ESDRAS, prêtre qui revint de Babylone avec Zoro
ESDRAS (PREMIER LIVRE D'
babel. II Esdr., xn, 1, 13. En comparant la liste de ce chapitre xu avec celle du chapitre x, on est porté à identifier cet Esdras avec Azarias : la différence des noms est peu considérable en hébreu non ponctué entre n>"lT7 [Azarias ) et n~,v/ (Esdras) : une faute de copiste était facile à faire.
3. ESDRAS, un des chefs de Juda qui assistait à la dédicace des murs de Jérusalem et accompagnait Néhémie. II Esdr., xn, 33.
4. ESDRAS. Un personnage de ce nom est mentionné par la Vulgate dans II Mach., vm, 23; mais c'est par erreur. Il s'agit, comme on lit dans le grec et le syriaque, d'Éléazar, le frère de Judas Machabée. Voir Éléazar 8, col. 1651,
5. ESDRAS (PREMIER LIVRE D')' Hébreu : x-;;-, 'Ezra'; Septante : "E<7Cipa; Tipû-ro;; Vulgate : Liber priants Esdrse.
I. IL EST DISTINCT DU LIVRE DE NÉHÉMIE ET DES PARA- LTPOMÈNES. — 1° Dans nos Bibles actuelles, le premier livre d'Esdras est séparé du second et porte un titre particulier; mais ces deux écrits ont été réunis autrefois et étaient considérés par les Juifs comme ne formant qu'un seul et même ouvrage. Josèphe, Vont. Apion., i, S, qui ne comptait que treize livres historiques de Moïse à Artaxerxés Ier, groupait par conséquent les deux livres d'Esdras. Saint Méliton de s.mle-;. qui reproduit le canon juif de l'Ancien Testament, ne mentionne qu'un seul livre d'Esdras. Eusèbe, //. £'., IV, 20, t. xx, col. 397. Le Baba batlira (voir Canon, col. 140) n'en connaît qu'un non plus. L'union des deux éerils a persévéré longtemps chez les .Unis. Les massorètes ne comptent Esdras et Néhémie que pour un livre, n^.tv isd, qui contient 688 versets, et dont le milieu se trouve Neh., m, 32. J. liuxlorf, Tiberias, Bàle, 1020, p. 13k Dans beaucoup de manuscrits hébreux, Néhémie n'est que la seconde partie du livre d'Esdras, et dans quelques-uns qui proviennent d'Espagne ou de Naples, le copiste a continué la ligne et n'a laissé aucun intervalle entre les deux écrits. De Rossi, Varix lectiones Veteris Testament! , Parme, 1788, t. iv, p. 157. On ne sait pas à quelle époque la séparation des deux livres s'est opérée dans les textes hébraïques et le second a reçu le titre de Néhémie. On peut légitimement présumer que c'est sous l'influence et par imitation des Bibles chrétiennes. — Anciennement toutefois, les chrétiens ont connu et suivi l'usage juif de réunir en un seul volume les deux livres d'Esdras. Si les manuscrits des Septante contiennent deux livres d'Esdras, les plus anciens, tels que Y Alexandrinus et le Sinaiticus, appellent "Ecipa; itpwTo; l'écrit apocryphe que nous nommons le troisième livre d'Esdras, et reproduisent sous le titre d"'Ev~,ûx; Ss-Jtîso; les deux livres d'Esdras et de Néhémie. Ainsi procèdent encore la Synopsis Sacrée Scripturse qui porte le nom de saint Athanase, t. xxvm, col. 33"2, et saint Chrysostome, Synopsis Sacra: Scripturas, t. lvi, col. 358. Plusieurs canons latins de la Bible ne mentionnent qu'un seul livre d'Esdras; ainsi le catalogue du Codex Claromontunus (voir col. 147), qui compte 1 500 versets ou stiques ; le canon découvert par Mommsen, qui annonce vingt-quatre livres de l'Ancien Testament et n'en nomme que vingt-trois, les deux livres d'Esdras étant oubliés (voir col. 152) ; le canon du Codex Amiatinus, cf. Tischendorf, Codex Amiatinus, Leipzig, 1854, p. xvi; le canon d'un manuscrit de Bobbio, publié par Mabillon, Musaeum italicum, Paris, 1087, t. i, p. 397; cf. Zahn, Ceschichle des Neutestamentlichen Kanons, t. il, Erlangen et Leipzig, 1890, p. "285; enfin le canon des soixante livres canoniques, cf. Zahn, ibid., p. 291. Dans plusieurs manuscrits latins de la Vulgate, Esdras et Néhémie sont divisés comme un seul tout, en soixante-cinq, trente-six ou trente-huit chapitres. S. Berger, Histoire de
la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âge, Paris, 1893, p. 349. Les Pères grecs et latins, tout en admettant deux livres d'Esdras, savaient que les Juifs les réunissaient en un seul volume. Origène, In Ps. i, t. XII, col. 1084, cf. Eusèbe, H. É., VI, 25, t. xx, col. 581; S. Cyrille de Jérusalem, Catech., îv, 35, t. xxxm, col. 500; S. Athanase, Epist. fest., xxxix, t. xxvi, col. 1777; S. Epiphane, De ponderibus et mensuris, 4, t. xlih, col. 244; S. Hilaire de Poitiers, Ps. prol., n. 15, t. ix, col. 241 ; S. Jérôme, Epist. lui ad Paulinum, n. 7, t. xxn, col. 548; Preef. in lib. Esdr.. t. xxvm, col. 1403; Rufin, In Symbolum Apostol.,31, t. xxi, col. 374; S. Isidore de