DERBE
J. Mason Neale, A Eistory of the holy Easlern Cliurc/t . t. i, p. 39-88; H. Hagemann, Die rômische Kirche und ihr Einfluss auf Disciplin und Dogma in den ersten drei Jahrhunderten , Fribourg-en-Brisgau, IS64, p. 411-453; Th. Foerster, De doctrina et sententiis Dionysii magni episcopi Alexandrini, Berlin, 1865, et Zeitschrift fur die historicité Théologie, t. xu, 1871, p. 52- 70 ; Dittrich, Dionysius der Grosse von Alexandrien, Fribourg-en-Brisgau, 1867.
J. VAN DEN GlIEYN.
3. DENYS LE CHARTREUX, surnommé le Docteur extatique, né à Ryckcl (Belgique), de la famille de Leeuvis, en 1402, mort le 12 mais 1471. Après avoir pris ses grades à l'université de Cologne, il entra chez les chartreux de Ruremonde (li'23), et ne tarda pas à se distinguer par ses vertus monastiques, son esprit d'oraison et son amour pour l'étude. Sa réputation de sainteté et de science franchit l'enceinte du cloître, et il fut considéré comme l'oracle de ses contemporains et. la lumière de son siècle. On lui attribue plusieurs miracles. Son corps fut relevé en 1608 : le pouce et L'index de la main droite étaient sans corruption. — Les commentaires que Denys a écrits sur tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament sont remarquables par l'abondance et la profondeur des sentiments pieux, et par l'explication variée qu'il a su donner au sens littéral, mystique et moral, du texte sacré. On peut signaler entre autres ses interprétations des Psaumes, du Cantique des cantiques et de tout le Nouveau Testament. Pendant le XVIe siècle ses ouvrages eurent une grande vogue, et furent souvent réimprimés à Cologne, à Paris, à Venise et ailleurs. De nos jours, les amateurs des études sérieuses sur la Bible recherchent ses commentaires. L'ordre des Chartreux a résolu de faire imprimer ses œuvres complètes. Cette édition est en cours de publication à la chartreuse de Montreuil-sur-Mer. — Ses œuvres exégétiques sont: 1» Enarrationes in guinque ilosaicse legis libros, in-f°, Cologne, 1534, 15is et 1566; — 2° Enarrationes in libros Josue, Judicum, Ruth, Regum, Paralipomenon , in-f°, Cologne, 1535, 1552, 1577; — 3» Enarrationes in libros Job, Tobix, Judith, Esther, Esdrse , Nehemise , Machabxorum, in-f», Cologne, 1534, 1551, 1572; — 4" Commentaria in Psalmos et Cantica, in-f", Cologne, 1531, 1534, 1558; Paris, 1539, 1512, 1517, 1553, etc.; — 5° Super seplem Psalmos pœnitentiales , in-f", Cologne, 1530, 153*2; — 6° Enarrationes in guinque libros Sapientiales, in-f° et in-8», Cologne, 1533, 1536, 1539, 1555; Paris, 1541, 1548, 1549; — 7" Enarrationes in I V Prophetas majores, in-f", Cologne, 1534, 1543, 1548, 1557; — 8° Enarrationes in XII Prophetas minores, in-f», Cologne, 1533. 1539, 1549, 1568; — 9» In IVEvangelia, in-f°, Cologne, 1532, 1533, 1538, 1543; in-f° ou in-8», Paris, 1536, 1539. 1541, 1542, 1545, 1548, 1549. 1552, 1554, 1555; Venise, Lyon, etc. ; — '10° In Acta Apostolorum. In omnes utriusque Testament: libros Epilome, in-8", Cologne, 1532; — 11" In Epislolas dici Pauli, in-f» ou in-8». Paris, 1531, 1535, 1537, 1538, 1539, 1542, 1543, 1545, [548, 1551, 1555; in-8», Cologne, 1530; in-f", 1532, 1533, 1538, 1545; in-8", Venise, 1573; — 12° In Epislolas canonicas et in Apocalypsim, in-8", Cologne, 1530. Le même avec le commentaire sur les Actes des Apôtres et les hymnes du bréviaire, in-f» ou in-8», Paris, 1537, 1539, 1540, 1541, 1542. 1548, 1551, 1552, 1554, 1555; in-f°, Cologne, 1533, 1530, 1545, 1546, 1565. — 13° Les mêmes réunis avec l'explication des Épitres de saint Paul : deux tomes en un volume in-f», Paris, 1537, 1539, 1540, 1543, 1548, 1551; in-4°, Cologne, 1565; Venise, 1573, — 14" Monopanton , id est unum ex omnibus Epistolis B. Pauli ad materias cerlas contraction opusculum , Cologne, 1531; Venise, 1534; Lyon, 1547, 1549, 1555; Paris, 1551, 1631, 1642; Anvers, s. a. Traduit en français : Concorde de saint Paul avec les autres Apôtres, in- 12, Paris, 1663; et en portugais, par le chartreux D.Victor Nabantino, in-12, Napoles, 1844.
