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AQUEDUC — AQUILA

saint Luc ni l'Apôtre n'aient dit un mot pour l'insinuer, C'est probablement à Rome, où nous supposons que Pierre alla prêcher vers l'an 45, voir L'Œuvre des Apôtres, τ. 1, p. 310 et suiv., qu'Aquila et Priscille avaient embrassé la foi chrétienne. Leur zèle pour l'Évangile et leur caractère militant, tels qu'ils nous sont connus d’après le livre des Actes et les Epitres de saint Paul, portent à croire qu'ils se trouvèrent particuhérement en vue dans l'agitation qui se produisit à Rome, et tout naturellement ils farent des premiers expulsés.

Paul, arrivant d'Athènes à Corinthe, s'établit donc et travailla chez eux. Act., xvit, 1-3. 11 y resta, prêchant Jésus-Christ aux Juifs tous les jours de sabbat, dans la synagogue, et aux Grecs quand il en avait l'occasion, C'est à la suite d'une violente sortie contre la criminelle obstination des Juifs, que, pour prouver sa résolution d'aller aux Gentils, en laissant à leur infidélité les fils d'Israël, il quitta la maison d’Aquila et logea chez Justus. Toutefois il ne brisait pas avec les deux époux qui l'avaient si cordialement accueilli, et dont la foi n'avait fait que grandir. Quand il partit pour Éphèse, Aquila et Priscille l'y suivirent. Act., xvIT, 19. Là, après que Paul fut parti pour Jérusalem, ils s'occupèrent de gagner à la cause de l'Évangile un prédicateur très éloquent, mais imparfaitement initié à la doctrine de Jésus-Christ, Apollo. C'est à eux que revient le mérite d’avoir fait l'éducation chrétienne et peut-être même la conquête de cet émule de saint Paul, ce qui n'est pas sans quelque gloire. Act., XVII, 26.

A partir de ce moment, le livre des Actes ne parle plus d'Aquila et de Priscille; mais dans ses Épitres saint Paul leur adresse, toutes les fois qu'il le peut, un amical souvenir et de sincères éloges. Ainsi quand il écrit à l'Église de Rome : « Saluez Prisque et Aquila, dit-il, qui ont travaillé avec moi pour le Christ Jésus; ils ont exposé leur tête pour me sauver la vie; et je ne suis pas seul à leur en rendre grâces, toutes les Églises des Gentils partagent ma reconnaissance; saluez aussi l’Église qui est dans leur maison. » Rom., XVI, 3-5. Quand il écrit sa seconde lettre à Timothée, 1V, 19, qui se trouvait sans doute alors à Éphèse : « Saluez, ajoute-t-il, Prisque et Aquila. »

Dans sa première lettre aux Corinthiens, l'Apôtre, qui était alors à Éphèse, ne manque pas de leur envoyer le plus cordial souvenir d’Aquila et de Priscille, chez qui il demeure, absolument comme à Corinthe, et de la part de l'Église qui est dans leur maison. [ Cor., xvi, 19. D'où l’on peut conclure que, soit par esprit de prosélytisme, soit dans l'intérêt de leur commerce, Aquila et Priscille se transportaient tour à tour dans les grands centres, Corinthe, Éphèse, Rome, amenant avec eux leurs ouvriers chrétiens, ou réussissant, avec leur zèle intelligent, à grouper autour d'eux, partout où ils s'installaient, assez de fidèles pour que Paul puisse appeler leur entourage de Rome ou d'Éphèse une petite Église.

On sait que, pendant bien longtemps, on a désigné conmime la maison d'Aquila et de Priscille la pauvre petite église qui, sur le mont Aventin, porte le nom de Sainte- Prisque. La tradition actuelle a malencontreusement modifié l’ancienne, en supposant que l'antique oratoire ἃ été élevé en l'honneur d’une vierge martyre postérieure aux temps apostoliques. Une inscription sur plaque de bronze, découverte il y a quelque temps, dit que l'église avait été bäfie sur la maison d'un certain Marius Pudens Cornelianus. Ce nom de Pudens rappelle celui du patricien fils de Priscille, contemporain des apôtres. Dès lors on peut se demander si les deux époux juifs dont il s’agit dans cet article ne furent pas des affranchis de la maison de Priscille, mère de Pudens, ayant occupé une de ses maisons sur l'Aventin, maison devenu plus tard une église et à laquelle se seraient rattachés leur souvenir d'abord et puis celui d'une jeune fille morte pour l'Évangile et portant aussi le nom de Priscille, M. de Rossi, avec son admirable sagacilé, a cherché à compléter les

éléments de cette hypothèse. Les Acilii Glabriones, ensevelis au cimetière de Sainte-Priscille, se rattachaient certainement à une famille où le nom de Priscille était très commun. Serait-il impossible que le nom d’Aquila füt un dérivé d'Aquilius ou Acilius, dans lequel le € avait sa prononciation dure comme il la garda longtemps dans la langue latine ? Ainsi on se rendrait compte des deux noms romains que nos deux Juifs portaient, bien que, au moins le mari, fût originaire du Pont.