Séville, Etymol., vi , 28, t. lxxxii, col. 233. Deux livres d'Esdras sont mentionnés dans le 85e canon apostolique: "Eaôpa à'jo; cf. Zahn, Geschichte des Neutestamentlichen Kanons, t. n, 1890, p. 192; dans le canon du concile de Laodicée : "EaSpaç a' /.al fT; Zahn, op. cit.. p. 202; par saint Amphiloque : "EaSpa; irptÛTo;, eiù' i S-'jtaprj;, Ad Seleucum, t. xxxvn, col. 1593; dans le décret de Gélase (voir col. lot) ; dans la lettre de saint Innocent à Exupère, évèque de Toulouse (Zahn, op. cit., p. 245); dans le canon du concile d'Hippone (Zahn, ibid., p. 252); par sainl Augustin, Dedoctrina christ., n, 8, l. xxxrv, col, 11 ; par Cassiodore, relatant l'ordre de l'ancienne version latine, Institut, div. Iitt., xiv, t. lxx, col. 1125; par Nicéphore, Chronograph., t. c, col. 1057. Mais dom Calmet, Dissertation sur le troisième livre d'Esdras, dans le Commentaire littéral, i' édit., Paris, 1724, t. ni, p. 250, pense que« quand les Pères et les conciles des premiers siècles ont déclaré les deux livres d'Esdras canoniques, ils l'entendaient suivant leurs exemplaires, qui ne faisaient qu'un livre du premier d'Esdras et de Néhémie, et qui comptaient pour premier d'Esdras celui qui est le troisième dans nos Bibles ». M. Loisy, Histoire du canon de l'Ancien 'testament, Paris, 1890, p. 92, adopte ce sentiment et dit que l'ancienne Vulgate latine comprenait Esdras et Néhémie réunis. Quoi qu'il en soit, les commentateurs catholiques modernes expliquent généralement l'union des deux livres d'Esdras en un seul par le groupement que les Juifs firent de leurs Livres Saints de façon à ne pas déliasser les vingt-deux ou vingt-quatre lettres de l'alphabet hébreu ou grec. Ils tiennent ces deux écrits pour deux livres bien distincts, qui se relient intimement l'un à l'autre, mais dont le style, malgré certaines analogies frappantes, accuse deux auteurs différents. Voir Néhémie (Livre de).
2" Plusieurs critiques rationalistes de nos jours, s'appuyant sur l'ancienne réunion d'Esdras et de Néhémie, ne se sont pas contentés de réunir ces deux écrits; ils les ont rapprochés encore des Chroniques ou Paralipomènes, et, faisant ressortir les affinités de plan, de méthode et de style que présentent ces trois livres, ils y ont vu les différentes parties d'un même tout, d'un ouvrage compact et unique, que Reuss, La Bible, Ancien Testament, 4e partie, Paris, 1878, p. 3-51, a désigné sous l'appellation commune de Chronique ecclésiastique de Jérusalem. Non seulement les trois livres se suivent chronologiquement et ont entre eux unité de fond pour les choses racontées et la manière dont elles sont présentées; mais même dans l'état actuel du texte, il reste des traces de l'unité primitive. Il semble, en effel, qu'entre les Chroniques et Esdras notamment, il y ait eu rupture violente plutôt que séparation, et la rupture a laissé subsister dans chaque partie des fragments qui la dévoilent à tous les regards et qui s'adaptent a merveille dès qu'on les rapproche. Les Chroniques, II Par., xxxvi, 22 et 23, se terminent par le décret de Cyrus, qui rend aux Juifs captifs la liberté de retourner à Jérusalem. Le premier livre d'Esdras, I, 1-4, débute par le même décret. Mais ce qui est tout à fait singulier, c'est que le texte du décret est incomplet à la lin des Paralipomènes et que la coupure s'est produite au milieu d'une phrase qui reste inachevée et dont la suite se lit I Esdr., i, 3. Il y a là une lacune béante entre
ESDRAS (PREMIER LIVRE D'
deux livres qui étaient primitivement unis, et qu'un travail d'école a plus tard plus ou moins heureusement se Cf. Nôldeke, Histoire littéraire de l'Ancien Testament, trad. franc, Paris, 1873, p.79; M. Vernes, Paralipomènes, dans ['Encyclopédie des sciences religieuses, t. x, Paris, 1881, p. 189-191. Cette conclusion peut paraître spécicn e s'impose pas. La pari nté littéraire des
Paralipomènes et du premier livre d Esdras s'explique
suffisan ni par la communauté d'auteur. La répétition
du décret de Cyrus se comprend, puisque cet acte de liberté est la ((inclusion nécessaire des Chroniques cl le point de dépari du retour des captifs. Esdras l'a cité incomplètement la première fois, parce qu'il voulait en i apporter le texte intégral dans un au lie ouvrage. 11. Cornelj . Hist. et critica inlroductic in utriusque Testament! libros sacros, I. h, la pais, Paris, 1887, p. 329. Cf. .1.-1*. -I'. Martin, Introduction à lo critique générale île l'Ancien Testament, lie l'origine du Pentateuque, I. ii, Paris, 1KS7- 1888, p. 16-23.
