Anes d'Orient
lui est favorable, mais les soins lui sont également nécessaires ; aussi dans l'Inde, où il n’a pas été assez bien traité, il a dégénéré, malgré la chaleur du climat. En Syrie et en Égypte, où cet animal est convenablement entretenu, il dépasse en taille et surtout en vigueur ses congénères de l'Occident. Les Arabes et les Persans conservent la généalogie de leurs ânes comme celle des chevaux. En Syrie, d’après Darwin, il y en a quatre espèces principales : « La première, gracieuse et légère avec une allure agréable; sert principalement aux dames ; la seconde, race arabe, est réservée exclusivement pour la selle; la troisième, plus forte, sert au labourage et à des travaux divers; la quatrième, qui est la race de Damas, est la plus grande et se distingue par la longueur du corps et des oreilles. » Animals and Plants under domestication, t. 1, p. 62. Damas et Bagdad se glorifient particulièrement de leurs ânes blancs. Les animaux de cette couleur paraissent aussi avoir été fort appréciés chez les Israélites, d’après le cantique de Débora, qui dit aux chefs de son peuple : « Vous qui montez de blanches ânesses. » Jud., v, 10 (texte hébreu; la Vulgate traduit : nitentes asinos, « ânes luisants»). Quelques interprètes pensent que le terme hébreu sdhôr, employé dans ce passage du livre des Juges, indique que les änesses dont parle la prophétesse Débora étaient peintes de bandes de couleur. Tous ceux qui ont visité l'Orient, et en particulier le Caire, ont remarqué ces singulières peintures par lesquelles on veut parer les plus beaux änes et rehausser les couleurs voyantes de leur riche harnachement. Le mot arabe cor-
respondant à sähôr, ) << et ? &j, sahor et ’asoharu,
se dit d'un âne blanc et roux. Quelque bizarre que nous paraisse la coutume d'orner ainsi cet animal domestique,
ANE
elle nous montre du moins combien il est aimé de ceux à qui il sert de monture.
Ce qui rend l'âne si précieux en Égypte et en Syrie, c'est qu'il est fait pour les pays chauds et pour les régions montagneuses et arides. Ses sabots sont longs, creux en dessous, avec des bords aigus, de sorte qu'il plante son pied avec sûreté, soit dans les montées, soit dans les descentes, là où le sabot plat du cheval est exposé à glisser. De plus, il souffre peu de la soif et de la chaleur ; il boit rarement, et en petite quantité; la transpiration est chez lui presque insensible, grâce à sa peau dure et coriace. Les herbes sèches et aromatiques sont sa nourriture de prédilection ; il préfère les chardons (fig. 142) etles plantes épineuses au fourrage le plus tendre et le plus succulent, Ce sont là tout autant de qualités inappréciables dans un pays sec et entrecoupé de collines et de vallées.
142.— Ane broutant, Le scribe Uerchu est assis sur son âne. II est précédé d’un çoureur (Ve Dynastie), Lepsius, Denkmäler, 11,43.
On n’a point trouvé l'âne domestique représenté sur les monuments assyriens, À. Layard, Nineveh and its remains, 1849, t. 11, p. 425; mais Hérodote le nomme néanmoins parmi les animaux connus dans la région de l'Euphrate 1, 194, édit. de Londres, 1679, p. 81; cf. I Esdr., u, 67, et les bas-reliefs reproduisent souvent l'onagre, qui y existait alors et y existe encore aujourd'hui. A. Layard, ibid., t. 1, p. 324. Voir ONAGRE. Quoi qu'il en soit, du reste, de l'Assyrie, il est certain que l'âne était très commun en Égypte eten Palestine.
