‹ Dictionnaire de la BibleChapitre 209 sur 474 · AMALÉCITE · texte numérisé non relu

AMALÉCITE

teli, « agneau. ») Dans 1 Reg., xxv11, 7 οἱ suiv., et xxx, on voit que les Amalécites étaient dans le voisinage des Philistins, tandis que 1 Par., 1v, 43, les met en rapport avec les montagnes de Séir. La région des Amalécites confinait done à l'Ésypte, aux Philislins, au sud de Juda et aux Iduméens, C'est là que nous ramène la donnée assez vague de Joséphe, Ant. jud., NE, vit, 3, paraphrasant I Reg., xv, 7 : « Tous ceux qui vont de Péluse à la mer Rouge, » où il faut entendre plus spécialement le golfe d'Akaba. Cf, aussi Eusébe, dans l'Onomasticon, où il définit Amalec « la région dans le désert situé au sud de la Judée, s'étendant jusqu'à la ville maintenant appelée Pétra, quand on va vers Aila. » (Dans les Œuvres de saint Jérôme, t. ΧΧΠΙ, col. 121.) C’est par une singulière méprise que Josèphe parle de « villes amalécites » dont Saül aurait fait le siège en règle; il oublie le caractère nomade de ce peuple, tel que l'Écriture nous le présente partout, La prophétie de Balaam, Num., Xx1V, 20-21, nous montre qu'Amalec vivait à côté des Cinéens, autres tribus errantes, et ce trait est confirmé par 1 Reg., xv, 6. L'humeur vagabonde et l'instinct pillrd d'Amalec expliquent comment nous le voyons envahir le territoire d'Israël par la Transjordanie au temps des Juges, tantôt uni à Moab et à Ammon, Jud., ur, 13, et tantôt aux Madianites. Jud., vi, 3. C'est probablement alors, sinon dans une circonstance analogue antérieure, non mentionnée dans l'Écriture, qu'une famille d'Amalécites s'établit un certain temps jusque dans les montagnes d'Éphraïm, et y laissa son nom à une localité. Jud, χα, 15. Cf. le texte si obscur et peut-être altéré, V, 14. Voir AMALEC 2

La région qu'occupait Amalec est en grande partie représentée par ce qu'on appelle aujourd'hui le désert d'Et-Tih (de l'égarement}; ce n’est pas une région absolument aride et sablonneuse, mais le sol est trop maigre, trop desséché pour être cultivé, sauf en quelques oasis; à la saison des pluies, il se couvre d'une végétation abondante, et peut nourrir des troupeaux, qui, dans la saison chaude, sont parqués dans les oasis. Autrefois même, comme l'attestent de nombreuses vallées et les lits de torrents qui se ramifient en divers sens, ce pays jouissait d'un régime d’eau plus abondant; il pouvait par conséquent nourrir une population pastorale plus dense. Le Tih répond parfaitement à la notion hébraïque du midbar, qui désigne une région inhabitée sans doute, impropre à l’agriculture, mais où l’on conduit et nourrit des troupeaux, Aujourd'hui les principales tribus bédouines de la péninsule sinaitique sont les Tiyahà (habitants du Tih) et les Towarà (Arabes de Tor); de ces derniers, E. Reclus nous dit dans sa Nouveile géographie, t. IX, Asie antérieure, 1884, p. 747: « On les croit descendants des. Amalékites, que les Hébreux sortis d'Egypte vainquirent à Raphidim, au pied du mont Serbal. » Mais ce sont plutôt les Tiyahà, comme le pense L. de Laborde, qui tiennent la place des Amalécites. Commentaire géographique de l'Exode, 1841, p. 99.