— 15° Passio D. N. J. C. juxta textum IV Evangeli-
starum piissime enarrata. Publiée avec les sermons suivants; — 16" Epislolarum ac Evangeliorum doniinicalium (cl de Sanctis) enarratio , adjunctis homiliis et sertnonibus uariis tant ad plebem quam ad religiosos, in-f°, Cologne, 1533, 1537, 1512; Paris, 1544. — Voir Dom Mougel, Denys le Chartreux, in-8», Montreuil-sur- Mer, lS'.lti. M. AUTORE.
DEPOT (hébreu : piqqàdôn, de pâqad, « confier, déposer; » Septante : jrapa6TJx7| ; Vulgate : depositum), ce que l'on confie à la garde d'un autre. — 1» Dans l'Exode, xxn, 7-13, se trouve formulée la législation concernant les dépôts, et différents cas sont prévus. — 1. Le dépôt consiste en argent ou en objets meubles. Si le dépôt disparait, c'est par le fait d'un voleur ou du dépositaire luimême. Si on trouve le voleur, celui-ci est condamné à restituer le double. Si on ne le trouve pas, le dépositaire comparait devant les juges en même temps que le possesseur du dépôt. Les juges examinent l'affaire et, s'ils le décident ainsi, le dépositaire est condamné a restituer le double, ou bien c'est le réclamant injuste qui encourt la même peine. Il n'y avait sans doute aucune condamnation, quand le dépositaire pouvait prouver qu'il avait veillé consciencieusement sur le dépôt et qu'il n'était pour rien dans sa disparition. Les Septante et la Vulgate introduisent dans le y. 8 les mots : « il jurera que... » 11 y a seulement dans l'hébreu actuel : « Le maître de la maison se présentera devant les juges, (pour que ceux-ci examinent) s'il n'a pas mis la main sur la chose de son prochain. » La phrase est elliptique, et il faut suppléer les mots placés entre parenthèses ou d'autres analogues.
— 2. Le dépôt consiste en un animal mis en garde chez quelqu'un. Si l'animal est victime d'un accident ou bien est enlevé sans témoin, le dépositaire prête serment" par .Têhovah » qu'il n'est pour rien dans l'accident ou le larcin, et l'affaire est terminée. Si l'animal a été enlevé, probablement grâce au défaut de surveillance du dépositaire, celui-ci doit réparer le dommage causé. Si l'animal a été dévoré par une bête féroce, le dépositaire en recueille les débris, pour servir de témoignage, et n'a rien à restituer. — 2» Dans le Lévitique, vi, 2, 4 (hébreu : v, 21, 23), se lit une disposition complémentaire concernant le dépôt. Celui qui trompe le prochain au sujet d'un dépôt, en se l'appropriant injustement d'une manière quelconque, doit rendre ce qu'il a gardé, avec une majoration d'un cinquième, avant de pouvoir offrir le sacrifice pour son péché. — 3° La Sainte Écriture parle une fois de dépôts. Dans le second Temple, les ressources destinées aux veuves et aux orphelins sont . , s en dépôt; et, quand Héliodore veut s'en emparer, I ! grand prêtre Simon et les autres prêtres en appellent à Dieu, qui a fait la loi sur les dépôts. II Mach., m, 10, 15. — Le serviteur de l'Évangile qui garde « enveloppée dans un linge » la mine que son maître lui a confiée, a le tort d'avoir regardé comme un simple dépôt la somme d'argent qu'il avait à faire valoir. Luc, xix, 20. — 4° Saint Paul donne le nom de « dépôt» au trésor doctrinal qu'il confie à la garde de Thnothée, II Tim., VI, 20; I Tim., i, 14, et à la somme de mérites par lesquels il a cherché à acquérir la récompense que Dieu lui tient en réserve. 11 Tim., I, 12. IL Lesëtre.
