ABIA
la grande similitude de quelques lettres hébraïques; car les Hébreux, comme les Grecs, exprimaient les nombres par les lettres de l’alphabet.
Or, avec son armée, quel qu'en ait été le nombre, Abia vint prendre position sur le mont Séméron (hébreu : Semärayim), dont la position est douteuse (voir SÉMÉ- RON), mais qui était certainement en Éphraïm. II Par., XII, 4. Suivant un usage commun à cette époque, le roi de Juda, avant d'engager la bataille, harangua son ennemi. Le discours est élevé et si religieux, que la critique moderne a voulu y voir une contradiction avec ce qui est dit, III Reg., xv, 3, de l’impiété d’Abia. En effet, il déclare n'engager le combat que pour soutenir ses droits inaliénables sur le royaume d'Israël. Jéhovah, dit-il, a donné pour toujours (hébreu : par le pacte du sel, c'est-à-dire d'une manière irrévocable, voir SEL) la royauté en Israël à David et à ses fils. Il ἃ confiance en son droit, qui est le droit de Dieu. Aussi bien les dix tribus se sont adonnées à l'idolâtrie, substituant le culte des veaux d'or à celui de Jéhovah; elles ont chassé les prêtres et les lévites, elles commettent tous les jours l’iniquité; tandis que lui,
. roi de Juda, ἃ gardé le principe constitutif de la monarchie chez les Hébreux, qui est d’être une théocratie dans laquelle le roi est le ministre de Dieu. Il le proclame : le Seigneur (hébreu : h&’élohim, avec l’article) est le chef de l'armée de Juda ; qu’Israël redoute donc de se lever contre sa puissance. IL Par., xt, 4. Comme on le voit, ce passage n’est point inconciliable avec ΠῚ Reg., xv, 3. Abia y montre seulement que sa doctrine vaut mieux que sa conduite. S'il se vante ici d’avoir fidèlement gardé le culte de Dieu, le passage du troisième livre des Rois ne dit pas qu'il ait lui-même pratiqué l’idolâtrie; il a pu pécher seulement en la tolérant.
Pendant ce discours, Jéroboam avait tourné la montagne avec quelques bataillons, et l’armée d’Abia allait être enveloppée par ses ennemis. Le roi sentit le danger, fit sonner les trompettes sacerdotales ; les guerriers poussèrent leur cri de guerre, et soudain Dieu jeta l’épouvante dans les rangs d'Israël. Dans cette confusion, Abia n’eut qu’à lancer son armée en bon ordre; il s'ensuivit un immense carnage : 500 000 Israélites hors de combat, dit le texte. Abia, poursuivant sa marche, s’empara des villes de Béthel, Jésana et Éphron, avec leurs dépendances. C’est alors sans doute qu’'Abia, rempli de gratitude, fit le vœu dont il est question vaguement au troisième livre des Rois, χν, 15, et qui avait probablement pour objet de consacrer au Seigneur le butin fait sur Jéroboam. II Par., xu1, 16-19, La mort empécha Abia d'accomplir lui-même cette pieuse promesse, que son fils Asa se fit un devoir d'exécuter en son nom. III Reg., xv, 15.
C'est tout ce que l'Écriture nous apprend de ce roi, renvoyant pour le reste à des livres perdus : Le livre des Annales des rois de Juda ( Dibrê hayyämim), II Reg., xv, 7, et Le livre (Midraÿ) du prophète Addo, 11 Par., x, 22. L'égyptologie, qui fournit un si précieux document sur Roboam et ses relations avec Sésac, et l’assyriologie, qui en donne de si intéressants pour les règnes de plusieurs rois de Juda, sont restées muettes sur Abia, qui d’ailleurs ne paraît avoir eu aucune relation politique de quelque importance avec les souverains étrangers. Sans sa victoire sur Jéroboam, ce roi serait demeuré bien effacé dans l’histoire de Juda. Cet épisode a révélé en lui un caractère droit, élevé, énergique même, et capable de grandes choses, si son éducation et son temps n'avaient empêché l’épanouissement de ces précieuses qualités, P. RENARD.
G. ABIA (hébreu : ’Abiyäh; Septante : ’A&x), fils de Jéroboam Ier, roi d'Israël (975-954), n'apparaît dans la Bible que pour justifier la parole du Saint-Esprit : que Dieu se venge sur les enfants des iniquités de leurs pères, Jer., xxx11, 18. Quand Jéroboam eut mis le comble à son apostasie en établissant le culte des veaux d’or, le moment du Seigneur arriva : Abia tomba malade. ΠῚ Reg.