II. Argument et Division du livre.— Le premier livre d'Esdras raconte l'histoire du retour et de rétablissement en Judée, d'abord sous la conduite de Zorobabel, puis sous celle d'Esdras lui-même, d'un certain nombre de Juifs captifs en Chaldée. Il commence par le décret de Cyrus, qui, en 536 avant J.-C, permit aux Israélites, transportés en Chaldée par Nabuchodonosor, de retourner dans leur pairie et de rebâtir le Temple de Jérusalem. Il relate les suites heureuses de ce décret de liberté el conduit sou récit jusqu'au delà de la septième année du
règne d'Artaxerxès Longue- Main. Il embrasse donc une
période d'environ quatre-vingts ans; mais il est loin de
rappoi 1er Ions les faits (ph se sont produits dans .••■ laps de temps. Le récit ne contient que les événements les
plus importants de celte période el concerne presque exclusivement la reconstruction du Temple au milieu des plus grandes difficultés et la restauration de ta ville et du culte divin. 11 se divise tout naturellement en deux i mi les principales, dont les événements sont séparés par un intervalle de cinquante -neuf ans. La première, i-vi, comprend le retour des Juifs sous la conduite de Zorobabel
et leurs travaux pour reconstruire le Temple, de 536
a 516 avanl J.-C. La seconde, vn-ix, raconte le départ d'une nouvelle caravane de Juifs rapatriés, la septième année d'Artaxerxès Longue-Main (457}, el les efforts d'Esdras, leur chef, pour remettre en vigueur les prescriptions de la loi mosaïque el réorganiser le culte dans le Temple restauré.
ni. Analyse du livre. ^ première partie. Fi en Judée, sous la conduite deZorobabel, d'une pt\ caravane de Juifs exilés , et reconstruction du Temple de Jérusalem, i, l-vi, 22. — I" Voyage de la caravane, entrepris sous les auspices de Cyrus el heureusement réalisé, i, 1-n, 70. — I . Ëdil de Cyrus, roi des Perses , permettant la rentrée des Juifs en Palestine el la n truciion du Temple de Jérusalem, i, 1-4. — 2. Dépari d'une colonie de Juifs pour la Terre Sainte, 5-6. — 3. Cyrus fait rendre aux partants les vases el objets sacres que les Chaldéens avaient enlevés du Temple di I ru salem, 7-11. — 4. Liste des Juifs qui revinrenl à Jérusalem avec Zorobabel, u, 1-70: hommes du peuple, 2-35; prêtres. 36-39; lévites, W-42; Nathinéens, 13-54; lils des
serviteur de Sa! n, 55-58; Juifs, Lu. pies ou prêtres,
qui ne purent indiquer dune manière certaine leur liguée, .i'.i ii.'l: domine toi.d des rapatriés, 61-67; leur heureuse arrivée en Palestine, 68-70. — 2° Reconstruction du Temple, commencée sans retard el bientôt suspendue a iMUse de la jalousie des Saluai ilaius , III, 1-
iv, 24. I. Érection de l'autel des holocaustes, reprise du sacrifice perpétue] et célébration de la fête des Tabernacles, Ml, l-ô. — 2, Commencement des fondations du Temple, 6-13. — 3. Opposition que les Samaritains font a la reconstruction du Temple, iv, 1-5, — I. Leurs manœuvres auprès des rois de l'erse pour empêcher la
restauration de la ville de Jérusalem, 6-16. — ô. Réponse d'Artaxerxès, qui interdit toute reconstruction, 17- 22. — lé Interruption des travaux commencés, 23-25. — 3» Reprise et achèvement de la construction du Temple, v, 1-YI, 22. — 1. Encouragés par les prophètes Aggée et Zacbarie, les Juifs reprennent leurs travaux sans demander l'autorisation du roi, v, 1-2. — 2. Le gouvi Thathanai en réfère à Darius, 3-17. — 3. Darius permet, par un icscrit. de poursuivre la reconstruction du Temple, vi, 1-12. — i. Les Juifs achèvent les travaux et font la dédicace solennelle du nouveau Temple, 13-18. — 5. Célébration de la fête de la Pique, 19-22. — deuxième partii . Est Iras cou,, or une second, ■ caravane d'Israélites et
de la restauration religieuse de la I vu, 1-x. 44. — I" Retour d'Esdras et de ses compagnons de I ; 'le. lone i Jérusalem, vu. l-vin, 36. — I . Gén d'Esdras, vu, 1-5. — 2. Récit du voyage, 6-10. — : d'Artaxerxès, conférant à Esdras une autorité Suprême
pour régler en Palestine toutes les affaires religieuses el civiles, 11-26. — 1. Action de grâces qu'Esdras rend i Dieu poui ce! édit, 27-28. — 5. Liste des Juifs qui revinrent avec Esdras, vm, 1-li. — H. Préparatifs du départ, 15-30. — 7. Voyage et arrivée à Jérusalem, 31 -36. — 2° Annulation des mariages illicites que beaucoup d'Israélites, précédemment revenus de la captivité, avaient contractés en Palestine, ix, 1-x, 14, — I. Les chefs du peuple révèlent à Esdras l'existence de ces mariages, ix. 1-2. — 2. Tristesse et prière d'Esdras, 3-15.— 3. Ordre qu'il donne de répudier les femmes étrangères, x, 1-17. — i. Liste des cou pal des, IS - i i : parmi 1rs prêtres, 18-22;
les lévites, 23- 24, elles laïques, 25-43 IV. Unité di livre malgré la diversiti des soi
- \ l.i première lecture, le livre d'Esdras, dans sou étal actuel, parall n'être qu'une compilation qui groupe plus ou moins heureusement des morceaux différents d'origine, de nature et de langue. On y trouve des documents olli. i( ls, des lettres de gouverneurs, des linn, ms royaux, dont quelques-uns sont reproduits dans leur langv ginale, le chaldéen. On y remarque deux écrivains qui parlent à la première personne el se donnenl
témoins oculaires des événements successifs qu'ils racontent, L'un rapporte des faits qui se sont pas
début du règne de Di s, fils d'Hystaspe, en 521, I
v, 1 ; l'autre, ce qui est advenu la septième année d'Artaxerxès Longue-Main, en iô7. I Esdr., vu, 28. Enfin le style et la rédaction ne s. .ni pas partout uniformes et offrent des disparates. On en a conclu que l'ouvrage i manquai! d'unité el n'était ra'une indigeste compilation.
