L'engoulevent
plus de précision par le mot sippôr, qui convient à tous les passereaux et autres petits oiseaux du même genre. Ils n'ont pas dû le confondre avec l'hirondelle, dont il se distingue par des caractères assez tranchés, notamment par son habitude de se passer de nid.
H. Lesètre.
ENHADDA (hébreu: 'lùi-Haddâh,« fontaine rapide;» Septante : Codex Vaticanus, Aïtj.xpiv.; Codex Alexandrinus, 'HvaSoi), ville de la tribu d'Issachar, mentionnée une seule fois dans l'Écriture, Jos., xix, 21. Sa position est fixée approximativement par la place qu'elle occupe dans l'énumération de Josué, où elle est citée après Engannim, aujourd'hui Djénin, à l'entrée de la plaine d'Esdrelon, vers le sud. Elle n'est cependant pas encore identifiée d'une manière certaine. Van de Velde, Reise durcit Syrien und Palâstina, Leipzig, 1855, t. r, p. 237- 238, a voulu la reconnaître dans '.4m Haoùd,';m pied occidental du mont Carmel, à l'est d'Athlit, Mais, outre que ce point n'appartenait pas à Issachar, il est trop éloigné de Djénin pour représenter l'antique cité dont nous parlons. — On l'a cherchée à l'extrémité opposée, au nord-est d'Engannim. Il y a dans le massif montagneux du Ûjébel Dahy, au sud -est d'Endor, un village appelé XJmrn et-Thaybéh ou simplement Et-Taiyibéh , qui n'est plus aujourd'hui que le triste reste d'une ville importante, située sur les pentes d'une colline dont la plate -forme supérieure était occupée par une forteresse. Au bas, au milieu d'une vallée, coule une source dont les eaux sont recueillies dans un bassin très dégradé ; elle fertilisait, il y a peu d'années encore, des jardins qui ont cessé d'être entretenus. Au delà de cette vallée, vers l'est, des ruines peu étendues, sur une colline voisine, sont indiquées sous le nom de Khirbet el- Haddàd. C'était comme un petit faubourg de la ville. La dénomination de Umm et-Thaybéh, « mère de la bonté, de l'agrément, » donnée actuellement à cette localité, est tout arabe, et ne nous met point sur la voie de celle qu'elle portail autrefois. « Mais, ajoute M. V. Guérin, Galilée, t. i, p. 127, dans le nom de Khirbet el- Haddàd, que conservent les ruines qui jadis en dépendaient, j'incline à reconnaître celui de Haddâh... Si cette conjecture est fondée, nous devons identifier les ruines elles-mêmes de Oumra et-Thaybéh avec cette antique cité, vainement cherchée jusqu'ici. » Cette hypothèse, au point de vue onomastique, est assez plausible. Elle l'est moins, si l'on considère le principe basé sur l'ordre des énumérations dans le texte sacré. Nous savons bien qu'il ne faut point i ragérer cette règle, qui peut avoir son élasticité et ses exceptions. On peut se demander cependant pourquoi Josué n'aurait pas, dans ce cas, mis Enhadda près d'Anaharalh, aujourd'hui En-Na'uralt, non loin au nordouest d'Et-Taiyibéh. Et puis il est probable que ce der-
nier nom représente son correspondant, Tôb, bien connu dans les langues sémitiques, et qui désignait peut-être l'ancienne ville. On croit, en effet, le retrouver sur les pylônes de Karnak (n° 22), sous la forme Toubi. Cf. G. Maspero, Sur les noms géographiques de la Liste de Thoutmos III qu'on peut rapporter à la Galilée, extrait des Transactions of the Victoria Institute or philosopkical Society of Créai Britain, 188(5, p. 5. Malgré cela, la dénomination 'En-Hadddh l'aurait-elle emporté plus tard, ou se serait-elle appliquée à une localité distincte, quoique voisine? Nous ne pouvons le savoir. — Une troisième opinion répond mieux à la situation que la Bible semble assigner à Enhadda; c'est celle qui place la ville à Kefr 'Adàn, au nord-ouest et tout près de Djénin. Cf. Survey of Western Palestine, Memoirs, Londres, 1881-1883; t. Il, p. 45; G. Armstrong, W. Wilson et Conder, Names and places in the Old and New Testament, Londres, 1889, p. 58. C'est un village de trois cents habitants, qui s'élève sur une colline, avec des jardins plantés principalement de figuiers, d'oliviers, et entourés d'une ceinture de gigantesques cactus. On y remarque un tronçon de colonne et un certain nombre de pierres de taille d'apparence antique. Si l'analogie est parfaite au point de vue topographique, elle l'est moins pour le rapprochement onomastique. Le nom est écrit Kefr 'Adân, avec i, dal ( lit anglais doux), dans le Survey of Western Palestine, Name Lists, Londres, 1SSI , p. 147, et Kefr 'Adàn, avec >, dal, dans V. Guérin, Samarie, t. n, p. 225.