Le martyrologe romain honore, le 8 juillet, le souvenir d’Aquila comme évêque d'Héraclée. Mais on ne sait sur quels fondements repose cette indication. Ce qui est sûr, c'est que Priscille et Aquila furent deux vaillants ouvriers de l'Évangile, et que leur mémoire demeurera éternellement bénie parmi les chrétiens. E. LE Camus.

2. AQUILA, traducteur grec de la Bible hébraïque, au ue siècle de l'ère chrétienne. La tradition talmudique fournit quelques renseignements historiques sur le traducteur Aquila, à savoir : qu'il était un Grec converti au judaïsme, un prosélyte, originaire de la province du Pont, contemporain et parent de l'empereur Hadrien (117-138) ; qu'il traduisit la Bible hébraïque en grec sous la direction de ἢ. Akiba, ou, suivant une autre tradition, sous la direction de R. Éliézer et de R. Josué. Onkélos, à qui l'on attribue une paraphrase ou targum du Pentateuque, « Onkélos le prosélyte, » serait le même nom qu'Aquila. Voir Anger, De Onkelo, part. 1: De Akila, Leipzig, 1845.

La tradition chrétienne est plus précise. Saint Irénée (1 203) est le premier Père qui mentionne explicitement la version grecque d'Aquila (avant 177). Ayant à interpréter l'£cce virgo concipiet d'Isaïe, vir, 14, il repousse l'interprétation qui veut traduire ‘almäh par adolescentula (νεᾶνις), « jeune fille, » et il ajoute : « C’est l'interprétation donnée par Théodotion d'Éphèse et par Aquila du Pont, tous deux Juifs prosélytes, qu'ont suivie les Ébionites. » Contra hæreses, nt, 21, t. vir, col. 946. Saint Épiphane (+ 403), dans son traité De mensuris et ponderibus, ©. XIV, t. XL, col. 261, rapporte que l'empereur Hadrien, voulant restaurer la ville de Jérusalem, demeurée en ruines depuis le siège de Tilus, avait confié le soin de cette restauration à Aquila, «le traducteur grec de l'Écriture et son propre beau-frère, lequel était de Sinope, ville du Pont. » Saint Épiphane poursuit en racontant que, frappé des miracles qu'opéraient les membres de l'Église chrétienne du lieu, Aquila aurait demandé et reçu le baptôme ; mais que, mal converti à la foi nouvelle, il aurait été chassé de l'Église; alors, de dépit, il avait passé au judaïsme, s'était fait circoncire, et, ayant appris l'hébreu, avait composé une nouvelle version grecque de la Bible, « dans le but de contredire les Septante et de supprimer des saintes lettres les témoignages favorables au Christ. » Mais ce récit, recueilli par saint Épiphane, et auquel rien ne fait écho ni dans la tradition talmudique ni dans la tradition chrétienne, manque d'autorité. Saint Jérôme dit simplement, comme le Talmud de Jérusalem, qu'Aquila était un disciple de R. Akiba. In Isai., 49, t. xxIv, col. 466. En résumé, on peut tenir pour probable qu'Aquila était un prosélyte, originaire du Pont, formé dans quelque école de rabbins de Palestine, dans la première moitié du lie siècle.

La pensée d'Aquila, en entreprenant une traduction nouvelle de la Bible pour la substituer à celle des Septante, avait été de donner une version strictement littérale. Origène la caractérisait ainsi : « Aquila s’attacha servilement à la leçon hébraïque; ce qui fait croire aux Juifs qu'il a traduit l'Écriture plus soigneusement, et que mieux que tous les autres il en a saisi le sens; de là l'usage que font de sa version les gens qui savent mal l'hébreu, » Origène, De Susanna, c. 2, t. ΧΙ, col. 52. Saint Jérôme, qui estimait Aquila comme un interprète soigneux et ingénieux, diligens et curiosus interpres, dit-il dans son commentaire d'Osée, 11, 17, t. xxv, col. 839, saint Jérôme

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