FRAGMENT DU TEXTE HÉBREU DE L'ECCLESIASTIQUE
Manuscrit d'Oxford (loi. [. recto) (ECCLI. xl, 9"— xi.i. 26h)
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FRAGMENT DU TEXTE HÉBREU DE L'ECCLÉSIASTIQUE Manuscrit d'Oxford (fol. 9, verso)
(ECCLI. XLV1II, 24" XLIX, I2b)
ECCLÉSIASTIQUE (LE LIVRE DE L'
blances historiques. La découverte des fragments hébreux est venue confirmer de tout point sa conclusion. — Faite sur le grec, cette traduction a été considérablement corrompue par les nombreux copistes qui l'ont reproduite et souvent ont essayé de la corriger : de là ces mots altères que l'on relève en comparant entre eux les divers manuscrits latins; de là plusieurs de ces doublets qui reproduisent côte à côte deux traductions de la même expression grecque. Voir Dioryx, col. 1438. — Considérée en elle-même, cette version est rédigée dans un latin très défectueux. On y rencontre des barbarismes ou au moins des mots qui ne sont employés nulle part ailleurs dans la Vulgate. Westcott signale : defunctio, i, 13; reciprocitas, I, 17, 18, 26; compartior, i, 21; inhonoratio, I, 38; obduratio, II, 2; v, 1, 10; receptil/ilis, ii, 5. En plus d'un cas, le traducteur s'est borné à reproduire le terme grec en lui donnant une terminaison latine (acliaris, xx, 21, etc.). — Si on la compare avec le grec, qui lui a donné naissance, on remarque que le traducteur serre d'assez près son texte, sans scrupule toutefois. Il n'hésite pas à ajouter des mots pour compléter le sens, xxxix, 28a, 29e, etc., à rendu les termes grecs par des locutions qu'il juge équivalentes, xl, 6b, Ub, etc., même à adoucir certaines expressions, sous l'influence de préoccupations doctrinales ou autres, xliii, 29b; XL, 13b. Parfois aussi il suit des leçons grecques déjà fautives; parfois il lit mal de bonnes leçons.— La version latine semble d'ailleurs avoir été faite sur uii manuscrit déjà corrigé; elle est assez apparentée avec la famille à laquelle appartient le Codex 248. En certains cas aussi, la version latine parait avoir été retouchée et corrigée d'après des manuscrits grecs déjà revus sur l'hébreu. — Il faut enfin noter la présence dans le latin de nombreux versets additionnels qui ne figurent pas dans le grec; notons parmi les principaux passages : i, 17-19, 26, 35b; n, 2b, 3», 6°, 10, 16b, 21; m, 1, 4b, 10b, 16, 24b, 28, 32; iv, 21, 27; ix, 10, 11; x, 11, 21; xiii, 9, 11; xiv, 21; xv, 15, 22; xvi, 25, etc. Ces versets sont ou bien des répétitions sous une forme légèrement modifiée des versets qui les précèdent, ou bien des gloses intercalées par le traducteur ou par les copistes. — La version latine de la Vulgate est antérieure à saint Jérôme et sur plusieurs points défectueuse; sous quelques autres rapports, elle est supérieure au textus receptus des Septante, à cause de la supériorité des manuscrits sur lesquels elle a été faite ou corrigée.
VIII. Version syriaque. — Les manuscrits de la version Peschito de l'Ecclésiastique ne présentent que très peu de variantes. — La comparaison de cette version avec les fragments hébreux détruit toute espèce de doute quant à sa provenance. Elle a été faite sur l'original hébreu et non sur le grec, ainsi qu'on l'a prétendu quelquefois. La preuve la plus forte de cette assertion est fournie par des fautes de traduction dont l'origine est inexplicable par le grec et s'explique très bien par l'hébreu (xt., 3; XLI, 6b). Il serait plus difficile de dire à quelle famille de manuscrits hébreux cette version se rattache.— Quand on l'examine de plus près, on constate qu'elle présente beaucoup de lacunes. Ainsi, dans les chapitres xxxix-xliv, on remarque que le syriaque n'a pas les passages suivants : xxxix, 2U»b, 30<=d; xl, 6»b, 9, 10, 14», 18»; xli, 4»bs 9» S 10% 11», 13-19»; xlii, 1-8, 10bS 14; xliii, 1, 9b, 11-13; xliv, 3»bc, 4»b, 9e, 15», 16. Il semble que ces lacunes sont dues à l'état du manuscrit hébreu dont se servait le traducteur; en plusieurs cas, en effet, celui-ci cherche à suppléer à ces lacunes par des phrases destinées à relier des idées dont la suite est interrompue. D'ailleurs le traducteur syriaque prend avec son texte de grandes libertés. Parfois il adoucit ce qui lui parait trop fort, xl, 28; souvent il glose, xxxix, 32; surtout XL, 26e d ; XLII, 18-19, etc. On conçoit que, exécutée dans de pareilles conditions, cette version offre peu de ressources à la critique. Elle en offre d'autant moins, que visiblement elle
a été corrigée d'après le grec; c'est ainsi que, par exemple, le chapitre xliii a été rendu entièrement conforme à la version alexandrine. Quand la version syriaque n'a pas été corrigée et quand l'auteur n'a pas glosé, elle peut néanmoins rendre quelques services.
