‹ Dictionnaire de la Bible (volume 2)Chapitre 330 sur 486 · IL L'ÉVANGILE PRÊCHÉ AVANT QUE D'ÊTRE ÉCRIT · texte numérisé non relu

IL L'ÉVANGILE PRÊCHÉ AVANT QUE D'ÊTRE ÉCRIT

Les diverses significations du nom d'Évangile, appliqué à la vie et à la doctrine de Jésus -Christ, correspondent au développement du christianisme et suivent le cours des événements. L'Évangile ainsi entendu a été prêché avant que d'être consigné par écrit. Jésus avait répandu sa doctrine de vive voix, et il allait à travers la Palestine, prêchant son Évangile. Matth., iv, 23; ix, 35; Marc, I, li. 11 avait annoncé que sa doctrine, serait répandue dans le momie entier, Matth., xxiv, 14; xxvi, 13; Marc . XIII, 10; XIV, 9, et il avait confié à ses Apôtres la mission de la répandre. Marc, xvi, 15. Ceux-ci remplirent la charge qui leur avait été donnée et se mirent à prêcher dès le joui de la Pentecôte. Leur prédication avait un objet bien déterminé; elle portait sur la vie terrestre de Jésus, ses discours, ses miracles, ses souffrances, sa mort, sa résurrection et son ascension. Act., v. 12; vin, 5; ix, 20; xi, 20; xvu, 1*; xix, 13; I Cor., i, 23; xv, 12; II Cor., i, 19; iv. .">; xi, i; l'iiil., i, 15. Leurs récits sur les événements historiques de la vie de Jésus avaient une grandi autorité, parce qu'ils provenaient de personnes qui avaient elles-mêmes connu Jésus, avaient vécu dans son entoui avaient été les témoins oculaires des faits racon tés. Luc, i, 2; Joa., i, IV; xix, 35; xxi, 24; Act., 1,3,9; II l'etr., i, 16; 1 Joa., i, 1. Aussi lorsqu'on choisit un apôtre pour remplacer Judas, saint Pierre exige que l'élu ait suivi Jésus dès le début de son ministère et ait été témoin 'le --.i résurrection. Act., i, 21 et 22. Quand les Juifs voulurent interdire la parole publique aux Apôtres, ils leur défendin ni de parler de la personne de .1

de sa doctrine Act., iv, 17 et 18; v, 10. La prédication ie avait donc peur objet l'histoire et l'enseigne

nient de Jésus. Les prédicateurs insistaient sur les faits principaux de cette histoire, sur la résurrection de Jésus, Act., h, 32; iv, 33; x. M; xm, 30. 34, 37; xvu, 3, 18; IITim.,11, 8; l Petr.,i, 3; m, 21, qui avait une si grande importance comme base de la foi et par rapport a notre propre résurrection, I Cor., xv, 12-28; sur ses souffrances et sa mort, Ad., ni, 18: xvu, 3; Rom., v, 9; I Cor., i, 13, 23; il, 2; xv, 3; llebr., xm, 2; 1 Petr.,

n, 21; m, 18; iv, 1. Ils choisissaient sans doute parmi les autres faits dont ils avaient été les témoins, et ils répétaient les paroles qu'ils avaient entendues de la bouche du Maître. Cf. Kaulen. Einleitung in die heilige Schrift, 2e édit., Fribourg-en-Brisgau, 1887, p. 374-375. Ce ne fut que plus tard qu'ils éprouvèrent le besoin de fixer par écrit l'enseignement de Jésus et l'histoire de sa vie. Le Maître, en effet, qui leur avait ordonné de prêcher, n'avait pas commandé d'écrire, et la foi en lui consistait à croire ce qu'on avait entendu rapporter de sa parole. Rom., x, 17. Quand, pour l'instruction des fidèles, on écrivit l'histoire de Jésus, on consigna la prédication apostolique et la tradition orale. Saint Luc. 1,1 et 2, nous apprend que « plusieurs avaient mis la main à ordonner le récit des choses qui se sont accomplies parmi nous, d'après la relation qu'en faisaient ceux qui dès le commencement les avaient vues de leurs propres yeux et avaient été les ministres de la parole ». Que ces Essais soient les Évangiles antérieurs à celui de saint Luc, ou seulement leurs sources écrites, il reste certain que les Évangiles reproduisent la prédication primitive des Apôtres et les souvenirs des témoins oculaires des faits racontés. Ils ont dès lors la valeur historique de documents émanant d'auteurs exactement renseignés et publiés peu après la réalisation des faits qu'ils rapportent. Cf. P. Batiffol , Six leçons sur les Évangiles, 2e édit., Paris, 1897, p. 27.