A. Leciendre.
ENHASOR (hébreu : 'En Hâsôr; Septante : kt\t\ 'Aa6p), une des villes fortes de Nephthali, mentionnée une seule fois dans l'Écriture, Jos., xix, 37. Citée entre Édraï, probablement Ya'ler, sur la ligne frontière qui sépare Aser de Nephthali, et Jéron, aujourd'hui Yaroun, au sud -est de cette dernière localité, elle fait partie du groupe septentrional. Or entre ces deux points se trouve un village, Khirbet Haziréli , qui, par son nom et sa position, semble bien répondre à l'antique cité. L'arabe «►^i., llasiréh, ou k,j>;a», Hazîréh, est la reproduction de l'hébreu "liiTi , Hasor. D'un autre côté, l'emplacement ne saurait être plus conforme à rémunération de l'auteur sacré. Aussi cette identification est-elle acceptée par bon nombre d'auteurs : Renan, Mission de Phénicie , Paris, 18(34, p. 674; les explorateurs anglais, Survey of Western Palestine, Memoirs, Londres, 1881, p. 204; G. Armstrong, W. Wilson et Conder, Names and places in the Old and New Testament , Londres, 1889, p. 58, etc. Les ruines que renferme cet endroit sont en partie cachées par un épais fourré de hautes broussailles. « En s'ouvrant un passage à travers d'énormes touffes de lentisques, auxquels se mêlent des lérébinthes et des chênes verts, on distingue çà et là les arasemeii de nombreuses maisons démolies, plusieurs tronçons de colonnes déplacées, restes d'un édifice détruit, l'un des jambages d'une belle porte ayant peut-être appartenu également à ce monument, et les assises inférieures d'une sorte de tour carrée, mesurant neuf mètres sur chaque face et construite avec des blocs gigantesques qu'aucun ciment n'unit entre eux. Des citernes et une piscine longue de vingt-deux pas sur onze de large fournissaient jadis de l'eau aux habitants de cette localité. Sur les premières pentes d'une colline voisine, une belle voûte cintrée en magnifiques pierres de taille jonche de ses débris une construction rectangulaire, très régulièrement bâtie, qu'elle couronnait autrefois et par laquelle on descendait, comme par une espèce de puits, dans une chambre sépulcrale dont l'entrée est actuellement obstruée par un amas de grosses pierres. Ce tombeau est désigné sous le nom de Oualy Néby Hazour. A en juger par les restes de la voûte , il parait d'époque romaine. La chambre funéraire néanmoins est peut-être plus ancienne. » \. Guérin, Galilée, t. n, p. 117. L'auteur de cette description,
iscr;
ENHASOR — ENIGME
tout en reconnaissant que Haziréh est. selon toute apparence, la reproduction d'un nom antique analogue, fait cependant à l'identification proposée une objection qui lui semble capitale : c'est qu'aucune source n'existe au milieu ou près des ruines dont nous venons de parler, et par conséquent Enhasor, qui devait la première partie de son nom à l'existence d'une source, sans doute considérable, sur l'emplacement qu'elle occupait, ne peut a\ oir été situé en cet endroit. 11 est sûr que cet argument enlève quelque chose de leur force aux deux premiers. — D'autres auteurs cherchent cette ville plus bas, au sudest d'Er-Raméh, l'ancienne Arama de Nephthali. Jos., xix, 36. Il y a là un site ruiné appelé Khirbet Bazour, ut le plateau inférieur d'une colline nommée Tell Hazour. Certaines cartes même, comme celle de Van de Velde, signalent un '.! m llazour. On pourrait donc y voir Y ' En-llasôr de Josué. Cf. Keil, Josua, Leipzig, 1*71, p, 101 ; W. M. Thomson, The Land ami the Book, Londres, 1890, in -12, p. 333. Il est clair que le nom actuel, v«^-, Bazur, représente très bien la dénomination hébraïque. Mais cette hypothèse prête aussi le flanc à plusieurs objections. D'abord les cartes les plus complètes, comme celle du Palestine Exploration Fund, Londres, 1880, feuille 6, ne mentionnent pas il Aui Bazour, et c'est là le point important. Ensuite ni le tell ni le khirbet ne renferment de vestiges d'antiquité. Cf. Robinson, Biblical Researehes in Palestitie, Londres, 1856, t. m, p. 81 ; Y. Guérin, Galilée, t. n. p. 458. Enfin, bien que paraissant plutôt appartenir à la tribu de Zabulon, ils peuvent à la rigueur rentrer dans la frontière de Nephthali; mais ils s'éloignent alors des villes qui accompagnent Enhasor dans le texte de Josué. — Les deux localités avec lesquelles on a cherché à identifier Enhasor ne sauraient représenter la vieille cité ehananéenne d'Asor, que quelques auteurs ont à tort confondue avec celle-ci. Voir AsOR 1, t. i, col. 1105.
