AMAN
sa propre vie à elle et de celle de son peuple, qu'un ennemi cruel voulait exterminer., Cet ennemi, elle le nomma en sa présence, et elle le fit avec une telle énergie, qu'Aman baissa les yeux et demeura sans mot dire, ἢ comprit qu'il était perdu et qu'il n'avait plus d'espoir que dans la clémence de la reine elle-même. Pendant qu'Assuérus était allé prendre l'air dans le jardin pour calmer ses impressions, Aman s'était approché du lit de table d'Esther, et, penché vers elle, il demandait grâce, quand Assuérus rentra. Le monarque, aveuglé par sa colère, crut qu'Aman voulait attenter à l'honneur de la reine : ἢ n'entendit plus rien, et condamnant son premier ministre avec la même facilité avec laquelle il lui avait livré les Juifs, il donna l'ordre de le mettre à mort, ce qui fut exécuté à l'instant même. Selon l'usage des anciens à l'égard des condamnés à mort, un des eunuques lui jeta un voile sur la tête, Quinte-Curce, vi, 8, 2; Cicéron, Pro Rabirio, IV, 13; un autre, nommé Harbona, fit remarquer au roi qu'Aman venait de faire dresser « dans sa maison » un gibet pour y pendre Mardochée. « Qu'il y soit lui-même pendu, » dit Assuérus ; ce qui fut fait, « et la colère du roi s’apaisa. » Esth., vit, 9-10. I est à noter que d'après le chapitre xvi, verset 18, la potence fut transportée de la maison d'Aman auprès de la porte de Suse, où le persécuteur subit son supplice.
L'exécution d'Aman fut suivie de celle de sa famille, Quand le treizième jour du douzième mois arriva, les Juifs, aidés des fonctionnaires royaux, prirent l'offensive, et firent un grand carnage de leurs ennemis, parmi lesquels se trouvèrent les dix fils d'Aman. Esth., 1x, 6-9. Ils périrent donc, non pas en même temps que leur pére, comme il semblerait d’après Esth., 1x, 25, mais neuf mois après. Cf. vx, 10 ; vint, 9, 12; 1x, 14. Ainsi disparut la race de cet homme cruel et vindicatif, dont les hautes fonctions furent données à Mardochée, Esth., x, 3, comme sa maisôn avait été donnée à Esther, vint, 1. Ainsi se réalisait le songe qu'avait eu Mardochée la deuxième année du règne d'Assuérus (484) : il avait vu deux énormes dragons (hébreu: £annim) acharnés l’un contre l’autre, et représentant la lutte d'Aman contre Mardochée. Esth., x, 5-7; χι, 5-12. En mémoire de la chute de son ennemi et de la délivrance de son peuple, Mardochée institua à perpétuité la fête des Sorts ou des Pürün, ainsi appelée à cause des sorts jetés par Aman pour l'extermination des Juifs. Voir PauriM. Pendant la lecture du livre d’Esther qu'on fait en cette fête, les passages relatifs à Aman sont toujours signalés par des malédictions; celui où il est question de son supplice et de celui de ses fils doit se prononcer très vite et sans respirer pour marquer que tous furent pendus à la fois, ce qui d’ailleurs n'est pas exact, et pendant ce temps les assistants frappent des mains et des pieds pour que ce nom maudit ne soit pas entendu. Enfin, en mémoire du supplice des fils d'Aman, les trois versets où il est rapporté, Esth., 1x, 7-9, sont écrits, dans les manuscrits hébreux, sur trois colonnes parallèles représentant les trois cordes auxquelles furent pendus, d'après la tradition, les fils du ministre maudit, attachés à chacune d'elles par groupes de trois, trois et quatre; cette tradition est du reste sans fondement dans l'histoire, et très peu vraisemblable.
Il est à noter que, dans la lettre de révocation de lédit d'extermination, Assuérus attribue à Aman un dessein qu'on ne trouve mentionné nulle part ailleurs, celui de se tourner contre le roi lui-même après avoir affaibli ses moyens de défense par le massacre des Juifs, et de livrer aux Mèdes (Septante : εἰς τοὺς Μαχεδόνας, qu'il faut interpréter comme ὁ Μαχεδών, Esth., 1x, 24; cf. xvi, 10, dans le sens de Mède ou Agagite (voir AGAGITE), l'empire des Perses. Esth., xvi, 14. Cette allégation est sans doute une pure supposition, qui pouvait d’ailleurs facilement venir à l'esprit du roi. x
Aman est souvent donné par les auteurs spirituels comme le symbole des ennemis de l'Église, dont Esther est la
figure. Cf. Rupert, De Victoria verbi divini, VI, 3, . CLXIX, col. 1381; Raban Maur, Zn lib, Esth., 1, G, 1. cix, col. 652-660. P, RENARD.