III. Titres des Évangiles. — L'Église n'a admis au canon des livres inspirés que les quatre récits de la vie et de la prédication de Jésus qui avaient pour auteurs des Apôtres, ou qui au moins avaient été garantis par l'autorité des Apôtres. La tradition ecclésiastique attribue la composition de ces quatre écrits aux auteurs dont ib portent le nom dans leurs titres, à saint Matthieu, à saint Marc, à saint Luc et à saint Jean. Dans les articles consacrés à chacun de ces Évangiles, on trouvera la démonstration de cette attribution. Disons seulement que les titres qui sont placés en tête des Évangiles dans les Cibles grecques et latines : Ejaïyi'/iov xavit Marfaïov, xanl Màpxov, xoreà Aouxîv, xarà 'Ia>âvv»)V : Evangelium secundum MaUhxum, secundum Marcum, secundum Lucum, secundum Joanneni, ne sont pas originaux ; car les anciens, et en particulier les Orientaux, n'avaient pas coutume de mettre leurs noms dans le titre de leurs ouvrages. S. Chrysostome, In Rom. homil. /, t. lx, col. 395. Toutefois ces titres remontent à la première moitié du ne siècle. Cf. A. Harnack, Die Chronologie der altchristhchen Lilteratur bis Eusebius, Leipzig, 1897, t. I. p. 682. Ils ont été de bonne heure d'un usage très répandu, et ils sont d'un emploi courant dans les œuvres de saint lune, C.,,,,1. hseres., I. xxvi, 2. t. VU, col. 687; I. XXVII, 2. col. 688; III, xi, 7, col. 844; III, xrv, l, col. 916. Le Canon de Muratori reproduit celui du troisième Évangile: Tertio Evangelii librum secundum Lucani. Clément d'Alexandrie s'en sert quelquefois, Pxdag., i. S et 9. t. vm, « i et 340; Strom., i. t. vin, col. 885 et 889; Quis dives, 5, t. ix, col. 609 Tertullien les connaissait, bien qu'il ne les cite jamais, car il rejette l'évangile de Marcion, parce qu'il n'a pas île titre; l'hérésiarque n'a pas osé l'attribuer a un auteur. Cont. Marcion., iv. 2, t. u, col. 363. Ils avaient passé avec leur tonne grecque dans les écrits latins. Saint Cyprien citait les textes évangéliques en les faisant précéder de l'indication râla Matn, Testimon., I, xvm, t. iv, col. 688; cala Joannem, Teslim., I, xu, col. 683. Cf. De rebaptismale, ix, t ni, col. 1191: De montibus Sina etSion, l.t. rv, col Firmicus Maternus, De errore prof, relig., xix et \x. t. xu, col. 1021 et 1H26; Lucifer de Cagliari, De non par- . t. XIII, col. 9SS; Priscillien, Liher de fuir et de apocryphis, édit. Schepss, dans le Corpus scriptorum ecclesiasticoruin latiiwrum, t. xvm, Vienne, 1889,

S. Augustin, Cont. epist. Manichxi, ex, t. .\ n. col. 180. Ces titres se rencontrent dans les suscriptionset les souscriptions de tous les manuscrits grecs et latil

ÉVANGILES

Évangiles. Leur antiquité leur donne une grande autorité.