— La conclusion esl certainement exagérée, car l'unité du livre peul se concilier avec la diversité des sources consultées ou des documents employés par l'auteur. Celui-ci a pu introduire dans sou récit des pièces officielles qu'il avait sous la main, OU même des nan.ili.ais
' ère qui répondaient à son Lui el qu'il agençai! dans sa propi e coinp isition. L'emploi de d u nts différents n'est donc pas de soi un indice delà diversit di auteurs dan- le premier livre d'Esdras. Seul l'examen des morceaux détachés peut donner la solution du problème el servir a deie nei i menl la nature de la
omposition de cel écrit.
Les critiques, qui admettent généralemenl la multiplicité des documents employés dans le pr t livre d I s-
dras, ne sont pas parvenus i s'entendre sur leur nombre el leur étendue. Les mi. procèdent avec modération el
al tissent à des conclusions qui ne manquent p
vraisemblance; les autres multiplient à plaisir les morceaux el fon! de l'ouvrags entier une mosaïque de disparates el mal agencées. De Welte, Lehrbuch dtr historisch-kritischen Einleitung in die kanonischet apokryphischen Bîicher des Allen Testaments, Berl n, 1*17, p. 218 219, distinguait deux documents, il dans la première partie du livre. L'un esl la h Juifs revenus avec Zorohahel , 11, 1-70. L'antre, IV, 8-
ESDRAS (PREMIER LIVRE D'
vi, 18, rédigé en chaldéen, n"est pas la simple reproduction de lettres ou décrets, comme vu, 12-20; c'est une narration particulière de la reconstruction du Temple de Jérusalem. De plus, le récit de la célébration solennelle de la Pàquè, VI, 19-22, est peut-être ajouté par une autre main, parce qu'au v. 22 Darius est désigné sous le nom de roi d'Assyrie. La seconde partie du livre, qui rapporte les faits survenus la septième année du règne d'Artaxerxés Longue -Main, quoiqu'elle forme un tout, n'est pas d'une seule main. Le morceau, vu, 27-ix, 15, où Esdras parle à la première personne, est manifestement de lui, et il faut y rattacher le document chaldéen, vu, 12-26. Le chap. x, où il est question d'Esdras à la troisième personne, ressemble certainement aux précédents, et peut être attribué soit à lui-même, soit à l'un de ses compagnons de retour. Les }f. 1-11 du chap. VII ont été plus tard mis en tète de l'écrit d'Esdras par un des admirateurs du célèbre scribe. Tous ces morceaux ont vraisemblablement été réunis à une date postérieure encore, et peut-être la compilation est-elle l'œuvre de l'auteur de vi, 19-22. Ces conclusions ont été adoptées avec des modifications plus ou moins grandes par tous les critiques rationalistes. Les voici dans leur dernier état, telles qu'elles sont proposées par Renan, Histoire du peuple d Israël, t. iv, Paris, L893, p. 2, note 3, et p. 97 et 119. Les six premiers chapitres d'Esdras sont composés de deux documents : l'un (A), de vraie valeur historique, s'étend de il, 1 à iv, 5, puis de vi, 14 à VI, 22; l'autre (B), plein de pièces apocryphes, comprend le chap. i, puis iv, 6-vi, 13. Les quatre derniers ont été composés, ainsi que les chap. vm-x de Nébémie, d'après de prétendus Mémoires d'Esdras, où ce scribe était censé parler à la première personne. C'est le chroniste qui les a plaies dans l'ordre actuel, en combinant à son point de vue les documents antérieurs. Cf. Kosters, Het Herslel van Israël in het perzische tijdvak, Leyde, 1891, p. 28. Parmi les exégètes catholiques, les uns se sont bornés à reconnaître qu'Esdras reproduisait dans son récit les documents officiels qui s'y rapportaient. J.-B. Glaire, Introduction à l'Écriture Sainte, 2e édit., Paris, 1813, t. III, p. 238; Lamy, Inlroductio in Sac Script., 28 édit., Malines, 1873, t. n, p. 81 ; Fillion, La Sainte Bible, t. m, Paris, 1891, p. 210. D'autres ont admis en outre qu'Esdras, ayant trouvé le fragment iv, 8-vi, 18, rédigé en chaldéen par un témoin oculaire, l'avait inséré dans son œuvre, parce qu'il entrait dans son plan. Vigouroux, Manuel biblique, 10e édit., Paris, 1898, t. Il, p. 160; Clair, Esdras et A'éhémias, Paris, 1882, p. v; Trochon et Lesètre, Introduction à l'étude de l'Écriture Sainte, Paris, 1890, t. il, p. 290. Cf. van Hoonacker, Nouvelles études sur la restauration juive apri-s l'exil de Babylone, Louvain, 1890, p. 18-27. D'autres enfin estiment que ce fragment provenait luimême de deux mains différentes. Le même écrivain, qui raconte comme témoin la construction et la dédicace du Temple, IV, 20-vi, 18, sous Darius Ier, n'a pu vraisemblablement assister aux oppositions que les ennemis des Juifs firent sous Xerxès et Artaxerxès 1er au rétablissement des murailles de' la ville. Ce récit, iv, 8-23, n'est pas à sa place; il est l'œuvre d'un autre rédacteur, et il faut le considérer dans le texte actuel comme une parenthèse. Enfin la narration hébraïque de la célébration de la Pàque, vi, 19-22, doit être attribuée à un auteur différent. ICaulen, Einleitung in die heilige Sclirift, 2e édit., Fnbourg-en-Brisgau, 1890, p. 210; Curnely, Introductio in utriusque Teslamenli libros, Paris, 1887, t. Il, 1" pars, p. 361-302. Nous pouvons donc conclure que le premier livre d'Esdras n'est pas un écrit que l'auteur a tiré complètement de son fond , mais une sorte de compilation , formée de documents entiers ou d'extraits de documents, qui sont juxtaposés et reliés les uns aux autres par de courtes rétlexions. Cette variété des sources n'empêche pas cependant l'unité de la composition. Le compilateur ou le dernier rédacteur qui a mis en œuvre les docu-
ments antérieurs a disposé les pièces et les récits dans leur ordre chronologique, sauf peut-être iv, 8-23, et les a réunis et rattachés à la trame de sa narration. Cette ordonnance et cette disposition des parties donnent à l'ensemble une unité qui répond d'ailleurs parfaitement au but poursuivi.