DÉPOUILLES. Voir Butin.
DERBÉ (Alp6j|), ville de Lycaonie. — Dans son premier voyage à travers la province romaine de Galatie, saint Paul, pour échapper aux persécutions dont il fut l'objet à Icône, puis à Lvstre, se réfugia avec saint Barnabe à Derbé, qui était dans la même province de Lycaonie. Act., xiv, 6, 20. Tous deux évangélisèrent cette ville et y firent de nombreuses conversions, mais ils y restèrent peu de temps. Act., xiv, 21. Dans son second
DERBÉ — DÉSERT
l::ss
voyage, saint Paul passa de nouveau par le même endroit pour affermir la foi des fidèles. Act., XVI, 1. — Le site de Derbé n'a pas été jusqu'ici déterminé d'une manière sûre. Strabon, XII, i, 4; vi, 3, la place aux confins de l'Isaurie et de la Cappadoce. Elle fit partie du royaume d'Amyntas, dernier roi de Galatie, qui s'en empara sur un célèbre chef de brigands nommé Antipater, dont elle était la principale forteresse. Strabon, ibid.; Dion Cassius, xux, 32. Elle fit ensuite partie de la province de Galatie. Dion Cassius, Lin, 26. Ptolémée, v, 6, la place avec Laranda dans un district qu'il appelle Antiochana, du nom d'Antioche de Pisidie, et qui comprenait la région située entre la Lycaonie et la Tyanitide. W. Leake, Journal of a tour in Asia Minor, in-8°, Londres, 1824, p. 101, conclut de là que cette ville était placée dans la grande plaine lycaonienne, non loin du Taurus de Cilicie, sur le versant cappadocien de Laranda, à un endroit où se trouve un monticule appelé « les mille et une églises ». Hamilton, Researches in Asia Minor, in -8°, Londres, 1842, t. n, p. 313, pense que Derbé occupait l'emplacement appelé aujourd'hui Divlé, au sud du lac Ak-Gieul. M. J. R. Stilington-Sterret, The Wolfe expédition in Asia Minor, in-8", Boston, 1888, p. 23, place Derbé entre les villages de Iiossola et de Zosta, distants l'un de l'autre de trois kilomètres environ. Les ruines de ces villages lui paraissent être celles d'une même cité ancienne. M. Ramsay, visitant la même région, en 1890., a reconnu que Bossola n'était qu'une station seljoucide, et que les ruines de Zosla sont des pierres transportées d'ailleurs. D'après lui, le seul site qui puisse correspondre à celui de l'ancienne Derbé est Gudelissin, situé à quatre kilomètres et demi à l'ouest-nord-ouest de Zosta. M. Sterret avait déjà remarqué ce monticule, qui ressemble aux tells assyriens, et où l'on trouve de nombreuses traces d'une ville ancienne; mais il avait cru à tort y voir des ruines chrétiennes. W. Ramsay, The Church and the Roman empire before HO, 3» édit., in-8°, Londres, 1894, p. 54-56.
E. Beurlier.
DERCON (hébreu: Darkôn; Septante : Aaoxwv), chef de Nathinéens, I Esdr., n, 56; le même personnage que la Vulgate appelle plus justement Darcon. II Esdr., vu, 58. Voir Darcon.
