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ACCUSÉ

— ACHAB

pas plaider sa propre cause, il ne manquait jamais d’un |

parent, d'un ami ou d'un défenseur charitable, qui prenait en main ses intérêts et présentait ses défenses au tribunal : ce qui était d'autant plus facile, que, les jugements étant toujours rendus aux portes de la ville, ou au moins, en dehors de la Judée, dans un lieu très publie, tous, même un inconnu, un étranger, pouvaient venir au secours de l'accusé, comme nous le voyons dans le jugement de Susanne, qui fut sauvée au dernier moment par l'intervention inattendue de Daniel, Dan., xur, 45-63. Cette liberté de la défense est soigneusement enseignée dans la Mischna, traité Sanhédrin, v, 4, édit. Surenhusius, part. 1v, p. 232. Tel était aussi l'usage romain, comme nous l'apprenons par l’affivmation très précise de saint Paul. Act., xx1v, 19. Aussi le même Apôtre, accoutumé à ces usages des Juifs et des Romains, se plaignit deux fois d’avoir élé frappé de verges, sans qu'on eût discuté sa cause et entendu sa défense. Act., xvI, 37; xxI1, 25.

L'aveu du crime, fait par l'accusé, n'était jamais suffisant pour le faire condamner. Quelle que soit la force probante de l’aveu judiciaire dans les matières civiles, et même dans les matières criminelles non capitales, néanmoins, dès qu'il s'agit de la vie d’un homme, l’aveu seul de son erime peut n'être pas suffisamment eoneluant pour entraîner la conviction des juges. Aussi, chez les Romains, le juge ne pouvait condamner à mort sur le seul aveu de l'accusé ; il fallait au moins que le corpus delcti füt bien établi d’ailleurs, L.1, $ Divus Severus, et$ Si quis ultro, D., De quæstionibus, XLVIIT, xvm : décision très sage, car il peut se faire, comme on le déduit de ces textes, qu’un aveu de ce genre soit donné dans un moment de crainte, d’exaltation, de folie ou de désespoir. Cf, Voet., ad Pandectas, de Confessis, n° 2. C'est ce qu'avaient aussi compris les Hébreux : dans leur procédure criminelle, jamais l'aveu ne suffit pour faire condamner à mort. Achan avoue son crime, mais son aveu n'est que le commencement d'une enquête, qui, en établissant clairement le corpus delicti, ne laisse aucun doute sur la culpabilité de l'accusé, Jos., vi, 10-96; Jonathas avoue son délit, mais il était notoire, ayant eu le peuple entier pour témoin. 1 Reg., x1v, 25-98. Aussi les commentateurs juifs disent-ils que, d'après la Loi, aucun homme ne peut être mis à mort sur son aveu personnel. Voir Maimonide et Bartenora, dans leurs commentaires sur la Mischna, traité Sanhédrin, νι, 2, édit. Surenhusius, part. 1v, p. 234. Nous ne trouvons dans la Bible qu'une exception à cette règle: sur la seule déclaration de cet Amalécite qui prétend avoir tué Saül, David le fait mettre à mort. IL Reg., 1, 1-16. Quelques auteurs expliquent cette justice sommaire en la présentant comme une exécution militaire, exigée d’ailleurs par la nécessité pressante où se trouvait David de venger l'honneur de la royauté, de mettre en süreté pour l’avenir la vie des rois d'Israël, et de se mettre lui-même à l'abri de tout soupçon de connivence avec celui qui se déclarait le meurtrier de Saül. Cf. Michaelis, Mosaisches Recht, 8 295, 305, t. νι, p. 113, 163.

Jamais non plus l'accusé ne pouvait être mis à mort ni sur la révélation d'un prophète, ni sur une désignation faite par le sort. « Notre Loi ne condamne personne à mort sur le dire d'un prophète qui déclare qu'un tel a commis ce crime, » dit Maimonide dans son commentaire sur la Mischna, à l'endroit cité. C'était là, en effet, une voie trop extraordinaire et trop sujette à l'erreur, pour que les juges pussent s'en contenter dans l'administration de la justice, surtout criminelle. Quant au sort, on pouvait, dans certains cas, y avoir recours, voir SORT; mais c'était seulement pour rechercher le coupable, jamais pour le condamuer ; il fallait encore, indépendamment du sort, des preuves décisives pour que le juge füt autorisé à porter la sentence : c'est ce que nous voyons dans les exemples cités plus haut, d'Achan et de Jonathas, qui sont les deux seuls cas de jugements criminels rapportés par l'Écriture où l'on ait eu recours au sort pour découvrir les coupables,

