Accho (Saint-Jean-d'Acre
temps d'Eusébe et de saint Jérôme, Accaron était encore un grand village habité par des Juifs. A l’époque des croisades, elle est mentionnée par plusieurs écrivains. Depuis le xrve siècle jusqu'à nos jours, l’histoire d'Accaron est demeurée complètement inconnue, et cet ancien chef-lieu des Philistins était tombé dans une telle obscurité, que, jusqu'au savant voyageur anglais Robinson, qui l'a retrouvé en 1838 dans le village d'Aker, les voyageurs modernes ne savaient pas où le chercher. V. GUÉRIN.
ACCARONITES (hébreu : ‘Égrôni), habitants d'Accaron, nommés dans Josué, ΧΠῚ, 3, comme formant l'une des cinq principautés des Philistins, et 1 Reg., v, 10, lorsqu'ils se plaignent que les autres Philistins leur ont envoyé l'arche du Dieu d'Israël afin de les faire périr.
ACCENTS HÉBRAÏQUES. Voir PONCTUATION RÉ- BRAÏQUE.
ACCEPTION DE PERSONNES. Voir PERSONNE.
ACCÈS (hébreu : “Iggéë, « pervers, tortueux; » Septante : Ἴσχα, Ἐχχίς, Exxñs), originaire ou habitant de
« être brülé par l’ardeur du soleil ». Les Arabes, en effet, appellent ‘akkat ou ‘akka « le sable brülant ». Cf. G. W. Frextag, Lericon arabico-latinum, Halle, 1835, t. m1, p. 199. On peut voir ici une allusion à la côte sablonneuse sur laquelle est bâtie la ville. A. P. Stanley, Sinai and Palestine, Londres, 1866, p. 264. Les monuments égyptiens transcrivent exactement ce nom par ‘Aka ou ‘Ako, cf. P. Pierret, Vocabulaire hiéroglyphique, Paris, 1876, p. 81, d'après Brugsch, Geog., τι. 40, 44; et les inscriptions assyriennes le donnent sous la forme Akku-u, pour Akku. E. Schrader, Die Keïlinschriften und das Alte Testament, Giessen, 1883, p. 173. On le retrouve chez les écrivains grecs : “An, Strabon, xM1, 755; Diodore de Sicile, xix, 93; et chez les auteurs latins : Ace. Corn. Nepos, XIV, 5.
Cependant c’est sous le nom de Ptolémaïde que la ville est désignée dans les livres des Machabées, dans le Nouveau Testament (voir les passages indiqués plus haut), et dans Josèphe, Ant. jud., XIII, 11, 1; 1v, 1, 9; vx, 2; ΧΙ, 9; χπὶ, 4, 2; xv1, 4; XIV, x, 3; Bell. jud., I, xx1, 11. Elle le doit évidemment à l'un des Ptolémées d'Égypte, qui, ayant compris l'importance de cette place au point de vue militaire, s'en empara, et remplaça par
son nom propre l'ancienne dénomination. Mais à quelle époque et dans quelle occasion eut lieu ce changement, l'histoire ne le dit pas. Plusieurs critiques l’attribuent à Ptolémée Soter, sans avoir toutefois de renseignements positifs à ce sujet, V. Guérin, Description de la Palestine, Galilée, τ. 1, p. 510. Accho-Ptolémaide fut aussi appelée Colonia Claudii Cæsaris après avoir reçu de l’empereur Claude le privilège de cité romaine. Pline, 4. N., v, 17; xxxvI, 69. Ces noms néanmoins ne parvinrent Jamais à supplanter auprès des Orientaux l'appellation primitive; et nous trouvons ici un remarquable exemple de la ténacité avec laquelle un nom sémitique peut survivre à une dénomination étrangère. Pendant que Grecs et Latins continuent à appeler notre ville Ptolémaïde, les Arabes restent attachés à la désignation originale, que rappelle encore exactement aujourd'hui le mot ‘Akka, et qui, à l'époque des croisades, devint, dans la bouche des Européens, Acon, peu à peu défiguré en Acre. Enfin, quand les chevaliers de l'hôpital Saint-Jean se furent établis dans cette place célèbre, le monde chrétien l'appela Saint-Jeand’Acre.
