‹ Dictionnaire de la BibleChapitre 136 sur 474 · Aire de l'aigle · texte numérisé non relu

Aire de l'aigle

Les mœurs de l'aigle sont intéressantes à étudier, à cause des allusions qu'y fait la Sainte Écriture. Le nid de l'aigle porte le nom d'aire (fig. 55). On croit que la même aire lui sert de demeure pendant toute sa vie. Elle est placée ordinairement au midi, entre deux rochers à pic, sur le rebord d'un précipice, dans les lieux du plus difficile accès. Le nid est construit avec des branches d'un mètre quatre-

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vingts à deux mètres de longueur, entrelacées de rameaux et recouvertes de plusieurs couches de jones, de bruyères et de peaux d'animaux. Il est abrité par quelque saillie de rocher. La mère pond deux ou trois œufs, quelquefois quatre, Elle les couve pendant trente jours. Comme les aiglons sont très voraces, dès qu'ils sont éclos, les parents font pour eux la chasse et leur apportent d’abondantes provisions de gibier. Les petits quittent le nid, pour n'y plus revenir, au bout de trois ou quatre mois.

Si l'aigle est le roi des airs, il en est aussi le tyran, Son odorat est faible, mais sa vue perçante lui permet d'apercevoir sa proie de fort loin. Ses yeux, très grands, sont enfoncés ‘dans une cavité profonde, que la partie supérieure de l'orbite recouvre comme un toit avancé, Ils sont pourvus d'une sorte de seconde paupière transparente, qui se relève et s'abaisse à volonté, de sorte que l'aigle peut fixer le soleil sans en être aveuglé. Dès qu'il a découvert une proie, il replie ses ailes, il se laisse tomber sur elle, les serres ouvertes, et il la saisit avec une telle force, qu'il la rend incapable de tout mouvement. Il la pose alors à terre, avant de l'emporter, comme s’il voulait se rendre compte du poids. Il l'enlève ensuite sans peine, si c’est une oie, une grue, ou même un lièvre, un agneau, un chevreau. Si c'est un faon ou un veau, une brebis ou un cerf, la charge est trop lourde; il se contente alors de déchirer les chairs et d'en prendre une provision dans son aire. Il dévore ordinairement sa proie sans la tuer. Le cireaète fait particulièrement la chasse aux volailles, aux perdrix, aux jeunes lapins, aux petits oiseaux, aux insectes, et surtout aux serpents et aux divers reptiles qui abondent en Palestine et sont sa principale nourriture.

L’aigle, en général, est vorace et glouton, mais il peut néanmoins supporter un jeüne prolongé, et demeurer une vingtaine de jours sans prendre de nourriture. Son jabot est susceptible d’une dilatation considérable, et peut emmagasiner par conséquent une très grande quantité de viande; son gésier, au contraire, est fort petit, et il ne peut recevoir que par petites doses les aliments dont il doit faire la digestion. Il commence sa chasse régulièrement le matin au lever du soleil, accompagné presque toujours par la femelle. Quand il ἃ réussi à s'approvisionner, il revient vers le milieu du jour dans son aire, s'il n’en est pas trop éloigné, et là, immobile, les plumes pendantes, il se repait de sa proie. Après le repas il cherche à boire, et même, s'il le peut, dans la saison chaude, à se plonger dans l'eau. Il recommence ensuite sa chasse jusqu'au soir, et alors il se retire dans l'endroit où il veut passer la nuit.

Les écrivains sacrés font souvent allusion à ‘ces habitudes de l'aigle. Ils rappellent dans leurs comparaisons la puissance et la rapidité de son vol, Exod., xIX, #; Deut., xxvir, 49; II Reg., 1, 23; Prov., xx111, 5; XXX, 19; Is., xL, 31; Jer., 1v, 13; xLvur, 40; xzix, 22; Lament., 19, 19; Osee, vuir, À (hébreu); Abdias, 4; Hab., 1, 8; son ardeur à chercher sa proie, Job, 1x, 26; Prov., xxx, 17; la manière dont il apprend à voler à ses aiglons, Deut., xxx11, 11, image de la sollicitude de Dieu envers son peuple; l'élévation de son aire, Job, xxxix, 27, dont la hauteur rappelle la fierté et l'arrogance des enfants d'Ésaü. Jer., xuix, 16; Abd.,#. Les cheveux de Nabuchodonosor, qui, atteint de la lycanthropie et vivant comme les bêtes, les laisse pousser longs et incultes , sont comparés aux plumes de l'aigle, Dan., 1v, 30. La similitude du Deutéronome, xxx, 11, qui nous représente Dieu prenant soin de l’éducation de son peuple, comme l'aigle qui « excite ses petits à voler, et voltige au-dessus d'eux », est particulièrement touchante, et en même temps fort juste. Cf. Exod., x1x, 4. Une description de sir Humphry Davy peut servir de commentaire à ce passage : « Je vis une fois un spectacle fort intéressant au-dessus d'un des rochers du Ben-Nevis, où j'étais en chasse. Deux aigles enseignaient à leur progéniture, deux jeunes aiglons, la manœuvre du vol. Ils commencérent par s'élever du sommet de la montagne,