Le sort désigne Achan et Jonathas comme coupables, mais leurs crimes furent clairement prouvés d’ailleurs : celui d'Achan, par son aveu et l'enquête qui le suivit; celu de Jonathas, par son aveu et la notoriété du fait, L'accusé n'était jamais soumis à la torture: nous n'en voyons aucun exemple ni même aucune trace dans tous les cas de jugements rapportés par l'Écriture; il n’en est pas question dans la loi de Moise. Nous trouvons bien, Deut., xxv, 2, mentionnée la flagellation, qui, chez les Grecs et les Romains, était un mode assez ordinaire de torture; mais par le contexte nous voyons que cette exéeution n'était pas du tout une forme de torture destinée à arracher des aveux à l'accusé, mais bien une peine destinée à punir des délits déjà clairement prouvés. La torture apparaît pour la premiére fois dans la Palestine après la conquête romaine; Hérode y a recours pour découvrir les coupables. Joséphe, Bell, jud., 1, xxx, 2-1. Saint Matthieu, XVII, 34, mentionne certains exécuteurs qui manifestement, d’après le nom qu'il leur donne, βασανισταί (Peschito : menagdoné' ; Vulgate : tortores), avaient parmi leurs fonctions celle d'appliquer les accusés à la question. L'apôtre saint Paul fut menacé de la torture, laquelle fut même décrétée contre lui, et il n’y échappa qu’en déclarant qu'il était citoyen romain. Act., xx1r, 24-29. La torture était donc à cette époque en usage dans la Palestine : c'étaient les vainqueurs qui l'avaient importée dans le pays conquis; jusque-là le peuple hébreu l'avait complétement ignorée. Dans les intervalles de la procédure, par

| exemple, avant le prononcé du jugement, ou avant son

exéeution, l'accusé était gardé à vue. Lev., χχιν, 12; Num., xv, 34. Cf. Jer., xx, 2; xxix, 2%6; xxxvur, 6. Lorsque l'accusé était pleinement convaincu, la sentence était portée, et l'exécution suivait sans délai. Voir JuGE- MENT. S. Many.

ACELDAMA. Voir HACELDAMA.

ACHAB, hébreu : ‘Ak'äb, « frère de père; » par contraction, une fois *Ehäb, Jer., χχιν, 22; Septante : ᾿᾽Αχαάδ.

1. ACHAB, roi d'Israël, succéda ἃ Amri, son père ; il eut pour capitale Samarie; son règne dura vingt-deux ans, de 918 à 897, suivant les chiffres peut-être altérés du texte biblique sous sa forme actuelle, III Reg., xvr, 29; de 875 à 854, d'après les monuments a$syriens. Voir E. Schrader, Die Keilinschriften und das alte Testament, Giessen, 1883, p. 458 et suiv.

Achab surpassa en impiété tous ses prédécesseurs. Il épousa Jézabel, fille d'Ethbaal, que la Bible appelle roi de Sidon, et Josèphe, roi de Tyr et de Sidon, Antiq.jud., VII, x. Ce mariage fut pour Achab la source de presque toutes ses fautes et de tous ses malheurs. Esprit inquiet, nature entreprenante et audacieuse, comme la qualifie Josèphe, loc. cit., Jézabel exerça sur le faible monarque une influence néfaste. Fille d'un prêtre de Baal et d’Astarté, qui n'avait pas craint de tremper les mains dans le sang de son frère pour arriver au trône (Ménandre, cité par Josèphe, Cont. Apion., 1, xvin), elle sembla avoir hérité de son père le zèle idolâtrique avec la cruauté. Sans égard pour les croyances religieuses du peuple dont elle était devenue la reine, elle s’attacha à faire prévaloir les divinités phénmiciennes sur le vrai Dieu d'Israël. Achab, loin de lui résister, eut la faiblesse, pour lui complaire, de bâtir dans Samarie un temple sacrilège, où il vint luimême se prosterner devant les dieux de Jézabel, Baal et Astarté. Voir I (III) Reg., xvr, 33, où lhébreu porte ? A$érâh. Bientôt après, la persécution religieuse sévit durement contre les adorateurs du vrai Dieu, et pendant que Baal comptait quatre cent cinquante prêtres, et Astarté quatre cents, les prophètes du Seigneur tombaïent sous les coups de l'implacable reine, ou n’échappaïent à la mort qu'en se réfugiant dans les cavernes. ΠῚ Reg., XVIN,

4, 13,19. On ne s'étonnera done pas de lire dans le texte sacré que nul prince d'Israël n'avait encore égalé les iniquités d'Achab.