DÉSERT. Ce nom traduit dans la Vulgate quatre mots hébreux, qui, avec un sens général commun, offrent des particularités différentes, mais dont aucun ne répond à l'idée que nous représente ordinairement le terme français. Le u désert » évoque à nos yeux l'aspect de vastes plaines déroulant leurs champs arides de sables jaunes ou de pierres grisâtres, sans eau, sans verdure, sans arbres, sans l'ombre d'un être humain, sinon celle du voyageur qui les traverse rapidement. Tels le Sahara ou les déserts africains dont on aperçoit, du haut des Pyramides, les régions désolées. Ce sont des pays non seulement inhabités, mais encore inhabitables. L'Écriture ne connaît aucune de ces contrées, et la péninsule du Sinai ellemême, où le peuple de Dieu erra pendant quarante ans, est loin d'avoir celte physionomie. Dans sa généralité, le désert biblique est uni- terre plus ou moins inculte, peu ou point habitée, plus ou moins désolée, vaste ou peu
étendue; c'est le « steppe » ou la <■ lande », plutôt que la région des sables ou des cailloux.
I. Les noms dd désert dans la Bible. — Voici, avec leur signification propre, les quatre termes qui le désignent dans nos S.iinls Livres.
1° Midbàr, wo. ("est le mot usuel, le plus fréquem-
ii ! employé pour désert. Les Septante le rendent tou-
jours par £py)|U>c; la Vulgate le traduit le plus souvent par desertum, plusieurs lois par solitudo, dans quelques
passages seulement par n-rniiis. Il vient de la racine "' -t. .. mener » |paitrej, comme l'allemand Trift, i pacage, u vient de lreiben,« conduire » [le bétail J. Cf. Gese-
nius, Thésaurus, p. 318. L'étymologie en indique donc bien le sens. Il désigne une région non cultivée, mais apte à nourrir le menu bétail, brebis, chèvres, etc., comme celle où nous voyons Moïse avec les troupeaux de Jéthro, son beau-père. Exod., m, 1. Loin d'être un terrain absolument stérile, le midbàr revêt parfois, surtout après les pluies printanières, la brillante parure d'une végétation que les prophètes et les poètes sacrés appellent « les beautés », c'est-à-dire « les oasis du désert », speciosa deserli, hébreu : ne'ôt midbàr. Ps. lxiv ( hébreu, lxv), 13; Jer., ix, 10; xxm, 10; Joël, i, 19; il, 22. Mais à côté des bruyères ou de maigres arbustes, Jer., xvii, 6; xlviii, 6, on y voit aussi les épines et les ronces, Jud., vin, 7, 16, ainsi que le bois desséché. Num., xv, 32; Eccli., VI, 3. Si les cours d'eau n'y fécondent pas le sol, Is., XXXV, 1,6; XLIII, 20, on y rencontre de temps en temps des sources rafraîchissantes, Gen., xvi, 7, et les hommes ont eu soin d'y creuser des citernes pour y recevoir la pluie du ciel. Gen., xxxvn, 22; Il Par., xxvi, 10. Tantôt il est inhabité, Job, xxxviii, 26; tantôt il n'est occupé que par l'Arabe nomade et pillard, .1er., m, 2; ix, 26, terreur du moissonneur paisible, Thren., v, 29; mais il possède aussi des villes, Is., xlii, 11, comme celles que Josué, xv, 61, mentionne dans le désert de Juda. C'est en même temps la demeure des bêtes sauvages : lions, Eccli., xm. 23 ; onagres, Job, xxiv, 5; Jer., n, 24; Eccli., xm, 23; serpents et scorpions, Deut., vin, 15, ou de certains oise.iuv., comme le pélican, Ps. ci (hébreu, cil), 7, et l'autruche, Thren., IV, 3. C'est du désert enfin que vient le vent brûlant. Ose., xm, 15. Tels sont les principaux traits qui, dans la Bible, caractérisent le désert. — Avec l'article , ham-midbâr désigne un désert particulier, détermine par le contexte, ou le plus souvent le désert du Sinai, témoin de tant de merveilles, par exemple, Ps. xciv (hébreu, xcv), 9; evi (cvn), 4, etc.