A. Leoexdre. 'EN - HAQ - QÔRÊ', nom donné par Sarnson à la fontaine que Dieu lit jaillir, à sa prière, pour le désaltérer. Septante: itr,-:-r, roC ÉmxaXouuivou ; Vulgate : Fons invocantis, « source de celui qui invoque ». Jud., xv, 10. Voir Sa.mson et Ramathlechi.
ÉNIGME (hébreu : hîdâh, de hûd,« s'écarter, » parler par détours; meUsâh, de lus, « parler obscurément; » Septante: aïviyu.i,-s.o'./r,;j.;c; Vulgate : enigr>ia,problema), pensée proposée sous une forme obscure et allégorique et dont le sens est à deviner. — 1° Les anciens Orientaux avaient une propension marquée à exprimer énigmatiquement leurs pensées. Cf. Rosenmûller, Bas alte and neue Morgenland, Leipzig, 1818, t. m, p. 08; Herder, Histoire de la poésie des Hébreux, trad. Carlowitz, Paris, 1851, p. 45i. Ce goût des énigmes passa chez les Grecs et les Romains. Athénée, X, 457; Pollux, x, 107; Aulu- Gellc, Noct. attic., xvni. 2. Voir Konrad Ohlert, Râlsel und Gesellscliaflspiele der allen Griechen, in-8°, Berlin, 1886. Aulu-Gelle, xn, 6, fait la remarque suivante : « Nous laissons l'énigme sans réponse, pour que les lecteurs s'affinent l'esprit par les conjectures et les recherches. » Ce jeu d'esprit plaisait aux anciens, et ils s'en servaient parfois pour donner plus de piquant à certaines idées morales et les graver d'autant plus profondément dans l'intelligence que celle-ci avait fait un plus grand effort pour les découvrir. — 2° Les Hébreux aimaient à poser et à résoudre des énigmes dans les réunions publiques, et surtout dans les festins. Cf. K. Ohlert, Râlsel, o. 60-67, 208-218. Au livre des Juges, xiv. 12-18, nous lisons que Sarnson eu proposa une aux Philistins, en leur accordant sept jours pour la deviner. L'enjeu était de trente tuniques et de trente vêtements de rechange. Or Sarnson, quelques jours auparavant, avait trouvé dans la gueule d'un lion tué par lui précédemment, et laissé sur
le sol, un essaim d'abeilles avec un rayon de miel. Il proposa donc cette énigme : « Du dévorant est sorti l'aliment, et du fort est sortie la douceur. » Au bout de trois jours, les Philistins n'avaient encore rien trouvé. L'énigme supposait, en effet, la connaissance d'un fait assez peu commun. Ils s'adressèrent alors à leur compatriote, l'épouse de Sarnson, qui se fit livrer le secret et le transmit aux intéressés. Le septième jour, avant le coucher du soleil, ceux-ci apportèrent leur réponse: « Quoi de plus doux que le miel et de plus fort que le lion? » A quoi Sarnson répliqua finement : » Vous n'auriez pas deviné mon énigme, si vous n'aviez pas labouré avec ma génisse. » Cet exemple nous montre la manière dont on procédait, et comment l'appât du prix à gagner s'ajoutait à l'intérêt du problème à résoudre. Cf. Josèphe. Ant. jud., V. VIH, 6; Strauchius, Be smigmate Simstmis, dans le Thésaurus de Hasée et Iken, Leyde, 1732 , 1. 1 , p. 545-552. — Salomon s'était acquis une grande réputation par son habileté à poser et à résoudre des énigmes. Eccli., xlvii, 17. La reine de Saba. qui en entendit parler, vint le trouver, tout d'abord « pour le mettre à l'épreuve au sujet des énigmes ». 