ARMÉNIENNE (VERSION) DE LA BIBLE
Amsterdam , 1661 [édit, Avedis] et 1664 [ édit, Garabed }), bien que plusieurs imprimeries arméniennes eussent été établies, notamment à Rome, 1584; à Lemberg, 1616; à Milan, 1624; à Paris, 1633; au nouveau Djoulfa, en Perse, 4640, et à Livourne aussi en 164). D'ailleurs toutes ces imprimeries étaient assez mal montées. En 4656, le patriarche Jacques IV, sincère catholique, envoya en Europe un de ses diacres, Matthieu de Dsar, pour y fonder un établissement plus parfait. Matthieu s'établit à Amsterdam en 1660; mais il ne publia rien des Saintes Écritures, et mourut presque aussitôt, A la suite d'un concile tenu en 1662, le patriarche envoya Uscan, évêque d'Ouschovank (dans la province d'Érivan; voir le sieur de Moni { Rich. Simon |, Histoire critique de la créance et des coutumes des nations du Levant, in-12, Francfort, 1693, p. 219), pour remplacer Matthieu, et lui fixa comme mission spéciale le soin de publier une édition complète de la Bible. ΤΙ vint d’abord à Rome, où il séjourna quinze mois. Moréri, Dictionnaire, édit. de 1759, t. x, p. 737, dit qu'il fut fort bien reçu du pape Alexandre VIL Plusieurs auteurs (Herbst, Histor.-kritische Einleitung, t. 1, p. 2%; Cornely, Historica οἱ critica Introduclio, t. 1, p. 388, etc.) prétendent qu'Uscan voulait d'abord établir son imprimerie à Rome, mais qu'on ne le lui permit pas. Kaulen, Einleitung, $ 174, p. 143, ajoute que ce fut « parce qu'il avait retouché sur la Vulgate l'ancien manuscrit qu'il avait apporté d'Arménie ». Cette raison peut être Ja vraie; mais il ne faut pas oublier que sept ans plus tard la Propagande, pour des raisons que nous sommes loin de censurer comme Richard Simon, Histoire critique des versions, ch. ΧΥΠῚ, p. 215, faisait imprimer une version arabe retouchée sur la Vulgate. Nous croirions plutôt que la congrégation de la Propagande n'avait pas des preuves suffisantes de l’orthodoxie d'Uscan; car ce n'est que quelque temps avant de mourir (1680) que Jacques IV rédigea sa profession de foi catholique. Somal, Quadro, p. 156. Michaelis, Introduction, édit. Marsh, t. 117, p.103, s'appuyant sur « l'édition complète de Chardin », affirme qu'Uscan voulut imprimer la Bible arménienne en France, mais qu'il ne put en obtenir l'autorisation; je n'ai pu trouver ce détail dans l'édition de Langlés, 1811, qui passe pourtant pour l'édition la plus complète des œuvres de Chardin. Quoi qu'il en soit, Uscan s'établit à Amsterdam, où il publia une édition complète de la Bible, in-4°, 1666, et une édition du Nouveau Testament, in-8°, 1668. En 1669, il obtint la permission de transporter son imprimerie à Marseille. Une nouvelle édition du Psautier parut dans cette ville en 1677, sous le nom d'Uscan et Cie, bien qu'Uscan füt déjà mort à cette époque. J. Townley, Biblical Anecdotes, illustrative of the History of the Sacred Scriptures and of the early Translations of them into various languages, in-12, Londres, 1813, p. 136. Toujours est-il qu'après la mort d'Uscan, ses successeurs furent en butte à mille difficultés de la part des autorités ecclésiastiques de Rome et de Paris, auprès desquelles d’autres Arméniens avaient, par pure jalousie, décrié leurs intentions. Voyez R. Simon, Histoire critique des versions du Nouveau Testament, p. 196-203. Ces vexations poussérent celui qui dès l’origine avait été le principal collaborateur d'Uscan, Matthieu de Vanaud, à retourner à Amsterdam, 1683. Il y fondit de nouveaux caractères, qui furent acquis plus tard par les Méchitaristes de Venise. Il publia une édition du Nouveau Testament en 1698, et une des Psaumes en 1714. On cite encore (Lelong, Bibliotheca sacra, part. 1, t. 1, Halle, 1781, p. 179) deux éditions du Psautier, Amsterdam, 1672 et 1677, dont il est difficile de se rendre compte, à moins de supposer qu'Uscan, tout en s'établissant à Marseille, avait laissé une succursale à Amsterdam. D'ailleurs ces deux éditions ne sont pas mentionnées dans la Bibliographie arménienne des pères Méchitaristes, Venise, 1883. D'un autre côté, l'auteur de cet ouvrage place en 1684 un Psautier publié à Venise, et en 1710 une autre édition du
même livre, publiée à Marseille, En 1677, une autre imprimerie fut fondée à Constantinople ; elle a publié une seconde édition de la Bible complète d'Usean en 1705.