En somme, le midbàr biblique est opposé au terrain cultivé, aux jardins fertiles, par exemple, comme on le voit d'après Isaïe, xxxn, 15. C'est une région plus ou moins vaste, dont l'aspect, comparé à celui des champs ensemencés ou des plaines bien arrosées, est celui de la stérilité. Si ce n'est pas uniquement une nappe uniforme de sable, cependant tout ce qui constitue le charme des pajs habités par l'homme, l'eau abondante, une luxuriante végétation, les cultures variées, les villes et leurs monuments, y fait défaut. Tantôt ce sont, comme dans la péninsule sinaïtique, des vallées plus ou moins arides, resserrées entre de hautes montagnes et des pics dénudés. Tantôt, comme vers Bersabée, à la limite du désert, le terrain se compose de blocs brisés d'un calcaire crétacé gris jaunâtre, entre lesquels poussent de maigres chênes épineux et des arbousiers. Les villages disparaissent peu à peu, et l'on ne voit plus que des plaines ondulées, des graviers et des rocailles, qui se continuent au sud par le Bàdiet et-Tih (désert de l'Égarement). Tantôt enfin, comme dans le désert de Juda, c'est une chaîne de collines, déchiquetée par des ouadis presque toujours desséchés, dont le lit est rempli de cailloux : ce ne sont que ravins et grottes sauvages qui servent d'asile aux chacals et aux pigeons, rochers escarpés escaladés par d'agiles bouquetins. Cependant, sur les parois de ces rochers, on trouve souvent de gracieuses gerbes de Heurs qui se cachent dans une anfractuosité, des arbustes où les oiseaux l'ont leurs nids. Pendant la plus grande partie de l'année, dans ces régions brûlées, le sol semble mort; mais, vienne la pluie, la vie apparaît soudain. Le fond des vallées surtout s'enrichit d'une végétation qui, bien qu'assez maigre, nourrit néanmoins de nombreux troupeaux de chèvres cl de moutons, les chameaux et les ânes. Si l'eau est rare dans le désert par excellence, celui du Sinai, les sources sont cependant assez nombreuses dans la région granitique, et spécialement dans le voisinage du Djebel Mouça. La plus grande et plus belle oasis est celle de l'eiran, qui s'étend, pendant une heure et demie de marche environ,
DESERT
suivant les sinuosités d'un petit ruisseau, ombragé par un bosquet de palmiers. Les arbres les plus communs sont le palmier- dattier, l'acacia et le tamaris. Les mêmes caractères généraux se retrouvent dans l'immense région qui borne à l'est les pays transjordaniens, et qui s'appelle Bàdiet esch-Schàm, « le désert de Syrie » ou le Hamad. Une grande partie de la contrée n'est qu'un steppe où les Bédouins nomades nourrissent leurs troupeaux; mais il est aussi des parages qui sont entièrement couverts de pierres, cailloux semblables à ceux d'une grève, fragments de granit, de grès, de silex, calcaires unis comme par une espèce de mortier ; en d'autres endroits, des sables se déroulent en longues vagues, séparées par des lèdes de galets. Les déserts qui avoisinaient certaines villes, comme Jéricbc, Gabaon, Maon, etc., en portaient le nom; on peut les comparer à nos landes de Bretagne. Les caractères particuliers à cbacun des déserts que nous énumérons plus bas sont décrits dans les articles spéciaux qui les concernent.