IL. Histoire de l'âne dans l'Écriture. — Les ânes ont toujours été considérés par les Hébreux comme une partie importante de leurs richesses. Exod., χα, 43; xxt, 33; xx, 4, 10 ; xx, 4, 5, 12 ; Deut., v, 14, etc.; Luc., χιπ, 15; xIv, Ὁ. Les patriarches en possédaient de véritables troupeaux, Gen., ΧΙ, 16; xxIv, 35; xxx, ἘΠῚ xxx, 5; cf. xxxvI, 24; Job, 1, 3,14; χιπι, 12; Num., xxx1, 39, 45, de même que les tiens, ainsi que nous l’attestent leurs monuments (fig. 143). Voir aussi I Sam. (1 Reg.), IX, 8; I Par., xxvii, 30 ; I Esdr., 1, 67; II Esdr., vu, 69. La loi défend de convoiter l’âne de son prochain, Exod., xx, 17; Deut., v, 21; cf. Job, xxIv, 3, parce qu'il était souvent un objet d'envie. Cf. Deut., xxvur, 31. C'était, avec le bœuf et les brebis, l'animal domestique par excellence. Cf. Gen., xx, 5; Exod., xx, 4, etc. L’äne était en οἵδε, comme nous l'avons dit, la monture la plus commode et la plus usitée, Gen., xx, 3, etc., comme elle l’est encore aujourd'hui en Orient, où il sert aux personnes du plus haut rang et est richement harnaché comme le cheval. Celui-ci n'était pas élevé en Palestine avant Salomon ; il y fut probablement toujours rare dans l'antiquité, et l'on n’en fit guère usage que pour la guerre. Le chameau n'était pas non plus très commun ; c'est d’ailleurs un animal moins agréable à monter que l'âne, et celui-ci, dont le pas est très sûr dans les montagnes, peut rendre beaucoup plus de services dans toutes les parties de la.Palestine. Non seulement il portait les hommes et les femmes dans leurs voyages, Gen., xx, 3; Exod., 1v, 20; Num.; xx, 21; Jos., xv, 18; Jud., τ, 14; v, 10 ; x, 4; χπὶ 14; I Reg., xxv, 20, 23, 42; II Reg., xvur, 23; xix, 26; I (HI) Reg., x, 3;
ΤΙ (LV) Reg, 1v, 2%; Zach., 1x, 9; Matth, xxr, 7; Mare. χι, 7; Luc., xIX, 90; mais il transportait aussi Les fardeaux, Gen,, xunr, 26; χων, 23; Jos., 1x, 4; 1 Reg., xvi, 20;
xxv, 18; I Reg., xvi, 13; 1 Par., x, 40; IL Esdr., XI, 15; |
ANE
née de marche, à un pas modéré, Aujourd'hui on lui préfère le cheval pour les longues courses; mais, depuis Abraham jusqu'à l'époque de Notre-Seigneur, les personnages les plus honorables faisaient leurs voyages à âne,
143, — Troi peau d'ânes en Égypte. Un scribe en inscrit le compte. Tombeau de Beni-Hassan (XIIe Dynastie ), Lepsius, Denkmüler, 11, 132,
Eccli., xxxur, 95 (fig. 144). On l'employait, du moins du temps de Notre-Seigneur, pour lourner la meule et moudre le blé, comme le prouve l'expression du texte grec de Saint Matthieu, Xvi1, 6; de saint Mare, 1x, #l, et de saint
comme nous le voyons en particulier par l’histoire des Juges, x, 4; xI1, 14, de même que par les monuments égyptiens (fig. 142 et 145). Notre-Seigneur lui-même se servit de cette monture pour faire son entrée triomphale
144, — Anes portant des fardeaux en Égypte. Dans l'original, la scène se continue sur la même ligne, Peinture du Musée Guimet, à Paris,
Luc, xvir, 2, μύλος ὀνιχός, « meule d'âne » (voir MEULE) ; on l’utilisait également pour labourer les champs, Is., xxx, 24; xxxir, 20 ; cf. Deut., xx11, 10, et aussi, d'après Joséphe, Cont. Apion., 11, 7, pour battre le blé. Il servait certainement à ce dernier usage en Égypte. Voir fig. 45 οἱ 48, col. 277, 283.
L'äne de Palestine est capable de faire une bonne jour-
à Jérusalem, le dimanche des Rameaux, Matth., xx1, 73 Marc., ΧΙ, 7; Luc., xIx, 90, non pour nous donner un exemple d'humilité, comme on pourrait le croire d’après nos idées occidentales, mais pour montrer qu'il était un roi pacifique, l'âne élant comme l'emblème de la paix, de méme que le cheval celui de la guerre, Voir ANON,
De cetté manière différente d'envisager l'âne en Orient
et en Occident, il résulte qu'il n’est pas dans nos Livres Saints, comme il l'est parmi nous, l'objet de comparaisons désavantageuses et méprisantes. Au contraire, il est considéré comme un animal noble, auquel on assimile les personnages dont on veut faire l'éloge, dans la plus haute poésie. Ainsi Issachar est appelé « un âne fort », Gen., xLix, 1#, dans la prophétie de Jacob. Voir aussi Jud., v, 10; 1s., 1,3, οἷς, Cf. Iliade, x1, 588. Néanmoins, aprés sa mort, cet animal utile est jeté à la voirie, De là la prophétie de Jérémie, xxn1, 19, contre Joakim, roi de Juda : @ Il aura Ja sépulture d'un âne; il sera trainé (pourri, dit la Vulgate) et jeté hors des portes de Jérusalem. » Voir Joakim.
On ne se servait point primitivement de selle pour monter l'âne, mais on étendait simplement sur son dos une couverture où un morceau d'étoile qu'on attachait
ANE
Épiphane, en pillant le temple de Jérusalem, y avait découvert une tête d'âne en or. Joséphe, Cont. Apion., 11, 7. On retrouve des traces de cette calomnie dans Plutarque, Sympos., 1V, 5, et dans Tacite, Hist., v, 3-4. On sait que le méme reproche fut fait aux chrétiens. Voir J. G. Müller, dans les Theologische Studien und Kritiken, 1843, p. 906-919, 930-935, et ce que nous avons dit nous-même sur ce sujet dans Les Livres Saints et la critique rationaliste, 4 édit., t. 1, p. 99-102.