IX. Comparaison générale de l'Ecclésiastique et des Proverbes — Le livre de l'Ecclésiastique est à rapprocher du livre des Proverbes pour le fond et pour la forme. — 1° Pour le fond. Dans le recueil de Ben Sirach comme dans le recueil salomonien, l'étude de la sagesse occupe le premier plan. L'un et l'autre de ces ouvrages considèrent la hokmâh ou « Sagesse » dans son origine divine et dans les communications auxquelles les hommes sont appelés à participer; ils montrenî par une foule de préceptes quelle influence pratique cette sagesse divine doit avoir sur la vie humaine. — Comme les Proverbes, l'Ecclésiastique renferme des maximes détachées et des portraits de plus longue étendue. — Une première différence entre ces deux livres, c'est qu'en général dans Ben Sirach la pensée est plus longuement développée que dans les proverbes salomoniens, et que les maximes isolées sont relativement rares dans son livre, .lésus fils de Sirach aime à prouver ce qu'il avance. 11 ne lui suffit pas, comme aux auteurs des Proverbes, de résumer sa pensée en un distique piquant et facile à retenir. Il la développe, il l'explique, il la prouve, il l'analyse, il la détaille. On a cherché les raisons de cette différence» entre les auteurs des deux grands recueils de la poésie gnomique juive : on a beaucoup insisté sur l'influence des milieux dans lesquels ils écrivaient ; il est plus simple peut-être et plus sage de se borner à constater le fait que de vouloir à tout prix l'expliquer. — Une seconde différence consiste en ce que les sujets traités dans l'Ecclésiastique se suivent généralement mieux , s'enchaînent selon un ordre plus logique que dans les Proverbes. — Enfin les chapitres xliv-xlix du livre de Ben Sirach forment un tout à part, auquel rien ne correspond dans le livre salomonien. — 2» Au point de vue de la forme, les ressemblances sont aussi très grandes entre le livre de Ben Sirach et le recueil des Proverbes. L'un et l'autre se rattachent au genre gnomique. Ils sont fidèles l'un et l'autre aux règles du parallélisme , et ils savent également prévenir la monotonie que ce procédé de composition produirait facilement en y introduisant la plus grande variété possible; les différentes espèces de parallélisme, synonymique, antithétique, synthétique, se succèdent pour le plus grand agrément du lecteur. — 11 est très rare que Ben Sirach s'écarte de cette règle fondamentale de la poésie hébraïque. 11 semble même, si l'on en croit le D] Biekell, dans la Wiener Zeitschrift, 1892, p. 87, s'être astreint aux règles les plus précises de la métrique hébraïque, avoir, eu un mot, di à son livre une forme strictement poétique. Ben Snach sait d'ailleurs parfaitement accommoder son stjle au sujet qu'il traite et passer du ton didactique le plus calme au lyrisme le plus enthousiaste.
X. Analyse de l'Ecclésiastique. — Il est impossible de discerner les détails du plan d'un livre tel que celui qui nous occupe. On peut toutefois y distinguer deux parties nettement distinctes: i-xlii, 14, et xlii, 15-L, 21.