Il. Description. — Parmi les auteurs anciens, un de ceux qui ont le mieux décrit notre ville, c’est assurément l'historien Joséphe. Bell. jud., 11, x, 2. « Située sur la mer, dit-il, bâtie dans une grande plaine, elle est entourée de montagnes: vers l’est, à la distance de 60 stades (11 kilom.), par les monts de Galilée; au midi, par le Carmel, éloigné de 190 stades (22 kilom.), et au septentrion, par une montagne très élevée, que les indigènes appellent l'Échelle des Tyriens. A deux stades coule un petit fleuve, qu'on nomme le Bélus. » En suivant des yeux, sur une carte, la côte palestinienne, on aperçoit
LÉGENDE
1 Æhan ou Couvent Latin.
Echelle Ἡ 0 δ» ῈΞ 5 ς 5 Kilom
10, — Carte de la côte de Saint-Jean-d’Acre,
vers le nord une profonde échancrure, dont la pointe méridionale est le Carmel, et la pointe septentrionale le promontoire où se trouve Saint-Jean-d’Acre. La baie comprise entre ces deux extrémités produit tout de suite l'aspect d'un abri providentiellement ménagé aux vaisseaux. La plage qui l'avoisine et laisse tomber dans la mer les eaux du Cison et du Bélus ressemble, suivant la juste comparaison de Stanley, Sinai and Palestine, p- 26%, à l'embouchure de la grande plaine d'Esdrelon,
ACCHO
Une autre plaine d’une longueur d'environ huit lieues, sur deux de largeur, se dirigeant vers le nord, entoure la ville, dont elle prend le nom. D'une merveilleuse fertilité, resserrée entre les monts de Galilée et la Méditerranée, elle est fermée en haut par cette Échelle des Tyriens, appelée aujourd'hui Ras en-Naqoura. Ce promontoire, tombant à pic sur le rivage, semble une barrière naturelle posée entre la baie d’Acre et la plaine de Tyr, c'est-à-dire entre la Palestine et la Phénicie, Saint- Jean-d’'Acre est comme une forteresse dans la mer, affectant la forme d’un triangle dont la base regarde le nord, et le sommet le sud. « Saint-Jean-d'Acre, dit M. V. Guérin, ouv. cité, p. 502, avait autrefois deux ports, l'un extérieur (c’est la rade actuelle) et l’autre intérieur. Ce dernier était délimité par une digue qui est en grande partie détruite, et que défendaient plusieurs tours, dont quelques assises inférieures sont seules encore visibles. Ce port est aujourd’hui très ensablé, et sa plus grande profondeur atteint 1 m. 50. Aussi. les barques peuvent seules y pénétrer, et les bâtiments tant soit peu considérables sont contraints de mouiller en rade. Celle-ci est d’ailleurs beaucoup moins sûre que celle de Kaïpha. » Cf. V. Guérin, ouv. cité, p. 502-509; La Terre Sainte, t. 11, Paris, 188%, p. 150-161; Lortet, La Syrie d'aujourd'hui, dans Le Tour du monde, t. XLI, p. 38-46.
