‹ Dictionnaire de la BibleChapitre 141 sur 474 · AIGUILLE — AIGUILLON · texte numérisé non relu

AIGUILLE — AIGUILLON

je suis persuadé que ceux qui verroient ces sortes l'iustruments, les jugeront plus propres à faire une exécution de cette nature qu'une épée, L'on s'en sert toujours en ce païs là aussi bien que dans la Syrie. Je crois que c'est parce qu'il n'y a qu'une personne à conduire les bœufs et à prendre soin de Ja charuë, de sorte qu'il est nécessaire qu'elle ait un instrument pareil pour servir à deux usages, »

Reste à savoir si l'usage de tels aiguillons est anvéen en

ΟΣ, — Aïiguillon actuellement employé en Palestine.

Palestine, et s'il peut en effet expliquer le texte difficile des Juges. Pour résoudre la question, examinons d'abord les passages les plus clairs pour déterminer ensuite plus facilement le sens des passages obscurs. Or 4° que l'usage soit ancien en Palestine, c'est ce que montre Eccli., xxxviur, 25, qui déjà nous reporte au 115 siècle avant notre ére. La vue du fellah actuel, labourant, armé de son aïguillon, est le vivant commentaire de ce passage, si malmené dans nos traductions. Le Siracide explique que, pour acquérir la sagesse, il faut des loisirs que ne laissent pus les travaux manuels. Son énumération commence par le laboureur. « Comment pourra-t-il devenir sage celui qui tient la charrue et qui, fier de son bäton à pointe, -excite les bœufs ? » τί σοφισθήσεται 6 χρατῶν ἀρότρου, καὶ χαυχώμενος ἐν départ κέντρου, βόχς ἐλάυνων (dans la Vulgate, ÿ. 25b-96, la coupure actuelle du verset rend la phrase inintelligible ; il faudrait lire avec interrogation : « Quä sapientià replebitur qui tenet aratrum et qui gloriatur in jaculo stimulo boves agitat...”? » Elle ἃ suivi la leçon de quelques manuscrits grecs, tels que le Codex Alexandrinus : ἐν δόρατι χέντρω). Nous sommes ramenés au même usage par la phrase à tournure proverbiale : « Il t'est dur de regimber contre l’aiguillon, » πρὸς χέντρα λαχτίζειν, Act., XxVI, 44 (Aït., 1x,5, ce même membre de phrase se lit dans le texle grec ‘rdinaire et dans notre Vulgate; mais il ne se trouve pas dans les anciens manuscrits, et peut n'être qu'une addition introduite pour conformer le texte au passage parallèle du chap. xxvi).

2% Les anciennes versions s'accordent à traduire par aiguillon l'hébreu dorbôn, dans Eccle., ΧΙ, 11, où les paroles des sages sont comparées à des aiguillons (plurie], dorbônût), sans doute parce qu’elles doivent s'enfoncer dans l'esprit des hommes et les stimuler (Septante : ὡς τὰ βούχεντρα ; Vulgate : sicut stimuli ; l'étymologie de la racine DRB, d'après l’arabe et l'éthiopien, confirme la signification de pointe, objet aigu). Dans I Sam., x1, 21, le seul autre passage où se trouve l’expression dorbän (avec terminaison différente : dn au lieu de ôn), nous devons donc traduire de même, comme j'a fait saint Jérôme. L'auteur peint la triste situation des Hébreux tellement asservis aux Philistins, qu'on ne leur permet aucun travail sur le fer ; ils doivent recourir à leurs oppresseurs pour réparer leurs instruments agricoles, même « pour appointer l'aiguillon » (avec l'article, Aaddorbän ; Vulgate : usque ad stimulum corrigendum. Les Septante, qui ont méconnu le sens général de toute la phrase, ont traduit par δρέπανον, conduits sans doute par l’analogie de son : dorban = δρέπαν-ον).

30 Si les Philistins faisaient peser sur les Hébreux une telle contrainte, c'est qu'ils craignaient sans doute que l’aiguillon ne devint une arme redoutable entre leurs mains. L'exploit de Samgar, arrivé quelque temps auparavant et brièvement raconté, Jud., πὶ, 31, expliquerait cette crainte. « Ensuite fut Samgar, fils d’Anath, et il frappa les Philistins, six cents hommes, avec un aiguillon à bœuf, be-malmad hab-bäqgär. » La Vulgate rend toute la locution par un seul mot : vomere, « avec un soc de charrue; » l'expression hébraïque malmad ne se rencontrant pas ailleurs dans

