‹ Dictionnaire de la Bible (volume 5)Chapitre 27 sur 485 · II. VISION DU DEUXIÈME ET DU TROISIÈME EMPIRE · texte numérisé non relu

II. VISION DU DEUXIÈME ET DU TROISIÈME EMPIRE

vm ; cf. n, vu. — Quoiqu’elle se rattache à la précédente, vm, 1, cette vision a cependant son objet propre, qui est l'histoire des rapports hostiles des deux seconds empires. On voit qu’elle eut heu la troisième année de l’association de Baltassar au trône (539), Daniel étant, réellement ou en esprit, en esprit plutôt, à Suse en Élam, sur le fleuve Ulai. — 1° Récit de la vision, 3-14. — « Je levai les yeux, et je vis un bélier qui se tenait en face du fleuve. Il avait deux cornes très hautes, l'une plus que l’autre, celle-là ayant grandi la dernière... » « Il donnait des cornes à l'ouest, au nord et au sud. Aucune bête ne pouvait lui résister, aucune lui échapper. 11 faisait à sa guise. Et il devint grand. » — « Je cherchais à comprendre, quand voici venir de l’ouest, parcourant toute la terre, un

DANIEL (LE LIVRE DE

bouc, chef de troupeau. Il ne touchait pas le sol. Il avait une corne insigne entre les deux yeux. » Il parvint jusqu’au bélier, et il bondit sur lui de toute sa force. Arrivé auprès, il se précipita, le frappa avec rage, lui brisa les deux cornes : le bélier était sans vertu contre lui. Il le jeta par terre et le foula avec fureur. Puis « le bouc devint extraordinairement grand », et, tandis qu'il était dans toute sa force, « sa grande corne fut brisée et remplacée par quatre cornes qui poussèrent vers les quatre vents. »

— De l’une d’elles sortit une corne toute petite, qui prévalut au sud, à l’est et vers la terre de gloire, la Palestine, 'él hâsçébî. Jer., ni, 19; Ezech., xx, 6, 15; xi, 16, 41. Et cette petite corne grandit jusqu’aux régions sidérales, dont elle jeta par terre une partie, et jusqu’au seigneur de l’armée céleste, à qui elle enleva le culte perpétuel ( tàmid : sacrifice quotidien, pains de proposition, lampe du sanctuaire), et elle renversa le sanctuaire. L’armée du ciel, le tâmîd, la vérité, lui seront livrés, et tout lui réussira. Le temps de ces choses est fixé par un ange à 2 300 jours, chiffre corrigé dans le texte avec probabilité par J. Knabenbauer, In Dan., p. 215. Après quoi le culte sera rétabli. — 2° Application, 15-27. Une voix qui vient de l’Ulaï ordonne à Gabriel d’expliquer à Daniel la vision.

— Le bélier aux deux cornes symbolise la monarchie médo-perse. Le symbole du bélier à une ou deux cornes se voit dans la mythologie persane (G. Rawlinson, Ancient Monarchies, Londres, 1879, t. iii, p. 356) et encore ailleurs. Il convient du reste aux rois du second empire et aux deux peuples qui le composent. Le Mède, dominateur d’abord, finit par être absorbé dans l’autre, à qui reste le premier rang. Il s’étend dans trois directions; il subjugue successivement : à l’ouest, la Lydie et les côtes de l’Asie; au nord, l’Arménie et la Scythie; au sud, Babylone et l’Arabie, et plus tard l’Égypte et la Libye. Nul ne peut lui résister. L’histoire en fait foi. Voir dans G. Rawlinson, Ancient Monarchies , t. iii, c. vu, p. 364 et suiv., l’origine et le développement, la gloire et la décadence et la chute de cet empire. — Il fait place au troisième, dont l’emblème est le bouc pétulant et indomptable : emblème très justement choisi pour exprimer le genre de gouvernement gréco - macédonien , si différent du régime plus pacifique et plus lourd des Perses. La grande corne du bouc est le premier roi de Javan , Alexandre. Il procède comme par sauts et par bonds. Le voilà au Granique (334), puis à Issus (333), puis enfin à Arbelles (332), et l’empire du bélier est par terre. Mais, étant dans toute sa force et à l’apogée de sa gloire, il meurt soudain (323) : la grande corne était rompue. A sa place, dans le même empire, apparaissaient aux quatre vents, après vingt -deux ans de compétitions sanglantes, quatre royaumes, n’ayant pas la force du premier : la Syrie, l’Égypte, la Macédoine et la Tlirace. Il n’est rien dit de plus à leur sujet. — Mais, à la fin du temps, quand le mal eut empiré dans ces royaumes, il sortit de l’une de ces dynasties , des Séleucides de Syrie, un prince fier et cruel, intelligent et rusé: c’est incontestablement Antiochus IV Épiphane. Faibles sont ses commencements : il n’arrive au trône que par la ruse et protégé par l’étranger. Il grandit et se développe, Dieu le permettant ainsi. Il s’assujettit l’Égypte au sud. Il fait la guerre aux Perses à l’est. Il s’acharne particulièrement contre la terre de gloire. Il supprime le culte et profane le Temple. Il s’attaque avec fureur au peuple des saints sublimes, qadisé 'éliônim, et même à leur seigneur et maître. Il réussit par finesse et habileté dans ses desseins. Mais enfin il est brisé tout à coup, et personne n’y a mis la main. L’oppression avait duré de 170 à 163, juste 2300 jours. — Quelques-uns ont vu dans cette petite corne l’Antéchrist. Ils se trompent. Littéralement il s’agit d’Antiochus IV Épiphane, spirituellement, et encore dans certains traits seulement, de l’Antéchrist, dont Antiochus est reconnu généralement pour être le type et la figure. S. Jérôme, Comment, in Dan., vin, 14, t. xxv,

col. 537. — Daniel, très frappé et malade de cette vision, reçoit l’ordre de la sceller, et il cherche à la comprendre.