Le prophète Elie, messager de la colère divine en cette circonstance, alla trouver le roi et lui prédit que la sécheresse sévirait en Israël, et que l'eau ne tomberuit pas du ciel qu’il ne revint lui-même l'annoncer. A trois ans de là, ΠῚ Reg., xvin, 1, la famine étant extrême, Elie, par l'ordre du Seigneur, se rendit de nouveau près d’Achab, que le fléau avait ébranlé, sans pourtant le convertir au culte du vrai Dieu. Le sacrifice miraculeux du mont Carmel, ΠῚ Reg., ΧΥΠῚ, voir ÉLIE, en convainquant d'imposture les prêtres de Baal, ramena, pour quelque temps du moins, le roi à de meilleurs sentiments. Ce jour-là même, et du consentement d'Achab, la loi de Moïse, qui condamnait à mort les prophètes des faux dieux, Deut., xvI, 20, reçut son application; les quatre cent cinquante prêtres de Baal furent exécutés. Alors, pour la première fois depuis trois ans, la pluie tomba du ciel, à la parole du prophète Elie, qui ne s'empressa pas moins de disparaître, pour échapper au courroux de Jézabel, irnitée de la mort des prêtres de Baal.

Achab semble avoir profité quelque temps des avertissements que Dieu lui avait donnés par l'entremise de son prophète, et sa politique extérieure n'eut qu'à y gagner. Bénadad, roi de Syrie, suivi de trente-deux princes alliés et d’une armée nombreuse, était venu camper jusque sous les murs de Samarie, et tenait la ville assiégée. Une premire fois il avait engagé le malheureux prince à se rendre, à des conditions que celui-ci avait eu d'abord la faiblesse d'accepter. Bénadad, appuyé sur le nombre de ses soldats et se croyant sûr de la victoire, ne vit dans les concessions d'Achab qu'un motif d'être plus exigeant. De nouvelles propositions, plus dures que les premières, furent faites à Achab, qui les soumit aux anciens et au peuple de Samarie. Il n'y eut qu'une voix pour les rejeter, et ainsi la lutte fut résolue. C’est alors que le Seigneur intervint. Il rassura le faible monarque, et, pour lui prouver une fois de plus qu'il était le seul vrai Dieu, lui promit la victoire sur ses nombreux ennemis. Achab, en effet, ayant rassemblé ses hommes, comme le Seigneur le lui avait commandé , fit une sortie contre les assiégeants et les mit complètement en déroute. Le même prophète qui lui avait prédit cette victoire s’approcha de nouveau d'Achab, et lui annonça que l’année suivante le roi de Syrie reviendrait l'attaquer.

Au bout d'un an, la parole du prophète recevait son accomplissement : Bénadad inondait de ses troupes la plaine d'Aphec, que l’on croit pouvoir identifier avec El- Fik, situé à l’est du lac de Génésareth, sur la route allant de la Palestine à Damas. Les enfants d'Israël, ayant Achab à leur tête, marchérent à l'ennemi et vinrent camper en face des Syriens. Or, pendant que ceux-ci couvraient la plaine de leurs nombreux bataillons, les Israélites, qui apparemment s'étaient divisés en deux groupes, ressemblaient, dit la Bible, « à deux petits troupeaux de chèvres. » ΠῚ Reg., xx, 27. Un homme de Dieu parut encore pour rassurer Achab et lui promettre la victoire de la part du Seigneur. Sept jours durant, les deux armées restérent en face l’une de l’autre; enfin, le septième jour, la bataille s'engagea. Cent mille fantassins syriens tombérent sous les coups des Israélites, et vingt-sept mille, qui étaient restés dans Aphec, périrent sous la chute des murs de la ville. En supposant que ces chiffres nous aient été conservés bien intacts, on ne peut guére expliquer une si sanglante victoire, suivie d'une telle catastrophe, que par l'intervention divine, d'ailleurs promise. Bénadad lui-même tomba entre les mains du vainqueur, qui lui fit grâce de la vie. La paix fut conclue à cette condition que Bénadad rendrait les villes prises par son pére au roi d'Israël, et qu'Achab pourrait établir à Damas une garnison, ou, selon une autre interprétation plus vraisemblable, des bazars ou marchés pour ses nationaux, II Reg., xx, 34.