la Bible, le traducteur latin s'en est tenu, en l'abrégeant, à la version des Septante : ἐν τῷ ἀροτρόποδ: τῶν βοῶν. La leçon du Codex Alexandrinus et de quelques autres manuscrits suppose une manière différente de lire l'hébreu qui mérite d'être notée : ἐπάταξε... [ἐν τῷ ἀροτρόποδι | ἐχτὸς μόσχων [βοῶν]; c'est une leçon mixte; les mots que nous avons placés entre crochets représentent la leçon ordinaire (B,N, etc...), et ἐχτὸς μόσχων est une autre traduction de l'hébreu, qu'avait suivie l’ancienne version latine telle que l'explique saint Augustin, Quæst. in Heptat., VW, %, t. xXxIV, col. 801. Au lieu du mot rare bemalmad, ce traducteur grec lisait la préposition milbad et traduisait : « ἢ frappa les Philistins, six cents hommes, outre les jeunes bœufs. » Cette leçon, dans laquelle s'évanouit la fameuse arme de Samgar, ne paraît être qu'une tentative pour éviter un mot rare et obscur, mais qui doit être maintenu ; car, sans parler des Septante et de la Vulgate qui témoignent contre milbad, le Targum a lu malmad et y a vu un aiguillon ; de même, la version syriaque qui le traduit par le même mot dont elle s'est servie pour dorbän dans 1 Sam, x, 21. L'étymologie de malmad justifie cette traduction, le verbe 525, lämad, étant pris à certaines formes dans le sens de € dresser » une génisse ou un jeune bœuf, Cf. Osee, x, 11; Jer., xxxr, 17 (18). Le substantif malmad est donc ce qui sert à dresser, c'est-à-dire en Palestine pour les bœufs, l'aiguillon; aussi le Targum d'Eccle., xt, 11, paraphrase-t-il ainsi dorbôn : « comme l’aiguillon qui instruit le bœuf. » D'après une phrase de la Mischna, Kélim, 1x, 6, cf. Gesenius, Thesaurus linguæ hebrææ, Ῥ. 349, les interprètes et les lexicographes juifs ont bien établi le rapport qui existe entre les deux mots malinad et dorbän : le premier désigne tout l'instrument d’après sa fonction, et le second plus spécialement la pointe dont il est armé, L'expression malmad doit donc être maintenue dans Jud., 111, 31, avec le sens d'aiguillon, et l'usage palestinien d’aiguillons énormes et redoutables peut, comme l'a bien vu Maundrell, servir de justification et de commentaire à ce passage.

IL. Aiguillon désigne encore dans la Bible le dard d’un animal ; les sauterelles de l'Apocalypse, 1x, 10, sont armées d'aiguillons (χέντρα ; Vulgate : aculei) à la queue, comme le scorpion. C'est un aiguillon du même genre que saint Paul, d’après les Septante, attribue à la mort. [ Cor.,xv, 55; ποῦ σου θάνατε τὸ χέντρον ; Vulgate : ubi est, mors, stimulus tuus; mais dans Osée, x, 14, qui est ici cité,

χέντρον né rend pas l'hébreu ΞΡ, gâlobkä, que la Vul-

gate traduit : morsus luus, & ta morsure, » mais qui signifie proprement « fléau, maladie contagieuse ». Les traducteurs grecs et latins n'ont pas fait une version littérale, ils se sont contentés d'exprimer le sens d'une manière générale.

III. Enfin, aiguillon se lit aussi dans la Vulgate, ΠῚ Cor., ΧΙ, 7, où saint Paul dit : datus est mihi stimulus carnis meæ. D'après l'interprétation courante de ce passage, stimulus carnis meæ, « l'aiguillon de ma chair, » serait pris au figuré pour signifier l'excitation de la concupiscence ; mais dans le grec ni le mot traduit par stimulus, ni surtout la tournure de la phrase : ἐδόθη μοι ox6)0% τῇ σάρχι, ne justifient cette interprétation. Elle n'a du reste été connue ni des anciens commentateurs grecs, ni même des latins avant saint Grégoire le Grand. Le mot grec σχόλοψ ne se lit, dans le Nouveau Testament, que dans ce passage; mais on le trouve usité chez les auteurs profanes, et il est plusieurs fois employé par les Septante dans la version de l'Ancien Testament, Num., ΧΧΧΠΙ, 55; Osee, 11, 6; Ezech., xxvinr, 24; Eccli., xuur, 19 (21), avec le sens d’ « épine ». Voir surtout Num., xXxI, 55, où les Chananéens épargnés doivent être pour les Israélites, hébreu : « comme des épines dans les yeux ; » Septante : σκόλοπες ἐν τοῖς ὀφθαλμοῖς ; Vulgate: clavi in oculis. Sous l'image d'une épine enfoncée en sa chair, l'Apôtre désigne ou les persécutions dont il était victime, comme le

Page 1