AMANA (hébreu : "Âmänäh), montagne mentionnée dans le Cantique des cantiques, 1v, 8. Les Septante en ont fait un nom commun, et ont traduit mér6'8 "Amänäh, « du sommet d'Amanah, » par ἀπὸ ἀρχῆς πίστεως, « du commencement de la foi, » interprétation condamnée par le contexte et le parallélisme, d'après lesquels le mot correspond à ceux de Liban, de Sanir et d'Hermon. Le nom d''Amänäh se lit aussi IV Reg., v, 12, pour désigner un fleuve de Damas, dans le geri et le ketib d’un certain nombre de manuscrits, dans le Targum de Jonathan et la version syriaque, au lieu d''Abänäh, leçon courante du texte. Voir ABanNa. C'est ce qui ἃ fait supposer à la plupart des auteurs qu'entre celui-ci et la montagne il y avait la relation du cours d’eau à la source, et que l’un donnait son nom à l’autre, L’Amana serait donc un des sommets de l'Anti-Liban, d'où sort l'Abana, aujourd'hui le Barada, c'est-à-dire le Djébel Zebdäni, au nord du grand Hermon, dominant du côté de l’est une grande plaine qui est le point le plus central et la vallée la plus pittoresque de la chaine orientale. « Le Talmud de Jérusalem, tr. Schebiith, vi, 2, identifie l'Amanah de la Bible, Cant., 1v, 8, avec l'Amanus. » A. Neubauer, La Géographie du Talmud, Paris, 1868, p. 7, n. 3. Nous croyons avec Reland, Palæstina ex monumentis veteribus illustrata, Utrecht, 1714, t. 1, p. 320, que le « sommet » dont parle le Cantique sacré he saurait être confondu avec la montagne bien connue du nord de la Syrie. Les noms qui accompagnent Amana suffisent à eux seuls pour rejeter cette assimilation.
A. LEGENDRE
AMAND DE ZIERICZÉE, en Zélande, mineur observant, hébraïsant, enseigna la théologie dans le collège de son ordre à Louvain, et fut premier supérieur de la province de Cologne, dans le temps où elle comprenait les Pays-Bas. Il mourut le 8 juin 1524, d'après Jean de Saint- Antoine, en 1535, d'après Sbaraglia, et fut enseveli devant l’autel majeur de son couvent. Il laissait divers ouvrages d’exégèse dont les bibliographes susdits, non plus que les autres, ne nous font connaître le sort : 1° Commentaria in Genesim ; 2 Commentaria in Psalmum Cxvur ; 3 Commentaria in librum Job ; 4° Commentaria in Ecclesiasten ; 5° De zxx hebdomadibus Danielis liber urus. Voir Ruland, dans lAllgemeine Deutsche Biographie, t.1, 1875, p. 388. P. APOLLINAIRE.
AMANDE, fruit de l'amandier. — 1° Lorsque Jacob renvoya ses enfants pour la seconde fois en Égypte, avec Benjamin, pour y chercher du blé, il les chargea d'offrir au premier ministre d'Égypte, qu'il ignorait être son fils Joseph, « les meilleures productions de la terre » de Chanaan, et parmi ces productions figurent les amandes. Gen., XL, 11. Elles sont appelées en hébreu $egédim; Septante : κάρυα; Vulgate : amygdalæ. — 2 Il est question une seconde fois des amandes, dans la Bible, à propos de la verge d'Aaron, qui fleurit miraculeusement, lors de la sédition de Coré, Dathan et Abiron. La verge d'Aaron, qui était sans doute un rameau d’amandier, ayant été placée dans le tabernacle avec celles des onze autres tribus, fut la seule qui en un jour porta des fleurs, des feuilles et des fruits, qui sont appelés dans le texte original $eqédim, c'est-à-dire « amandes », comme l'ont traduit exactement les anciennes versions. Num., xvi1, 8 — 3 Un troisième passage du Pentateuque, Exod., xxv, 933, 3% (répété d'une manière analogue Exod., XxXXvIr, 49, 20), parle d'ornements « en forme d'amande », quasi in nucis modum (Vulgate), destinés à orner le chandelier à sept branches. Les ornements auxquels est attribuée cette forme sont appelés gebi‘im, c'est-à-dire « coupes, calices (de fleurs) »; d'où il suit qu'ils n'avaient pas la forme du fruit de l'amandier, qui ne ressemble nullement à une