II. Histoire des Amaléciles. — C'est dans le récit de l'invasion de Chodorlahomor que se trouve la plus ancienne mention du « pays de l'Amalécite ». Gen., x1v, 7. Quelques siècles après, les Amalécites furent les premiers ennemis qu'eurent à combattre les Hébreux, au sortir de l'Égypte, à Raphidim, à une petile distance au nord-ouest du mont Sinaï, Cf. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 1889, t. 11, p. 409. Ces hordes de pillards, attirés sans doute par l'espoir d'un facile butin, « chargérent en queue » les émigrants fatigués par la marche, la faim'et la soif, « frappant les trainards » sans pitié. Deut., XxXv, 17-49. Josué fut chargé de repousser les assaillants, tandis que Moïse montait sur une colline voisine, accompagné d'Aaron et de Hur, et grâce à leur appui tenait ses bras étendus, ayant en sa main la € verge de Dieu ». Exod., XVII, 8-16. Amalec fut battu, et Moïse dut écrire « dans le livre » le souvenir de la victoire et la promesse qu'Amualec serait entièrement détruit, Nous suivons dès lors

dans l'histoire le cours de cette malédiction, que reprend sous une autre forme Balaam, Num., XxIV, 20, et que répète le Deutéronome, xxv, 17-19, en recommandant à Israël d'accomplir cette menace : prescription bien étrange, surtout au milieu des dispositions législatives qui l’entourent, si le Deuléronome n'avait été composé qu'à l'époque de Josias, quand Amalec n'existait plus depuis bien longtemps, comme nous le verrons. L'allusion est d'autant plus remarquable, qu'en traits rapides elle caractérise exactement l'attaque de ces hordes pillardes du désert. Au contraire, dans les développements d'un äge postérieur, dans la prière du grand prêtre Éliachim, on se représente l'armée d'Amalec avec des chars et des cavaliers, comme celle des grands peuples, Assyriens où Chaldéens, avec lesquels on s'était trouvé depuis en contact. Judith, 1v, 13 (Vulgate; le grec ne renferme pas ce développement ; remarquons que ce n’est pas l’auteur du livre qui parle, mais le grand prêtre).

L'année suivante, après avoir quitté le Sinaï, les Hébreux se rapprochèrent des confins de la Terre Promise et du territoire des Amalécites qui étaient dans le Négeb. Num. xu1, 30. Découragés d'abord par le rapport des explorateurs, ils murmurèrent et voulurent retourner en Égypte. Num., x1v, 4. Comme punition, ils reçurent l’ordre de revenir sur leurs pas. ÿ. 25. Alors, — curieux exemple d'une multitude qui ne sait trop ce qu'elle veut, — ils ne voient plus que les inconvénients de ce retour en arrière, et, impatients d'atteindre le but par le plus court chemin, ils attaquent, malgré Dieu et Moïse, les premiers ennemis qu'ils ont devant eux, les Amalécites et les Chananéens; mais ils sont battus et poursuivis jusqu'à Horma. ÿ. 40-45. Ce dernier verset paraît en contradiction avec le ὃ. 25, si on ne remarque pas que le ÿ. 25 se rapporte d'une façon générale à toute la région habitée par l'Amalécite et le Chananéen, plateau qui se présente comme un endroit abaissé, une plaine, ‘éméq, relativement au massif montagneux du sud de la Palestine, tandis que le ÿ. 45 parle plus spécialement de la crête de hauteurs (« celte montagne, » comme il y ἃ dans l'hébreu; cf. 40-44) qui séparait Israël de ses ennemis, et qu'il essaya de franchir sans l’ordre de Dieu. Au Deutéronome, 1, ἀξ, où l'hébreu lit aussi sur celte montagne, au lieu de l'expression trop générale in montibus, «sur les montagnes, » de la Vulgate, le même fait est rappelé, mais sans nommer l’Amalécite, et en donnant à la population chananéenne qui habitait de ce côté son nom particulier d'Amorrhéen. Cf. Gen., x1v, 7. Le samaritain (Deut., 1, 44, texte et version) répète, comme dans les Nombres : « L'Amalécite et le Chananéen qui habitait cette montagne. »