111 Reg., x. 1 ; II Par., IX, 1. Le roi s'en tira à son honneur, et la royale visiteuse le jugea encore supérieur à sa réputation. III Reg., x, 7. A en croire Josèphe, Ant. jud., VIII, v, 3, Hiram, roi de Tyr, envoyait à Salomon des énigmes à résoudre. Le roi phénicien avait du reste parmi ses sujets un jeune homme, fils d'Abdéinon, qui était fort habile à trouver les réponses. Josèphe, ibid. et Cnnt. Apion., I, 18. — Au livre des Proverbes, XXX, 1-33, plusieurs pensées sont proposées sous forme énigmatique; la réponse suit d'ailleurs la demande: y. 15: « Trois qui sont insatiables, un quatrième qui jamais ne dit : Assez ! » — y. 18 : « Trois qui me sont difficiles, un quatrième où je ne vois rien; « — v. 21 : a Trois choses ébranlent la terre, elle ne peut souffrir la quatrième; » — y. 24 : « Quatre les plus petits de la terre, et pourtant plus sages que les sages, etc. Aussi n'est-il pas étonnant que le même livre, dès le début, i , 6. promette au disciple du sage l'art de résoudre les énigmes. — Dans Isaie, xxi, 11, 12, la prophétie sur Dumah prend le tour d'une énigme : i Dn cri vient de Séir à mes oreilles: Sentinelles, quoi de la nuit? quoi de la nuit? — La sentinelle répond : Le matin est venu et de nouveau la nuit; si vous voulez interroger, interrogez; retournez -vous, venez! » — Ezéchiel, xvn, 2-10, écrit aussi une prophétie sous cette forme : « Fils de l'homme, propose une énigme, raconte une parabole à la maison d'Israël et parle ainsi: Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Un grand aigle, à grandes ailes, à longues plumes, plein de plumes et de toutes couleurs, vint au Liban, prit la cime d'un cèdre, brisa la tète de ses branches, les transporta dans la terre des marchands, et les plaça dans la ville des commerçants. Ensuite il prit de la semence de la terre, pour la mettre dans un champ de culture; il la prit et la mit dans un champ en plaine, auprès des eaux abondantes. Quand elle eut germé, elle devint une vigne luxuriante, mais de petite taille, avec des rameaux qui la regardaient, et elle eut sous elle ses racines. Elle devint donc une vigne, produisit des branches et poussa des surgeons. Or il y avait un [autre] grand aigle, aux grandes ailes, aux plumes abondantes, et voici que vers lui cette vigne inclina ses racines, tendit ses branches, pour qu'il l'arrosât hors des parterres où elle était plantée, alors qu'elle était dans un bon terrain, plantée auprès des eaux abondantes, pour pousser des pampres, porter du fruit et être une belle vigne. Dis donc: Voici ce que dit le Seigneur Dieu : S'en trouvera-t-elle bien? Ne va-t-il pas (le premier aigle) arracher ses racines et ravager son fruit, pour qu'elle devienne stérile quand les pousses de ses branches seront desséchées? » Dans ce passage, la parabole se mêle à l'énigme. — L'inscription tracée sur la muraille pendi nt le festin de Baltassar, Dan., v, 25, constitue une énigme indéchiffrable pour tout autre que Daniel. Voir col. 1250. — 3° Quelquefois l'énigme ne porte que sur un mot. Ainsi
ISd!)
