est fourni par le Boswellia sacra (fig. 559), de la famille des Térébinthacées- Burséracées. Celui d’Afrique est dû à plusieurs espèces congénères, telles que le Boswellia papyrifera (fig. 56U) d’Abyssinie. Ces arbres , dont l’écorce s’exfolie en lames minces comme des feuilles de papier, sont riches en canaux résineux. Leurs feuilles, rapprochées en bouquets vers l’extrémité des rameaux et caduques au moment de la floraison, sont alternes et impari pennées, avec folioles dentées et opposées le long du rachis. Leurs fleurs ont un calice persistant à cinq dents, une corolle blanche à cinq pétales pourvus d’onglet, dix étamines sur deux rangs et alternativement inégales. L’ovaire, sessile à deux ou trois loges, devient une drupe dont l’enveloppe charnue se rompt en autant de valves en se séparant des noyaux, qui restent quelque temps attachés à un axe central trigone. — On a longtemps attribué le véritable encens au Boswellia serrata, qui croit sur les montagnes de l’Inde, mais les produits de cet arbre sont de qualité très infé-
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rieure et n’arrivent pas en Europe ni même dans l’Asie antérieure. Tout ce que le commerce y importe comme encens de l'Inde n’a pas réellement cette origine. Enfin plusieurs arbres appartenant à d’autres familles, spécialement aux Conifères, donnent des résines aromatiques souvent prises pour le véritable encens ou employées à le sophistiquer ( Juniperus phœnicea et thurifera, Pinus Tæda, etc.). F. Hy.
II. Exégèse. — 1° Identification. — Il n’y a pas de doute que lebônàh ne désigne l’encens. On retrouve le même mot, avec de légères modifications dialectales, dans les langues congénères : lebûntâ' , lebôntâ' en araméen, lebûntô' en syriaque, lobân en arabe (cf. rtnb en phénicien); et il s’entend certainement de cette espèce de gomme odorante. Du sémitique le mot est passé en grec sous la forme Àîoxvo; , et invariablement les Septante en font la traduction du lebônàh hébreu, que la Vulgate rend également par thus. La racine du nom est pb, làban, « être blanc; » sans doute c’est à l’encens de couleur blanchâtre, à l’encens le plus pur, qu'il fut d'abord appliqué. Cf. Pline, H. N., xii, 32; Théophraste, Hist. plant., ix, 4. — Certains grammairiens ont prétendu que
5G0. — Boswellia papyrifera.
Rameau fleuri après la chute des feuilles. — A droite, fleur, bouton et fruit. — A gauche , goutte de résine.
XiSxvc; désignait l'arbre, et ï.iêxvai-ô; l'encens. Mais les anciens auteurs ont employé le mot Xiêavo; et pour l'arbre et pour la gomme, et MêxvwTd; exclusivement pour cette dernière. J. F. Schleusner, Novus thésaurus philologico-criticus , in-8°, Leipzig, 1820, t. ni, p. 453. Dans le texte sacré, lebônàh n’a que le sens d’encens; il en est de même du Àïêavoç des Septante, qui n’emploient qu'une fois l.têavwrd;. II Par., îx, 29. Sans doute il est question de l’arbre dans Cant., iv, 14; mais on emploie l’expression ’âçê lebônàh, « arbres d’encens, » c’est-à-dire arbres qui produisent le lebônàh, l’encens. — Si les anciens connaissaient bien l’encens, ils n’avaient sur l’arbre qui le produisait que des renseignements vagues et en partie erronés. Théophraste, Hist. plant., ix, 4; Diodore de Sicile, v, 41; Pline, H. N., xii, 31. Ce dernier avoue qu'on n'est pas d’accord sur la forme de l’arbre, et que les Grecs en ont donné les descriptions les plus variées. Également sur des relations plus ou
moins sûres, Théophraste, //. P., ix, 14, et Pline, H. N., Xii, 32, expliquent la façon dont on le récoltait. A l’époque des plus grandes chaleurs, s’il faut en croire le naturaliste romain, on pratiquait des incisions sur les arbres, là où l’écorce est le plus mince et le plus tendue. « On dilate la plaie, sans rien enlever. 11 en jaillit une écume onctueuse, qui s’épaissit et se coagule; on la reçoit sur des nattes de palmier ou sur une aire battue. On fait tomber avec un instrument de fer ce qui est resté attaché à l’arbre. » Des voyageurs [dus modernes ont découvert et décrit les véritables arbres à encens : ce sont diverses espèces du Bosivellia.