V. Auteur du livre. — Puisque le premier livre d'Esdras est un, il faut attribuer sa rédaction dernière à un auteur unique, qui s'est servi de documents préexistants. Le rédacteur définitif du livre est le scribe Esdras. La tradition juive a toujours affirmé cette attribution. Le Baba Batltra (voir col. 140) dit explicitement: « Esdras écrivit son livre et continua les généalogies des Paralipomènes jusqu'à son temps. » Ce témoignage ne se rapporte qu'au premier livre d'Esdras; car, au même endroit, les rabbins attribuent assez clairement la fin de l'écrit d'Esdras, c'est-à-dire le second livre qui porte son nom, à Néhémie, fils d'Helcias. Wogue, Histoire delà Bible et de l'exégèse biblique, Paris, 1881, p. 80-82; Loisy, Histoire du canon de l'Ancien Testament, Pau-, 1890, p. 26. Le contenu du livre justifie pleinement la tradition juive. La seconde partie, en effet, est manifestement de la main d'Esdras. Tout le passage, vu, 27-ix, 13, ou il parle à la première personne, est son œuvre, et les rationalistes eux -mêmes y reconnaissent un extrait de ses Mémoires. Or le début du chap. vu, 1-20, s'y rattache étroitement et en forme l'introduction historique. Si Esdras y parle de lui-même à la troisième personne, c'est qu'en commençant le récit de sa carrière publique, il devait se faire connaître, dire son nom, tracer sa généalogie et justifier ses titres, en reproduisant le finn.ni royal qui le chargeait officiellement de pourvoir aux affaires civiles et religieuses de son peuple en Palestine. On a objecté les louanges qu'il se donne, vu. 6 et Kl; mais Néhémie, dans les passages de ses Mémoires qu'on lui attribue sans conteste, est plus personnel encore. D'ailleurs les mots : « scribe habile dans la loi de Moïse, » sont plutôt un titre qu'un éloge; et les qualifications du y. 10 ne sont pas de celles que la modestie doive absolument s'interdire. Le chap. x, dans lequel l'auteur revient à l'emploi de la troisième personne, après s'être longtemps servi de la première, ne doit pas pour celte seule raison être refusé à Esdras et attribué à un écrivain plus récent, qui aurait complété les Mémoires d'Esdras ou les aurait insérés dans la Chronique. Ce changement de personnes dans les récits était un usage des juifs, que 1 on constate dans des œuvres certainement originales. Cf. fs., vu, 3, et VIII, 1; Jer. , xx, 1-6, et xxviii, 1, 5; Dan., i, l-vn, 2, et vu, 3-ix, 27; X, 1, et x, 2- xii, 13. Thucydide use du même procédé, Hist., I, 1; I, 20; iv, 104; v, 20. Le lien entre les deux derniers chapitres du livre d'Esdras est tellement étroit, qu'on ne peut les séparer; la suite des faits exige leur liaison et par conséquent leur attribution à un seul auteur, qui est Esdras lui-même. Le commencement du livre, I, l-iv, 7, peut légitimement être atlribué au même écrivain que la seconde partie. La ressemblance du style autorise cette attribution, car on remarque dans ces premiers chapitres des expressions qui sont particulières à Esdras. Ainsi kefôr, « coupe, » ne se lit que I Esdr., i, 10; vm, 27, et I Par., xxviii, 17; niStevàn, « lettre, » I Esdr., iv, 7, et vu, 11. Les autres parties sont ou des documents officiels ou des récits antérieurs, qu'Esdras a insérés dans sa propre narration. 11 est donc l'auteur de la majeure portion du livre et le rédacteur de l'ensemble. Les critiques rationalistes confirment à leur façon cette conclusion , quand ils rapportent la rédaction définitive des Paralipomènes, d'Esdras et de Néhémie au chroniste de Jérusalem. Les commentateurs catholiques tiennent, en effet, Esdras pour l'auteur des Paralipomènes. La ressemblance des deux écrits prouve la communauté d'origine. Si les rationalistes rabaissent la date de la composition des Paralipomènes et d'Esdras, c'est pour la faire concorder avec leur hypothèse de l'origine tardive du
ESDRAS (PREMIER LIVRE D'
Pentateuque. Ces livres connaissent le Pentaleuque ; ils lui sont donc postérieurs. Les arguments particuliers tirés de la liste des grands prêtres seront réfutés à l'article Paralipomènes. A ceux qui objectent que la chronologie admise par les rabbins fait descendre Esdras à l'époque d'Alexandre le Grand, on peut opposer à bon droit que l'ensemble des docteurs juifs la font remonter au temps de Zorobabel. On peut aussi reconnaître peu de valeur à celle chronologie, qui ne comptait que cent douze ans depuis la destruction de Jérusalem jusqu'au commencement de l'ère des Séleucides. Le livre d'Esdras a vraisemblablement été terminé peu après les événements qu'il raconte. Or il finit brusquement par l'affaire de la rupture des mariages mixtes, qui eut lieu la septième année du règne d'Artaxerxès , c'est - à - dire en 459 avant notre ère. 11 parait certain du moins que l'ouvrage a été composé avant l'arrivée de Néhémie à Jérusalem, la vingtième année du même règne, selon la computation ordinairement reçue; car Esdras n'aurait pu omettre une circonstance si importante, si elle s'était déjà produite lorsqu'il écrivait.