ÉNIGME — ENNON
le Seigneur dit à Jérémie, i, 11, 12 : « Que vois-tu, Jérémie? Je répondis : Je vois un bâton d'amandier (Sàqêd). Et le Seigneur reprit : Tu as bien vu, car je vais veiller (soqêd) sur ma parole pour qu'elle s'accomplisse. » 11 y a là un jeu de mots en même temps qu'une énigme. — Sur le Sisaeh de Jérémie, xxv, 20, voir Atiibascii, t. i, col. 1210. -=- Dans l'Apocalypse, xm, 18, saint Jean propose une autre énigme, qui n'a pas encore été déchilïrée d'une manière certaine : « Que celui qui a de l'intelligence suppute le nombre de la bête. C'est un nombre d'homme, et son nombre est six cent soixante-six. » Voir Bête, t. i, col. 1G45. — 4" La locution « voir en énigme », signifie « voir d'une manière confuse ». Il est dit de Jloise qu'il voyait le Seigneur « à découvert , et non pas par énigmes (behidôt) et figures ». Num., xii, 8. Cette manière de parler a pour but de donner une idée de l'intimité à laquelle le Seigneur admettait son serviteur, et des révélations qu'il lui faisait. — Parlant de la condition de l'homme sur la terre et de celle qui lui succédera dans l'autre vie, saint Paul écrit: « Nous voyons maintenant au moyen d'un miroir en énigme (èv alvryu,aïi); alors ce sera face à face. Maintenant je ne connais que partiellement; alors je connaîtrai comme je suis connu.» I Cor., xm, 12. Ce miroir et cette énigme au moyen desquels nous atteignons Dieu et les choses de la foi, c'est d'abord la nature elle-même, qui parle du Créateur: « Ce qui est invisible en lui est devenu, depuis la création du monde, intelligible et visible, même sa puissance éternelle et sa divinité. » Rom., I, 20. C'est ensuite la révélation, qui nous fournit des notions plus claires et plus précises, mais encore énigmatiques et voilées, puisque les choses que démontre la foi restent toujours invisibles. Hebr., xi, 1. — Voir Bellermann, De Heifrmorum enigmatibus, Erfurt, 1796; Aug. Wùnsche, Die Bâthselweisheit bel den Hebràern, in-8°, Leipzig, 1883, p. 10-30. H. Lesétre.
ENNEMI. Voir Guerre.
ENNOM (VALLÉE DU FILS D'). La Vulgate traduit par Vallis jilii Ennom, Jer., vu, 31, 32; xix, 2, 6; xxxn, 35, ou bien par Vallis filiorum Ennom, Jos., XVm, 10, ou encore par Convallis filii Ennom, Jos., xv, 8; IV Reg., xxill, 10, ou enfin par Vallis Ennom (Jos., xviii, 16), II Esdr., xi, 30, le nom hébreu Gê bén Hinnôm, « vallée du fils d'Hiimom, » qui désigne une vallée au sud de Jérusalem, et qu'elle appelle aussi ailleurs Bénennum, II Par., xxxiii, 6, et Géennom. Jos., xv, 8; xviii, 16. Voir Géennom.
ENNON (Aiviuv; Vulgate : sEnnon), lieu où baptisait saint Jean. Joa., m, 23. Pour en déterminer la position, l'évangéliste nous dit qu'il était situé « près de Salira (SïXec|j.) », localité qui devait être par là même plus considérable et plus connue. 11 ajoute que le Précurseur avait choisi cet endroit « parce qu'il y avait là beaucoup d'eau (iSa-ra Tio'/.Xâ) ». C'est, en effet, ce qu'indique le mot lui-même : le grec Aivwv n'est que la traduction du pluriel araméen ywv, 'Ênâvân, « les sources, » ou un adjectif, 'ênôn, dérivé de 'aïn et signifiant « un lieu abondant en sources ». Voir Aïn 1, 1. 1, col. 315. Ennon se trouvait en deçà du Jourdain, d'après les paroles que les disciples de Jean viennent lui adresser: « Maître, celui qui était avec vous au delà du Jourdain, » Joa., m, 26, c'està-dire à Béthanie, au delà du fleuve. Joa., i, 28. Il devait être également à une certaine distance et non sur les rives mêmes de ce dernier, sans quoi la remarque de l'auteur sacré n'aurait pas de sens. Tels sont les seuls renseignements que nous fournit l'Écriture. Aussi sommesnous en face d'un problème géographique dont on cherche encore la solution. Les hypothèses auxquelles il a donné lieu sont les suivantes.