χιν, 1. Quelle était sa maladie? La Sainte Écriture n’en dit rien, mais il est manifeste qu'elle était surnaturelle dans son origine comme elle le fut dans son dénouement. Elle arrive au moment voulu par Dieu, dure ce que Dieu veut, se termine par la mort à l'heure marquée par Dieu. On employa sûrement, pour la combattre, toutes les ressources qu'offrait la science médicale d'alors; mais en même temps Jéroboam se souvint que naguère, quand il exerçait à la cour de Salomon la fonction de percepteur des tributs, 1l avait rencontré un prophète de Silo, nommé Ahia, qui lui avait prédit l’heureux événement de son élévation à la royauté. Superstitieux autant qu'il était impie, il conçut le dessein d'obtenir par ruse, du même voyant, une réponse favorable à la guérison d’Abia. Car, pensait-il, si le prophète savait qu'on vient le consulter pour le fils du roi d'Israël, il se garderait de prédire son retour à la santé. D’après ce singulier calcul, Jéroboam fit travestir sa propre épouse et l’envoya à Silo consulter Ahia, sans dire ni qui elle était, ni pour qui elle venait. La santé du malade devait d’ailleurs, dans le plan de Jéroboam, être achetée par des présents offerts au voyant; mais comme la prudence exigeait que la messagère, vêtue comme une pauvre, ne présentät que des dons modestes, elle offrit dix pains, un vase de miel et un gâteau commun (hébreu : nigqudim, de näqgad, qui signifie « marquer de petits points », ce qui donne lieu de penser que ces gàteaux étaient troués, ou marqués d’une sorte de pointillé difficile à spécifier. Les Septante ont traduit par χολλυρίς, « gâteau ordinaire »). Les prophètes, conduits en cela par l'inspiration d'en haut, accueillaient volontiers ces solliciteurs, et y répondaient soit en prédisant l'issue de la maladie, soit en indiquant le remède au mal. ΠῚ Reg., x, 6; xvit, 17; IV Reg., 1, 4; xx, 7; Is., xxxvIn, 21. Nous voyons, II Par., xvi, 2, Asa blämé par l'écrivain sacré, parce qu'il avait cherché le secours des médecins: au lieu de recourir à Dieu. Le rationalisme, pour échapper au miracle, a voulu voir dans les indications des voyants des procédés ou moyens purement naturels; mais aucune explication n’est plausible en dehors de la vertu surnaturelle qui était dans les prophètes, ou dont ils étaient les dispensateurs. La chose est manifeste pour le cas d’Abia. Le prophète, presque aveugle, est éclairé d’en haut sur la qualité de celle qui l’interroge, comme aussi sur la cause de la maladie et son issue. Il prédit de la part de Dieu qu’en punition des crimes de Jéroboam, la famille du roi disparaîtra ignominieusement, et que dès ce jour Abia mourra. Le moment de sa mort est déterminé : il expirera au moment où sa mère mettra le pied sur le seuil du palais de Jéroboam, III Reg., χιν, 17; le ÿ. 12 porte: « quand elle entrera dans la ville. » Toutes choses qui s'accomplissent à la lettre et en dehors de toute prévision humaine. C’est à Thersa (grec: Σαριρά) qu'Abia mourut. Cette ville était une des grandes cités d'Israël. Voir THERSA. Abia y reçut la sépulture au milieu des lamentations du peuple, dont il était aimé à cause de son bon naturel. Son âge n'est pas indiqué dans la Bible. ΠῚ Reg., χιν, 12. Il faut remarquer que tout le passage qui contient cet épisode, ΠῚ Reg., x1v, 1-20, fait défaut dans le Textus receptus des Septante; dans le Codex Alexandrinus , il est inséré au chapitre ΧΙ du même livre, après le verset 24. Tous les manuscrits du texte hébreu le contiennent à la place qu'il occupe dans la Vulgate. Il n’y a donc aucune raison de mettre en doute son authenticité. P. RENARD.
7. ABIA, un des descendants d'Éléazar, fils d'Aaron ; il se trouva chef de la huitième des vingt-quatre classes ou familles sacerdotales, lorsque David les établit. I Par., xx1v, 10. Zacharie, père de saint Jean-Baptiste, était de la famille d’Abia. Luc, 1, 5.
8. ABIA, un des prêtres qui signèrent avec Néhémie le renouvellement de l'alliance. IL Esdr., x, 7.
45 ABIALBON — ABIDA 46
ABIALBON (hébreu : ’Abi'albôn, « mon père est fort; » Septante : Γαδαδίηλ), un des trente-sept héros ou vaillants guerriers de l'armée de David, ΠῚ Reg., ΧΧΗΙ, 31. 11 est nommé Abiel dans 1 Par., x1, 32. Voir ABIEL 2.