Toutetois on discute encore aujourd'hui sur leur signification primitive. De soi et absolument parlant, ces titres ne signifient pas nécessairement que les noms propres qu'ils contiennent désignent les auteurs des Évangiles. Ils seraient exacts, en effet, si les livres dont ils sont les titres avaient été écrits par d'autres personnages, mais d'après les renseignements et la prédication de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean. Ainsi les Pères eux-mêmes ont traité le second Évangile comme s'il était l'Évangile xatà n=TOQv, « selon Pierre, » parce que saint Marc avait été le disciple de saint Pierre, et le troisième comme s'il était l'Évangile v.xix ni-j).ov, parce que saint Luc était le disciple et le compagnon de saint Paul. Il est nécessaire d'expliquer dans ce sens général les titres d'autres Évangiles, tels que ceux-ci : E-Jcxyyé>.iov xoit' AiyuTtTiou;, xaO' 'Eopafou;, xat' 'A7t<iaTo).o'J; , qui désignent des récits évangéliques selon la recension adoptée par les Égyptiens et les Hébreux , ou composés d'après la prédication des Apôtres. Quoi qu'il en soit, ces titres indiquent en fait le nom des auteurs réels des Évangiles. Le génitif est employé dans les Canons apostoliques, c. lxxxv, t. cxxxvn, col. 211 : E-icxYY^.'« TÉaoocpa Ma-c8oîou, Motpxou, Aovxà, "Ittfdtvvou. Seul, dans l'antiquité, le manichéen Fauste concluait des titres ordinaires que les quatre Évangiles n'avaient pas été rédigés par ceux dont ils portaient les noms, mais par des écrivains inconnus,- d'après la prédication ou les notes de Matthieu, Marc, Luc et Jean. S. Augustin, Cont. Faust., xvn, 4, t. xlii, col. 342. Cf. Beelen . Grammatica grxcitatis Novi Testament!, Louvain, 1857, p. 431. Si l'antiquité chrétienne s'e^t servi de préférence de la formule dans laquelle entrait xaioi, c'est en raison de l'idée qu'elle se faisait de l'Évangile. Aux yeux des Pères, l'Évangile, quoique composé par des mains différentes, ne formait qu'un livre, qui était l'Évangile du Seigneur. Ce qui leur importait avant tout, c'était l'Évangile, la bonne nouvelle apportée aux hommes par Jésus-Christ et exprimée dans ses paroles et dans ses actes. Les noms des évangélistes indiquaient seulement pour eux la manière particulière dont cette bonne nouvelle était rapportée. Des formules qu'ils employaient ordinairement en parlant des Évangiles canoniques, on ne peut conclure qu'à leur jugement les récits évangéliques n'avaient pas été écrits par les auteurs dont ils portaient les noms. Ils marquaient seulement ainsi le caractère secondaire de la composition des Évangiles, dont la valeur principale provenait des actes et des paroles du Seigneur Jésus. Cf. Zahn, Geschichte des neutestamentlichen Kanons, t. i, Erlangen, 1888, p. 164-107.

IV. Date des Évangiles. — On ne peut préciser la durée exacte du temps écoulé entre le début de la prédication apostolique et l'apparition du premier Évangile écrit. Sans parler des essais d'Évangiles auxquels saint Luc, i, 1, fait allusion et qui sont perdus, ni des sources primitives que les critiques modernes pensent découvrir à la base des Évangiles canoniques, ceux-ci n'ont pas paru ensemble ni au même temps ni au même lieu. La date de leur apparition ne peut être fixée d'une manière certaine, et il est impossible de dire l'année précise de leur composition. Les exégètes catholiques la déterminent d'une façon approximative à l'aide de quelques données fournies par les anciens écrivains ecclésiastiques et des indices que présentent les Évangiles eux-mêmes. Les critiques rationalistes s'attachent de préférence aux critères internes, et afin de diminuer la valeur du témoignage apostolique sur Jésus, témoignage consigné par écrit dans les Évangiles, ils rabaissent le plus qu'ils peuvent la date de la publication de ces derniers. C'est l'école de Tubingue qui est allée le plus loin dans cette voie. Elle regardait les Évangiles comme les manifestes des partis opposés qui divisaient les chrétiens primitifs, et elle plaçait leur apparition au IIe siècle seulement. Mais les critiques libéraux eux-mêmes ont abandonné les prin-

cipes insoutenables des docteurs de Tubingue, et ils ont reconnu que les trois premiers Évangiles au moins appartenaient à la seconde moitié du Ier siècle. La réaction contre les hardiesses de la critique s'accentue de plus en plus, et Harnack, Die Chronologie der altchristlichçn, Litleratur bis Eusebius, Leipzig. 1807, p. 651-655, aboutit à des conclusions de plus en plus conformes à la tradition ecclésiastique. Cf. P. Batiffol, Anciennes littératures chrétiennes, La littérature grecque, Paris, 1897, p. 30-32. Le tableau suivant reproduit les dates que les principaux critiques rationalistes ont attribuées aux Évangiles. Si on les compare avec celles qu'admettent généralement les exégètes catholiques, on constatera d'un seul coup d'œil la tendance progressive à se rencontrer.