III. RÉVÉLATION' SUR LES RAPPORTS HOSTILES DU ROY A UNE DU SUD ET DU ROYAUME DU NORD , ET DE CEUX-CI AVEC LA TERRE DE GLOIRE (ISRAËL). L’ANTÉCHRIST, X , XI , XII.

— 11 faut distinguer dans cette révélation une préface, la révélation même et une conclusion. — 1» La préface, x, xi, 1, est un récit des conditions et de l'origine de la vision révélée. Elle est datée de la troisième année de Cyrus (536), vingt -quatrième jour du premier mois (nisan). L’occasion en est la tristesse et le long jeune du prophète, très inquiet des hostilités que rencontre la reconstruction du Temple. I Esdr., iv, 1-5. Elle a lieu sur les bords du grand lleuve Hiddéqél, le Tigre. Elle lui est manifestée par l’intermédiaire d’une forme humaine merveilleusement splendide, c’est-à-dire par l’ange Gabriel, qui peu à peu le prépare à recevoir celte révélation. Il lui apprend qu’il est chargé, avec le prince Michel pour auxiliaire, de protéger et de défendre le peuple. Il l’a fait contre l’ange protecteur des Perses et contre celui des Grecs. Il va lui révéler quelque chose de l’avenir sur Israël. En même temps il lui inspire la force d’écouter et de comprendre. — 2° La révélation , xi, 2-xii, 4, se présente avec une forme particulière. Il est visible qu’elle tend à Antiochus IV Épiphane et à l’Antéchrist comme à son objet principal. C’est donc comme en passant seulement qu’elle touche, et à grands traits, à la succession des royaumes et des rois d’où Antiochus est sorti. Ainsi elle n’a guère qu’un mot sur les Irais autres rois de Perse et sur un quatrième, qui vont se succéder, f. 2b; un mot seulement aussi sur Alexandre , qui, une fois victorieux et maître assuré, meurt et laisse un empire qui se partage en quatre royaumes dont héritent non pas ses deux fils ou son frère, mais ses princes, des étrangers, f. 3, 4.

— A partir de là , toute la révélation se concentre sur deux de ces royaumes, celui d’Égypte et celui de Syrie, entre lesquels la Palestine se trouve placée comme un objet d’ardente convoitise. C’est du reste à cause de ces rapports étroits qu’a lieu cette vision : tout, dans le plan général de Dieu, converge vers Israël. Remarquons en outre qu’elle procède par grands traits, — je l’ai dit, — mais par grands traits très irréguliers, par mots vagues, et aussi parfois par mots très brefs, sans souci des liaisons réelles et de la suite des temps. Aussi est -il trop long de donner en détail l’explication du sens et l’application de l’histoire qui en rapporte l’accomplissement. Nous nous contenterons de renvoyer premièrement à saint Jérôme, qui est à cet égard excellent, et puis aux anciens historiens, Justin, Appien, Polybe, Tite-Live, dont on peut lire les textes dans les commentateurs. Cet accord merveilleux entre la prédiction et l’histoire cause la conviction que l’exégèse catholique est absolument dans le vrai et qu’il faut la suivre. Dressons un tableau synchronique des rois d’Égypte et de Syrie engagés dans les luttes qui sont racontées , et donnons à chaque roi nommé le verset ou les versets qui le concernent.

Rois de Syrie.

Séleucus Nieator,

Antiochus Ier Soter. . 261 Antiochus II Theus ,

Séleucus Callinicus,

Séleucus Geraunus,

Antiochus III Magnus,

Séleucus Pbilopator,

Antiochus IV Épiphane, y. 21-45 161

Rois d’Egypte.

Ptolémée Ier Soter (Lagus), f. 5. . . 323-285 Ptolémée II Philadel-

phe, f. 6 247

Ptolémée III Évergète Ier, f. 7, 8. . . . 221 Ptolémée IV Philopator,

Ptolémée V Épiphane,

Ptolémée VI Philomé-

tor, f. 22 167

Ptolémée Vil Ëvergète II ( Physeon ) ,

Il est admis communément que les versets 21-36 se rapportent à Antiochus IV Épiphane, dont ils prédisent les intrigues pour obtenir le trône de son frère, y. 21, et les expéditions répétées en Égyple, jt\ 22-36. S’agit-il des versets 36-45, on n'est plus unanime, il en est qui les entendent non pas d’ Antiochus, mais de l’Antéchrist. Il en est aussi qui les appliquent à tous les deux, au premier comme à la ligure du second. 11 nous semble difficile d'adopter l’opinion de ceux-ci, car il y a des expressions qui ne peuvent se comprendre d’Antiochus. Cf. A. Rohling, Bas Bach Daniel, p. 330-331. Avouons cependant que la première opinion n’est pas sans difficulté. Quoi qu’il en soit, la plupart expliquent xii, 1-4, des temps de l’Antéchrist. Voir A. Hebbelynck, Daniel, p. 244-268; F. Dustervvald, Die Weltreiche und das Gottesreich , Fribourg, 1890, p. 145-176. — ■ 3° La conclusion, xii, 5-13, est commune, par un côté, à toutes les visions de Daniel. Deux anges s’adjoignent comme témoins à celui qui a parlé, et le prophète demande quand donc viendra la fin. L’ange répond obscurément, en assignant pour terme un temps, deux temps et la moitié d'un temps. Il révèle cependant que le feu de la persécution d’Antiochus durera 1290 jours à partir de l’interruption du culte. 11 donne bien encore une autre date, 1335 jours, mais on ne voit pas à quel fait elle aboutit. Puis il quitte le prophète pour toujours.

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