‹ Dictionnaire de la BibleChapitre 70 sur 474 · ACCUSATEUR — ACCUSÉ · texte numérisé non relu

ACCUSATEUR — ACCUSÉ

l'affaire de Susanne, les deux vieillards sont punis de mort, Dan., ΧΠΙ, 61-62, parce qu'ils avaient voulu faire infliger cette peine à leur victime, l’adultère étant puni de mort; le texte sacré dit même expressément qu'on les mit à mort pour leur faire souffrir le même mal qu'ils voulaient faire souffrir à un autre, et pour exécuter la loi de Moïse: ce qui est une allusion évidente au passage signalé du Deutéronome, et même une citation partielle de ce passage, Dans l'affaire de Naboth, mis à mort à la suite de l'accusation calomnieuse de Jézabel, Dieu luimème se chargea d'exécuter la peine du talion contre cette femme impie, qui en sa qualité de reine échappait à la justice humaine ; il la menaça d’abord de cette peine, ΠῚ Reg., xx1, 23, puis il l’exécuta, IV Reg., 1x, 30-37. S. Many.

ACCUSÉ. Ce mot, qui est corrélatif du mot accusateur, se présente naturellement, dans la Bible, avec la plupart des sens correspondants à ceux de ce dernier terme; ils sont signalés dans l’article précédent. Ici nous ne prenons ce mot accusé que dans son sens judiciaire.

Chez les Hébreux, l'accusé était tout individu traduit devant les juges sous la prévention d'un crime qui lui était imputé, ou par un accusateur ou dénonciateur, où par un bruit public, ou à la suite d’une enquête judiciaire. C’est exactement le reus des Latins. Les Hébreux ont ignoré toutes les distinctions introduites par nos législations modernes entre l’accusé, l’inculpé, le prévenu, etc., termes qui désignent ou les divers degrés de gravité des fautes imputées, ou les diverses phases de la procédure; quiconque, chez les Hébreux, paraissait devant les juges sous l’imputation d’un crime contre lequel on implorait la vengeance des lois, était « accusé ». Toutefois cette qualification supposait un jugement criminel, ou au moins un jugement mixte; dans le cas de jugement civil, il n’y avait pas d'accusé, mais un défendeur.

Dans la procédure criminelle des Hébreux, la personne de l’accusé était entourée de la protection des lois, afin que ses intérêts et ceux de la vérité et de la justice fussent sauvegardés. D'abord il était cité, afin qu’on pût l'entendre. C'était là une règle inviolable et sacrée; nous ne trouvons dans l'Écriture aucun exemple de jugement proprement dit où l'accusé n'ait été entendu ; même dans les jugements les plus sommaires, l'accusé paraissait, et on pouvait l’entendre. Cette audition de l'accusé avait été commandée par Moïse aux juges qu'il établit sur son peuple : « Entendezles (non seulement le plaignant, mais celui dont il se plaint), et jugez suivant la justice, qu'il s'agisse de citoyens ou d'étrangers. » Deut., 1, 16. Aussi Nicodème pouvait-il dire à ses collègues du sanhédrin : « Est-ce que notre loi juge quelqu'un avant qu'on l'ait entendu, et qu’ainsi l’on ait appris ce qu'il faut faire? » Joa., VI, 51. Les rabbins font remarquer que Dieu lui-même, malgré sa science infinie, n’a pas voulu se décharger de cette obligation de citer et d'entendre l'accusé. Avant de condamner Adam et Êve, il les cite et les écoute, Gen., 111, 8-13; avant de condamner Aaron et Marie, qui accusaient injustement Moïse leur frère, Dieu, qui veut prendre en main la cause de son serviteur, les cite et les interroge. Num., x, 4-8. Cf. Hottinger, Juris Hebræorum leges, 1. Lxxx, Tiguri, 1655, p. 104-106.

L'accusé, paraissant devant les juges, avait toute liberté de se défendre. Saint Étienne, aceusé devant le sanhédrin de Jérusalem, reçoit du président la parole pour se défendre, et en profite largement, Act., VI, 1-53; Susanne, accusée par deux vieillards dont le témoignage paraissait à tous indiscutable, se défend en protestant de son innocence. Dan., xur, 42-43. Jérémie, accusé par les prêtres et les faux prophètes, se défend aussi devant ses juges, et gagne sa cause. Jer., xxvi, 12-16. Souvent, comme on le voit par ces exemples et par beaucoup d’autres, l'accusé se déiendait lui-même; cependant lorsque, pour quelque motif que ce füt, il ne pouvait pas ou ne voulait

Page 1