Matthieu.

Marc.

Luc.

Jean.

Baur, 1847. . . .

vers 150

Volkmar, 1870. .

vers 100

Hilgenfeld, 1863

et 1875

vers 70

vers 100

Keim, 1867. . . .

vers 66

vers 90

vers 68

vers 120

vers 90

vers 130

Renan, 1877. . .

vers 81

vers 125

Holtzmann, 1885.

vers 67

vers 68

vers 95

Julicher, 1891. .

après 100

Réville, 1897. . .

à peu d'i

ntervalle.de 98 à 117.

Harnack, 1897. .

Batiffol, 1897. . .

av. Matthieu

Cornely, 1886. . -

vers 60

V. Diffusion et acceptation officielle des Évangiles canoniques. — 1° Durant l'âge apostolique. — N'ayant pas paru ensemble ni au même temps ni su même lieu, les Évangiles ont été connus dans les différentes Églises plus ou moins vite, et dès leur apparition ils se sont répandus séparément. Leur connaissance a été successive et leur propagation graduelle. Ils n'ont pas formé tout de suite un tout et une collection unique. Le recueil complet n'a pu exister qu'après la composition du dernier Évangile et par la communication mutuelle que les Églises se faisaient des écrits apostoliques. Mais nous n'avons pas de preuve directe que cette communication se soit faite aussitôt après la réception de chaque Évangile, par les soins ou les ordres des Apôtres. II plane nécessairement, faute de documents, quelque obscurité sur les premiers temps de la transmission des récits évangéliques. Cependant ces écrits se rendent un témoignage réciproque. Saint Luc, i, 1, a connu de nombreux i écits de la vie mortelle de Jésus. L'autorité des deux premiers Évangiles serait confirmée parla, s'il était certain que saint Luc ait eu en vue les œuvres de saint Matthieu et de saint Marc; mais il n'est pas sur qu'il les ait visées et qu'il se soit prononcé sur leur valeur. En dehors de ce témoignage, il semble résulter, de la comparaison des textes, que saint Luc a employé le second Évangile, et il existe entre les trois premiers un lien étroit, dont nous aurons plus loin à déterminer la nature. Le quatrième Évangile , par la manière dont la narration présente certains personnages, par exemple, Jean-Baptiste, i, 29 et 35, non encore mentionnés, suppose de la part de son auteur et de ses destinataires la connaissance d'autres récits évangéliques. Du témoignage de Papias, que nous rapporterons plus loin, il ressort que l'apôtre Jean connaissait les Évangiles de saint Matthieu et de saint Marc. Cet évangéliste ne cite pas, il est vrai, ses prédécesseurs; mais il complète leurs récits sans les critiquer jamais; il les approuve ainsi, au moins d'une façon indirecte. Nous pouvons donc en conclure que les copies de ces deux premiers Évangiles et probablement aussi celles du troisième circulaient déjà, avant la mort de saint Jean, dans les communautés chrétiennes parmi lesquelles s'était exercée L'influence de cet apôtre. Il est permis de penser que l'autorité des fon-

ÉVANGILES

dateurs d'Églises et de leurs principaux collaborateurs avait contribué à établir le crédit des trois premiers Evangiles canoniques et avait favorisé leur diffusion, qui s'est laite rapidement, étant donné les conditions relativement assez faciles dans lesquelles elle s'effectuait. Cf. Loisy, Histoire du canon du Nouveau Testament, Paris, ÎS'JI, ■ il. 13-14.