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En faisant grâce de la vie au vaincu, le roi d'Israël semble avoir contrevenu à un ordre formel de Dieu, οἵ, ΠῚ Reg., xx, 42; car un prophéte dont la Bible ne nous a pas conservé le nom, mais que Josèphe, Antig. jud., VII, x1v, croit être Michée, fils de Jemla, mentionné plus loin, III Reg., xx11, 8, vint blämer Achab de sa générosité mal entendue pour Bénadad et du traité d'alliance qu'il avait également conclu avec lui. Le prophète, en terminant, signifia au roi qu'il payerait un jour de sa vie la faute qu'il avait commise. Loin de s'humilier devant le Dieu, qui deux fois l'avait délivré, lui et son peuple, de son redoutable voisin, Achab, sans doute enflé de sa victoire, ne montra qu'irritation, et s'en retourna à Samarie mécontent jusqu'à la fureur des avertissements et des menaces du Seigneur. ΠῚ Reg., xx, 35-43.

La paix avec le roi de Syrie devait durer trois ans. Dans l'intervalle se passa le célèbre épisode de la vigne de Naboth, à Jezrahel, le Zéraïin actuel, où Achab avait un palais. Pour agrandir ses jardins, le roi demanda à Naboth, son voisin, de lui céder sa vigne. Celui-ci s'y refusa, comme c'était son droit. Achab en éprouva un dépit d’enfant, qu'il manifesta en boudant son entourage. Il n'était pas sans savoir apparemment que Jézabel était capable de le consoler de ses chagrins, en mettant à son service une audace qui ne reculait devant rien, pas même devant le crime. À quelques jours de là, en effet, Jézabel avait tout arrangé : Naboth n'était plus. Achab fut prévenu; il se rendit aussitôt à la vigne de Naboth pour en prendre possession, quand soudain Élie parut de nouveau comme le justicier de Dieu, et prédit à Achab qu'en punition du meurtre de l'innocent, les chiens lécheraient son sang au même lieu où ils avaient léché le sang de Naboth, dévoreraient Jézabel, la principale actrice de ce drame sanglant, et qu'enfin la postérité d'Achab serait un jour détruite. Cette fois Achab reconnut sa faute, en fit pénitence, et Dieu, pour montrer qu'il agrée le repentir même des plus coupables, révéla à son prophète Élie que, le roi s'étant humilié, les malheurs prédits contre sa postérité n’arriveraient pas de son vivant.

C’est à cette époque, selon toute probabilité, qu'il faut placer encore la campagne que fit Achab, comme allié de Bénadad, contre Salmanasar Il, roi d'Assyrie. La Bible ne mentionne point ce fait; mais les inscriptions assyriennes, malgré les divergences chronologiques que nous avons indiquées plus haut et dont nous n'avons pas encore la clef, ne nous permettent guère de douter qu'Achab ait vécu au temps de Salmanasar, et qu'il ait joint ses armes à celles du roi de Syrie contre le puissant monarque des bords du Tigre. Nous possédons, en effet, trois récits de la sixième campagne de Salmanasar; elle était dirigée contre le roi de Syrie et douze autres rois ses alliés. Layard, Inscriptions in the cuneiform character, pl. 46 et 89-90; Western Asiatic inscriptions, t. 1, pl. 8. La plus célèbre de ces inscriptions, gravée sur une stèle trouvée à Kurkh, aux sources du Tigre, et conservée maintenant au British Museum, nous dit que Salmanasar triompha, dans le voisinage de la ville de Qarqar, du roi de Damas, Binidri (= Bénadad, qui est pour Bénadar. Cf. Schrader, Die Keilinschriften und das alte Testament, p. 200-201 ; J. Halévy, Notes sur quelques textes araméens du Corpus, n° 27, dans Recherches bibliques), ainsi que de ses alliés, parmi lesquels nous lisons le nom d’Akabbu, du pays de Sirla, c'est-à-dire Achab d'Israël, selon toute apparence. Voici, du reste, le passage principal du texte; c'est Salmanasar qui parle : « Je partis de la ville d'Argana et m'approchai de la ville de Qarqar. Je renversai la ville de Qarqar, ville de ma royauté; je la détruisis et la consumai dans les flammes. Douze cents chars, douze cents bit-hal-lu (?), vingt mille hommes de Binidri de Damas; sept cents chars, sept cents bit-hal-lu (?), dix mille hommes d'Irhulina, du pays de Harmat ; deux mille chars, dix mille hommes d'Ahabbu, du pays de Sirla.… {L'énumération des forces alliées continue, et Salmanasar reprend :) Il (Binidri) prit ces douze

