‹ Dictionnaire de la BibleChapitre 238 sur 474 · AMMON (CHR. FR. VON) — AMMONITES · texte numérisé non relu

AMMON (CHR. FR. VON) — AMMONITES

Carp., t. xx, col. 1276. L'ouvrage d’Ammènius est depuis longtemps perdu; mais sa division, qui était très commode pour retrouver un passage quelconque des Évangélistes, a été conservée. Il avait partagé les quatre Évangiles en plus de mille sections, qui sont appelées tantôt pericopæ, tantôt lectiones, tantôt canones, le plus souvent capitulu. Saint Matthieu en avait 355; saint Mare, 235; saint Luc, 343 ; saint Jean, 232. Ce chiffre varie cependant, quoique légèrement, dans les divers manuscrits. L'indication du nom de l'Évangéliste et du chiffre de la section permettait de trouver tout de suite le passage des Évangiles qu’on désirait trouver.

Eusèbe de Césarée compléta le travail d'Ammonius, et contribua beaucoup à le répandre en dressant avec exactitude les dix Canons évangéliques, destinés à montrer le parallélisme des quatre Évangiles, ce qui leur est commun et ce qui leur est propre. Ce sont dix tableaux, formés avec les chiffres des sections ammoniennes. Le premier contient, en quatre colonnes, tous les passages qui sont communs aux quatre Evangélistes; le second, en trois colonnes, ceux de saint Matthieu, de saint Marc et de saint Luc ; le troisième, ceux de saint Matthieu, de saint Luc et de saint Jean ; le quatrième, ceux de saint Matthieu, saint Marc et saint Jean ; le cinquième, en deux colonnes, les passages communs à saint Matthieu et à saint Luc ; le sixième, ceux de saint Matthieu et de saint Mare; le septième, ceux de saint Matthieu et de saint Jean ; le huitième, ceux de saint Marc et de saint Luc; le neuvième, ceux de saint Luc et de saint Jean ; le dixième enfin, les passages propres à un seul évangéliste. Voir ces canons dans Migne, Patr. gr.,t. xxI1, col. 1277-1299.

Les sections ammoniennes n'ont pas été sans doute sans influence sur la division par chapitres et par versets, qui a prévalu plus tard dans nos Bibles. Elles ont été marquées encore de nos jours dans plusieurs éditions du Nouveau Testament de Tischendorf, Voir Harmonia quatuor Evangeliorum juæta sectiones Ammonianas et Eusebii canones, in-4°, Oxford, 1805; O. von Gebhardt, Bibeltext des Neuen Testaments, dans Herzog's Real- Encyklopädie, 2 édit, t. 11, p. 40%; AI. Michelsen, Evangelien-harmonie, ibid., t. 1v, p. 425.

AMMONITES, fils d'AMMON (hébreu, le plus souvent : Bené-‘'Ammôn; quelquefois : ‘Ammôni, Deut., XXI, 43; 1 Sam., ΧΙ, 1, etc.; plur. ‘Amimônim, Deut., 1, 20; HI Reg., ΧΙ, 5, etc.; deux fois seulement : ‘Ammôn, 1 Reg., ΧΙ, 11; Ps. Lxxx1I1 (Vulg., LxxxH1), 8; Septante : Υἱοὶ ᾿Αμμών ; ᾿Αμμανῖται), peuple descendant d’Ammon ou Ben-Ammi, fils de Lot et de sa plus jeune fille. Gen., x1x, 38.

I. Nom et origine. — Le nom d’Ammon peut-il se rattacher à celui de Ben-Ammi, donné par la mère pour rappeler que son enfant ne portait pas dans les veines de sang étranger ? M. Reuss regarde cette étymologie comme absolument arbitraire et inadmissible, La Bible, l'Histoire Sainte et la Loi, t. 1, p. 364. Cependant, sans rappeler l'interprétation traditionnelle donnée par la Vulgate et les Septante (voir AMMON 2) aussi bien que par Josèphe, Ant. jud., 1, χα, 5, d'accord avec le texte hébreu, Gen., x1x, 38, il est permis d’opposer à cette assertion l'autorité de Gesenius déclarant cette étymologie € non étrangère aux lois de la langue », Thesaurus linguæ heb., p. 1044. Fürst traduit le mot par dem Volke Zugehüriger, « qui appartient au peuple, » Hebräisches Handwôürterbuch, Leipzig, 1876, τι τι, p. 158, et Delitzsch trouve entre ‘Ammôn, « rejeton du peuple, » et ‘Am, « peuple, » la même analogie qu'entre ’agmôn, « jonc, » proprement : « rejelon de l'étang, » et ‘ägâm, «étang. » Keil et Delitzsch, Biblical Commentary, The Pentateuch, trad. anglaise, L. 1, p. 238. Nous retrouvons ce nom sous la même forme dans les inscriptions assyriennes : Bit-Ammän, écrit Am-ma-na (ni), forme semblable à celle de Bit-Humwri, «1ὰ maison d'Amri,» c'est-à-dire la Samarie, Ammon semble ainsi considéré

comme nom de personne ; aussi trouve-t-on quelquefois le déterminatif personnel placé devant Ammän. Cf. E. Schrader, Die Keiïlinschriften und das Alte Testament, Giessen, 1883, p. 141.