Les Hébreux durent renoncer à entrer dans la Palestine par le sud; l'heure où se réaliseraient les menaces contre Amalec était par là même différée après la conquête de la Terre Promise; elle se fit même attendre plusieurs siècles. A l'époque des Juges, deux fois Amalec fut un de ces instruments dont Dieu se servait pour chätier son peuple prévaricateur, Jud., x, 12; cependant, dans les deux cas, il n'apparaît qu'au second plan, et sous la conduite d'un plus puissant envahisseur : la première fois, sous celle des Moabites, Jud., τι, 13; la deuxième, uni aux Madianites. Jud., vi, 1,3, 33; vi, 12. Avec ces derniers, pendant sept ans, il prit part aux fructueuses razzias que ces nomades allaient faire en Israël chaque printemps, après les semailles; il fut battu aussi avec eux par Gédéon. Voir GÉDÉON.

Quand, par l'établissement de la royauté, Israël se trouva de nouveau réuni sous un seul chef, il fut capable d'exécuter la menace qui pesait dès les temps anciens sur Amalec. Saül reçut de Samuel l’ordre de l'accomplir. Nous avons dans 1 Reg., xv (déjà, par anticipation, xIv, 48), le récit de la campagne et de la victoire complète de Saül, et aussi celui de sa faute, qui eut pour lui de si graves conséquences : Saül épargna le roi Agag et le peuple, ce quil y eut de meilleur dans les troupeaux et dans les

AMALÉCITE — AMAMA

richesses d'Amalec, Cependant les Amalécites ne se relevérent pas de ce coup. Quelques années après, ils ne peuvent se défendre contre les razzias que David organise contre eux pour plaire à Achis, roi de Geth, chez qui il s'était réfugié, I Reg., xxvir, 8-12, Ce n'est que par ruse, en profitant de l'absence de David et de ses partisans, que pour se venger ils s'emparent de Siceleg, la ville donnée par Achis à David, la pillent, la brülent, et s'en vont emmenant captives toutes les femmes. 1 Reg., xxx; IT Reg., 1, 1. Mais David, revenu à temps, et guidé par un esclave égyptien malade, que les Amalécites avaient abandonné, atteint la bande des pillards au moment où, sans défiance, ils se livraient à la bonne chère avec le butin enlevé. Il en fit un grand carnage : quatre cents jeunes gens réussirent seuls à s'enfuir sur des chameaux, I Reg., xxx, 17; les prisonnières, les enfants et les richesses emportées furent recouvrés. ÿ. 18-19,

Dans ce même temps, il devait y avoir quelques familles d'Amalec vivant en paix, et campant parmi les Israélites du nord, comme celle de l'Amalécite qui, se trouvant sur la colline de Gelboé au moment de la mort de Saül, le dépouilla de ses insignes royaux et vint les apporter à David, IT Reg., 1, 2, 8-13. — La mention d'Amalec parmi les ennemis vaincus et spoliés par David, II Reg., vu, 42; I Par., ΧΥΠῚ, 11, suppose-t-elle une nouvelle campagne, où fait-elle allusion aux anciennes? Il est difficile de répondre. Dans tous les cas, à partir de ce moment, l'histoire ne parle plus d'Amalec, sinon en passant, dans la généalogie de la tribu de Siméon, I Par., 1V, 42-43, où nous voyons qu’au temps d'Ézéchias (d'après le ÿ. 41), cinq cents Siméonites s'avancèrent dans les montagnes de Séir, y tuérent « ce qui restait des Amalécites », et habitèrent à leur place. Dès lors il n’est plus question d'Amalec; son souvenir semble même perdu; la littérature prophétique, qui date en grande partie de cette époque (vie et vie siècles avant J.-C.), si riche en indications ou allusions sur les anciens voisins et ennemis d'Israël, ne prononce pas même le nom d'Amalee. Les conquérants assyriens du même temps, qui ont rencontré et mentionné dans leurs inscriptions presque tous les peuples de l'est et du sud de la Palestine, n’en parlent pas non plus. Ce fait a une grande importance pour la critique biblique, car il prouve que les traditions relatives à Amalec, si concordantes entre elles malgré la diversité des documents et des livres où elles nous arrivent, se sont formées et fixées avant l'époque des plus anciens prophètes qui nous ont laissé des écrits, c'est-à-dire avant le milieu du vie siècle. J. Tuomas.