rois à son aide. Pour me faire la guerre et me livrer bataille, ils se dirigèrent contre moi. Par le secours puissant que me prêta Assur le Seigneur, par les armes puissantes que m'accorda le grand protecteur qui marche devant moi, je combattis. De Qarqar à Gilsau, je causai leur défaite. Je tuai par mes armes quatorze mille de leurs combattants. Comme le Dieu Ramman, je fis surgir contre eux une tempête, je couvris la surface des eaux de leurs.…..; je terrassai par mes armes leurs nombreuses armées ; de leurs cadavres la plaine fut jonchée. » La description de la défaite se poursuit dans des termes dont la signification précise n'est point toujours facile à déterminer; mais on ne saurait douter, même en faisant la part de la jactance habituelle des monarques assyriens, que Binidri de Damas et ses douze alliés n’aient subi aux environs de Qarqar un désastre complet.

Cette défaite dut montrer à Achab combien le prophète avait eu raison de blämer son alliance avec le roi de Syrie. Du reste, la paix conclue avec Bénadad ne devait pas être de bien longue durée. Trois ans après la bataille d'Aphec, Ramoth, ville du pays de Galaad, qui d’après les traités aurait dù appartenir au roi d'Israël, était encore au pouvoir de Bénadad, soit que celui-ci eût refusé de la rendre, soit plutôt qu'il eùt, pour un motif ou pour un autre, envahi de nouveau le territoire de son allié. Achab résolut d’arracher de vive force cette place à son belliqueux voisin.

En ce temps-là, Josaphat, roi de Juda, qui neuf ou dix ans plus tôt avait eu la malencontreuse idée d’unir son fils Joram à Athalie, la trop digne fille de Jézabel, II Par., χχι, 6; IV Reg., vit, 30, vint faire visite à Achab. Celui-ci, plein de ses idées de guerre contre Bénadad, entreprit de gagner Josaphat à sa cause. Il le reçut dans Samarie avec de grandes démonstrations de joie, ΠῚ Par., XVII, 2, et parvint à conclure une alliance avec lui, dans le but de chasser le roi de Syrie de la ville de Ramoth. Inquiet pourtant sur les conséquences que pourrait bien avoir cette campagne, Josaphat demanda à consulter le Seigneur. Achab, et c’est encore là un trait à noter, si l'on veut se rendre compte du caractère et des infidélités de ce prince, trouva immédiatement autour de lui quatre cents prophètes environ, qu'il ne faut sans doute pas confondre avec les quatre cents prêtres d’Astarté, puisqu'ils se disent inspirés par Jéhovah, IIT Reg., χχπ, 24, mais qui paraissent avoir été à la solde du roi simplement pour exercer la divination et lui prédire des choses exclusivement agréables. Le résultat de la consultation fut tel que le voulait Achab : « Montez à Ramoth, le Seigneur la livrera entre vos mains. »

Josaphat n'accepta point cette décision, dictée par l’intérêt et la servilité; il réclama un prophète du Seigneur. Achab dut envoyer chercher le fils de Jemla, Michée, qu'il détestait pour sa fidélité à prédire l’exacte vérité, füt-elle désagréable au bon plaisir du roi. Michée vint done, et après une réponse ironique, conforme aux désirs d’Achab, il annonça résolument la défaite des troupes d'Israël. Achab fit saisir et jeter dans une dure prison le prophète du Seigneur, bien résolu à ne pas tenir compte de ses avertissements, Le pieux Josaphat, malgré la prédiction de Michée, et croyant peut-être qu'il devait faire honneur à une parole déjà donnée, ne sépara point sa cause de celle de l’impie Achab, ce dont le prophète Jéhu le bläma dans la suite. II Par., xx, 2.