1° La première partie ne peut être divisée d'une manière rigoureuse. Les titres que renferme le grec dans la partie centrale de cette collection, XVIII, 30-XXXIII, 25, ne sont pas de nature à nous guider; ils correspondent à des morceaux de détail et ne nous disent rien sur le plan d'ensemble. — Voici, à titre d'exemple, la division générale proposée par Fritzsche. Après le Prologue du traducteur, la première partie du livre comprendrait cinq sections: i-xvi, 21. Nature de la Sagesse, invitation à s'adonner à sa poursuite, et instructions sur la manière de se conformer à ses exigences. — xvi , 22-xxui, 27. Le Seigneur dans la création et la position de l'homme par rapport à lui. Indications sur la manière dont l'homme
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doit se comporter dans les diverses situations où il se trouve et éviter le péché. — XXiv, 1-xxxvi, 16. La sagesse, la Loi, et les rapports de l'auteur avec la première. Proverbes, développements et avis sur la conduite de l'homme au point de vue social. — xxx, 28-XXIII, 11 ; XXXVI, 16&-22 (d'après le grec). La conduite sage et juste de l'homme. Le Seigneur et son peuple. — xxxvi, 23-xxxix, 11. Avis et exhortations sur les rapports sociaux. — xxxix, 12-XLH, 14. La création et la place que l'homme y occupe. — Comme on le voit, la plupart des subdivisions de cette première partie rentrent les unes dans les autres; il est impossible qu'il en soit autrement avec un livre tel que l'Ecclésiastique.
2° La seconde partie forme, au contraire, un tout complet parfaitement ordonné, consacré à l'éloge des œuvres divines, xlii, 15-xliii, et au panégyrique des ancêtres d'Israël. Le plan de l'auteur est facile à suivre. Dans l'hymne au Créateur, Ben Sirach commence par célébrer la grandeur de Dieu et de ses attributs, xlii, 15-25; puis il passe en revue les principales merveilles de la création : le soleil, xliii, 1-5; la lune, 0-8; les étoiles, 9-10; l'arc-en-ciel, 11-12; la neige, les nuages, la grêle, la tempête, le tonnerre, 13-22; la mer et les îles, 23-25; il termine en déclarant que ce dont il vient de parler n'est rien en comparaison de ce qu'il ignore. — Dans l'éloge des ancêtres et après un assez long préambule, xliv, 1-15, l'auteur parle successivement d'Enoch, 10; de Noé, 17-18; d'Abraham, 19-21, d'Isaac, 22, et de Jacob, 23; de Jloise, xi.v, 1-5, d'Aaron, 6-22, et de Phinées, 23-20; de Josué, xlvi, 1-8, et de Caleb, 9-12; de Samuel, 13-20; de Nathan, xlvii, 1; de David, 2-11 ; de Salomon, 13-25; d'Élie, xi.vii[, 1-11, et d'Elisée, 12-10; d'Kzéchias et d'Isaïe, 17-25; de Josias, xlix,1-5: de Jérémie, 6-7; d'Ézéchiel, 8-9; des douze petits prophètes, 10; de Zorobabel, 1 1 ; du Josué lils de Josédec, 12; de Néhémie, 31, et de Simon Ois d'Onias, l, 1-21. Les y y. 22-20 sont comme l'épilogue de l'éloge des ancêtres : c'est une invitation à bénir Dieu pour toutes les merveilles qu'il a opérées dans son peuple. Suit la première conclusion de tout le livre, 27-29, et le cantique final additionnel du chapitre U.
XI. Doctrine de l'Ecclésiastiql'E. — On peut caractériser d'un mot la doctrine de l'Ecclésiastique : Ben Sirach est avant tout traditionnel. C'est la vieille doctrine juive sur Dieu, sur l'homme, sur les destinées d'outre -tombe, qu'il nous transmet. 11 est étrange] aux développements qui s'étaient accomplis dans les idées juives en certains milieux, particulièrement à Alexandrie. Les progrès que l'on peut constater en comparant son livre avec ceux de l'ancienne littérature hébraïque ne portent que sur quelques points spéciaux.