2» 'Aràbàh, rmy. Ce nom, suivant Gesenius, Thésaurus, p. 1066, dérive de la racine 'âràb ou 'drêb, « être stérile, aride. » La signification est au fond la même que celle de midbàr, avec cette différence que le dernier mot considère le désert par rapport à l'homme, dans l'usage que celui-ci peut en faire, tandis que le premier l'envisage dans ses conditions physiques. La communauté de sens fait que, dans les parties poétiques de la Bible, les deux expressions sont plus d'une fois mises en parallélisme. Cf. Is., xxxv, 1, 6; xli, 19; li, 3, etc. L'arabah cependant sert aussi à marquer l'opposition avec la plaine fertile ou « Saron », Is., xxxm, 9, et « le jardin délicieux ». Is., li, 3. Dans les livres historiques, et avec l'article, hà' Aràbàh a un sens local bien précis. C'est le nom de celte extraordinaire dépression qui s'étend des pentes méridionales de l'Hermon au golfe d'Akabah, par la vallée du Jourdain, la mer Morte et l'ouadi Arabah. Cette longue plaine, étroite et surtout aride dans sa partie inférieure, resserrée entre deux chaînes de hauteurs, sans ville et presque partout sans culture, mérite bien le nom de « désert ». Cf. Stanley, Sinai and Palestine, Londres, 1866, p. 487. Le pluriel 'Arbôt uni à Yerêhô, « Jéricho, » Jer., xxxix, 5, indique la partie déserte qui avoisine cette ville et n'est qu'un prolongement du désert de Juda. De même, 'Arbôf Mô'âb désigne les contrées incultes de ce pays, par opposition au Sedêh Mô'âb, ou les hauts plateaux cultivés. Le mot 'aràbàh, traduit de plusieurs manières par les Septante, est rendu par la Vulgate tantôt par soliludo, Deut., m, 17; iv, 49; Jos., m, 16; IVReg., xiv, -25, etc.; tantôt par desertum, II Reg., iv, 7; Jer., xvii, 6, etc., en sorte que la mer Morte, qui porte si justement en hébreu le nom de yàm hà-' Aràbàh , « mer de l' Arabah, » est appelée en latin mare solitudinis, Deut., IV, 49; IV Reg., xiv, 25, etc., et mare deserti. Deut., m, 17; Jos., xii, 3, etc. Pour tous les détails, voir Arabah, t. i, col. 820-828.
3° Jiorbàh , nain, pluriel, Ilorâbôt ; état construit,
Horbôt, Cette expression, qui ne se rencontre dans aucun livre historique, est surtout employée par les prophètes. Elle dérive de hârab ou hârèb, « être desséché, dévasté. » Elle renferme donc aussi l'idée générale d'aridité, de désolation, avec celle plus particulière de « ruines ».
Il est facile de la rapprocher du ^Jj-à-, khirbet arabe,
ou « lieu ruiné », qui caractérise actuellement tant de noms de la géographie palestinienne. Ainsi , tandis que mittbâr représente le « désert •> par rapport à l'homme, qn'ârîbâh le désigne par ses qualités physiques, horbâh nous le montre comme la conséquence de certains événements terribles. C'est ainsi que Dieu dit de Jérusalem : « Je ferai de toi un désert (horbâh), » Ezech., v, 14, et qu'en disant, au contraire : « Je relèverai ses déserts ( horbôt), » il promet de « relever ses ruines ». Is., xuv, 26.
Cf. Is., lu, 9; i.viii , 12; lxi, 4. Du reste la Vulgate, en quelques endroits, a traduit ce mot par ruinse, Is., lxiv, 10, et ruinosa. Ezech., xxxm, 24, 27; xxxvi, 10,33. Ailleurs elle le rend par desertum, ls., v, 17; xliv, 26; xlix, 19; lu, 9; Ezech., v, 14; xm, 4; solitudo, Jer.,xxn, 5; xxv, 9, 11, 18; Ezech., xxvi, 20; desolatio , Jer., vu, 34; xliv, 22, et une fois par domicilium, Ps. ci (hébreu, en), 6. Dans les Septante, on trouve : ïpr]|io;, Is., v, 17; xliv, 26; xlviii, 21 ; xlix, 19; lu, 9; lviii, 12; lxi, 4; Ezech., v, 14; xm, 4; Èp^jiwai;, Jer., vu, 34; xliv, 22; ripr^Muivcu, Ezech., xxxm, 24, 27; xxxvi, 10; ovciÔKrp.iS;, Jer., xxv, 9; àjavio-iio; , Jer., xxv, 1 1 , et oixaicédav, Ps. ci, 6. Le désert « ruiné » est la demeure des chouettes, Ps. ci, 6, et des chacals. Ezech., xjn, 4.