2° Provenance. — C’est de Saba, Seba, que le texte sacré fait venir l'encens. D’après Isaïe, lx, (3, les caravanes venant de Saba doivent apporter à Jérusalem l’or et l’encens. « Qu’ai -je besoin de l’encens qui vient de Saba? » dit le Seigneur dans Jérémie, VI, 20. Aussi dans la quantité d’aromates apportés à Salomon par la reine de Saba, il est naturel d’y ranger l’encens. III Reg., x, 2, 10; II Par., ix, 1, 9. Dans son chapitre sur le commerce de Tyr, Ézéchiel, xxvii, 22, ne nomme pas non plus l'encens en particulier; mais il le comprend évidemment sous l’expression générale : « Les marchands de Saba et de Réema trafiquaient avec toi; de tous les aromates les plus exquis ils pourvoyaient tes marchés. » L’encens apporté à la grande Babylone, Apoc., xvnr, 13, venait sans doute du même pays, bien qu'il ne soit pas désigné: ce passage sur le commerce de Rome offre les plus grandes analogies avec la description d’Ézéchiel, xxvii. En parlant des mages qui apportent de l’encens à l’enfant Jésus, saint Matthieu, n, 1, 11, ne désigne leur pays que par l’expression vague d'Orient.
D’après l’Écriture c’est donc d'Orient, du pays de Saba, que venait l’encens. Le pays de Saba et la région limitrophe, l’Hadramaut, c’est-à-dire la partie de l’Arabie méridionale ou l’Arabie Heureuse qui s’étend sur le littoral du golfe Arabique et sur la côte du sud, étaient renommés dans l’antiquité comme le pays de l’encens. « Les Sabéens, les plus connus des Arabes à cause de l’encens, » dit Pline, II. N.,\i, 32. Et encore : « La région thurifère, c’est Saba, » Pline, II. N., xii, 30; Théophraste,
( Hist. plant., ix, 4; Strabon, xvi, 19, parlent de même; i enfin Virgile dit, Georg., i , 58 :
Solis est thurea virga Sabæis.
On peut voir dans Celsius, Hierobotanicon, in-8°, Amsterdam, 1748, t. i, p. 240, 241, de nombreuses citations où des auteurs anciens vantent l'encens de Saba.
Mais était -ce vraiment la patrie de l’encens, ou bien n’était -ce que le principal entrepôt de ce commerce? Il est certain que pour plusieurs espèces d’aromates les Arabes n’étaient que les entremetteurs : c’est de l’Inde et de l’Afrique qu’ils tiraient ces produits; ils cachaient soigneusement le pays d’origine, laissant croire qu’ils venaient de chez eux, afin de conserver le monopole de ! la vente sur les marchés de l’Asie occidentale. Pour ce qui regarde l’encens, il est certain qu’une espèce d'arbre thurifère a été reconnue indigène dans l'Hadrarnaut, le Boswellia sacra, F. A. Flückiger et D. Ilanbury, Histoire des drogues d’origine végétale, trad. Lanessan, in-8°, Paris, 1878, t. i, p. 260, 266-268, et il est possible que quelques autres variétés aient crû anciennement dans ce pays ou dans la région voisine des Sabéens. C’était donc bien une région thurifère. Toutefois l’encens ne paraît pas y avoir été récolté en quantité suffisante pour pourvoir tous les marchés antiques. Les Arabes devaient s’approvisionner ailleurs. Niebuhr, Description de l’Arabie, in-4°, Paris, 1779, t. i, p. 202-203, etTristram, The natural historj of the Bible, in- 12, Londres, 1889, p. 355, croient que la plus grande quantité leur venait de l’Inde. De fait, le lobân, « encens, » était appelé aussi ! kondor, kundur, par les Arabes : ce qui serait le nom indien de la gomme aromatique du Salai, que Cole-
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brooke, On Olïbanum or Franldncense , dans Asiatic Researches , Calcutta, t. ix, p. 377, identifiait avec le Boswellia thurifera, le Boswellia serrata de Roxburg, Flor. Ind., Sérampore, 1832, n, 388. Cependant on ne croit pas généralement que l’encens de l’Inde ait été exporté en grande quantité, pas plus qu’aujourd’hui, dans l’Asie orientale et dans le monde grec et romain. Les anciens auteurs, qui font venir de l’Inde un certain nombre de parfums, ne parlent pas de 1 importation de l’encens indien.