1° Dieu. — 1. Le monothéisme de Ben Sirach dérive en droite ligne de celui du Pentateuque, des prophètes et des sages. Dieu est un, et il n'y a pas d'autre Dieu que Jéhovah, xxxvi, .">. Il existe eu dehors du monde; il est absolu, éternel, parfait, xvm, 1-5, S, 11; ses attributs de toute-puissance et de bonté, de justice et de miséricorde, sont décrits comme dans les anciens livres de la Bible, xvi, 13-20. — 2. Ben Sirach en dit-il davantage sur la nature divine? Est-il initié à la conception de la pluralité des personnes divines en une seule nature? 11 ne le paraît pas : le texte de Eccli., I, 9, « [Dieu] luimême l'a créée (la sagesse) dans l'Esprit-Saint, » si clair en faveur de la Trinité elle-même, n'est que dans le
latin; le texte île Eccli., î.i, H: « J'ai invoqué le Seigneur, père de mon Seigneur >. n'est pas sans difficulté aux yeux de la critique. Toutefois par ce qu'il dil de la sagesse, Ben Sirach nous fail faire un grand pas vers la
doctrine du Logos et de sa génération éternelle. — 3. Par rapporl au monde, Dieu en est le créateur, xvm, 1-5. D'une parole il a produit tous les êtres; la créai si
la manifestation de sa toute-puissance et de sa sagesse, xvi, 23-31 ; tous les êtres sonl I s et utiles en leur temps.
xxxix, 39. Apres avoir crée le monde, Dieu le consi rve
et le dirige : la création se continue par la Providence. xi, i. 19-20.
2° L'homme. — Créé lui aussi par Dieu et à son image, l'homme est le prince de la nature, xvn. 1-5. 11 est doué d'intelligence et de science : Dieu lui a lait connaître la grandeur de ses œuvres, afin qu'il put célébrer son saint nom. xvn, 6-8. Mais les jours de l'homme sont comptés, et toutes ses voies sont sous les yeux du Seigneur, xvn. 10-13. L'homme est libre et peut choisir entre le bien et le mal, XVI, 14-21; mais Dieu est juste à son égard, quoiqu'il reçoive avec miséricorde celui qui revient à lui. xvn. 10-28. Ben Sirach connaît d'ailleurs ce qui est raconté du premier couple humain dans Gen., m; il sait que de la femme nous sont venus tous les maux, xxv, 33. — L'auteur dit très peu de chose sur les destinées de l'homme. La récompense terrestre occupe la place principale, on pourrait dire unique, dans l'Ecclésiastique comme dans les anciens livres de la Bible, xiv, 22-xv. Il; xvi. I- 14. La mort n'a le caractère de récompense ou de châtiment qu'en tant qu'elle est calme pour le juste ou qu'elle vient le délivrer de maux plus terribles que la mort même, xu, 3, 4, tandis que pour le pécheur elle le surprend au beau milieu de la vie, alors qu'il croit ses plaisirs éternels, ix, 16-17. Quant au scheol, c'est toujours le séjour morne et triste où l'on ne loue pas Dieu, xvn, 27-28.
3° Israël. — Dieu s'occupe de tous les hommes et de tous les peuples; il donne un roi a chaque nation. Mais Israël a une place à pari ; il est le peuple choisi, xxiv. 12-10. Au moment où Ben Sirach écrit, le peuple de Dieu est humilié, avili sous le joug étranger. Mais i Sagi espère en des jours meilleurs : Dieu, qui a châtié Israël, se montrera à nouveau son protecteur, et bientôt il le déli de ses ennemis, xxxvi, 1-19. Le prophète Élie aura une place à part dans cette restauration : c'est lui qui sera la colère du Seigneur, lui qui affermira la paix, xlviii, 10. C'est uniquement par cette espérance de la restauration d'Israël que Ben Sirach touche à l'idée tl nique : en nul endroit il ne parle directement du Messie.
