AQUILA — AQUILON
lui reproche d'être ergoteur, contentiosus, et de chercher à rendre non seulement les mots, mais jusqu'aux formes syntaxiques hébraïques, et d'écrire, par exemple, σὺν τὸν οὐρανὸν χαὶ σὺν τὴν γήν, Ce qui pour être fidèle n'en est pas moins incorrect. Epistol., Lvn, ΤΊ, τι xxu, col. 577. Le σύν grec, qui n'aurait pas dû être employé ici, est destiné à rendre la particule hébraïque ᾿ξ, laquelle marque l'accusatif. Il pourrait se faire ‘de plus que la version d'Aquila ait été entreprise avec une arrière-pensée de controversiste : c'est ainsi que saint Épiphane la jugeait, nous l’avons vu, et peut-être aussi saint Justin. Ce Père, qui écrivait sous le règne d'Antonin (137-161), engagé dans la controverse avec les Juifs, parle des interprétations nouvelles, contraires à celles des Septante, que les Juifs opposent maintenant aux chrétiens : « Je ne suis pas de l’avis de vos maitres, qui ne croient pas que les Septante ont été de fidèles traducteurs, et qui entreprennent de traduire eux-mêmes; et il ne faut pas que vous ignoriez que nombre de textes qui s'appliquaient à Jésus-Christ ont été par ces nouveaux traducteurs supprimés de l'Écriture. » Et il cite le texte Ecce adolescentula, substitué au texte Ecce virgo. Justin, Dial. cum Tryphone, c. LxxI, t. VI, col. 644. Or saint Irénée nous a appris que cette interprétation nouvelle était celle d'Aquila et de Théodotion : c'étaient donc bien vraisemblablement ces « deux maitres » que saint Justin traitait de traducteurs tendencieux.
Saint Jérôme, In Jeremiam, v, 22, et 1x, 17, t. xxIv, col. 719 et 740, mentionne deux éditions différentes de la version grecque d’Aquila; mais la question de savoir ce qu'il faut entendre par cette edilio prima et par cette editio secunda n’a pas été éclaircie encore, Le texte d'Aquila ne nous est point parvenu, il a disparu avec le judaïsme hellénistique. Mais Origène avait fait figurer dans ses Hexaples la version d’Aquila, et parmi les restes des Hexaples nous avons des restes d’Aquila. Cf. Patr, gr., t. xv et XVI.
Voir le chap. 11, De Aquilæ versione, des prolégomènes de Field à son édition des Hexaples, Origenis Hexaplorum quæ supersunt, Oxford, 1875, t. 1, p. XVI-XXVIT; E. Schürer, Geschichte des jüdischen Volkes, Leipzig, 1886, t. 11, p. 704-708. P. BATIFFOL.
8. AQUILA (Adler) Johannes Kaspar, théologien luthérien, né à Augsbourg, le 7 août 1488, mort le 12 novembre 1560. Aquila est la traduction latine du nom allemand Adler. Après avoir fait ses études dans le gymnase de sa ville natale, il voyagea en Italie et en Suisse. Sa vie fut très agitée et très changeante. Devenu curé de Jenga, près d'Augsbourg, en 1516, il se maria bientôt après et fit profession ouverte de luthéranisme. En 1524, il professa l'hébreu à l’université de Wittenberg, et il aida Luther à traduire l'Ancien Testament. « Si la Bible était perdue, disait Luther, je la retrouverais chez Aquila. » Cet ardent luthérien composa un grand nombre d'écrits, la plupart de circonstance et de peu détendue. Voir Avenarius, Lebenschreibung Aquila’s, in-8°, Meiningen, 1719 ; Schlege, Leben Aquila’s, in-4, Leipzig, 1773; Fr. Gensler, Vita J. C. Aquilæ, in-8, Iéna, 1816.