Du reste, les habitants du sud-ouest de l'Arabie pouvaient s’approvisionner moins loin. Ils n’avaient qu’à traverser la mer Rouge , et en Abyssinie et surtout un peu plus bas, dans le pays des Somalis, ils trouvaient de nombreuses espèces de Boswellia , le Boswellia papyrifera, le Boswellia Frereana , Boswellia Carterii, etc. Cli. Joret, Les plantes dans l'antiquité, in-8°, Paris, 1897,
— Quelques auteurs ont pensé que les arbres à encens avaient aussi été importés et cultivés en Palestine. Ils s’appuient sur Cant., iv, 6, 14, où l’Épouse exprime le désir de se retirer sur la colline de l’encens, et où parmi les plants de son jardin on compte les arbres à encens. Mais ce sont là des comparaisons poétiques, pour exprimer un lieu délicieux, tout embaumé des plus suaves parfums. Comme nous l’avons vu, pour les contemporains de Salomon, d’Isaïe ou de Jérémie, le pays d’où vient l’encens, c’est Saba. — C’est par erreur également que saint Cyrille d’Alexandrie, In Isaiam, ch. lx, 13, lib. v, t. lxx, col. 1336, dit que l’arbre à encens croissait sur le mont Liban; très probablement cela est dù à la ressemblance qu’a avec le nom de la montagne le nom grec de l’encens, ),£ëxvoç, qui du reste se rencontre sept versets plus haut dans Isaïe, lx, 6. Cette confusion des deux noms a été faite par la Vulgate elle-même, Cant., iv, 14:
SCI. — Transport des arbres h encens du pays de Pount en Égypte. D’après Dümichen, Die Flotte einer dgyptischen Konigin, pl. 3
t. i, p. 356, 499. Par delà le Pount était la région du Tonouter, ces terres en terrasse ou échelles de l'encens,
où les Égyptiens allaient chercher le meilleur ' — j • , ânti, « encens. » (A remarquer la forme, < — * •, sous
laquelle ce nom se trouve écrit. Le déterminatif JR indique quelque chose de brillant et rend bien le mot latin candidum , « pur. » On trouve employée en hébreu l’expression équivalente: lebônàh zal;kàh,7V2i rtjbb,
thus candidum, purissimum.) Sous la reine Hatespou (XVIIIe dynastie), on équipa une flotte de cinq navires pour aller recueillir les richesses de ce pays fortuné. L’expédition, qui réussit à merveille, a été représentée en détail sur les murailles du temple de Deir-el-Bahari : on y voit le transport des « sycomores à encens », nehelu ânti (fig. 561), leur embarquement dans les vaisseaux. Trente et un arbres à encens furent déracinés avec leur motte et transportés dans des couffes. Au retour on les planta dans des fosses remplies de terre végétale, qui ont été retrouvées par M. Naville. Egypt Exploration Fund, archæological Report, 1894-1895, p. 36-37. Les murailles de l’édifice montrent encore quelques-uns de ces arbres transplantés en pleine terre dans le jardin du temple (fig. 562). G. Maspero, Histoire
« les arbres du Liban, » au lieu de « les arbres à encens » (grec: ),iëâvou; hébreu: lebônàh). Celsius, Hierobotanicon, t. I, p. 242-243, cite plusieurs auteurs qui ont fait | la même confusion. Cependant Pline, II. N., xii, 31; xvi, 59, prétend que les rois d’Asie firent planter à Sardes des arbres à encens. Cf. Théophraste, Hist. plant., ix, 4. Il ne paraît guère probable qu’il s’agisse du véritable arbre à encens, d’une espèce de Boswellia, apportée de TInde, d’Arabie ou d’Afrique : comme il règne une certaine confusion dans les descriptions que Pline fait de cet arbre, ce pourrait bien être tout simplement quelque Juniperus phænicea ou thurifera, arbre du Liban ou de TAmanus, dont la résine, après une certaine préparation, était vendue pour de l’encens.
