AGNEAU DE DIEU — AGONIE DE NOTRE-SEIGNEUR
Jésus seul va épancher son cœur devant son Père céleste. II se met à genoux, se prosterne la face contre terre, Matth., xxv1, 39; Luc., xx11, 41; Marce., χιν, 35, et dit : « Mon Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi; cependant non pas comme je le veux, mais comme vous le voulez, » Matth., xxvr, 39. Dans ces paroles, Jésus parle en Fils de Dieu, puisqu'il s'adresse à son Père, et en même temps il nous donne l'exemple de la résignation la plus complète. C'est de sa nature humaine que s'échappe ce désir conditionnel, Fillion, Evangile selon saint Matthieu, p. 515. Le calice que Jésus devait boire jusqu'à la lie désigne sa passion et sa mort. C’est la première cause de sa tristesse, mais ce n’est pas la cause unique, ni même la principale. Les péchés des hommes, voilà la vraie raison de son immense douleur. Jésus va souffrir comme le représentant du genre humain coupable. Une autre cause de sa douleur, c'est l'ingratitude des hommes rendant inutiles toutes ses douleurs, et ne s'en servant que pour s'attirer une condamnation plus terrible.
« Cependant non pas comme je le veux, mais comme vous le voulez. » Matth., xxvi, 39. Le Sauveur marque ainsi la distinction des deux natures : comme homme, il voudrait échapper aux souffrances; mais en tant qu'il est un avec son Père et le Saint-Esprit, il accepte le calice.
Après avoir triomphé de ses terreurs par sa soumission à la volonté de son Père, il revient auprès des trois Apôtres et les trouve endormis. Matth., xxvi, 40. C'est la tristesse, nous dit saint Luc, qui avait alourdi leurs paupières. Luc., XXII, 45. S'adressant à Pierre, Jésus dit: « Ainsi vous n'avez pu veiller une heure avec moi? » Matth., xxvi, 40. Ces derniers mots, bien qu'il ne faille pas en presser la signification, déterminent le temps qu’a duré la première partie de l'agonie du Sauveur. «Veillez et priez, ajoute-t-il, afin que vous n'entriez pas en tentation. L'esprit sans doute est prompt, mais la chair est faible. » Matth., xxvi, 4]. 1 exhorte les Apôtres à veiller et à prier afin qu'ils ne succombent pas à la tentation, c’est-à-dire à la grande épreuve qu'il leur avait prédite et qui s'approchait. Le danger le plus immédiat pour les Apôtres était celui d'abandonner le Messie. Les consolations les plus légitimes font défaut à Jésus. Sans secours du côté des siens, il retourne vers son Père. Il s’en alla une seconde fois et pria, disant : « Mon Père, si ce calice ne peut passer sans que je le boive, que votre volonté soit faite. » Matth., xxvI, 42. Sa prière exprime la soumission la plus complète.
Après cette seconde prière, il vient de nouveau vers ses disciples ; mais il les trouve endormis. Nous ne savons ce que Jésus leur dit; toutefois on est certain qu'il leur parla, puisque saint Marc, XIV, 40, nous apprend que les Apôtres ne savaient que lui répondre. Jésus s'éloigna d’eux pour la troisième fois et pria, disant les mêmes paroles. Matth., XXI, #4. Et alors un ange du ciel lui apparut, le fortifiant, et, étant tombé en agonie, il priait pJus longuement; et sa sueur devint comme des gouttes de sang qui découlaient jusqu'à terre. Luc., xx, 43, 44. La consolation apportée par l'ange au Messie consista dans une eflusion de mäle courage, pour qu'il ne pliät pas sous son fardeau. L'ange fortifia Jésus en vue de son agonie; c'est après l'apparition de l'ange que l’agonie atteignit son maximum d'intensité. Le mot agonie signifie lutte dernière. La lutte soutenue par Jésus est la lutte suprême. Cette lutte s'engage entre Dieu offensé et le médiateur des hommes, qui n'emploie d'autre arme que la prière.
On a dit que le Sauveur souffrit alors toutes les douleurs de l'enfer, sauf le désespoir. Ce qu'il y a de sûr, c'est que l'émotion de son âme bouleversa son être physique. Le sang, vivement agité, finit par pénétrer à travers les vaisseaux conducteurs, et s'échappa avec la sueur abondante qui ruisselait de tout son corps. Les exégètes regardent généralement cette sueur de sang comme un fait miraculeux. Voir SUEUR DE SANG. Jésus, dans sa prière, se soumet pleinement à son Père; il se relève plus fort que la douleur : sa victoire est complète.
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Il vient alors à ses disciples, et il les trouve encore endormis. Luc., xx11, 45. « Dormez maintenant et reposezvous, » leur dit-il. Matth., xxv1, 45. La plupart des commentateurs remarquent que ces paroles sont pleines de pitié et de tendresse, Jésus est assez fort pour se passer de tout secours humain; il permet donc à ses Apôtres de se reposer un peu. Il s'écoula après ces paroles un temps plus ou moins considérable ; et au moment où Judas arriva avec ses sicaires, le divin Maitre réveilla les trois Apôtres en leur disant : « C'est assez; l'heure est venue où le Fils de l’homme va être livré aux mains des pécheurs. Levezvous. Allons! voici que s'approche celui qui me livrera. » Matth., xxvi, 45, 46; Luc., xxur, 46; Marc., x1v, 41, 42. Et Jésus s'avança d'un pas ferme au-devant du traitre qui allait le livrer et des ennemis qui venaient s'emparer de lui. En même temps, il se dirigeait vers les autres Apôtres, qui étaient à l'entrée du jardin, afin de les protéger contre l'ennemi qui arrivait. Il pouvait être onze heures du soir.