AMAM (hébreu : *Amäm ; Septante : Σ ἦν), ville méridionale de la tribu de Juda, mentionnée entre Carioth et Hesron, Sama et Molada. Jos., xv, 26. Eusébe, Onomasticon, Gœttingue, 1870, au mot ’Au£u, et S. Jérôme, Liber de situ et nominibus locorum heb., t. XxXur, col. 870, la citent, mais sans en déterminer la position. Elle est restée inconnue jusqu'ici. Parmi les villes qui la précèdent et la suivent dans le texte sacré, deux surtout, dont l'identification semble très probable, sinon certaine, peuvent d'une façon générale délimiter l’espace où il la faudrait chercher. C’est, au nord, Carioth (unie à Hesron dans l'hébreu), que Robinson propose de voir dans ÆAurbet el-Kuryéleïin, et, au sud, Molada, que le même savant assimile à Khirbet el-Milh. Cf. Biblical Researches in Palestine, Londres, 1856, ἢ 11, p. 101 et 201. Voir la carte de la tribu de Juda. À. LEGENDRE.

AMAMA Sixlin, orientaliste protestant hollandais, né à Franeker, le 15 octobre 1593, mort dans cette ville, le 9 novembre 1629. Il fut professeur d'hébreu à l'université de Franeker, et publia l'Antibarbarus biblicus sex libris, in-4°, Franeker, 1628; 2e édit., in-4°, 1656. Le barbare contre lequel s'élève Amama, c'est Mersenne et en général celui qui n'atlache pas, d'après lui, assez d'impor-

tance à l'étude des langues sacrées. L'auteur se proposait de donner à son ouvrage deux parties renfermant chacune trois livres, mais la mort l'empêcha de réaliser son dessein, Le livre quatrième fut ajouté à la deuxième édition, publiée en 1656. Amama, en défendant les textes originaux dans cet ouvrage un peu confus, dépassa la mesure. 11 est d'une sévérilé outrée et injuste contre l'édition de la Vulgate publiée par Sixte V et Clément VIT, Π critique spécialement la version des livres historiques, des Psaumes et des écrits de Salomon. Dans le livre qui fut publié après sa mort, la traduction d'Isaïe et celle de Jérémie sont critiquées d’une manière analogue. Amama publia aussi une collation de la version hollandaise de la Bible avec les textes originaux, Bybelsche Conferencie, Amsterdam, 1633, et une grammaire hébraïque, Amsterdam, 1625, Voir W. Orme, Bibliotheca biblica, p. 10-11.

ΑΜΑΝ (hébreu : Hämän, nom d'origine persane, «estimé ; » Septante : “Δ μάν), premier ministre d'Assuérus (identifié avec Xerxès Ier, fils de Darius, voir ASSUÉRUS), fils d'Amadathi l'Agagite, c'est-à-dire originaire de la province d’Agag, en Médie. Voir AGAGITE. Aman n'était donc pas d'origine perse, comme l'a soutenu Eichhorn, en s'appuyant sur cette raison que chez les Perses la loi s’opposait à ce qu'un étranger füt élevé à une dignité comme celle de premier ministre. Einleitung, t. 111, p. 653. Cest là une affirmation sans fondement, car les rois de Perse, comme tous les monarques orientaux, étaient des despotes dont la volonté faisait loi contre la loi même. De nombreux documents les montrent, au contraire, distribuant les dignités selon leur fantaisie. Baumgarten, De fide libri Esther, p. 26. La Médie faisait d’ailleurs partie de l’empire perse. ᾿