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en se dirigeant du côté du soleil. C'était vers midi, Ils firent d'abord de petits cercles, et les jeunes oiseaux les imitèrent; les parents se reposèrent ensuite sur leurs ailes, en attendant que leurs petits eussent terminé leur premier vol; ils firent ensuite un second cercle plus grand; ils s'élevaient toujours dans la direction du soleil, an élargissant la circonférence de leur vol de manière à tracer une spirale graduellement ascendante. Les aiglons les suivirent encore, lentement; ils paraissaient mieux voler à mesure qu'ils montaient. Les aigles et leurs petits continuérent cet exercice, s'élevant toujours, jusqu'à ce qu'ils ne parurent plus que comme des points dans l'air, et que les aiglons d'abord, leurs parents ensuite, échappèrent complètement à nos regards, »

56. — Divinité assyrienne à tête et à ailes d'aigle, Bas-relief du Musée assyrien du Louvre.

Quand l'aigle recherche sa proie, il fait entendre quelquefois un cri rauque, qui remplit de terreur les autres oiseaux. La Vulgate ἃ vu une allusion à ce cri dans Osée, vit, 1: « Que dans ta bouche soit une trompette comme l'aigle, » c'est-à-dire un cri comme celui de l'aigle. On traduit communément l'hébreu en coupant autrement la phrase : « Crie comme si tu sonnais de la trompelte. L'ennemi vient comme un aigle contre la maison de Jéhovah. » La comparaison est tirée de l'impétuosité avec laquelle l'aigle fond sur sa proie. — Le Psalmiste dit que la jeunesse de celui que Dieu bénit « sera renouvelée comme celle de l'aigle ». Ps. cit (hébreu, cr), 5; cf. [5.. XL, 91, dans le texte hébreu. Le sens de ce passage est assez obscur. Comme l'aigle vit longtemps et peut dépasser un siècle, il courait chez les anciens des fables d’après lesquelles l'aigle pouvait renouveler ses forces dans sa vicillesse. Un poète, même inspiré, pouvait assurément rappeler ces croyances populaires. Cependant les commentateurs modernes expliquent généralement les paroles du psaume ΟἹ en disant, les uns : « Ta jeunesse sera renouvelée de telle sorte que tu auras la force de l'aigle; » les autres : « Tu rajeuniras comme l'aigle, qui est plein d’une activité nouvelle, après l'époque de la mue. »

Chez les prophètes de la captivité, l'aigle joue un rôle nouveau : il entre comme élément important dans les visions dont Dieu les favorise. Les Juifs captifs à Babylone y virent les œuvres de l’art chaldéen, dans lesquelles

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l'aigle occupait une place considérable, soit qu’il fût peint ou sculpté comme oiseau de proie, soit surtout qu'il figurât dans les représentations symboliques chères aux Orientaux, dans les bas-reliefs où l’on voit des génies et des divinités à tête et à ailes d’aigle (fig. 56), des taureaux et des lions avec une tête humaine et des ailes d’aigle, ete. Ces images des arts plastiques des Babyloniens entrent alors dans les livres sacrés. Ézéchiel nous montre ses chérubins ayant des ailes d'aigle, 1, 10; x, 14; voir CHÉRUBINS; il nous décrit aussi, xvI1, 3, 7, deux grands aigles qui figurent le roi de Babylone, Nabuchodonosor, et le roi d'Égypte. Daniel voit à son tour, vu, 4, un lion à ailes d’aigle (Vulgate : une lionne) qui représente également le roi de Babylone. La similitude entre un aigle, le roi des airs, et un roi de la terre est toute naturelle, et on la trouve dans toutes les langues, en particulier dans Jérémie, parlant de Nabuchodonosor, ΧΩ, 40; xLIx, 22; mais chez les

dont il nourrit ses aiglons. Les aiglons ne sucent pas le sang, mais le poète se sert d’une expression métaphorique pour dire que l'aigle nourrit ses petits de la chair des animaux encore saignants qu'il a pris à la chasse. Le dernier vers : « Partout où sont des cadavres, il y est, » dépeint un spectacle qui n’est pas rare en Orient, et j'en ai été témoin au-dessus du lac de Tibériade, où une multitude d'oiseaux de proie dévorait un mulet qui venait de succomber à la fatigue. Aussi cette locution devint-elle une sorte de proverbe chez les Juifs; Notre-Seigneur l'a cité comme tel dans l'Évangile. Matth., xx1v, 28; Luc., xvir, 37. IL fournit cependant matière à une difficulté. Beaucoup de commentateurs ont pensé que, dans ces passages, il ne s'agissait pas de l'aigle proprement dit, lequel, assuret-on, ne se nourrit pas de cadavres; mais du vautour, qui en fait sa pâture. Le mot hébreu né$er, qu'on lit dans Job, et le mot grec ἀετός, qu’on lit dans les Évangiles,