VI. But de l'auteur. — Esdras ne s'est pas proposé d'écrire sa propre biographie, car il donne à peine quelques délails sur sa famille et ses antécédents. 11 ne parle de lui-même qu'à l'occasion du rôle qu'il a joué dans la restauration de la communauté juive à Jérusalem. Il ne \eiil pas davantage faire l'histoire générale et politique de son temps, pas même l'histoire complète du judaïsme à cette époque. 11 n'en raconte que de simples épisodes, en se plaçant exclusivement au point de vue religieux. Son plan est donc intentionnellement limité à deux ordres de faits, au rétablissement et à la réorganisation du culte mosaïque à Jérusalem après le retour de la captivité. Ce but explique la reproduction intégrale des décrets royaux qui autorisaient celte restauration, le silence de l'auteur sur les événements qui se sont passés pendant près de soixante ans, et l'importance donnée à des faits particuliers et à des questions de détails, qui sciaient petits et mesquins dans nue histoire générale. Relati iiiii'iil a la réorganisation du culte en conformité avec la loi mosaïque, tout ce qui concerne les prêtres et les lévites, les fêtes et les femmes étrangères, devienl intéressanl et attire l'attention de l'écrivain. J.-P.-P. Martin, Introduction à la critique générale de l'Ancien Testament. De l'origine du Pentateuque, Paris, 1887-1888, t. il, p. 23-25.
Le but d'Esdras, en écrivant le livre qui porte son nom, était le même que celui qu'il avait eu en vue en composant les Paralipomènesi Ici, Esdras avait voulu stimuler le zèle de ses contemporains en faveur du Temple à reconstruire et du service divin à rétablir, et il avait rapporté dans ce dessein l'exemple des anciens et le souvenir des promesses et des bénédictions de Dieu relatives à son culte. Là, il rappelle dans quelles circonstances historiques et de quelle manière la religion nationale et l'état social des Juifs ont été restaurés; il consigne pour la postérité' ce qu'ont l'ait les exilés, de retour dans la patrie, en faveur de cette restauration; il énumère les familles rapatriées et montre comment Dieu reste fidèle à ses engagements. La captivité de Babylone était une juste punition des péchés de Juda; mais elle n'a pas interrompu le cours régulier des bénédictions de Jéhovah sur son peuple. Dieu, par la bouche de Jérémie, avait prédit qu'elle prendrait lin un joui-, et cette consolante prédiction a reçu son entier accomplissement. Dieu n'avait donc pas rejeté Israël; il ne l'avait pas non plus abandonné pour toujours. Si à l'avenir les Juifs restent fidèles à Jéhovah, ils jouiront des promesses faites à leurs ancêtres. Les rois étrangers eux-mêmes concourent à réaliser, quand l'heure est venue, les desseins de Dieu sur son peuple, et les pieux Israélites qui ont travaillé à la réorganisation de leur religion ont heureusement surmonté tous les obstacles qu'on leur opposait, et ils
ont mené à bonne fin la grande entreprise dont la Providence les avait chargés. Jéhovah continue donc à protéger Israël, pourvu que de son côté le peuple soit fidèle à observe! la volonté de son Dieu.
VIL Autorité historique du livre. — Le premier livre d'Esdras se composant en grande partie de documents officiels, de firmans des rois de Perse, de rapports de satrapes ou gouverneurs, de généalogies et de listes publiques, a généralement été tenu pour exact et véridique. Les relations qui reproduisent ces documents proviennent de témoins oculaires, dont la véracité n'est pas ordinairement contestée. D'ailleurs il existe entre elles et les renseignements certains que nous possédons sur l'histoire des Perses à cette époque une concordance complète. Voir CïRUS et Darius Ier, t. n, col. 1191-1191 et 1299-1306; Artaxeuxés Ier et Artaxerxès II, t. i, col. 1039-1043- Cependant les critiques rationalistes ont contesté récemment le caractère historique de bien des faits racontés dans ce livre.
1° L'edil de Cyrus pour la liberté d'Israël et la reconstruction du Temple, ordonnant de restituer les vases sacrés que Nabuchodonosor avait fait enlever, est, dit-on, apocryphe. On l'a inventé d'après Isaïe, xliv, 2S, et on a imaginé que le fondateur de la monarchie persane avait donné à Zorobabel la mission de rebâtir le Temple. Koslers, llel llerstel van Israël in hel perzische tijdvak, Leyde, 1894, p. 30-32; Renan, Histoire du peuple d'Israël, t. III, Paris, 1891, p. 518-519. — Les historiens peignaient Cyrus comme un monothéiste rigide, un sectateur sévère du zoroastrisme, un ennemi implacable des idoles. Or, dans les inscriptions de Babylone qui le concernent, Cyrus ne dit pas un mol d'Ahura-.Ma/.da, le dieu suprême des Perses; niais par application d'un principe politique tout à fait opposé à ceux des monarques assyriens cpi'il remplaçait, il reconnaît l'autorité et la protection des dieux des peuples vaincus. Si donc Cyrus honorait Bel, Nébo, et rétablissait le sanctuaire de Mardtik, il pouvait à plus forte raison honorer Jéhovah, l'unique Dieu des Juifs, reconnaître qu'il avait reçu des ordres de lui et concourir au rétablissement de son culte. 11 nous apprend aussi qu'il assembla les peuples tributaires et les lii retourner dans leur pays. Celte affirmation confirme suffisamment le récit d'Esdras et rend plus vraisemblable le
fait que Cyrus mit lin à la captivité des Juifs et les autorisa a ni. aniiei dans leur patrie. Sayee, La lumière nouvelle, trad. franc., Paris, 1888, p. 193-205; Vigoureux, Lu Bible ri 1rs découvertes modernes, 0e édit., Paris, 1896, t. iv, p. 404-419.