Ce fut la douzième année du règne d’Assuérus, ou peu auparavant (vers #73 avant J.-C.), qu'Aman fut élevé à la dignité de premier ministre, car c'est à cette époque qu'il prit en haine Mardochée, dont la fière attitude le blessa profondément. Or Mardochée lui refusa les honneurs auxquels il prétendait, dès le début de son élévation, et l'on ne peut douter que le favori royal n'ait formé immédiatement ses projets de vengeance et arrêté contre les Juifs une action d'éclat, Esth., τπ, 7. Cf. Neteler, Die Bücher Esdras, Nehemias und Esther, Munster, 1877, p. 162. Au même temps Mardochée avait découvert et révélé un complot tramé contre la vie du roi par deux eunuques, et Aman, qui était leur ami, peut-être leur complice, en avait conçu contre le Juif une nouvelle animosité. Esth., χα, 3-6. L'exégèse rationaliste et protestante a voulu voir une contradiction entre ce dernier passage et celui où le refus d'adoration de la part de Mardochée est donné comme la cause de la colère d'Aman, Esth., 11, 4-5, comme si une double cause n'avait pu concourir à développer dans le premier ministre d'Assuérus l'esprit de vengeance. Ces deux récits se complétent, loin de se contredire.

En effet, Assuérus, à qui ses sujets rendaient hommage en fléchissant le genou, selon l'usage persan (Hérodote, vu, 136), avait voulu qu'Aman partageät avec lui cet honneur, Mais cette volonté, devant laquelle tout pliait, était venue se briser contre la résolution d'un Juif obscur, Mardochée, dont la noble fierté n'avait pas voulu se soumettre à ce servilisme répugnant. Non qu'il füt interdit aux Juifs de rendre hommage à des hommes en fléchissant le genou, ou même en se prosternant, le front dans la poussière. Il Reg., x1v, 4; ΧΥΙΠ, 28; ΠῚ Reg., 1, 10, Ce que Mardochée tenait comme interdit à son honneur, c'était Ja prestation à un indigne ministre de cet hommage, réservé aux souverains, Aman, en jurant de se venger, voulut étendre le chätiment à toute la nation de Mardochée : il résolut donc de l'exterminer en masse, ésth., 111, 6. Selon nos idées et nos mœurs empreintes de l'esprit chrétien, cette prétention paraît, de la part d'Aman, si exorbitante de cruauté et d'orgueil, que des rationalistes modernes en ont voulu conclure que cette histoire n’est

AMAMA — AMAN

qu'une fable; mais les analogies sont là pour témoigner en faveur du caractère historique de ce récit, Mithridate, roi du Pont, sans autre raison que la haine de Rome, ne porta-t-il pas contre tous les Romains résidant dans son royaume un édit de mort, à la suite duquel, selon Plularque, Vi, parall., Sylla, x, cent cinquante mille sujets de la République furent massacrés dans le même jour?

C'est au mois de nisan, le premier de l’année, qui correspond à la fin de notre mois de mars et au commencement d'avril, qu'Aman se mit à l'œuvre, Assuérus comptait onze ans accomplis de règne, on était en 473. Superstitieux comme tous les Perses, et imbu du préjugé, très répandu alors, qu'il existait des jours fastes et des jours néfastes, Aman fit tirer au sort, par quelque devin, l’époque à laquelle devrait se faire l'exécution, et cela, avant même d'en conférer avec le roi, tellement il se sentait maitre dans le royaume. Cette opération des sorts est désignée dans le texte hébreu par deux mots dont l'un est l’explication de l’autre : pür εὖ" haggôräl. « 1 jeta le sort (pür), c'est-à-dire le gôräl. » Le premier de ces termes n’est pas un mot hébreu, ce qui ἃ amené l’auteur d'Esther à le faire suivre du mot explicatif gôräl, qui désigne toujours dans la Bible l'opération dont il est question ici. Lev., XvI, 8-10; Ezech., xx1v, 6; Jon., 1, 7, ete. Au contraire, le mot pûr, qui est persan et répond au persan moderne bekr (la part, le sort), ne se trouve nulle part ailleurs dans l'Ecriture. L'hébreu et les Septante sont plus explicites que la Vulgate sur la manière dont ce sort fut conduit. On y lit : « Et il jeta le sort de jour en jour et de mois en mois; » Septante : χαὶ ἔλχθε χλήρους ἡμέραν ἐξ ἡμεράς καὶ μῆνα ἐκ unvôc. Esth., π|, 7. D'après cela, on tira d’abord le jour du mois, puis le mois lui-même.