2' De 00 à 130. — Cette période de la transmission des Évangiles dans l'Église est la plus importante et la plus obscure. On ne trouve pas dans les écrits de ce temps des citations formelles et textuelles des Évangiles. L'habitnde de mentionner le nom de l'ouvrage et de l'auteur n'était pas universelle, et les paroles du Seigneur, rapportées parles écrivains ecclésiastiques, ne correspondent exactement au texte d'aucun de nos Évangiles actuels. Elles semblent être la fusion de différents passages de -.dut Matthieu et de saint Luc. 11 faut donc recueillir les moindres indices et de simples allusions. Toutefois de 1 ensemble des délails il résulte une conclusion nette et ferme, c'est qu'aussi loin que nous puissions remonter dans la littérature chrétienne, nous trouvons des traces des Évangiles. Les plus anciens documents patristiques rendent témoignage aux écrits évangéliques et attestent, unis allons le constater, leur existence et leur caractère d'ouvrages inspirés. — L'épitre que l'Église romaine adressa à l'Église de Corinthe, et qui est connue sous le nom de première épitre de saint Clément aux Corinthiens ('.13-95), ne contient aucune citation expresse des Évangiles. Elle rapporte des paroles du Seigneur qu'un retrouve en propres termes ou avec des variantes plus ou moins considérables dans les trois premiers Évangiles. I Cor., xni, 2, l'unk. Opéra Patrum apostolicorum , 2e édit., Tubingue, 1887, p. 78, reproduit dans l'ensemble Matth., v, 7 ; vi, 1 1; vu. 1-2, 12, avec des détails qui se rapprochent de Luc, VI, 31, 37-38, et de Mare., iv, 24-25. 1 Cor., xlvi,8, p. 120, combine Matth., xxvi, 24 avec Luc, xvii, 2. I Cor., xv, 2, p. 78, cite Is., xxix, 13, en s'écartant du texte des Septante et en se conformant à la leçon de Matth., xv, 8, et de M.ui., vu, G. 1 Cor., xvi. 17, p. 82, fait allusion au joug du Seigneur, Matth., xi, 29-30. Pour d'autres allusions du même genre, voir Y Index locorum S. Scripturse de Funk, p. 568. L'écrivain a donc, semble-t-il, combiné différents passages des trois premiers Évangiles, qu'il citait de mémoire et '.'ii les modifiant. Zahn, Geschichte des neutestamentlichen Kanons, t. i, 2. Erlangen et Leipzig, 1889, p. 916-920, en conclul que saint Clément a reproduit textuellemenl un Évangile qui ne nous est pas parvenu, et

qui combinait les i les du Seigneur citées en divers

endroits des trois premiers Évangiles canoniques. La conclusion n'est pas fondée, car saint Irénée et Théophile d'Antioche ne sont guère plus précis que Clément de Rome et les Pères apostoliques dans leurs citations évangéliques. Or Zahn reconnaît sans difficulté que les premiers connaissaient nos Évangiles actuels. Il n'y a pas de raison de prétendre que les autres ne les connaissaient pas, du moment que les testes qu'ils allèguent comme paroles

du Seigneur se rel yent, avec quelques différences

d expression, dans les Évangiles canoniques. On peut donc penser qu'ils en onf extrait ces textes, mais en les citant

■ el avi i grande liberté d'allure. Les rap-

prochemi ni i Onstatés entre l'épitre de saint Clément et le quatrièm (voir Funk, Index, p. 508-509) ne permettent pas de conclure à un emprunt direct. Zahn, i, 2, p. 907-908. Il n'y a en cela rien d'étonnant. L'Evangile de sainl Jean, composé en Asie, vers 96 ou 97, pouvait bien n'être pas encore connu a Home a la même époque. Toutef us les rapprochements d idées et d'expresi u\ écrits suffisent à établir que le fond doctrinal du quatrième Evangile appartenait à renseignement connu lis Apôtres. — La Aiôa/r, cûv BiiSexa