2° M. Kosters, professeur à Leyde, llel Herstel van Israël, p. 19-25, a été plus loin et a prétendu que le retour des Juifs dans leur patrie sous le règne de C\ rus était une pure fiction. Selon lui, Zorobabel et le grand prêtre Josué n'ont jamais été a Babylone, et les Juifs qu'ils Commandaient n'étaient pas des captifs rapatriés, mais le- descendants de.- habitants de la Palestine qui n'avaient pas ele transportés hors de leur pays par Nabuchodonosor. Le critique néerlandais appuie ses affirmations sur les prophètes Aggée et Zacharic, qui ne considèrent pas Zorobabel et Josué comme les chefs d'une émigration, ni le peuple qui les entoure comme une colonie revenue en Palestine, mais connue un reste du peuple juif, comme la population qui n'avait jamais quille le pays. Agg., i,2, 1-2, 14; h, 2,14; Zach., vm, 6, 11 et 1-2. Mais les expressions le peuple, ce peuple, peuvent de soi s'appliquer aussi bien au peuple revenu de l'exil qu'à la population qui était restée dans le pays. De l'ail, elles désignent, Neh., vin, 3, 5, etc.; x, 35, la communauté des rapatriés, et la caravane d'Esdras est indiquée, Esdr., X, 1, comme une partie du peuple. L'expression le reste ,l:i peuple convient aux Juifs, emmenés en captivité, 1 Esdr., ix, 13-15; II Esdr., vu, 72, .1er., XXIII, 3; XXXI, '/'• Quant au peuple île la terre, auquel s'adressent Aggée, il, 4, et Zacharie, vu, 5, ce n'est pas la population païenne
ESDRAS (PREMIER LIVRE D'
établie en Palestine, mais ce sont ou bien les Juifs de la province en opposition aux habitants de Jérusalem, ou bien les hommes du peuple, distincts des princes et des prèlres. Du reste, la mission d'Aggée (voir t. i, col. 266- 267) et de Zacharic fut d'encourager les captifs, revenus de Babylone, à relever le Temple de Jérusalem. A. van Hoonacker, Nouvelles études sur la restauration juive , Louvain, 1896, p. 66-91.
3° On a attaqué l'exactitude de la liste des exilés revenus à Jérusalem avec Zorobabel. I Esdr., ri, 1 -07. Si on la compare avec la reproduction qui en est faite 11 Esdr., vu, 6-09, et III Esdr., v, 7-43, on trouve de nombreuses divergences de détail. — On a eu recoins à diverses hypothèses pour expliquer ces divergences Plusieurs interprètes, avec dom Galmet, Commentaire littéral de. la Bible, 2» édit., Paris, 1724, t. m, p. 286, ont pensé que la première liste avait été dressée à Babylone, avant le départ, et que la seconde comprenait en outre ceux qui étaient revenus plus tard avec Néhémie. Mais comme la somme totale est dans les trois listes de 42360, le dénombrement doit être le même. Lis différences portent donc sur les chiffres partiels, qui, additionnés, donnent des résultats inégaux et inférieurs au total commun aux trois livres. La solution la plus simple consiste a attribuer ces divergences partiellement aux auteurs, qui n'auraient pas indiqué nommément toutes les familles qu'ils comprennent dans le tolal général, et partiellement aux copistes, qui ont fait des omissions ou mal transcrit des chiffres. — Il faut résoudre de la même manière l'objection tirée de la différence des deux listes de dons faits au Temple. 1 Esdr., H, 68 et 69; II Esdr., vu, 70-72. L'erreur de copie est facile dans la transcription des chiffres. A. van Hoonacker, Nouvelles études sur la restauration juive, p. 38-40.