Le jour amené par le sort fut le treizième, Esth., τι, 13, et le mois fut le douzième, Esth., n1, 7, qui est celui d’adar, répondant à notre fin février et commencement de mars. Ainsi la Providence avait conduit l'opération de telle sorte que les Juifs eussent tout le temps nécessaire pour parer le coup et échapper aux projets sanguinaires d'Aman. L'époque du massaëre ainsi déterminée, il fallut obtenir la sanction d'Assuérus ; Aman, pour se l’assurer plus aisément, l'acheta. Que le roi signät l'édit, et il s'engageait à verser dans le trésor royal, fort épuisé, dix mille talents (talents d'argent d'après l'hébreu, les Septante et le chaldéen), Esth., ur, 9, somme considérable, bien que notre ignorance de la valeur exacte du talent, chez les Perses, nous empêche d'en déterminer l'équivalent en notre monnaie. Xerxès (Assuérus) venait de terminer malheureusement son expédition en Grèce (480-479), il avait besoin d'argent. Ce détail montre que les Juifs pendant la captivité avaient prospéré, puisque Aman se faisait fort de tirer d'eux une somme aussi considérable, Cf, Tob., 1v, 21-922, Le roi cependant voulut se montrer encore plus généreux que son ministre; car, après lui avoir passé au doigt son anneau ou sceau royal, en signe du plein pouvoir qu'il lui donnait de décréter et de sceller ce qu'il voudrait contre les Juifs, il lui abandonna les dix mille talents, comme gratification de l'important service qu'il rendait au royaume. Aran triomphait,

Rédiger l'édit, en faire des copies et des traductions, Esth., 111, 12, et les expédier aux gouverneurs des cent vingt-sept medinôt, Esth., 1, 1, 22; var, 9; cf. Dan., 11, 2, 3, ou subdivisions de l'empire, fut l'affaire de quelques jours. Hérodote, vu, 98, parle de la rapidité avec laquelle se faisait chez les Perses la transmission des ordres royaux aux contrées les plus éloignées, par une organisation merveilleuse de courriers et de relais, dont l'institution remontait à Cyrus. Brisson, De regio Persarum apparatu, 1710, p. 311-315. En moins de deux mois, tous les gouverneurs avaient reçu l'ordre d'Aman ; mais ils devaient attendre neuf mois environ avant de l'exécuter. C'était bien contre son gré que le cruel ministre laissait s'écouler un si long temps avant le massacre ; mais sa superstition l'emportait sur ses désirs de ven-

geance. Il aurait craint d'aller contre le sort en avancant l'exécution ; d'autre part il redoutait qu'Assuérus, avec son esprit capricieux, ne fût influencé en sens contraire et n'en vint à annuler l'édit. En le publiant, il rendait toute modification moralement impossible. De plus, les Juifs étaient dès lors mis au ban de l'empire, ils devenaient l'objet de la haine publique, c'était préparer et assurer une extermination universelle. On ne peut donc rien conclure de ce délai contre la véracité du livre, et les exégètes rationalistes frappent à faux quand ils l’attaquent sur ce point. Cf. Bleek, Einleitung in das Alte Testament, 4e édit., p. 299.