1° Une tradition qui semble avoir été bien en faveur au IVe siècle place Ennon dans le Ghôr ou vallée du
Jourdain, au sud de Béisâu , l'ancienne Bethsan des Hébreux, la Scythopolis des Grecs. Eusèbe et saint Jérôme, en effet, Onomastica sacra, Gœttingue, 1870, p. 99, 229, parlant d'« yEnon prés de Salira, où Jean baptisait », ajoutent : « On montre encore aujourd'hui l'endroit (!> touo;) à huit milles (presque douze kilomètres) de Scythopolis, vers le midi, près de Salira et du Jourdain. » Plus loin, au mot Salem, p. 149, saint Jérôme signale a à huit milles de Scythopolis, dans la plaine, un bourg appelé Salumias », et, dans une de ses épîlres, Epist. L.xxiii , ad Evangetum, t. xxn , col. 680, il dit que Salem n'est pas Jérusalem, « mais un village près de Scythopolis, qui jusqu'à présent se nomme Salem, et où l'on montre le palais de Melchisédech, dont les ruines, par leur grandeur, attestent l'antique magnificence. » De son côté, sainte Silvie raconte qu'elle vit sur le bord du Jourdain une belle et agréable vallée, bien plantée d'arbres et de vignes, arrosée d'eaux abondantes et excellentes. Dans cette vallée était un gros bourg appelé alors Sedima, placé au milieu de la plaine. Comme elle demandait le nom de ce site charmant, il lui fut répondu : «C'est la cité du roi Melchis; appelée autrefois Salem, elle porte aujourd'hui par corruption le nom de Sédima. » On lui montra également les fondements du palais de Melchisédech. Se rappelant alors que saint Jean baptisait à Enon près de Salim, elle s'informa de la distance qui la séparait de ce lieu : Il est à deux cents pas, lui dit le prêtre qui la conduisait. Et elle vint à un jardin délicieux, au milieu duquel coulait une fontaine très limpide, et qu'on appelait en grec coposlu agiu iohanni (xîl7ro; to0 àylov 'Ioctvvou) ou « jardin de saint Jean ». Cf. ,1. F. Gamurrini , Sanctee Silcise Aquitanse peregrinatio ad Loca Sancla, 2e édit., Rome, 1888, p. 27-29. Aucun site aux environs de Béisàn ne répond actuellement d'une manière exacte à Salem. La colline nommée Tell es-Sdrem pourrait en rappeler le nom, mais elle est plus rapprochée de la ville que ne le marque YOnomasticon. Cependant, à la distance voulue, dans la vallée du Jourdain, on rencontre un remarquable groupe de sept sources, réunies dans un rayon assez restreint, et qui pourraient représenter les « eaux abondantes » du texte sacré. Non loin sont les ruines assez considérables d'Umm el-'Amddn, au nord desquelles s'élève le Tell Hidhghah, dont le sommet est couronné par le tombeau de Scheikh Sdlim, peut-être le scheikh de Salim. Cf. Van deVelde, Reise durch Syrien uml Palàstina, Leipzig, 1856, t. il, p. 302-303; Memoir lu accompany the Map of the Holij Land, Gotha, 1858, p. 345. — Tels sont les arguments de la première opinion. On objecte que, d'après le contexte évangélique, saint Jean parait avoir été alors en Judée, comme Notre -Seigneur. Le contexte n'a rien de clair sous ce rapport. On dit ensuite que le Pré-curseur ne pouvait guère fixer dans la Samarie, hostile aux Juifs, le lieu de son séjour et de son ministère. L'endroit indiqué était sur la limite de la Samarie et de la Galilée, non loin du passage fréquente qui donnait accès d'une rive à l'autre du Jourdain; les Galiléens qui ne voulaient pas traverser la province ennemie par Sichem, pour aller à Jérusalem, descendaient par Béisàn dans la vallée du Jourdain et prenaient la route de Jéricho. Le site n'était peut-être pas si mal choisi. En somme, si rien aujourd'hui ne montre avec certitude l'emplacement de Salim, il n'en reste pas moins une tradition qu'il est impossible de négliger et des conditions topographiques qui peuvent cadrer avec le récit sacré.