IT. Histoire. — Bâtie par les Chananéens sur un promontoire et dans une situation dont on vient de voir l'importance, Accho se trouva, au moment du partage de la Terre Promise, dans le lot de la tribu d'Aser. Cependant elle n’est pas comprise dans l'énumération des villes frontières ou principales, Jos., xix, 24-31, et les habitants n’en furent pas expulsés. Jud., 1, 31. L'Ancien Testament n'en parle plus avant l’époque des Machabées. Toutefois, d’après une opinion défendue par Reland, Palæstina ex monumentis veteribus illustrata, Utrecht, 1714, t. 11, p. 534 et suiv., et adoptée par beaucoup d'auteurs, elle serait mentionnée dans Michée, 1, 10. A la fin de ce chapitre, en effet, le prophète fait allusion à dix villes dont les noms prêtent à des jeux de mots. Voir ACHAZIB 2. Annonçant les châtiments que la justice de Dieu fera tomber sur Juda, il engage ses compatriotes à cacher leurs désastres surtout aux Philistins, qui, dans leur haine invétérée, s’en réjouiraient. « Ne les annoncez pas dans Geth, leur dit-il; ne pleurez pas avec des sanglots, » c’est-à-dire pleurez en silence. La Vulgate ἃ cherché à rendre, par cette dernière pensée, les mots du texte hébreu, dont la consonance, produite à dessein, est remarquable : bäkG ’al tibku. Elle ἃ vu dans la répétition du même verbe bäkäh, « pleurer, » une figure de langage familière aux auteurs sacrés. Cependant le contexte et le parallélisme, qui demandent, dans le second membre, un nom de ville pour répondre à Geth du premier membre, semblent donner raison à Reland, qui reconnait dans δᾶ τὸ une contraction mise pour be'‘akkô, et traduit ainsi : (Dans Accho ne pleurez pas, » c’est-à-dire : Si vous devez vous garder d'annoncer vos malheurs dans Geth, ville des Philistins, vous ne devez pas moins dissimuler votre douleur dans Accho, au milieu des Chananéens du nord. La joie de nos ennemis, triomphant de nos infortunes, est, en effet, un surcroît de peine. Le sens est ainsi plus naturel, le parallélisme mieux marαπό, et la contraction bäk6 aussi facilement explicable que celle de Bu'aläh, Jos., xv, 29, en Bäläh, Jos., xx, 8. La version des Septante favorise cette hypothèse, ear elle ἃ rendu les mots b&@kô al {ἰδῶ par καὶ οἱ ᾿Εναχείμ (dans certains manuscrits, οἵ ἐν ᾿Αχείμ) μή ἀνοικοδομεῖτε. On peut admettre avec Hitzig que la leçon primitive était ἐν "Axe, et que le y ἃ été ajouté par mégarde, à cause du mot μή qui suit. Pour toutes ces raisons, le P. Knaben bauer, Commentarius in prophelas minores, Paris, 1886, t. 1, p. 404, accepte sans hésiter l'opinion de Reland.
Si les textes sacrés ne nous disent rien d’Accho avant la période asmonéenne, les monuments profanes nous en parlent plus d'une fois. Dés la xvirte dynastie, elle figure,
dans les inscriptions de Thothmès III, parmi les noms géographiques qui appartiennent à la Palestine septentrionale, À l'époque du siège de Tyr par Salmanasar V (727-722), elle est au pouvoir des Tyriens; car un passage de Ménandre, rapporté par Josèphe, Ant. jud., IX, XIV, 2, nous apprend qu'elle leur fit alors défection et se soumit aux Assyriens. Sennachérib (704-680), dans sa campagne contre Ézéchias, roi de Juda, s’en empara, et la mentionne après Sidon, Sarepta, Hosah et Achazib. Cf. Prisme de Taylor ou Cylindre C de Sennachérib, Cuneiform inscriptions of Western Asia, t.1, pl. 38-39; Ἐκ Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 4e édit., Paris, 1885, t. 1v, p. 12. Elle est également citée dans une inscription d'Assaraddon (680-667), relative aux campagnes de ce prince contre les Philistins et les Égyptiens. Cf. Vigouroux, owv. cité, t. IV, p. 358, Enfin, sous le règne d’Artaxerxès II (405-359), elle sert aux Perses de base d'opérations contre l'Égypte : « Ako, dit M. Maspéro, était, sur la côte méridionale de Syrie, le seul port assez grand pour recevoir les flottes de la Perse, assez βὰν pour les protéger contre les tempêtes et contre les surprises. Pharnabazos y établit son quartier général. Pendant trois années, vivres, munitions, soldats de terre et de mer, vaisseaux phéniciens et grecs y affluèrent;.… et au commencement de 373 l'expédition était prête à partir. Elle comptait deux cent mille soldats et vingt mille mercenaires, trois cents trières, deux cents galères à trente rames, et beaucoup de vaisseaux de charge. » Histoire ancienne des peuples de l'Orient, 4 édit., Paris, 1886, p. 645.