L'édit d'Aman n'existe pas dans le texte hébreu ; on le trouve dans les Septante après le chapitre 11, 13, et dans la Vulgate, ΧΠῚ, 1-7. Les protestants le rejettent comme apocryphe avec tous les autres passages deutérocanoniques d'Esther; cependant il est certain qu'il existait dans le texte hébreu primitif, et qu'il a été rendu en grec par le traducteur du reste du livre. Cornely, Introductio specialis in libros Veteris Testamenti, part. 1, p. #18, 435. Il y à à la vérité une légère contradiction entre le jour fixé pour le massacre dans l’édit, Esth., xx, 6, et dans le texte protocanonique, Esth., 11, 13; 1x, 1 : ici le treizième, là le quatorzième jour d'adar. C'est une simple faute de copiste qui ne peut tirer à conséquence, pas plus que Γαθαθὰ pour Bayabxv, Esth., χη, 1, et ᾿Αρταξέρξης pour Ξέρξης. Esth., 1, 1 et passim.

Pendant qu'Aman se croyait sûr du succès, les Juifs yriaient et jeünaient, Esth., 1v, 16-17, et Esther, au péril de sa vie, allait trouver le roi et obtenait de lui que, accompagné de son ministre, il vint diner à sa table. Aman sortait joyeux de ce festin, lorsque la rencontre de Mardochée, toujours inflexible et demeurant assis à son passage, le mit dans une nouvelle fureur. Après avoir pris conseil de sa femme Zarès et de ses amis, il résolut de devancer l'édit pour ce Juif impertinent, et, ne doutant pas de l'aequiescement du roi, il fit dresser sur l'heure une potence de cinquante coudées pour y attacher Mardochée dès le lendemain. Le lendemain, la face des choses était changée, et Aman attaché lui-même à ce gibet. Mais auparavant l’orgueilleux ministre devait subir une humiliation plus cruelle que la mort. Pendant cette nuit où Aman préparait la mort de Mardochée, Assuérus, ne pouvant dormir, s'était fait lire les annales de son règne. Il entendit le récit de la conjuration formée contre sa personne par les eunuques Bagathan et Tharès, et découverte par Mardochée, qui la fit échouer. I1 demanda alors quelle récompense avait reçue ce fidèle sujet, et, apprenant que rien n'avait été fait pour lui, il appela Aman afin d'avoir son avis sur la manière de traiter un homme que le roi voulait honorer. Aman, persuadé que lui seul pouvait être ce sujet digne d'honneur, réclama le plus éclatant triomphe: habits royaux, cheval du roi, diadème sur la tête, marche solennelle par les rues de Suse, où résidait alors Assuérus, Esth., 1, 2, 5; les princes de l'empire remplissant l'office de hérauts devant le triomphateur, Esth., vi, 8-9. Or Aman décernait à son insu tous ces honneurs à son mortel ennemi, Mardochée, et lui-même dut non seulement en assurer l'exécution, mais encore y prendre part, tenant la bride du cheval et criant : « Ainsi est honoré celui que le roi veut honorer! » Aman, toujours superstitieux, vit là un mauvais présage, et rentra triste et abattu.

Il comptait parmi ses conseillers et ses amis des devins (hébreu : Aäkämäv, «ses sages ; » Septante : φίλοι, Esth., vi, 13). C’est sur leurs réponses qu'il avait préparé l’extermination des Juifs, et maintenant il n'en obtenait plus que des présages funestes : « Si Mardochée est Juif, de même que tu as commencé à être abaissé devant lui, tu le seras encore. » Esth., vi, 13. Sous le coup de son humiliation, Aman accompagna Assuérus à un second repas chez Esther. La reine en profita pour exposer au roi la demande qu'elle n'avait pas voulu formuler la veille. Elle révéla son origine juive et supplia le roi en faveur de

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