L'édition de la Bible par Uscan passe justement pour inexacte, Tout le monde est d'accord sur ce point, tous conviennent aussi qu'elle a été considérablement retouchée et complétée sur la Vulgate, Les éloges qu'en a faits R. Simon, {listoire critique des versions du Nouveau Testament, p. 196, ne sont donc pas fondés. Ainsi il est certain qu'Usean y inséra le verset des Trois Témoins, 1Joa., v,7. 1.6 quatrième livre d'Esdras et l'Ecclésiastique furent traduils par lui-même du texte de la Vulgate, et l'Apocalypse, quoique publiée d'après un manuscrit d'un certain âge, n'en est pas moins une traduction τ la Vulgate. Malgré cela, Uscan ne méritait point les censures que La Croze et d'autres lui ont prodiguées. A l'époque où il vivait, les exemplaires de la Bible étaient excessivement rares en Arménie; ils se vendaient au poids de l'or, bien qu'ils ne fussent pas toujours des meilleurs. [mprimer la Bible sans plus de retard était de premiere nécessité. Certains livres étaient perdus, ne valait-il pas mieux les traduire de la Vulgate que de ne pas les publier? D'ailleurs il ne faut pas oublier qu'Uscan était l'élève du dominicain Paul Piromalli, qui enseignait la théologie au couvent d'Etchmiazin. Il avait appris à son école à recourir à l'autorité de l'Église de Rome, toutes les fois qu'il n'était pas sûr de la vérité ; on ne saurait l'en blämer. En somme, on peut l'accuser “d'avoir manqué de sens critique, mais non d'avoir montré de l'ignorance ou de la superstition, et encore moins de la malice, comme l'insinue Michaelis, ouvr. et édit. cités, t. 11, p. 104; cf. R. Simon, ouvr. et lieu cités ; Scholz, Einleitung, τ. Tp:1001,
L'œuvre commencée par Uscan fut continuée et per! rfectionnée par les Méchitaristes, ainsi nommés de Méchitar (1676-1749), leur fondateur, et formellement reconnus comme congrégation religieuse par le pape Clément ΧΙ, en 1712. En 1717, ils s'établirent à Venise, dans l'ile Saint-Lazare. Leurs premières publications furent imprimées chez Antonio Bortoli; de ce nombre est une troisième édition de la Bible d'Uscan, revue et corrigée par Méchitar lui-même. Elle parut en 1733, in-folio, avec gravures. Plus tard, Zohrab, un de leurs hommes les plus distingués, qui dès 1789 avait donné une édition du Nouveau Testament d'après un manuscrit de bonne recension, entreprit une édition critique de l'Ancien et du Nouveau Testament, d'après un manuscrit cilicien de 1319, avec des variantes tirées de huit manuscrits pour l'Ancien Testament, et de vingt-cinq pour le Nouveau. 1] relégua dans un appendice tout ce qui lui parut avoir été traduit en arménien postérieurement au reste de la version arménienne : le livre de l'Ecclésiastique, le troisième (quatrième de la Vulgate) livre d'Esdras, la prière de Manassé, la lettre des Corinthiens à saint Paul avec la réponse de celui-ci, le testament de saint Jean et la prière d'Euthale. Voir Scholz, Einleitung, p. 242 et 502. Cette édition fut imprimée chez les Méchitaristes et parut en 1805, in-#0. Les Méchitaristes découvrirent plus tard ç une traduction classique du v® siècle » de l'Ecclésiastique ; elle fut d’abord publiée séparément en 1833 et 1853, in-24, et puis insérée dans une nouvelle édition critique de toute la Bible, qui parut en 1859 en un volume in-4%, avec et sans gi É vures. Dans cette édition, comme dans celle de 1805, verset des Trois Témoins fut omis, comme ne se ΤῊΝ dans aucun manuscrit de bonne époque.
Nous ne pouvons donner ici le détail de toutes les éditions, qui sont fort nombreuses, surtout celles des Psaumes et du Nouveau Testament; nous renvoyons les amateurs à la nouvelle Bibliographie arménienne [en arménien], par P. Karekin, un des ouvrages les plus utiles et les plus intéressants qu'ait produits l'imprimerie de Saint-Lazare, Voir aussi, du même auteur, le Catalogue des anciennes traductions arméniennes, in-80, Venise, 1889, p. 82-245, où toutes les questions relatives à