3° Usages et comparaisons. — De tout temps l’encens a été brûlé en l’honneur de la divinité. Cf. Hérodote, I, 183; Ovide, Trist., v, 5, 11, Metamorph., vi, 164; Virgile, Æneid., I, 146; Arnobe, Adv. Gentes , vi, 3; vu, 26, t. v, col. 1164, 1253, etc. En Égypte, sur les murs des temples ou des hypogées, on voit fréquemment l’of- ! ficiant jetant le ânti ou encens sous forme de grains ou de pastilles dans le brûle-parfum et l’offrant à un dieu. , Wilkinson, The manners, 1. 1, p. 183; t. ni, pl. lx, lxv, 8, ! et lxvii , p. 398-399. Ainsi, dans le rituel mosaïque, on prescrit assez souvent l’usage de l’encens. — 1. C’est d’abord pour accompagner les oblations ou sacrifices non sanglants. Sur l’offrande de Heur de farine arrosée d’huile, on devait répandre des grains d’encens. Le prêtre rece-
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vait cette offrande et la faisait brûler sur l'autel. Lev., 1,1, 2; cf. vi, 15. Dans l'offrande des fruits nouveaux, les épis encore tendres, après avoir été grillés et broyés, étaient arrosés d’huile, puis saupoudrés d’encens, comme dans le cas précédent. Lev., il, 15, 16. Au contraire, dans le sacrifice pour le péché, Lev., v, 11, il est recommandé de ne pas employer l’encens; de même dans le cas de la loi de jalousie, le sacrifice offert alors étant assimilé à une offrande pour le péché. Num., v, 15. On se servait d'encens très pur, lebônâh zakkâh , pour les pains de proposition ou d’offrande, disposés en deux piles sur la table du Saint : sur chaque pile, d’après .Tosèphe, Ant. jud., III, x, 7, on plaçait un petit plateau ou coupe
Traité Yoma, 5, le Tulmud de Jérusalem, trad. Schwab, t. v, 1882, p. 208-209. Ce parfum à brûler, ôvipiapa, dont l’Exode, xxx, 84-38, donne la recette, rappelle les compositions d’aromates, que les Égyptiens étaient très habiles à confectionner. Ordinairement aussi réservés au culte, ils se fabriquaient dans les laboratoires des temples, et leur préparation était très compliquée, comme celle du kyphi, par exemple. Les Hébreux purent leur emprunter leurs procédés ou leurs recettes, comme le firent plus tard les Grecs et les Romains. V. Loret, L’Egypte au temps des pharaons, in -12, Paris, 1889, p. 199-200; D. Mallet, Les premiers établissements des Grecs en Egypte, dans Mémoires de la mission archéologique
d’or, rempli d'encens; il y demeurait une semaine; le sabbat suivant, on remplaçait les pains, et l'encens était brûlé dans le feu des holocaustes, et on en plaçait une autre poignée dans les deux plateaux. Talmud de Jérusalem, trad. Schwab, tr. Scheqalim, p. 309. — 2° On employait aussi l’encens dans la confection de parfums mélangés. Ainsi le parfum sacré qu’on devait brûler chaque jour sur l’autel dans le Saint, Exod., xxx, 7-8, et dont la composition était réservée exclusivement au sanctuaire, contenait comme un de ses quatre ingrédients l’encens très pur ou blanc : les quatre éléments devaient être mêlés en proportions égales, broyés ensemble, puis réduits en poudre. Exod., xxx, 34-38. On l’offrait deux fois par jour sur l’autel des parfums, vers neuf heures du matin et trois heures du soir. C'est en offrant ce parfum que Zacharie eut sa vision de l’ange Gabriel. Luc., 1, 10. Plus tard, aux quatre ingrédients du parfum sacré, les rabbins en ajoutèrent d'autres, onze ou treize en tout, qu'ils regardaient comme obligatoires; si bien qu’en omettant, par exemple, l’herbe qui rend la fumée de l'encens verticale, on était passible de la peine de mort.