ΠῚ. Prescriptions légales relatives à l'âne. — On voit souvent aujourd'hui, en Égypte et en Syrie, des animaux d'espèce différente attelés à la même charrue. La loi de Moïse, Deut., xx11, 10, défend d'attacher au même joug le bœuf et l'âne, parce qu'on se servait de ces deux espèces d'animaux pour labourer les champs. La prescription de Moise était fort humaine en interdisant de faire travailler
RG (À
Pr x
145. — Ane de la reine de Pount. La reine, remarquable par son embonpoint, vient de descendre de son âne pour aller au-devant des Égyptiens à qui elle apporte son tribut, Temple de Deir el-Bahari.
pour l'empêcher de tomber. C'est ce que le texte original appelle « lier autour » ou « ceindre » l'âne. Gen., XXI, 3; Num., xxu, 21; Jud., x1x, 10; 11 Sam., xvi, 1 ; IV Reg., IV, 2%, etc. Les Apôtres étendirent leurs vêtements sur l'âne dont se servit Notre-Seigneur pour faire son entrée solennelle à Jérusalem. Matth., xx1, 7. L'änier ou un serviteur accompagnait souvent la monture (fig. 142), Jud., xIX, 9; IV Reg., 1v, 24; Erubin, 1v, 10, en courant à côté ou en arrière, comme cela se pratique de nos jours en Orient. Le mari marchait aussi à pied, à côté de l'âne qui portait sa femme et ses enfants, Exod., 1v, 20; c’est ce qu'on voit encore fréquemment, quand on voyage en Palestine. L'Évangile ne nous donne point de détails sur la manière dont s’accomplit la fuite en Égypte ; mais l’art chrétien, en représentant la sainte Vierge et l'enfant Jésus sur un âne, et saint Joseph à pied, a reproduit fidèlement les coutumes orientales.
On recourait aux services de l'âne, même en temps de guerre, où il étut chargé de porter les bagages. IV Reg., vil, 7. Chez les Perses, on faisait même monter cet animal par des soldats, et Isaïe nous montre la cavalerie de Cyrus, composée non seulement de chevaux, mais aussi de chameaux et d'änes. Is., xx1, 7. Cet usage est attesté par Strabon, xv, 14, édit. Didot, p. 618, qui rapporte que les Caramaniens, peuple qui faisait partie de l'empire perse, combattaient sur des ânes, et aussi par Hérodote, 1v, 199, édit. Teubner, 1874, p. 350, qui nous apprend que Darius, fils d'Hystaspe, marcha avec des ânes contre les Scythes. Chez les Phéniciens et les Syriens, l’âne était un animal sacré. Les Juifs furent accusés par les païens d’adorer une tète d'âne, Le grammairien Apion prétendait qu'Antiochus
ensemble des bêtes de force et de taille très différentes. Il est probable que cette défense avait aussi une portée morale plus haute et qu'elle était destinée, comme les ordonnances de Lev., xx, 19, à inspirer aux Israélites l'horreur de tout commerce avec les païens, pour leur faire mieux conserver la pureté de leur foi religieuse. Moise avait prescrit aussi de prendre soin de l’âne-de son
prochain, s'il s'était égaré ou s’il lui était arrivé un acci-
dent. Deut., xx11, 3-4.
Chez les Perses et les Tartares, on faisait grand cas de la chair de l’âne sauvage. Chez les peuples chananéens, il ne devait pas en être de même. Cf. Ezech., xx, 20, Ils ne paraissent pas avoir fait usage de la viande d'âne, Les règles posées par le Lévitique, xt, 26 (cf. Deut., XIV, 6-8), rangent cet animal domestique parmi les animaux impurs, parce qu'il ne rumine pas. En cas de famine, on mangeait cependant les ânes, comme bien d'autres espèces d'animaux. Pour donner une idée de l'extrémité à laquelle était réduite la ville de Samarie, lorsqu'elle fut assiégée, sous Joram, par Benadad, roi de Syrie, l’auteur sacré raconte qu'une tête d'âne se vendait dans cette ville quatre-vingts sicles d'argent (225 francs environ). IV Reg., vi, 2%. Plutarque rapporte un trait analogue. Il dit qu'Artaxercès ayant fait la guerre en Égypte, ses troupes manquèrent complètement de vivres dans un désert, de sorte qu'on mangea la plupart des chevaux et qu'on avait peine à trouver une têle d'âne à acheter au prix de soixante drachmes (52 francs environ). Artax., Χχιν, À, édit. Didot, t. 11, p. 1219,
IV. L'äne dans la grotte de Bethléhem. — L'art chrétien représenta de bonne heure un âne et un bœuf à côté
Dicr. be LA Bis ETOUZEY ΕἸ ANNÉE. Eport
AN