ESTIENNE — ESTURGEON
Paris. Toutes ces éditions des Livres Sacrés lui avaient attiré, non sans quelques raisons, les sévérités de la Sorbonne. Henri II continuait à le protéger, mais ne le défendait pas avec la même ardeur que son prédécesseur François Ier. Robert Estienne se retira alors à Genève, où il possédait déjà une imprimerie. Il se déclara aussitôt le partisan zélé des doctrines de Calvin. Le premier livre qu’il fit paraître dans cette ville fut le Novum Testamentum græcum cum duplici interpretatione D. Erasmi et veteris interpretis; Harmonia item evangelica et copioso indice, 2 in-16, Genève, 1551. Pour la première fois, le texte est séparé en versets chiffrés. En 1553, il publiait la Bible en français, revue par Calvin, in-f°. En 1556-1557, parut une nouvelle édition de la Bible latine, 2 in-f° : Biblia utriusque Testamenti latine, Vêtus juxta editionem vulgatam et versionem Sanctis Pagnini cum annotationibus quæ dicuntur Vatabli; Novum secundum vulgatam veterem et novam Theodori ( cujus hæc est prima editio) cum ejus notis , additis quoque notis Claudii Baduelli in libros Veteris Testamenti quos protestantes vocant apocnjphos. Sur les diverses éditions de la Bible publiées par ce célèbre imprimeur, et dont nous avons mentionné les principales, Richard Simon porte ce jugement : « Il est certain que Robert Estienne n'a pas agi avec assez de sincérité dans la plupart des éditions de la Bible qu’il a données au public et qu’il a voulu imposer en cela aux théologiens de Paris. D’autre part, il semble que les mêmes théologiens de Paris auraient pu traiter avec plus de douceur et de charité Robert Estienne à l’occasion des nouvelles traductions de la Bible qu’il fit imprimer avec des notes fort utiles, bien qu’il y en eût, en effet, quelques-unes qui seules méritassent d’être condamnées. » ( Histoire critique de l’Ancien Testament , 1685, p. 328.) Robert Estienne publia divers autres travaux, parmi lesquels : Nomina hebræa, chaldæa, græca et latina virorum, mulierum , populorum , idolorum, urbium, fluviorum, montium cæterorumque locorum quæ in Bibliis leguntur, restituta, cum latina interpretatione; descriptio locorum ex cosmograpliis ; et index rerum et sententiarum quæ in Bibliis continentur, in-8°, Paris, 1537; Phrases hebraicæ, seu loquendi généra hebraica quæ in Veteri Testamento passim leguntur, et commentariis Hebræorum , aliisque doctissimorum virorum scriptis explicata , thesauri linguæ hebraicæ altéra pars, in-8°, Paris, 1538; ces deux ouvrages se trouvent à la suite de plusieurs éditions de la Bible latine; J obus, sive de constantia Ijfcri IV poetica metaphrasi explicata , in-8°, Paris, 1538; Les Pseaulmes de David, tant en latin qu’en françois; les deux translations traduictes de l’hebrieu, respondantes l'une à l’autre, verset à verset, notez par nombres, in -8°, Genève, 1552; Les Proverbes de Salomon, VEcclesiaste , le Cantique des cantiques, le livre de la Sapience, l’Ecclesiastique et les Pseaulmes de David, tant en latin quen françois: les deux translations traduictes de l’hebrieu, in-8°, Genève, 1552; ln Evangelium secundum Matthæum , Marcum et Lucam commentarii ex ecclesiasticis scriptoribus collectæ, novæ Glossæ ordinariæ specimen, in-fu, Genève, 1553: c’est un commentaire formé d’extraits des principaux auteurs de la réforme. En 1552, il publia contre la Sorbonne un écrit où il raconte tous ses démêlés avec les théologiens de cette faculté : Responsio ad censuras theologorum Paris iensium, quibus Biblia a Roberto Stephano, typographo regio, excusa caluniniose notarunt; lui -même prit soin de faire la traduction de cet ouvrage : Les censures des théologiens de Paris par lesquelles ils avoyent faulsement condamné les Bibles imprimées par Robert Estienne, imprimeur du Roy ; avec la réponse d'iceluy Robert Estienne : traduictes du latin en françois par le même, in -8°, Paris, 1552. — L’ouvrage de Robert Estienne qui rendit le plus de services fut sans contredit la publication de ses Concordances. Il se proposait de
combler les lacunes des éditions précédentes, et il indi- | qua les références au moyen de la division par versets, qu’il avait introduite depuis peu dans les éditions de la Bible. Voir Concordances, col. 397. Il donna pour titre à cet ouvrage : Concordantiæ Bibliorum utriusque Testamenti, Veteris et Novi, novæ integræ, quas révéra majores appellare possis , in-f°, 1555. — Voir Reuss, Bibliotheca Novi Testamenti gr., p. 49 ; Rosenmüller, Hand- , buch die Literatur der Biblische Kritik, t. in, p. 220; Renouard, Annales de l’imprimerie des Estienne, ou Histoire de la famille des Estienne et de leurs éditions,
2 in-8°, Paris, 1837-1838; Crapelet, Robert Estienne, imprimeur royal, et le roi François Ier, in-8°, Paris, 1839; E. VVerdet, Histoire du livre en France, iiie partie, t. I (1864), p. 220 ; Journal des savants, 1811, p. 29. R. Heurtebize.