4° La sagesse. — 1. Comme le livre des Proverbes, l'Ecclésiastique donne une très grande place à la doctrine de la sagesse; et à cet égard Ben Sirach est en pri sur les auteurs qui l'ont précédé. La sagesse a son origine en Dieu; elle vient du Seigneur et demeure avec lui à jamais, i, 1. Elle esl éternelle; elle a été produite l.v première de toutes choses, avant le temps, d commencement, des l'éternité, i, i. Venue de Dieu et demeurant en I heu . la ml.-c s manifeste en toutes les œuvres divines; Dieu l'a répandue sur toute la création. i, 9. Quant a l'homme, Dieu la lui communique; il l'a
répartie a ceux qui l'aiment et ils en retirent d'immenses avantages: la sagesse, qui produit en eux la crainte du Seigneur, réjouil leur cœur, leur assure une longue rie
el une lin tranquille, i, 10-13. Toutefois c'est en Israël surtout que la sagesse fixe son séjour, xxiv, 11-20. — V'n trait particulier à lien Sirach consiste en ce qu'il regarde la sagesse en tant qu'elle se communiq l'homme el qu'elle est l'objet de sa connaissance, i incarnée dans la loi mosaïque, xxiv. 32-33. D'ailleurs la sa e>>,- est un abîme de science : les prophètes y ont puisé; les sayes y ont puisé; lien Sirach y puise a son tour, et la source n'est jamais tarie, xxiv, 3S-17. — 2. Si
■ sse esl ainsi offerte par Dieu à l'homme et si elle
produit de si précieux fruits, l'homme doit faire tOU possible pour l'acquérir et pour y faire participe] les
autres, vi, 18-23. — Or, en lui et dans les autres, cette
sagesse doit produire des résultais pratiques. Elle doit
produire La foi en Dieu, l'espérance; elle doit engendrer
l'amour, qui lutte jusqu'à la mort pour la justice et contre la tentation; la religion ou la crainte de Dieu se perfection, le comble de la sagesse, i, 16. Comme la Loi occupe une grande place dans les préoccupations de Ben Sirach, le sage est invité à en observer toutes les ordonnances cultuelles, vil. 32-35; là toutefois, lien Sirach
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si' montre 1res éloigné des exagérations du pharisaïsme. — 3. La sagesse ne règle pas seulement les rapports de l'homme avec Dieu, mais elle pénétre dans tous les détails de sa vie morale. C'est elle qui lui fait éviter l'orgueil, l'avarice, l'impureté et les autres vices qui souillent l'àme, X, 14 30, etc.; elle qui bannit de la société le iléau de la mauvaise langue, elle qui règle les devoirs des divers membres de la famille et de la société, xlii, 9-14, etc. — Nous ne pouvons entrer dans tous les détails de cette morale; c'est la morale juive traditionnelle, bien rudimentaire encore si on la compare à la morale chrétienne ; mais bien élevée, au contraire, si on la met en parallèle avec les diverses morales du paganisme.
XII. AuToniTÉ de l'Ecclésiastique chez les Juifs et chez les chrétiens. — 11 est étrange qu'un livre aussi traditionnel que l'Ecclésiastique n'ait pas été universellement reçu par les Juifs; il n'a pas été admis dans le canon des Écritures par les Juifs de Palestine. On ne saurait expliquer cette anomalie en disant que le livre n'était pas ou était peu connu dans son texte original; la découverte dont nous avons parlé prouve, au contraire, que le livre hébreu a été répandu dans les milieux palestiniens et y a été maintes et maintes fois copié. La véritable raison semble être que, si le canon n'était pas clos à cette époque, on n'y admettait néanmoins que des livres anciens ou se recommandant de noms vénérés en Israël. Or Ben Sirach était un contemporain; peut-être même que les persécuteurs contre lesquels il avait protesté durant sa vie ne lui firent pas grâce après sa mort. Il se peut aussi que, selon la remarque d'Ewald [Jahrbûcher der Biblischen Wissenschaft, t. ix, 1858, p. 190), ce livre fut considéré comme formant double emploi avec les Proverbes salomoniens, et que cette raison ait contribué à le faire définitivement exclure du canon palestinien. A certaines époques, en ellef, les Proverbes de Ben Sirach paraissent avoir été comme sur la limite du recueil officiel, même dans les communautés juives asiatiques ; l'Ecclésiastique est cité une fois dans le Talmud (Talmud babylonien traité Baba Qama, f° 92b), comme appartenant à la classe des ketubim ou hagiograpb.es, et avec la formule « comme il est écrit », réservée aux écrits canoniques. D'ailleurs même après avoir été exclu du canon palestinien, il est cité avec honneur par les rabbins ; il est considéré comme un livre bon à lire. Le Talmud, dans plusieurs de ses traités, lui emprunte nombre de proverbes. Il faut, en effet, identifier avec notre auteur ce Ben Sira auquel sont attribuées quatre-vingts sentences environ : la concordance qui existe entre le texte hébreu et plusieurs de ces sentences ne laisse aucun doute sur cette identification (cf. Cowley et Neubauer, The original Hebrew of a portion of Ecclesiasticus, p. xix-xxx). — Quant aux Juifs alexandrins, ils ont toujours regardé ce livre comme canonique.