4° Yesimôn, ;-^'-i->. C'est le terme le moins usité. La
racine yâSam indique, comme la précédente, l'idée de « dévastation ». Les versions grecque et latine ont vu dans le Yesimôn (plusieurs fois avec l'article, N'uni., xxi, 20; xxiil, 28; I Reg., xxin, 19, 24; xxvi, 1, 3), une « vaste solitude », Deut., xxxii, 10; une « terre sans eau », vï àvOSpoç, Deut., xxxn, 10; Ps. lxxvii (hébreu, lxxviii),40; cv (evi), 14; evi (cvii), 4; Is., xliii, 19, 20; inaquosum, Ps. lxxvii, 40; cv, li; evi, 4, et« sans chemins », invium, Is., uni, 19, 20; c'est le « désert », ep*nioç. Num., xxi, 20; xxiii, 28; Ps. lxyii (lxviii), 8. Elles en ont aussi fait un nom propre : i 'Ie!7<Tatu.o;, I Reg., XXIII, 19, 24; à 'ho-ce- (liç, I Reg., xxvi, 1, 3; Jesimon. I Reg., xxm, 24. Et, en effet, si cette expression, principalement dans les passages poétiques, désigne le désert de l'Égarement, Deut., xxxn, 10; Ps. lxvii, 8; lxxvii, 40; cv, 14; evi, 4, elle représente aussi une partie du désert de Juda, du côté de ceux de Ziph et de Maon, I Reg., xxm, 19, 24; xxvi, 1, 3; mais elle détermine particulièrement la petite plaine du Ghôr el-Belqa, au nord-est de la mer Morte, non loin du Phasga, et dans laquelle se trouvait Bethjésimoth (hébreu : BêthayeSimôt), « la maison des déserts, » aujourd'hui Souéiméh. Num., xxi, 20; xxm, 28. Cependant, d'une façon générale, le Yesimôn peut désigner les contrées désertes et plus ou moins désolées qui bordent à l'est et à l'ouest le lac Asphaltite.
IL Principaux déserts bibliques. — Les déserts mentionnés dans la Bible se trouvent au sud et à l'est de la Palestine. Nous ne faisons que les énumérer, renvoyant, pour la géographie et l'histoire, aux articles spéciaux.
i. déserts du scd. — Au sud, la zone désertique comprend d'abord toute la péninsule du Sinai ; puis, des limites de la Terre Sainte, elle élève une pointe vers le nord, sur le versant des montagnes qui bornent à l'on. mer
Morte, et vient se terminer au-dessus de Jéricho. Jille se prolonge même plus haut par la vallée du Jourdain; mais nous ne parlons pas ici de l'Arabah. Nous distinguons donc deux groupes dans cette première paitie.
1" groupe. — Presqu'île sinaïlique et limites méridionales de la Palestine. Déserts de:
1. Ëtham (hébreu : midbàr-' Et dm, Num., xxxm, 8), « à l'extrémité du désert, » Exod., xm, 20 ; Num., xxxm, 6, c'est-à-dire à la pointe nord-ouest de la péninsule, tout près de l'Egypte. C'est la partie du désert de Sur qui avoisinait la ville d'Etham.
2. Sur (hébreu : midbàr-Sùr; Septante: k'pc.jio; SoOp), Exod.. xv, 22, également au côté nord-ouest du triangle.
3. Sin (hébreu: midbâr-Sin; Septante: eprip.01; St'v), Exod., xvi, 1; xvii, 1; Num., xxxm, 11, « entre Éliin et le Sinaï. » Exod., xvi, 1. C'est la plaine actuelle d'El- Markha, qui longe la rive orientale du golfe héroopopolite : commençant à seize kilomètres au sud de l'ouadi Tayibéh, elle s'étend sur une longueur d'environ vingtdeux kilomètres entre les montagnes à l'est et ia mer Bouge à l'ouest. C'est le désert de la manne ; il ne faut pas le confondre avec un autre qui porte le même nom dans la Vulgate, et qu2 nous citons plus loin.