ESTIUS Guillaume van Est (ou Ilessels), théolo- : gien catholique, né à Gorcum en 1542, mort à Douai le 20 septembre 1613. Après avoir commencé ses études à Utrecht, il se fit recevoir docteur à Louvain, en 1580. J 11 professa la théologie à Douai, fut supérieur du séminaire de cette ville, et pendant dix -huit ans chancelier de l’Université. Son principal ouvrage a pour titre : ln omnes divi Pauli et septem catholicas apostolorum , Epistolas commentarii, 2 in-f», Douai, 1614-1616. Il fut terminé après la mort de Guillaume Estius par son collègue, le professeur Barthélemy Pétri, qui ajouta les notes sur le chapitre v de la première Épitre de S. Jean et sur les deux autres Épitres du même apôtre. Ce commentaire, remarquable à bien des titres, eut de nombreuses éditions à Cologne, à Paris, à Rouen, à Mayence, 7 in-8°, 1841-1845, et 3 in-8°, 1858-1860. On doit cependant signaler au point de vue doctrinal quelques idées qui se rapprochent trop de celles de Baius, son maître. Ses sentiments furent néanmoins toujours très catholiques, et Benoît XIV l’appelle Doctor fundatissimus. Citons encore de cet auteur : Annotationes in præcipua difficiliora loca Sanctæ Scripturæ, in-f°, Anvers, 1621. Tous ces travaux de Guillaume Estius sur la Sainte Écriture furent réunis en 3 volumes in-f°, publiés à Venise, en 1659. — Voir André Hoy, Elogium amplissimi viri D. Guilielmi Estius, en tête de la première édition de son commentaire sur les Épitres; Valère André, Bibliotheca belgica, p. 313. B. Heurtebize.
ESTRADE (héb reu : kîyyôr; Septante : pâaiç ; Vulgate : basis), sorte de plate -forme ou tribune, élevée par Salomon au milieu du parvis ( hâ-’âzârâh ) du Temple et ou se tint le roi pouf la cérémonie de la Dédicace.
Il Par., vi, 13. C’est à genoux sur cette estrade qu’il adressa à Dieu la belle prière conservée dans II Par., VI, 14-42. Le texte sacré ne nous renseigne qu’imparfaitement sur la forme de cette estrade : il nous dit simplement qu’elle était en bronze ( nehôsét ) et avait cinq coudées de longueur et autant de largeur (environ 2 mètres 65), et trois coudées (ou à peu près 1 mètre 60) de largeur. De l’indication de ces dimensions, il résulte qu’elle était de forme carrée; et la matière dont elle était faite porte à croire qu’elle avait été érigée là d’une manière durable, et non pas seulement pour la cérémonie de l’inauguration du Temple. Elle était posée sans doute sur le sol.
ESTURGEON, poisson de la famille des sturioniens, rappelant le squale par sa forme générale (fig. 609). Son corps, qui peut atteindre de un à cinq mètres de longueur, porte sur le dos et sur le ventre une série de petites plaques osseuses distantes l'une de l’autre ; sur les côtés sont deux autres rangées de plaques plus petites, ; mais deux fois plus nombreuses que les précédentes. La tête se termine par un museau assez pointu, au-dessous duquel s’ouvre un bouche très large. L’esturgeon com-