L'Ecclésiastique n'est parvenu aux Églises chrétiennes que dans la traduction grecque, et les doutes qui avaient plané sur sa canonicité dans la synagogue ont eu leur écho dans l'Église. — Il est difficile de déterminer si ce livre a été cité dans le Nouveau Testament. Nulle part il n'est allégué avec la formule consacrée aux Écritures canoniques de l'Ancien Testament. Si en certains cas on peut établir des rapprochements entre des passages de l'Ecclésiastique et tel ou tel écrit du Nouveau Testament, Joa., xiv, 23, Luc, xn, 10, notamment l'Épltre de saint Jacques, i, 19, ces rapprochements sont trop vagues pour qu'en striele logique on puisse conclure à un emprunt direct. — Quant aux Pères, le premier qui cite le livre de Ben Sirach d'une manière précise et certaine est Clément d'Alexandrie, et en trente endroits de son Pmdarj., i, S, etc., t. vin, col. 325, 329, etc., il le cite comme Écriture; il en présente les extraits comme étant la voix du grand Mailre. Origène le cite à son tour, avec la formule « comme il est écrit. » lu Numer., Hom. xrm, 3, t. xn, col. 714. Les autres écrivains de l'école d'Alexandrie, notamment
sain! Athanase, Epistol. ad Episcopos Egypti, 3, t. xxv, col. 540, en parlent dans les mêmes termes. D'ailleurs les Églises d'Orient, avec saint Cyrille de Jérusalem, Catec/i., 11, 9, t. xxxiii, col. 716, et saint Épiphane, Hxr., 24, 6, t. xn, col. 316, en Palestine; saint Jean Chrysostome, Ad vid. jun., 6, t. xlviii, col. 608, et Théodoret, In Dan., 1,9, t. lxxxi, col. 1278, à Antioche; saint Basile, In Psalm. xiv, 10, t. xxix, col. 257, saint Grégoire de Nysse, De vila Morjsis, t. xliv, col. 357, et saint Grégoire de Nazianze, Oral, xir, 30, t. xxxv, col. 898, en Cappadoce; saint Éphrem, Opéra gr. lat., Rome, 1732, t. i, p. 71, 76, 77, etc., à Édesse, le reçoivent bientôt sans aucun doute comme Écriture inspirée. Plus tard toutefois, saint Jean Damascène, Dr fide orth., IV, 17, t. xciv, col. 1180, émet des doutes sur son inspiration, et l'Église d'Abyssinie ne l'admet que pour l'instruction des enfants. — En Occident, la défiance à l'égard de l'Ecclésiasiique persiste plus longtemps. Néanmoins saint Cyprien, De morlalit., 9, t. iv, col. 588; saint Ambroise, De bono morlis, 8, t. xiv, col. 556, saint Optât, De schism. Don., m, 3, t. xi, col. 1000, le traitent avec le même respect que l'Écriture, qu'un livre protocanonique. Saint Augustin, De civit. Dei , xvn, 20, t. xli, col. 554, croit même pouvoir dire que l'autorité de l'Ecclésiastique, comme d'ailleurs des autres livres deutérocanoniques , est acceptée depuis longtemps dans l'Eglise et surtout en Occident; et il remploie contre les hérétiques. Saint Jérôme, Prxfal. in libr. Salom., t. xxvm, col. 1242, 1243, au contraire, tout en le considérant comme inspiré, émet des doutes sur sa canonicité et pense que, si on peut l'employer pour l'édification des fidèles, on ne saurait s'en servir pour prouver le dogme. — Toutefois le courant traditionnel s'accentue vile en faveur de la canonicité de l'Ecclésiastique ; le décret du pape saint Gélase devient de plus en plus la règle de la foi. Et c'est bien l'idée de la tradition tout entière que consacre le décret du concile de Trente en définissant l'inspiration et la canonicité du livre de Ben Sirach.
Depuis lors les protestants sont les seuls à en rejeter la valeur scripturaire. Les raisons qu'ils allèguent ne sont pas des plus sérieuses. C'est ainsi que Raynald veut y reconnaître trois erreurs très graves : le chapitre xxiv favoriserait l'arianisme; le chapitre XL VI, par ce qu'il dit de Samuel, favoriserait la nécromancie, et enfin le rôle attribué à Élie au chapitre xlytii consacrerait une superstition judaïque. Exposer de telles raisons, c'est les réfuter. Aussi bien les protestants d'aujourd'hui n'y attachent-ils que peu de valeur. — Remarquons, à propos de la définition du concile de Trente, que, selon l'avis de graves exégètes , elle ne porte en aucune façon sur le Prologue, œuvre du traducteur, et que ce Prologue n'est pas considéré comme inspiré. (Cf. Laur. Veilh. Si ipt. sacra contr. incred. propugnaia, Malines, 1824, p. 128.)