'AnooriXwv, découverte en 1883, et rapportée, sinon a la

fin du i" siècle 80 100 .du moins au con ncement

du ii sic. le (vers l'an 110), cite, xv, 3, Funk, Doclrina

duodecim Apostolorum, Tubingue, 18S7, p. 44, l'Évangile, m; s/ete Iv ?râ eù^yy^'V' tomme un livre ou une collection déterminée. Or la plupart des citations ou des emprunts évangéliques se rapportent à saint Matthieu. Funk, ibid., Prolegomena, p. xlii-xliii, et Index locorum S. Scripturse, p. 106. On y rencontre aussi des allusions au texte de saint Luc, p. 107; en deux passages mêmes, i, 3, et xvi, 1, p. 6 et 46, les leçons de saint Luc sont mêlées à celles de saint Matthieu. Zahn, Geschichte des neutestamentlichen Kaixons, t. i, 2, p. 925-932, et Ilarnack, Lehre der zwôlf Apostel , dans Texte und Untersuchungen, t. n, 1, Leipzig. 1884, p. 69-79. en ont conclu que l'auteur employait un Évangile de Matthieu complété par Luc. une sorte d'harmonie évangélique de ces deux récits. Cf. G. Woblenberg, Die Lehre der 1;' Apostel in ihrem Verhâltnis zum neutestamentliches Schriftl 1888, p. 2-56 Cette conclusion n'est pas nécessaire , car les combinaisons de textes et les variantes des citations s'expliquent suffisamment par le rôle de la mémoire, qui confond et mélange des leçons diverses. Certaines parties des prières eucharistiques, ix-x. Funk, p. 25-31, sont apparentées à saint Jean, xv-xvn. Il n'y a pas emprunt direct au quatrième Évangile, mais seulement rapport des deux côtés avec la tradition orale et eucharistique. Cf. Harnack, p. 79-81; Woblenberg, p. 56-S6; Zahn, i, 2, p. 909-912. L'absence de citations formelles du quatrième Évangile ne prouve pas qu'il n'était pas connu alors dans le milii a

Alexandrie, Palestine ou Syrie) où se produisit la AiSa/r,, car le contenu de cet Évangile a peu de rapports avec les conseils pratiques qui font l'objet principal de l'ouvrage. i Quant à saint Marc, la médiocre étendue des parties qui lui sont propres fait qu'il est rarement cité, ou plutôt qu'on est rarement sur qu'il ait été employé. » A. Loisy, Histoire du canon du Nouveau Testament, p. 23. — L'Épître attribuée à saint Barnabe est de peu postérieure à la Ai8oc-/ïi; on la rapporte aux années 96-98 ou au plus tard à 130. Elle a été connue seulement dans le milieu alexandrin. Son auteur a fait des emprunts ou des allusions au texte de saint Matthieu : v, V, Funk, Opéra Patrum apostolicorum, t. i, p. 14, Matth., ix, 13; vu, !>, p. 24, Matth., xxvii, 28-30; xu, 10, p. 40, Matth., xxn, IV. Un passage de cet Évangile, xxn, 14, est cité, iv. !'i, p. 12, comme Écriture. On a prétendu, il est vrai, que la citation était prise de IV Esdr., vm, 3. Mais la différence des textes contredit cette prétention, car le livre apocryphe n'a pas le mot important xXt)to(. Credner a supposé ensuite que la formule Sicut scriptum est étail une addition du traducteur latin. Mais le texte grec, retrouve par Tischendorf dans le Sinaiticus, contient : ûc YÉYpzKrai. Pour atténuer la valeur de cette formule, on a observé que l'épitre de Barnabe, avi, 5, p. is, s'en servait pour introduire une citation du livre dllénoch, t. xxxix, 56. 66 et 67. De ce fait il ne résulte pas que 1 Évangile soit cité comme un écrit purement humain, mais seulement que l'auteur de l'épitre tenait le livre d'Hénoch pour inspiré. Les rapprochements entre Barnabe, XII, 5, p. 38, et Joa., m, 14; Barnabe, XXI, .', p. 56, et Joa., xu, 8, ne sont pas suffisants pour conclure que l'auteur de l'épitre connaissait le quatrième Evangile. Cf. J. Delitzsch, De inspiratione Scriptural Sacrœ qui i statueront Patres apostolici et apologetœ secundi saculi, Leipzig, 1872, p. 60-62: Zahn, i, 2, p. 900" '7 el 924-925. L'hérétique Basilide, qui enseignait a Alexandrie vers l'an 120, a écrit en vingt-quatre livres une sorte de commentaire sur l'Évangile, ù; -o vjayyiktov. Eusèbe, //. A'., iv, 7. t, xx, col. 317. D'après les Acta Archelai, ■>■>, t. x, iol, 1524, le treizième livre de ce commentaire débutait par l'explication de la parabole du pauvre Lazare et du mauvais riche, qui est un récit propre à Luc. xvi,

19-31. Huis un passage rapporté par Clément d'Alexandrie, Strom., m, I, t. vin, col. 1097-Hoo, Basilide < iplicpiait Matth., xix, 10-12. Clément, Strom., iv, 12, t. \ ni, col. 1289- 1291, reproduit encore trois passages dans les-

ÉVANGILES

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