AQUILON (hébreu: sûfôn, « l'obseur, » le nord ct le vent qui en vient; Septante : βοῤῥᾶς; Vulgate : aquilo). Ce mot désigne tout d'abord l’un des quatre points cardinaux, le septentrion. Le s@fôn est, en effet, la partie du ciel où le soleil ne va jamais, le côté le plus inaccessible du firmament. Is., x1v, 13. Les Hébreux s'orientaient vers le soleil levant, et ils appelaient le midi la droite. Ps. LxxxvIN, 13; νι, 3. Mais ils donnaient de préférence aux points cardinaux le nom concret des quatre vents. 1 Par., 1x, 24; Jer., χιιχ, 36; Ezech., xxxvi, 9; Matth., χχιν, 31. Aussi l’aquilon est-il presque toujours pris pour le nord. Pour les prophètes, Soph., 11, 43; Judith, xvi, 5, le « pays de l'aquilon » est l’Assyrie, qui est sensiblement
au nord de la Palestine. La Babylonie, quoique située à l'est, est aussi désignée sous le nom de « terre de l’aquilon », Jer., 1, 13-15; xLvt, 6, 10, 20, 24; Ezech., xxvi, 7, parce que les envahisseurs qui venaient de Chaldée en Palestine y arrivaient par le nord. Quelquefois cependant l’aquilon est plus spécialement le vent même du nord. La pluie vient, en Palestine, de l’ouest et du sud-ouest, Quand il y avait saute de vent, Eccle., 1, 6, l'aquilon dissipait la pluie. Prov., xxv, 23. Cf. Josèéphe, Ant. jud., XV, 1x, 6. Ce vent avait passé par les sommets toujours neigeux et glacés de l'Hermon. 1] apportait la fraîcheur en été, et, en soufflant sur les jardins, aidait les fleurs à exhaler leur parfum, Cant., 1V, 16; mais il n’était pas toujours aussi agréable. Cf. Josèphe, Bell. jud., I, 1x, 3. C’est lui qui amenait les orages, la neige et même la gelée; il causait encore la sécheresse, jusqu’à ce que la pluie abattit le vent. Ezech., 1, 4; Eccli., ΧΙ, 18-93. A Jérusalem, le vent du nord souffle environ trente Jours par an, celui du nord-est trente-trois jours, et celui du nord-ouest cent quatorze jours. Socin, Palestine et Syrie, p. 168. Dans la vallée encaissée du Jourdain, c'est ordinairement un contre-courant du nord qui règne en hiver. H. LESÈTRE.
1. AQUIN (Louis- Henri d'), auteur juif du xvrre siècle, fils de Philippe d'Aquin, né à Avignon, se convertit et se fit baptiser avec son père. Il était très habile dans la science rabbinique et les langues orientales. On a de lui: 1° Levi Gersonidæ commentaria in quinque priora capita libri Jobi, in-#4°, Paris, 1622; 2 Raschi scholia in librum Esther in versione latina, cum excerptis quibusdam ex Talmude et Jalkut in eumdem librum, in-#%, Paris, 1622. Cf. Bourgerel, Mémoires pour servir à l'histoire des Juifs de Provence, dans les Mémoires de littérature et d'histoire, t. 11, p. 11 ; Kalkar, Israel und die Kirche, p. 52. E. LEVESQUE.
2. AQUIN (Philippe 4), Juif, né à Carpentras, se nommait Juda Mordecaï avant sa conversion à la foi chrétienne. Comme il se fit baptiser à Aquino, dans le diocèse de Naples, il prit le nom d'Aquin. Il alla, en 1610, à Paris, où il fut nommé professeur d'hébreu au collège de France, et aida Michel Le Jay dans l'impression et la correction des textes hébreux et chaldéens de sa Polyglotte. Siméon de Muis, au psaume xxxv, 14, de son commentaire, le loue en ces termes : « Vir raræ et exquisitissimæ in hebraïcis litteris doctrinæ. » Il mourut en 1650. On a de lui : 4° un dictionnaire hébreu, araméen et talmudique, intitulé Ma'arik hamma'arakôt, Celui qui dispose en ordre, et en sous-titre : Dictionarium absolutissimum complectens alphabetico ordine et facili methodo omnes voces hebræas, chaldæas, talmudico-rabbinicas, quæ in rehiquis, quæ uspiam sunt, Dictionariis extent, innumerdsque alias quæ α nullo lexicographo sive christiano, sive judæo, hactenus observatæ sunt : variorum præterea legis cæremoniarum, sententiarum ac locorum difficiliorum in Rabbinorum et Cabbalistarum libris passim occurrentium explicationem, necnon compendia scribendi, seu abbreviaturas omnes Hebræorum, in-f°, Paris, 1629 ; 2 Philippi Aquini Primigeniæ voces seu Radices breves linquæ‘sanctæ, cum thematum investigandi ratione, in-16, Paris, 1620 ; 3 Veterum Rabbinorum in expomendo Pentateucho Modi tredecim, quorum explicatio Lucem maximam afferet is, qui legem accurate volunt interpretari, et scripla Rabbinorum intelligere, in-%, Paris, 1620 ; 4 Dissertation du Tabernacle et du Camp des Israélites, recueilly de plusieurs anciens Docteurs hébreux, in-W, Paris, 1023, Une nouvelle édition améliorée, in-#%9, Paris, 1624, porte le titre suivant : Explications littérales, allégoriques et morales du Tabernacle que Dieu ordonna à Moïse, des habits des prestres et de la façon qu'on consultait le Rational en la loi ancienne, ensemble de la forme des sacrifices judaïques ; le tout curieusement recueilli et fidèlement traduit des