XIII. Commentateurs prinxipaux. — En partie peutêtre à cause des doutes qui planaient sur sa canonicité, à cause aussi de sa forme et de son caractère gnomique, le livre de l'Ecclésiastique, comme celui des Proverbes, a été peu commenté par les Pères. On ne trouve guère que les courtes explications que saint Patère a recueillies dans les livres de saint Grégoire le Grand, t. LXXIX, col. 922-940. D'après Cassiodore, t. lxx, col. 1117. saint Ambroise et saint Augustin auraient fait des homélies sur l'Ecclésiastique, mais elles ont péri. Rhaban Main-, t. cix, col. 763-1126, est le premier qui ait commenté le livre de Ben Sirach, et c'est de son commentaire que Walafrid Strabon a tiré la Glose ordinaire de notre livre, t. cxin, col. 1183-1230. — Au moyen âge, parmi les commentaires des Postules, celui de Nicolas de Lyre occupe la première place. — Aux xvi° et xvne siècles, les commentaires de l'Ecclésiastique sont plus nombreux; citons ceux de : Cornélius a Lapide, in-f°, Anvers, 1664; de Paul l'alazio de Salazar, in-8°, Cologne, 1593; d'Oct. de Tufo (pour les chap. i-xvm seulement), Cologne, 1628;
ECCLÉSIASTIQUE (LE LIVRE DE L') — ÉCHANSON
de Jean de Pina, Lyon, 1630- 16iS, etc. etc. — Au xviii8 siècle, dora Calmet est le principal commentateur de l'Ecclésiastique, in-4", Paris, 1714. — Au xixa siècle, citons : M. Lesètre, L'Ecclésiastique, in-8°, Paris, 1880, parmi les catholiques. Le meilleur commentaire protestant est celui de 0. Fritzsche, Die Weisheit Jésus- Sirach's dans le Kurzgefasstes exegetisches Handbuch :u den Apocryphen der Alten Testaments , in-8°, Leipzig, 1860. — Les fragments hébreux découverts en 1896 ont été publiés par E. A. Cowley et Ad. Neubauer, The original Hebrew of a portion of Ecclesiasticus (xxxix, 1~> tu xlix, 11) togetlier willi the early versions and an English translation followed by the quotations from Ben Sira in rabbinical literatitre, in-8°, Oxford, 1897. Sur le texte hébreu de l'Ecclésiastique, voir J. Halévy, Étude sur la partie du texte hébreu de l'Ecclésiastique récemment découverte, in-8°, Paris, 1897; J. Touzard, L'original hébreu de V Ecclésiastique, in-8°, Paris, 1897; R. Smend, Das hebràische Fragment der Weisheit des Jésus Sirach , dans les Abandlungen der Gesellschafl der Wissenschaften :u Gôttingen , 1897.
J. Touzard.
2. ECCLÉSIASTIQUES (LIVRES), nom donné quelquefois aux livres deutérocanoniques (Rufin, Convm. in symb., 38, t. xxi, col. 374), parce que, quoique dans les premiers siècles ils ne fussent pas admis de tous comme Écritures canoniques, on les lisait cependant dans l'Église pour l'édification des fidèles.
ÉCHAÏA (hébreu : Ahiyyâh; Septante : 'Afa), un des chefs du peuple qui signèrent le renouvellement de l'alliance sous Néhémie. 11 Esdr., x, 26.
ÉCHALOTTE. Voir Ail, t. i, col. 310-311.