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prophètes qui ont vécu en Chaldée, cet oiseau n'est plus seulement un terme de comparaison, il devient un emblème. :

Saint Jean, dans son Apocalypse, s'appropria, en les modifiant selon les besoins, les images d'Ézéchiel et de Daniel. Un des quatre animaux qu’il voit dans ses visions, et qui est devenu son symbole comme évangéliste, est semblable à l'aigle. Apoc., IV, 7. Quand le quatrième ange a sonné de la trompette, un aigle crie dans le ciel : « Malheur, malheur, malheur aux habitants de la terre! » Apoc., vint, 13. Enfin des ailes d’aigle sont données à la femme qui enfante, afin qu'elle puisse s'envoler dans le désert, et échapper au danger qui la poursuit. Apoc., ΧΙ, 14.

En dehors de ces visions et de ces images, l’aigle est mentionné au sens propre dans le Lévitique, x1, 13, et dans le Deutéronome, x1v, 12, où il est énuméré parmi les animaux impurs, qu'il est défendu de manger. Le livre de Job renferme une belle description de l'aigle, xxxIx, 27-30. Dieu demande à Job :

Est-ce à ta voix que l'aigle prend son vol,

Et qu'il construit son nid dans les hauteurs ?

Il habite dans les rochers, il y établit sa demeure, Sur la pointe des rochers, dans des lieux inaccessibles. De là il guette sa proie,

De loin son œil la découvre,

Ses petits sucent le sang:

Partout où sont des cadavres, il y est.

Ces quelques vers relèvent tous les traits les plus caractéristiques de l'aigle : la puissance de son vol, la hauteur de son aire, au milieu des rochers les plus abruptes, la pénétration de son regard et son ardeur à saisir sa proie,

57. — Oiseaux de proie dévorant les morts sur le champ de bataille. Bas-relief assyrien.

s'appliquent, ajoutent-ils, au vautour aussi bien qu'à l'aigle; les Latins eux-mêmes rangeaient certains vautours parmi les aigles, Pline, H. N., x, 3; par conséquent, dès lors qu'on ne distinguait pas les espèces, rien n'empêchait qu'on attribut au genre entier ce qui ne convient réellement qu'à une partie du genre. Cette explication est admissible ; toutefois les vautours ne sont pas les seuls oiseaux qui mangent des corps morts, les aigles

.s’en nourrissent aussi, surtout quand les cadavres ne sont

pas encore corrompus; ils ne chassent même que lorsqu'ils ne trouvent pas de proie déjà morte. Les bas-reliefs assyriens représentent, volant au-dessus des champs de bataille, des aigles qui se repaissent de la chair des soldats tués dans le combat (fig. 57). Voir W. Houghton, The Birds of the Assyrian monuments, dans les Transactions of the Society of Biblical Archæology, τ. vu, 1885, plate 11, vis-à-vis de la page 46. Cf. Layard, The Monuments of Nineveh, série 1, pl. 14, 18, 20, 22, 96, 64; série τι, pl. 46.

S'il est douteux qu'il soit question du vautour dans le proverbe cité par Notre-Seigneur, il est plus probable qu'il s’agit de cet oiseau de proie dans un passage de Michée, 1, 16, où il est dit: « Deviens chauve comme le né$er. » Le prophète fait ici allusion à la coutume qu’avaient les Juifs de se raser la tête en signe de deuil. Sa comparaison est plus exacte, si l’on traduit néSer par vautour, au lieu de le rendre par aigle. Beaucoup de commentateurs ont pensé que l'écrivain sacré voulait parler de la mue de l'aigle, à l'époque du printemps; mais cet oiseau ne devient pas chauve, tandis que le vautour (vultur fulvus) a la tête et le cou chauves, c'està-dire sans plumes. Voir VAUTOUR. $

D'après un certain nombre de commentateurs, la loi énumère parmi les animaux impurs, outre l'aigle en général, deux espèces particulières de ces oiseaux de proie : le pérés, qu'ils traduisent par orfraie (Septante : γρύψ; Vulgate : gryps, «griflon »), et le ‘ozniyäh, qu'ils traduisent par aigle de mer (Septante : ἁλιαίετος ; Vulgate : haliæetus). Lev., x1, 13; Deut., x1v, 12. L'identification du pérés et du ‘ozniyäh est douteuse. Pour le premier, voir GRIFFON. Quant au second, c'est, d'après quelquesuns, le circaète, dont nous avons parlé plus haut. D'après d'autres, c'est le balbusard ou le pygargue. Voir AIGLE DE MER.

Dans la symbolique chrétienne, l'aigle est devenu, comme nous l'avons déjà remarqué, l'emblème de l'évangéliste saint Jean, et l'aigle à deux têtes, celui du prophète Élisée, pour rappeler qu'il avait reçu le double esprit de Dieu. IV Reg, 11, 9. F. VIGOUROUX.

2, AIGLE DE MER, oiseau de proie qui, d’après la traduction des Septante, ἁλιαίετος, et d’après la Vulgate,

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