Ces détails nous montrent quelle était dès ce moment l'importance d’Accho, importance qui devait grandir de plus en plus. Reconnue pour être, par sa situation, la clef de la Syrie, servant de débouché à la route commerciale de Damas à la mer, sa possession devint du plus grand prix au point de vue politique. Aussi les rois se la disputérent avec acharnement, surtout après le démembrement de l'empire macédonien. Rattachée à ce moment à l'Égypte, comme le reste de la Phénicie, elle prit le nom de Ptolémaide ; puis, plus tard, conquise par Antiochus le Grand, elle revint à la Syrie. Ptolémée, v, 62. Quand les Machabées se levèrent pour défendre leur patrie et leur foi, Accho-Ptolémaïde se posa entre eux et les rois de Syrie tour à tour comme un objectif important, ou un point dangereux, ou un rendez-vous naturel. L'an 163 avant J.-C., Simon poursuivit les ennemis qu'il avait en Galilée jusque sous les murs de Ptolémaïde, dont il ne put néanmoins s'emparer. I Mach., v, 15-22. Antiochus Eupator (164-162), vaincu par Judas Machabée, fit la paix avec lui, et « l’établit chef et prince depuis Ptolémaïde jusqu'aux Gerréniens ». Mais les habitants de la ville ne voulurent pas accepter le traité conclu, et c’est à grand'peine que Lysias parvint à apaiser leur mécontentement. II Mach., χπι, 24-96. Vers l'an 152, Alexandre Balas, prétendant au trône de Syrie, se rendit maître de la place, I Mach., x, 1; mais Démétrius Soter, briguant l'amitié du peuple juif et de Jonathas, « donna la ville et son territoire au sanctuaire qui est à Jérusalem, pour les dépenses nécessaires aux choses saintes. » 1 Mach., x, 39. Alexandre, vainqueur de son rival, célébra à Ptolémaïde son mariage avec Cléopâtre, fille de Ptolémée Philométor, roi d'Égypte; et, sur son invitation, Jonathas s'y rendit avec des présents qu'il offrit aux deux monarques. I Mach., x, 56-60. En 445, Démétrius IE Nicator, débarrassé de ses deux compétiteurs, Alexandre et Ptolémée, manda dans la même ville Jonathas, qui s’insinua dans la confiance du roi et en reçut beaucoup d’honneurs. I Mach., x1, 22-96. Mais Tryphon, conspirant contre le jeune Antiochus, et craignant de rencontrer dans le héros juif un adversaire redoutable, attira perfidement ce dernier à Ptolémaïde, où il le fit prisonnier, et mit à mort tous ses partisans. I Mach., ΧΙ, 45-48.
La ville s'étant plus tard rendue indépendante, Alexandre
ACCHO — ACCOMMODATICE (SENS)
Jannée (106-79) l'attaqua sans succès, et en leva le siège dès qu'il apprit que Ptolémée Lathyre, roi de Chypre, venait de débarquer à Sycaminos avec une nornbreuse armée. Josèphe, Ant. jud., XIII, χα, 2-4. Celui-ci s'en empara; mais, bientôt après, Cléopâtre, sa mère, reine d'Égypte, la lui enleva. Ant. jud., XIII, χπὶ, 1, 2. Tigrane, roi d'Arménie, la prit à son tour, lors de son incursion momentanée en Syrie. Ant. jud., XIII, xv1, 4. Enfin Hérode le Grand, dans sa munificence pour certaines cités étrangères, la dota d'un gymnase comme Tripoli et Damas. Bell. jud., 1, χχι, 11. Élevée par l'empereur Claude au rang de colonie romaine, Ptolémaïde reçut le titre de Colonia Claudii Cæsaris. Pline, H. N., v, 17. Reland décrit plusieurs de ses monnaies où ce titre de colonie est marqué. Palæstina ex mon. vet. ilustrata, Utrecht, 1714, τι nu, p.538. Deux notamment, la première de Trajan, la seconde d’Adrien, représentent la ville sous la figure d'une femme voilée et tourellée, assise sur un rocher que la mer environne. De la main droite elle tient trois épis, emblème de la fertilité du sol, et à ses pieds est l'image d'un fleuve, évidemment le Bélus (Nahr Na‘man). La