DESERT
4. Siu.'ii (hébreu : midbâr Sînâi; Septante: É'pr,u.o;. toj Siv5 ou Eivô), Exod., xix, 1, 2; Lev., vu, 38; Num., i, 1; xxxni, 15, etc. C'est la plaine d'Er-Bahah, qui, avec une aire d'environ trois cent douze hectares, s'étend au pied el au nord -ouest du Ras-Soufsaféh, dans le massif des monts sinaïtiques : elle formait un excellent théâtre pour la scène mémorable de la promulgation de la Loi.
5. Pharan (hébreu : midbâr-P i'r in ; Septante: ïpi\\u>i 4apâv ), Gen., xxi, 21 ; .Num.. x, 12; xiii, 1, 4, 27. Il est situé au cœur même de l'Arabie Pétrée, et porte encore aujourd'hui le nom de Bâdiel et-Tih ou « désert de l'Égarement », en souvenir du long séjour qu'y firent les Israélite-;, qui le parcoururent dans toutes les directions. 11 s'étend entre le massif du Shiai au sud et les limites méridionales de la Palestine au nord, se rattachant à l'ouadi Arabah à l'est.
6. Cadés (hébreu: midbâr -QâdêS; Septante: £pï|(io« Kâ&rjç), Ps. xxviii (hébreu : xxix), 8. Il s'agit ici des solitudes qui avoisinent Cadés ou Cadèsbarné ('Ain Qa~ dis), à l'extrémité sud de la Terre Promise. Elles forment une partie du désert suivant, si elles ne se confondent avec lui.
7. Sin (hébreu : midbâr-^in; Septante: ëotiulo; Eîv), Num., xiii, '22; xx, I; xxvil, 14; xxxm, 36, etc. Le nom hébreu est complètement distinct de celui du désert de Sin, représenté par la plaine d'El-Markha. Ce dernier s'écrit par un samech, tandis cpie le premier commence par un tsailiJ. La position n'est pas la même non [dus. Celui dont nous parlons, associé à Cadès, Num., xx. I; xxxm, 30, se trouvait au nord du désert de Pharan.
8. Bersabée (hébreu: midbâr Be'êr Sdba'; Septante: y.x-.x ffjv ïyr,u-'j-i. v.x-.y. rô JpÉap io0 Spxou; Vulgate : solitudo Bersabée), Gen.. xxi, 14. Bir es-Séba' se trouve à dix ou onze lieues au sud-ouest d'Hébron, sur la route de l'Egypte. Les terrains incultes de ces parages marquent la limite des déserts : plus haut, vers le nord, commencent les pays habités et cultives.
11° groupe. — Déserts de Juda et de Benjamin.
1. Désert de Juda (hébreu : midbâr Yehûdâh), Jos., xv, 61; Jud., i, llj; Ps. lxii (hébreu, lxiii), 1 (la Vulgate et les Septante mettent faussement ici « désert d'Idumée »). C'est, dans son ensemble, le district sauvage et inhabité qui comprend le versant oriental des montagnes de Juda, à l'ouest de l'Arabah, de la nier Morte et du Jourdain, jusque vers Jéricho. Il est appelé « désert de Judée « dans l'Évangile. Matth., ni, I. Il se subdivise en plusieurs parties, qui sont les déserts de :
2. Maon (hébreu ; midbâr -Ma' on; Septante : î'pr.jio; Macôv), l Reg., xxni, 24, 25, à l'est de Khirbet Ma' in, qui se trouve au sud d'Hébron.
3. Ziph (hébreu : midbâr-Zîf; Septante : Iv :/, iy,\i<]> i/ rû ôpei Zfç), entre Tell ez-Zif, également au sud d'Hébron, et la nier Mûrie.