ABIAM (hébreu : ’Abiyâäm), Abia, roi de Juda, fils et successeur de Roboam. Son nom, qui est écrit sous la forme Abia dans les Paralipomènes, est constamment écrit Abiam dans le troisième livre des Rois, χιν, 31; xv, 1, 7, 8. Voir ABia 5.
ABIASAPH (hébreu : ’Abi'äsäf, « mon père a rassemblé ; » Septante: ᾿Αδιάσαρ, ᾿Αδισάφ, ᾿Αδιάσαφ), Lévite, un des fils de Coré. Exod., vi, 24; 1 Par., vi, 37. Il est appelé Ébiasaph (en hébreu : ’Ebeyäsäf), 1 Par., vi, 2; 1x, 19. La généalogie donnée [ Par., vr, 23-37, semble en contradiction avec les deux endroits parallèles, Exod., vi, 2%, et 1 Par., vi, 37, et crée une difficulté. Ou bien il y ἃ erreur de transcription; ou bien Asir et Elcana, qui paraissent en ce passage donnés comme les ascendants d'Abiasaph, doivent être plutôt regardés comme ses frères et fils de Coré comme lui, conformément à Exod., vi, 24.
ABIATHAR (hébreu :’Ébeyätär), grand prêtre, arrièrepetit-fils d'Héli par Phinées et Achitob; fils du grand prêtre Achimélech, qui fut mis à mort par Saül, pour avoir donné l'hospitalité à David fugitif. Abiathar, voué à la mort avec tous les habitants de Nob, échappa comme par miracle au massacre, I Reg., xxir, 20, et s'enfuit auprès de David, qui s'était abrité à Maspha, dans les montagnes de Moab. Il s’attacha à lui comme un serviteur fidèle, et partagea les privations de sa retraite. Or il avait emporté avec lui l'éphod, I Reg., xxut, 6, dont il se servait pour consulter Jéhovah dans les circonstances difficiles. C’est ainsi que, par l’ordre du Seigneur, il détermina David à quitter Moab, à repasser le Jourdain, et à tenter, tout près de l’armée de Saül, le coup le plus audacieux : la délivrance de Céïla, assiégée par les Philistins. I à encore Abiathar sauva le roi des projets hostiles de Saül; car, ayant consulté Dieu par l'éphod sur les dispositions des habitants de Céïla, il connut qu'elles étaient mauvaises, ce qui amena David à s'enfuir dans la montagne du désert de Ziph, aujourd'hui Tell-Zif, I Reg., xx111, 14-15, où Abiathar le suivit encore. Nous retrouvons ce grand prêtre à Jérusalem, lors de la translation solennelle de l’arche à Sion. Il portait le dépôt sacré avec Sadoc, grand prêtre comme lui, et quelques lévites choisis par David. 1 Par., xv, 11-12. A cette époque, par une exception difficile à expliquer, il y avait deux grands prêtres simultanément en fonction. Cf. Il Reg., vint, 17; χν, 24, 29, 35; χιχ, 11; Ἐπ dr; Ὁ Par, xv, 11; ΧΥΠῚ, 16.
Abiathar était encore près de David lorsque celui-ci, poursuivi par Absalom révolté, quitta Jérusalem. Il marchait en avant de l'arche du Seigneur, que transportaient Sadoc et les lévites, II Reg., xv, 24, dirigeant l'ordre de cette pieuse translation. Mais, arrivé au pied de la montagne des Oliviers, il fut forcé d'obéir à David, qui refusait de faire partager ses humiliations à l'arche sacrée, et rentra dans la ville, se privant cette fois de suivre son roi, pour monter une sainte garde près de l'arche du Seigneur. De Jérusalem, il continua à veiller avec Sadoc au salut du fugitif, C'est par eux que David, instruit des projets d'Absalom et de son conseiller Achitophel, passa de nouveau le Jourdain.