française au Caire, t. xit, fasc. i, in-4°, 1893, p. 306-308. Préparer l’encens pour qu’il s'élève en colonne droite était très difficile : c’était le secret de la famille d’Abtinos, dit le Talmud de Jérusalem, tr. Yoma, 9, trad. Schwab, p. 199. On connaissait autrefois ce procédé; le Cantique, ni, 6, y fait allusion : « Quelle est celle qui monte du désert comme une colonne de fumée, formée de myrrhe et d’encens? » — 3° Des lévites étaient chargés du soin des matières destinées aux sacrifices non sanglants, parmi lesquelles entrait l’encens. I Par., ix, 29. Après la captivité, Éliasib avait fait préparer pour Tobie l’Ammonite la chambre où on les conservait; mais Néhémie remit les choses en leur premier état et rapporta l’encens avec les autres offrandes dans cette chambre. II Esdr., xm, 5, 9. Dans le parvis d’Israël, des troncs étaient placés pour recevoir les offrandes destinées au culte; un d’entre eux portait cette inscription : Encens ; on y déposait l’argent pour acheter l’encens. Cette offrande était volontaire; mais, si Ton donnait pour l’encens, il fallait donner au moins ce qui était nécessaire pour une poignée. Scheqalim, VI , i,5. « Nous avons envoyé de l’argent pour acheter des holocaustes et
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de l’encens, » disent les captifs de Babylone aux Juifs restés à Jérusalem. Bar., i, 10. A l’époque messianique, on apportera l’encens en abondance de Juda et des nations. Jer., xvii, 26; Is., lx, 6. — 4° L’encens brûlant seul ou mêlé à d'autres aromates, et s’élevant vers le ciel, est devenu naturellement le symbole de la prière. Cf. Ps. cxl, 2 ; Luc., i, 10. C’est pourquoi l’Apocalypse nous montre la fumée des parfums montant avec les prières des saints, vin, 3, 4; et les vingt-quatre vieillards tenant des vases d'or remplis de parfums, qui sont les prières des saints.
v, 8. Aussi faut- il que les dispositions du cœur accompagnent l’offrande de l’encens; autrement ce n’est pas un culte vrai, sincère, mais une pure formalité extérieure, que Dieu réprouve. Is., xliii, 23; lxvi, 3; Jer., vi, 20.
— 5° Si l’offrande de l’encens est un hommage à Dieu, l'offrir à des idoles est une marque d’idolâtrie. Quand Antiochus, I Mach., i, 58, profana le Temple, il ordonna de brûler de l’encens devant les portes des maisons et sur les places. 11 y eut des apostats, mais aussi d’héroïques résistances, à Modin surtout. Le tyran y envoya des émissaires pour contraindre les habitants à brûler de l’encens. I Mach., il, 15. Plusieurs obéirent; mais Mathathias et ses fils demeurèrent inébranlables. — 6° On offre l’encens, comme d’autres parfums ou des objets précieux, à des personnages qu’on veut honorer. En Orient, il n’y a pas de visite sans présent. Aussi les mages apportent-ils de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Les Pères ont vu de plus une signification symbolique dans ces dons ; mais les interprétations sont bien variées : pour les uns, c’est la dignité sacerdotale; pour d’autres, la divinité que les mages auraient voulu reconnaître par l'offrande de l’encens. L’encens sert de comparaison dans l’éloge de Simon fils d’Onias. Eccli., l, 9. Dans sa sollicitude pour le Temple, il est, d’après la Vulgate, « comme la flamme qui étincelle, comme l’encens qui brûle dans le feu, » et, selon le grec, « comme le feu et l’encens dans l’encensoir, » c’est-à-dire comme l’encens qui brûle sur le feu de l’encensoir. Dans le verset précédent, jf\ 8, la Vulgate le compare aussi à « l’encens qui répand son parfum aux jours de l’été » ; mais le grec porte : fD.aoro; Xiêcivou, « comme un plant odoriférant du Liban; » sens plus naturel, l'encens étant d’ailleurs nommé au vers, suivant.
