ANTIOCHUS III LE GRAND
| et reconquérir les provinces des bords de la Méditerranée, il s’allia avec Philippe de Macédoine contre les Lagides, Polybe, πὶ, 2; xv, 20; Tite Live, xxx1, 14. Il eut bientôt repris la Cœlésyrie, la Phénicie et la Palestine. Mais une | guerre avec Attale, roi de Pergame, l'obligea de porter alors ses armes en Asie Mineure; et en son absence, Ptolémée, aidé par Scopas, redevint maitre de Jérusalem (Josèphe, Ant. jud., XIT, πα, 3), et recouvra le territoire qu'il avait perdu. S. Jérôme, In Dan., x1, 1%, t. χχν, col. 563. Ce fut pour peu de temps. Antiochus, ayant conclu la paix avec Attale, se hâta de marcher par la Cœlésyrie à la rencontre de l'armée que les Égyptiens avaient levée contre lui. Il la tailla en pièces à Panéas, au pied de l'Hermon, en 198, et toute la Palestine retomba ainsi en son pouvoir. Polybe, xv, 20; Appien, Syr., 1; Tite Live, xxxur, 19; Joséphe, Ant. jud., XII, 111, 3.
Tous ces événements avaient été prophétisés par Daniel: « Le roi du nord [Antiochus III] reviendra, et il armera une multitude plus nombreuse que la première, et à la fin des temps et des années [après quelques années], il viendra avec une grande armée et des forces nombreuses. Et dans ce temps-là beaucoup [les Macédoniens de Philippe V avec les Syriens] s'armeront contre le roi du midi { Ptolémée Épiphane] et les fils des prévaricateurs de ton peuple [une partie des Juifs] se lèveront [contre le roi d'Égypte] pour accomplir la vision, et ils tomberont. Et le roi du nord [ Antiochus III] viendra, et il formera un rempart et il prendra des villes fortifiées, et les bras du midi [des Égyptiens] ne pourront pas résister [ἃ l'attaque des Syriens après le retour d’Antiochus ΠῚ, vainqueur à Panéas], et ses hommes d'élite seront sans force. Et il fera en venant contre lui selon son plaisir, et personne ne lui résistera, et il s'arrêtera dans la terre glorieuse [la Judée], qui devait être détruite par ses mains. » Dan., x1, 13-16. Antiochus II reprit Jérusalem et s'empara de Scopas et de ses troupes, qui s'étaient réfugiées sur le mont Sion. Les Juifs, qui avaient beaucoup souffert pendant tous ces combats, Joséphe, Ant. jud., XII, 111, 3, heureux de voir la guerre finie, accueillirent le roi de Syrie comme un libérateur.
Antiochus le Grand ne put cependant, malgré tous ses succès, réaliser ses projets contre l'Égypte. Les Romains avaient déjà empêché Philippe V de Macédoine de lui fournir une aide efficace ; ils l'arrétérent lui-même au milieu de ses victoires. La guerre se termina par le mariage de Ptolémée V Épiphane avec une fille d'Antiochus ΠῚ, appelée Cléopâtre ; mais ce mariage, que le roi de Syrie avait cru très avantageux pour sa politique, lui fut plutôt nuisible : la nouvelle reine d'Égypte préféra les intérêts de son époux à ceux de son père. « Le roi du nord [Antiochus], dit Daniel, se disposera à venir pour s'emparer de tout son royaume [de Ptolémée]; mais il s'entendra avec lui, et il lui donnera une fille de ses femmes [sa fille Cléopâtre] afin de le perdre ; mais il ne réussira pas, et elle ne sera pas pour lui [et elle soutiendra les intérêts de Ptolémée]. » Dan., x1, 17. Cléopatre avait reçu en dot les provinces enlevées par son père à l'Égypte, entre autres, la Palestine (198 avant J.-C.). Tite Live, xxxv, 13; Appien, Syr., 5; Polybe, xxvur, 17; Joséphe, Ant. jud., XIE, αν, 1 ; S. Jérôme, In Dan., x1, 17, t. xxv, col. 564.