2° Une deuxième hypothèse cherche Ennon dans les environs de Naplouse. 11 y a à l'est de cette ville une localité dont le nom, Sdlim, rappelle exactement celui de la cité biblique dont nous parlons, et près de laquelle sont deux sources. Cf. Robinson, Biblical Researches in Palestine, Londres, 1856, t. m, p. 298, 333. Plus haut, vers le nord-est, le village à'Ainun représenterait peutêtre l'Acvwv de saint Jean. Mais, comme ce dernier en-
ENNON — ENSEIGNEMENT
droit ne renferme auci source, on a pensé à celles
qu'on rencontre dans ['ouadi Far'ah, entre Ainoun et Salira. Cf. Couder. On the identification of Mnon, dans le Palestine Exploration Fund, Quarterly Statement, Londres, L874, p. 191-192; G. Armstrong, \V. Wilson et Couder, Xames and places in the OUI and New Testament, Londres, 1889, p. 2 (New Testament sites). — Nous trouvons là aussi plus d'une difficulté. D'abord Ainoun et Salim sont trop loin l'une de l'autre. Les sources elles-mêmes sont situées dans une profonde vallée, à six kilomètres de Sâlim, et séparées de ce village par les hauteurs de Nébi Bélàn , en sorte qu'on ne peut guère les regarder comme en étant proches. Elles sont d'ailleurs aussi prés 'le Naplouse, a laquelle les unit la voie romaine qui allait de cette ville à Scythopolis. Pourquoi alors saint Jean n'aurait-il pas plutôt dit: I .Limon près de Sichem? » Enfin et surtout, le plus grand inconvénient de cette opinion, c'est qu'elle place le ministère du Précurseur au cœur même de la Samai ic , aux portes de la cité qui concentrait toute la haine du peuple samaritain contre les Juifs. La difficulté, sous ce rapport, est, on le voit, beaucoup plus grande que pour la première hypothèse.
3° J. Th. Barclay. The city of the great King, New- York, 1858, p. 558-570, a cru retrouver Ennon dans les sources île Youadi Fârah, vallée profonde et ravinée qu'on rencontre à plusieurs kilomètres au nord-est de Jérusalem. Le nom de Salim serait représenté par l'antique appellation de Jérusalem, Salem, ou par celui d'un ouadi nommé actuellement Salim, plus exactement Sot<léitn. Cette conjecture, qu'aucune tradition n'appuie, repose uniquement sur l'existence de certaines sources plus ou moins abondantes et sur un rapprochement assez problématique. On peut ensuite faire remarquer que l'ouadi l-'àrah esl un ravin qui, par sa nature et son cloignement de toute ligne de communication, n'était guère fait peur attirer el réunir une grande multitude.
4° Enfin une dernière opinion cherche Ennon à l'extrémité méridionale de la Palestine. Parmi les villes assignées à la tribu de Juda et plus lard à celle de Siméon,
le livre de Josué, \\ . 32, en menti ie deux, Sélim
(hébreu : Silhîm; Septante : Codex Vaticanus, SocXtj; Cnile.i ile.randriniis, EeXeefu.) et Aon (hébreu: 'Ain), dont les noms semblent rappeler ceux de Joa., m, '23. ■ lian- cette hypothèse, Ennon est réellement, selon les indications évangéliques, de l'autre coté du Jourdain (Joa., m, 26), en Judée, où Jésus baptise (v. '22). Le lecteur comprend qu'eu y entre en discussion avec des Juifs (y. 25) et qu'on y soit dans un pays où les eaux devaient être rares. » E. Le Camus, La Vie de Noire- Seigneur Jésus -Christ, Paris, 1887, in-12, t. i, p. 296, note I. Tel est aussi le sentiment de J. N. Sepp, Jésus- Christ, études sur sa vie et sa doctrine, trad. Ch. Sainte- Foi, 2 in-8», Louvain, 1869, t. i, p. 334, et de Mûhlau, dans liieliin, Handwôrterbuch des Biblischen Altertums,
Leipzig, 1884, t. 1, p. 33, au mot .Knnn. Cette conjecture ne nous semble pas non plus reposer sur des bases bien sébiles. Ain n'est certainement pas llri t - Ainoun ,
distante d'Hébron d'une lieue et demie vers le nord-est. Elle appartient à un groupe de villes situées plus bas. si, avec le texte original de II Esdr., xi, 29, on ne l'unit pas 8 Remmon, qui suit, pour en faire 'Ên-Rimmôn, et la placer a Khirbel Oumm er-Boumâmim, à trois heures au nord de l;,-i al.ee, ces! certainement dans les
environs de cette localité qu'il faut la chercher. Voir
AlN 2, t. i. eel. 315. Or le pays esl Ires pauvre eu sources,
et nous ne trouvons aucun endroit qui puisse répondre au texte évangélique par la richesse de ses eaux. On ne voit guère aussi pourquoi saint Jean aurait porté si loin, en dehors des voies les plus fréquentées, sa parole et son ministi re. A. Legendre.