Le rationalisme n’a pas manqué non plus de voir dans l'origine incestueuse d’Ammon un #ythe ethnographique, fruit de la haine nationale qui ne cessa d'exister entre les Israélites et les descendants de Lot. Cf. Reuss, L'Histoire Sainte et la Loi, t. 1, p.363. Mais à cette affirmation gratuite, destinée uniquement à infirmer l'authenticité et la véracité du récit mosaïque, nous répondrons en rappelant l’origine des enfants de Juda, la plus importante des tribus d'Israël, origine qui n’est guère plus honorable, et qui cependant n’en est pas moins racontée dans le même livre. Gen., xxxvim. Cette haine du reste existait si peu au début, que Dieu ne voulut rien donner à son peuple de la terre des enfants de Moab et d'Ammon, parce qu'ils étaient fils de Lot, c’est-à-dire du même sang que les enfants d'Abraham. Deut., 11, 9, 19. La moitié du pays d'Ammon que posséda la tribu de Gad, Jos., χπι, 234-95, ne fut pas conquise en violation de cette défense : elle fut prise sur Séhon, roi des Amorrhéens et par conséquent, après avoir fait partie du territoire d'Ammon, elle ne lui appartenait plus lors de la conquête israélite.

Du récit de la Genèse ressort l'étroite parenté qui unissait Israël aux Moabites et aux Ammonites. D'un autre côté, l'union très intime des deux tribus sœurs apparaît d'un bout à l’autre de leur histoire. Souvent nommées ensemble, II Par., xx, 1, Sophon., …1, 8, elles sont accusées toutes deux d’avoir appelé Balaam pour maudire le peuple de Dieu, Deut., xx, 3-4, alors que le récit détaillé de l'événement ne mentionne pas Ammon. Num., xx, xx. Dans la réponse de Jephté au roi d'Ammon, les allusions à Moab sont continuelles, Jud., xt, 15, 18, 25; Chamos, le dieu de Moab, Num., xx1, 29, y est appelé « ton dieu », Jud., ΧΙ, 24. Le pays de l’Arnon au Jaboc, que le roi ammonite appelle « ma terre », Jud., xt, 13, est donné ailleurs comme ayant appartenu à un « roi de Moab ». Num., xx1, 96.

IT. Histoire. — Pour s'établir à l’est de la mer Morte et du Jourdain, les Ammonites eurent à vaincre une race de Rephaïm ou géants, « qu’ils appelaient Zomzommim. » Deut., 11, 20-921. Vaincus eux-mêmes plus tard par les Amorrhéens, ils furent refoulés vers l’est. Num., xx1, 2%; Jud., χι, 13, 19-22. Voir AmMoN 4. Depuis ce temps, leur histoire ne fut plus qu’une longue suite d’hostilités contre le peuple d'Israël. Au moment de l'exode, ils lui refusèrent des vivres dans le désert, Deut., xxI, 4, et, de concert avec les Moabites, firent appel contre lui aux perfides conseils et aux malédictions de Balaam. Deut., xx, 4, et II Esdr., χπὶ, 2. C’est pour cela qu'ils furent, comme leurs frères, exclus du droit de cité dans Israël, Deut., xx, 3; fait d'autant plus remarquable, que les Iduméens, qui s'étaient également opposés au passage des Hébreux, Num., xx, 18-21, mais n'avaient pas cherché à maudire la race de Jacob, pouvaient étre admis, « à la troisième génération, dans l'assemblée du Seigneur. » Deut., xx, 7, 8. Cependant Dieu défendit à son peuple de faire la guerre aux Ammonites, lui ordonnant de respecter la terre qu'il avait donnée aux fils de Lot. Deut., 1, 19. Ceux-ci n’eurent pas les mêmes égards pour la terre d'Israël. ὲ

Au temps d’Aod, ils se firent les alliés d'Églon, roi de Moab, pour opprimer les Hébreux. Jud., 11, 13. Mais bientôt, se sentant assez forts pour triompher seuls, ils revinrent à la charge. Poussés par l'amour de la guerre et du pillage, et aussi par le désir de reprendre ce beau pays de Galaad, qu'ils avaient autrefois possédé en partie, ils l'envahirent, malgré les montagnes qui le défendent, Depuis leur sortie d'Égypte, les Israélites n'avaient pas rencontré de plus cruels ennemis. Pénétrant dans cette contrée fertile, « y fixant leurs tentes avec de grands cris, » Jud., x, 17, les fils d'Ammon « broyèrent, suivant

Page 1