L'année suivante (197), Antiochus le Grand entreprit par terre et par mer une campagne contre l'Asie Mineure. Tite Live, xxxu1, 19. 1] sourit la plus grande partie de cette contrée, et en 196, il franchit même l'Hellespont et pénétra en Europe. Tite Live, xxx, 38. ἢ marchait à sa perte. Poussé par les conseils d’Annibal, qui s'était réfugié à sa cour, il entra en guerre avec les Romains. Ceux-ci avaient battu, en 197, à la bataille de Cynocéphale, le roi de Macédoine, Philippe V, l'allié d'Antiochus ; ils n'avaient plus aucune raison de ménager désor- | mais, comme ils l'avaient fait jusqu'alors, le roi de Syrie. | Il y eut rupture ouverte entre les Romains et Antiochus,
essuyé plusieurs revers, le roi de Syrie fut enfin complétement battu par Scipion l'Asiatique à la bataille de Magnésie du Sipyle, en Lydie (19). 1] dut accepter un traité fort onéreux (189), qui nous fournit l'explication de plusieurs événements historiques, racontés dans les Machabées, et qui eurent lieu sous ses successeurs Séleucus IV Philopator et Antiochus IV Épiphane, sans parler de sa propre mort, qui en fut indirectement la conséquence. Cf. Appien, Syr., 33-39 ; Polybe, χχι, 14; Tite Live, xxxvI1, 40, 43, 45, δῦ; Justin, ΧΧχι, 8; Diodore, Fragm., XXV1, 46.
Daniel avait prophétisé cette fin honteuse d'un règne auparavant glorieux : « Et [le roi du nord, Antiochus II] tournera sa force vers les îles [il pénétrera en Europe], et il en prendra beaucoup ; mais un chef [le consul Lucius Scipion ] fera cesser sa hauteur, et sa hauteur retombera sur lui. » Dan., ΧΙ, 18. Le premier livre des Machabées, vu, 6-8, rappelle quelques-unes des conditions humiliantes qui furent imposées par les vainqueurs à Antiochus. Ce fut d'abord « un grand tribut », consistant en la somme énorme de quinze mille talents euboïques, c'est-à-dire plus de quatre-vingt-trois millions : cinq cents talents devaient être payés à la conclusion des négociations, deux mille cinq cents à la ratification de la paix, et les douze mille restant pendant les douze années suivantes (Appien, Syr., 38); mais le roi de Syrie fut incapable de payer régulièrement ce qu'il avait été obligé de promettre, de sorte qu'Antiochus IV Épiphane, second successeur d'Antiochus III, avait encore à payer les arrérages, en 173. De plus, le malheureux vaincu de Magnésie dut donner aux Romains « des otages », 1 Mach., vit, 7, afin de garantir ainsi l'exécution des conditions de la paix. Parmi ces otages se trouvait son second fils, celui qui devait devenir Antiochus IV Épiphane. I Mach., 1, 11. On le força aussi de céder à Eumène II, roi de Pergame, fils et successeur d'Attale Ier, «la région des Indiens [il faut lire probablement loniens], et les Mèdes [ἃ lire sans doute Mysiens] et les Lydiens, » 1 Mach., vu, 8, c'est-à-dire ses possessions à l'ouest du Taurus, la Mysie, la Lydie et la Phrygie. Ce fut la récompense du service qu'Eumène avait rendu aux Romains en combattant en personne, avec son contingent de troupes, contre les Syriens, à la bataille de Magnésie. L'auteur du premier livre des Machabées, vit, 7, nous apprend aussi comment Antiochus III avait été contraint de subir un traité si dur : c'est qu'il avait été « pris vivant » dans le combat. L'auteur sacré est le seul qui nous fasse connaitre ce détail important de la lutte de l'Orient grec contre Rome.
Antiochus ΠῚ ne survécut que deux ans à ce désastre. L'impossibilité de se procurer, par des levées ordinaires d'impôts, l'argent qui lui était nécessaire pour payer les sommes qu'il avait promises à ses impitoyables vainqueurs, le fit recourir à la rapine : il tenta de piller le trésor d'un temple d'Élymaïde; mais le peuple, irrité, se révolta et massacra le sacrilège avec sa ae (187 avant J.-C.). Strabon, xvi, 74%; Justin, xxx, 2; Diodore, Fragm., XXI, 39, 40; Porphyre, dans Eusèbe, Chron. arm., 1, t. xXIx, col. 261 ; 5. Jérôme, In Dan., x1, 19, t. xxv, col. 573. Le prophète Daniel avait annoncé ces derniers événements en ces termes : « I] [ Antiochus 111] tournera sa face vers les places fortes de sa terre, et il se heurtera, et il tombera, et on ne le trouvera plus. » Dan., x1, 19.
Le premier livre des Machabées, qui n’a rappelé sa défaite à Magnésie que par voie d'allusion, en décrivant la puissance des Romains, [ Mach., vin, 6-8, ne dit rien de sa mort; mais le second livre des Machabées, 1, 13-16, d'après plusieurs interprètes, et avec raison, croyons-nous, raconte la fin d'Antiochus le Grand. Comme, d'une part, l'Antiochus dont parle l’auteur sacré n'est pas désigné dans son récit, comme nous le faisons aujourd'hui, par un nombre ordinal ou par une épithète ; comme, d'autre part, l'auteur du premier livre des Machabées, vi, 1-6, et aussi l’auleur du second, 11 Mach., 1x, 1-9%8, nous apprennent