— 7° 11 est à remarquer qu’en plusieurs endroits où le mot lebônâh manque en hébreu, et Xiëocvoç dans les Septante, la Vulgate a cependant le mot thus : c’est que le traducteur latin a rendu par ce mot particulier des mots de sens général, comme gâtai', qetorét , miqtâr, etc., « répandre une odeur agréable, fumigation. » lil Reg., xi, 8; xiii, 1, 2; 11 Par., xxvm, 25; Ezech., vin, 11; de même Ezech., vi, 13, pour rêah nîhôah, pour « odeur suave », etc. — Dans d’autres passages, la Vulgate a rendu exactement ces mots de sens général, qetoret, qatûr, par incensum, adolere incensum; mot à mot : « ce qu'on brûle, offrir ce qui est à brûler, » Num., xvi, 17; I Par.,
vi, 49, etc.; mais il faut se garder de traduire incensum par « encens », parce que « ce qu’on brûlait » comprenait aussi bien les victimes qu’on brûlait sur l’autel des holocaustes, comme Exod., xxix, 13; Lev., iv, 35; Ps. lxv, 15, que les divers parfums offerts à Dieu sur l’autel des parfums, par exemple, I Mach., iv, 49; Luc., i, 9, et par conséquent beaucoup d’autres choses que l’encens.
E. Levesque.
ENCENSOIR (hébreu: mahtâh et miqtérêt ; Septante: uupstov et 0u[j.taTvjptov ; Vulgate: ignium receptacula, thuribulum, thymiamateria ; Apocalypse: Xiëaviotô; ; Vulgate: thuribulum), proprement « vase où l’on brûle de l’encens »; comme cet instrument servait non seulement pour l’encens, mais pour d’autres aromates ou des compositions de parfums, il serait plus justement nommé brûle-parfums.
1° Nom. — D’après l’étymologie, nnn, hatâh,« prendre des charbons ardents à un brasier, » Is., xxx, 14, le mah-
tâh est une sorte de pelle à feu, qui servait à prendre des charbons sur l’autel des holocaustes. Exod., xxvn, 3; xxxviii, 3; Num., iv, 14. Dans ces trois endroits, la Vulgate rend bien le sens : receptacula ignium ; les Septante traduisent par le mot grec équivalent, 7tupetov. Mais comme, après avoir pris du feu à l’autel des holocaustes, le prêtre, dans certaines cérémonies, jetait des grains d’encens ou d’autres aromates sur cette sorte de pelleou réchaud, le même instrument devenait un brûle-parfums. Lev., x, 1; xvi, 12; Num., xvi, 6, 17, 37 (hébreu, xvii, 2), 39 (hébreu, xvn, 4), 46 (hébreu, xvii, 11). Les Septante continuent à rendre le mot hébreu par rrjpcîov, et la Vulgate traduit alors habituellement par thuribulum. Le sens de « brûle-parfums » donné à uupefov est particulièrement évident dans Eccli., L, 9: « comme le feu et l’encens dans l'encensoir, » in i nup do-j. Cette pelle à feu, servant ainsi aux fumigations de parfums, reçoit de cette seconde fonction le nom spécial de miqtérét, de qâtar, « fumer, exhaler des parfums. » II Par., xxvi, 19 ÿ