4° On a relevé une contradiction entre I Esdr., m et v au sujet de la construction du Temple. Elle a commencé, prétend -on, la seconde année de Darius. I Esdr., v, 2. Par suite, le chap. m, d'après lequel les fondements auraient été posés sous Cyrus, n'a aucune autorité historique. Kosters, Het Ilerstel van Israël, p. 5-15. — Le récil d'Esdras se développe cependant suivant une marche bien régulière. Il nous apprend que les travaux, commencés sous le règne de Cyrus, furent interrompus par ordre d'Artaxerxès , et repris sans autorisation royale, la seconde année du règne de Darius. Pour constater une contradiction dans ce récit, il faut confondre la fondation du Temple avec le commencement de la construction des murs extérieurs au-dessus du sol. S'il est dit, I E-dr., v, 2, qu'on commença à bâtir le Temple de Dieu, ce commencement ne doit pas s'entendre de la pose des fondements, mais du début de la construction des murs. A cette reprise des travaux, on commença, en un sens très juste et très rigoureux, à bâtir la maison de Dieu. A. van Hoonacker, Nouvelles études, p. 19-23. — Mais le même critique néerlandais prétend que les prophètes Aggée, n, 15-19, et Zacharie, vm, 9, attestent clairement que les travaux du Temple ne furent inaugurés qu'en la seconde année du règne de Darius Ier. La prétention n'est pas fondée. II est certain, en effet, qu'Aggée, n, 15-18, invite le peuple à considérer attentivement ses misères passées. Par conséquent, quand il parle du jour où le Temple fut fond.', il l'entend d'un jour antérieur à la date de sa prophétie, d'un terme fixé à distance dans le passé, pour servir de point de départ à ses considérations des épreuves endurées depuis lors. Quant à Zacharie, vin. 9. il établit une antithèse entre les jours de la restauration du royaume et l'époque des pères, entre les bénédictions de l'époque actuelle, qu'il fait commencer à la pose des fondements du Temple, et les châtiments de la période de l'exil; mais il ne fixe pas la date de la fondation du Temple à l'époque même où il parlait. Le récit d'Esdras relativement a cette date n'est donc pas en opposition avec le témoignage du prophète Zacharie. A. van Hoo-
nacker, Zorobabel et le second Temple, Gand , 1892, p. 58- 103, et Nouvelles éludes sur la restauration juive, Louvain, 1896, p. 104-138.
5° Le caractère historique du récit chaldéen, inséré par Esdras, iv, 6-23. est suffisamment garanti par ce qui a été dit aux articles Asé.naphar, t. i, col. 1080-1082: Assuérus, col. 1141-1142; Apharsachéln- et Apharsataciiéens, col. 722-724; Erchiéens, col. 1906.
6° Enfin, au jugement de Uenan, Histoire du peuple dMsraêl, t. iv, Paris, 1893, p. 96-100, la seconde partie du livre d'Esdras, qui raconte le rôle de ce fameux scribe dans la restauration de Juda, n'est qu'une légende, inventée de toute pièce, d'après de prétendus Mémoires d'Esdras, par la réaction sacerdotale et lévitique qui se produisit après la mort de Néhémie. On trouva d.ui^creux qu'un laïque ait eu une pareille influence, et on voulut qu'un scribe de famille sacerdotale ait contribué pour une part au moins égale à la grande œuvre de la restauration juive. On créa le rôle d'Esdras, parallèle à celui de Néhémie, et les Mémoires de Néhémie servirent de modèle. Renan ne donne pas d'autre raison positive de son hypothèse que le silence de Sirach, Eccli., xlix, 13-15, qui ne connaît que Zorobabel, Josué et Néhémie, L'omission d'Esdras dans ce catalogue des personnages qui ont illustré l'histoire d'Israël est certainement étonnante. On ne peut guère supposer qu'Esdras ait pu être ignoré d'un écrivain qui connaissait Néhémie. M. Loisy, Histoire du canon de l'Ancien Testament, Paris, 1890, p. 14, répond n que le rôle historique d'Esdras n'avait pas jusqu'alors été exagéré par la légende, et que la figure de Néhémie dominait encore celle du fameux scribe dans le souvenir traditionnel ». Quant à la réaction sacerdotale contre l'élément laïque qui aurait opéré la restauration de Juda, elle n'a existé que dans l'imagination de Renan, et rien dans l'histoire juive ne la justifie.
VIII. Autorité divine du livre. — Le premier livre d'Esdras a été reconnu comme sacré sans aucune contestation par les Juifs et les chrétiens. Les autres écrits de l'Ancien et du Nouveau Testament ne le mentionnent pas explicitement. De l'avis de quelques critiques, il serait désigné, II Mach., H, 13, par ces mots : y.-A Iichtto- ).i; f3a<nXéo)v ttiv. àvaôeactTwv. M. us i les épitres des rois touchant les offrandes » sont plutôt une collection de lettres émanées des rois de Perse, collection d'un caractère purement profane, dans laquelle Esdras a pu prendre les documents épistolaires qu'il a insérés dans son livre. Loisy, Histoire du canon de l'Ancien Testament, p. 15; Gillet, Les Machabées, Paris. I.SS4, p. 215; Trochon, Introduction générale, t. i. Paris, 1886, p. 108. C'est donc uniquement la tradition juive et chrétienne qui établit la canonicité de ce livre. Or la tradition n'a jamais émis le moindre doute à ce sujet, et aucun canon il
tant de l'Ancien Testament n'a omis volontairement ce livre. L'omission du canon de Mommsen (voir col. 152) est certainement due à une distraction du scribe.
IX. Lanule et texte de ce LIVRE. — 1° La majeure partie du texte original a été écrite en hébreu, I, l-iv, 7; vi, 19-22; vu, 1-11; vu, 27-x, 44. L'hébreu d'Esdras ressemble à la langue des écrits de la captivité; il est cependant plus pur que celui d'Ézéchiel, et il présente moins d'anomalies grammaticales. Il contient des aramaïsmes, provenant du mélange des deux langues hébraïque et chaldaïque. Une partie du livre est du reste rédigée en chaldéen. Ce sont des documents officiels, iv, S -22; v, 6- 17; vi, 6-12; vu, 12-20, et le récit de la construction du Temple, IV, 23-vi, 18. D'après Renan, Histoire du peuple d'Israël , t. IV, Paris, 1893, p. 3, note, le passage de l'hébreu à l'araméen et le retour à l'hébreu n'ont pas de signification critique. Comme pour le verset araméen de Jérémie et pour la partie araméenne de Daniel, c'est là un simple accident de copiste, qui a pris le targum au lieu de l'original. Le livre aurait donc été écrit tout entier en hébreu, et les parties chaliftennes actuelles