Abiathar, dont la fidélité ne s'était pas démentie dans l'épreuve, trahit David aux jours de sa prospérité. Il est probable que l'autorité accordée dans la suite à son collègue Sadoc lui porta ombrage. Quand donc Adônias mécontent organisa un plan de révolte pour usurper le trône, il trouva Abiathar prêt à le soutenir. ΠῚ Reg., 1, 7. Sur ces entrefaites, le saint roi mourut; ce fut Salomon qui eut la mission de punir les coupables ; Adonias fut mis à mort, et Abiathar eût partagé le même sort, si un sentiment de piété filiale, qui fait honneur à Salomon, n'eût
arrêté la sentence. Le roi se souvint qu'aux jours de ses malheurs, David avait trouvé en lui un serviteur fidèle, C'en fut assez pour mitiger la peine. Le traître fut seulement déchu du souverain pontificat et relégué à Anathoth, ville sacerdotale, au nord-est de Jérusalem, C'était l'accomplissement de la malédiction prononcée naguère par Dieu sur la maison d'Héli, son aïeul. 1 Reg., 11, 30-36; ut, 10-14. Il n’est plus désormais question de ce personnage. Par sa déchéance, le souverain pontificat fut transféré de la famille d'Ithamar à celle d'Éléazar, 1 Par., xxIV, 2-3. Cette triste fin contredit tout le reste de la vie d’Abiathar. Jusque-là il s'était montré homme d'un grand caractère, actif, intrépide, dévoué jusqu'à la mort à Dieu et à son roi. La jalousie ou quelque autre passion le perdit à l'heure où il pouvait, dans une sécurité parfaite, partager la gloire et la puissance de David victorieux.
Le verset 17 du chapitre vit, au second livre des Rois, présente relativement à Abiathar une difficulté : « Et Sadoc, fils d'Achitob, et Achimélech, fils d’Abiathar, étaient prêtres. » Car il est indubitable qu’à cette époque les deux grands prêtres étaient Sadoc et Abiathar. Faut-il donc voir dans ce verset une interversion de noms introduite par quelque copiste, en sorte qu'il faudrait lire (et de même aux passages parallèles I Par., xvint, 16 et xx1V, 6): « Abiathar, fils d'Achimélech? » Ou bien appelait-on indifféremment le même personnage Abiathar et Achimélech, comme on peut l'inférer d'après saint Mare, 11, 25-26 ? Ou enfin s'agit-il réellement d’un fils d’Abiathar, qui aurait rempli les fonctions sacerdotales transitoirement en l’absence de son père ? Toutes ces hypothèses sont soutenables, sans qu'aucune d'elles donne le dernier mot de la difficulté.
P. RENARD
ABIB (hébreu: ’abib), le premier mois de l’année hébraïque, appelé depuis nisan. Ce mot signifie épi, Exod., ix, 31; Lev., 11, 14; cf. Cant., 11, 13, et il désigne, dans le Pentateuque, Exod., ΧΠῚ, 4; ΧΧΠΙ, 15; χχχιν, 18; Deut., XVI, 1, le mois où le blé monte en épis. Il était de trente jours, et commençait, d’après les rabbins, ἃ la nouvelle lune de mars. Ce fut en souvenir de la délivrance des Hébreux de la servitude d'Égypte que ce mois fut le premier de l’année. Exod., x11, 2. La fète de Pâques se célébrait le quinze d’’abib. Exod., χιι, 6, 18. Voir Mots.
ABICHT Johann Georg, orientaliste et théologien allemand, luthérien, né le 21 mars 1672 à Kônigsee, dans la principauté de Schwarzbourg-Rudolstadt, mort à Wittemberg le 5 juin 1740. Il fit ses études à Iéna et à Leipzig ; en 1702, il dévint professeur de langues orientales dans l'université de cette dernière ville; puis, en 1707, recteur du Gymnase et pasteur de l'église de la Sainte - Trinité à Dantzig; enfin, en 1729, surintendant général, premier professeur de théologie et pasteur de l'église de la ville de Wittemberg. Il jouit de la réputation d’un savant très versé dans la connaissance des langues orientales et de l'archéologie hébraïque. Son ouvrage le plus connu est sa Brevis Methodus linquæ sanctæ, in-8, Leipzig, 1718. Il eut des discussions qui firent grand bruit avec J. Franke sur l'usage grammatical, prosodique et musical des accents hébreux, Accentus Hebræorum, in-8°, Leipzig, 1715. Parmi ses autres nombreuses publications, on remarque ses Annotationes ad vaticinia Habacuc prophetæ, in-4°, Wittemberg, 1752. ΠῚ fut un des collaborateurs des Actæ eruditorum de Leipzig. Ses écrits les plus intéressants ont été insérés dans le Thesaurus novus theologico-philologicus dissertationum exegeticarum ex Musæo Th. Hasæi et Conr. Ikenii, 2 in, Leyde, 1732. — Sur Abicht, voir E. Chr. Schroeder, Programma academicum in etequias J. ἃ. Abichti, Wittemberg, 1740 ; 1. W. Berger, Oratio funebris in exequiis J. G. Abichti, Wittemberg, 1740 ; M. Rauft, Leben Sächsischer Gottesgelehrten , t. 1, Ὁ. 1.
F. VIGOUROUX
ABIDA (hébreu : ’Abidä', « mon père sait ou est
savant; » Septante : ᾿Αθειδά), un des fils de Madian, des-