ÉCHANGE EN NATURE (hébreu: temûrùh ; Septante : àvT2).Àay(iï, àD-ayu-oc ; Vulgate : commutalio) , transaction en vertu de laquelle un vendeur cède la propriété d'un objet quelconque à un acheteur, en recevant de celui-ci un autre objet qu'il estime avoir une valeur équivalente. — Dans les derniers temps du peuple juif, les achats se faisaient ordinairement, comme aujourd'hui , au moyen de la monnaie frappée (voir Monnaie); mais antérieurement, avant l'époque des rois perses, lorsqu'on n'avait pas encore inventé la monnaie proprement dite, les ventes et achats se faisaient soit par des échanges en nature, soit à l'aide de métaux précieux. Cf. Gen., xlvii, 14-25. Les Égyptiens avaient imaginé des coupures d'or et d'argent d'un poids déterminé, qui jouaient le rôle de notre monnaie. Les Hébreux devaient avoir des coupures de ce genre (seror kaspô), Gen., xlii, 35; cf. 25, 27-28; xliii, 12, 15, 18, 21-23; Deut., xiv, 22-26. Ce qui est du moins certain, c'est qu'ils faisaient quelquefois usage dans leurs transactions, surtout lorsqu'il s'agissait d'achats importants, de fragments de métaux d'un poids fixe dont l'unité était le sicle. Gen., xxm, 15-10. Voir Sicle. Pour s'assurer qu'il n'y avait pas de fraude dans les poids, on avait soin d'ailleurs de peser toujours le métal qui était donné en payement. Gen., xxrn, 16. Voir Balance, t. i, col. 1403-1404. Dans la plupart des cas, lorsqu'il s'agissait de menues ventes, les échanges se faisaient en nature. Une peinture fort curieuse, sur un tombeau de Saqqarah (fig. 512), fait assister, en quelque sorte, aux transactions de ces siècles primitifs. Elle remonte à la Ve dynastie, et par conséquent est antérieure à l'époque du patriarche Abraham. Non seulement elle nous met sous les yeux les scènes elles-mêmes, mais les légendes hiéroglyphiques qui les accompagnent nous en donnent l'explication. Le marchand est assis, comme aujourd'hui encore en Orient, devant les marchandises qu'il met en vente. L'acheteur est debout, tenant dans ses mains les objets qu'il lui propose en échange. Dans le registre supérieur, nous voyons
d'abord, à droite, un marchand de sal. « Voici pour toi de la liqueur sat douce, » dit-il à l'acheteur. Celui-ci lui présente une paire de sandales en disant : « Voici pour toi des sandales solides. » Derrière lui, un autre Égyptien s'avance pour acheter à son tour, en offrant en échange un petit coffret. La scène suivante, à gauche, figure un marchand de poissons; il en tient un à la main, et l'on en voit quatre autres dans une nasse placée devant lui. Une ménagère vient lui en acheter. Elle porte dans un coffret placé sur son épaule ce qu'elle va donner en échange au vendeur. Derrière elle, une autre aeheteuse offre des vases à un marchand accroupi devant elle. — Sur le registre inférieur, à droite, deux acheteurs viennent acheter des oignons et des céréales. « Fais voir, donne l'équivalent, » dit le marchand au premier personnage qui tient sous le bras gauche une sacoche et qui vient d'en tirer un collier de verroterie multicolore qu'il offre au marchand ; il tient un autre collier dans la main gauche. Le second personnage va faire ses achats en échange d'un éventail qu'il tient de la main droite et d'un attise-feu qu'il a dans la main gauche. — Dans la dernière scène, deux hommes, à droite, sont en pourparlers; celui de gauche offre trois hameçons qu'il porte de la main droite. Enfin une femme portant un coffret sur l'épaule débat les prix d'échange avec un marchand d'habits. Voir G. Maspero, Gazette archéologique , t. VI, 1880, p. 97; Id., Histoire ancienne des peuples de l'Orient classique, t. i, 1895, p. 323.— Ce qui se passait ainsi en Egypte se faisait d'une manière analogue en Palestine. Aujourd'hui encore, en Orient, où la monnaie est rare dans les villages et parmi le peuple, les ventes et les achats de denrées et d'objets usuels ne se font pas autrement. C'est ainsi que nous avons vu à Latroun, au pied des montagnes de Juda, les Arabes acheter aux Trappistes des choux -Heurs en leur donnant en échange une poignée de blé ou deux œufs de poule. — Plusieurs passages des Écritures font allusion à ces échanges en nature. Job, xxvin, 17, dit qu'on ne peut acheter la sagesse en donnant en échange (temûrâh) des vases d'or. Cf. Job, xv, 31 (hébreu); Lev., xxvn, 10, 33; Ruth, iv, 7; IV Reg., v, 20; Is., lv, 1; Ezech., xxvn, 15; Ps. xliii (xliv), 13. F. Vigouroux.
ÉCHANSON (hébreu : maSqéh, de Sâgâh, « boire; » Septante : àp/ioivo/oo;; « chef des échansons; » oîvo^io;,