Tous les deux allèrent donc présenter la bataille au roi de Syrie sous les murs de Ramoth. Au moment d'engager l’action, Bénadad donna l’ordre aux trente-deux chefs de ses chariots de diriger leur attaque contre la personne même d'Achab. Celui-ci, soit qu'il eût eu connaissance des intentions de son ennemi, soit plutôt qu'il craignit l'effet de la prédiction de Michée, se déguisa pour n'être point reconnu dans le combat. Vaine précaution! Pendant que Josaphat, revêtu de ses habits royaux et poursuivi quelque temps par erreur comme étant le roi d'Israël,

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échappait à la mort, Achab était atteint d'une flèche lancée comme au hasard par un soldat sans nom. Grièvement blessé, le prince fit sortir son char de la mélée, sans toutefois déserter le champ de bataille, Il eut le courage, * pour soutenir l’ardeur de ses soldats, de rester debout, la face tournée vers les Syriens, malgré les flots de sang qui inondaient son char. Le soir il expirait, et toute l'armée dut se disperser. On rapporta le corps du roi à Samarie, où il fut enseveli, et quand on lava son chariot dans la piscine de cette même ville, les chiens vinrent lécher son sang. La première prophétie d'Élie, LIL Reg. ΧΧΙ, 19, d'après laquelle les chiens devaient lécher le sang d’Achab au lieu même où ils avaient léché le sang de Naboth, par conséquent à Jezrahel, ne se trouvait donc vérifiée qu’en partie; mais on se rappelle que la pénitence du roi avait fait modifier la sentence du Seigneur, qui en renvoyait le plein accomplissement au temps de son fils, IT Reg., xx1, 29, et l'on verra plus tard, en effet, IV Reg., IX, 25-26, Jéhu, en souvenir de cette prophétie, jeter le cadavre de Joram dans le champ même de Naboth. Le reste des actions d’Achab, les palais, les villes qu'il fit construire, tout cela était consigné au livre des Annales des rois d'Israël, livre qui n'est point parvenu jusqu'à nous.

Ainsi disparut, en attendant la pleine vengeance de Dieu sur sa postérité, un des plus mauvais princes qui ait gouverné le peuple d'Israël. Son manque absolu de solides convictions religieuses, sa faiblesse de caractère et ses passions, qui parfois confinent à la puérilité, ΠῚ Reg., xx1, 4, ont fait de lui une sorte de grand enfant gâté, tombé entre les mains d’une femme hardie, insolente, audacieuse, qui sut l’amener à perpétrer tous les crimes, ou les exécuter elle-même avec son assentiment. Sa plus lourde faute fut assurément d'installer dans sa capitale le culte de Baal et d’Astarté, et de se prêter à la persécution des fidèles serviteurs de la loi mosaïque. Chez un peuple où toute déviation du culte du vrai Dieu devait amener, non seulement à la longue et par la force des choses, mais encore, au besoin, par l'intervention positive de Dieu, un châtiment terrible, le crime d'idolâtrie se doublait nécessairement du crime de lèse-nation. Après trois ans d’une famine que le peuple avait dù supporter en expiation de cette faute, Élie pouvait lui dire en toute assurance : « Ce n’est pas moi, mais toi qui troubles Israël, en abandonnant les commandements du Seigneur. » ΠῚ Reg., xviu, 18. Ce qui rend ce prince plus inexcusable encore, c’est que jamais Dieu ne lui ménagea ses avertissements. Les prophètes du Seigneur, dont le ministère surnaturel jouait en Israël un rôle si considérable, ne manquèrent jamais de lui dénoncer ses crimes et les châtiments qui devaient suivre, ΠῚ Reg., χυπι, 1; xx1, 21; de le prévenir des dangers que les attaques de l'extérieur, ΠῚ Reg., xx, 22, ou les fautes de sa politique, ΠῚ Reg., xx, 42, faisaient courir à son royaume; enfin de lui fournir des preuves immédiates de la bonté de Dieu à son égard, sitôt qu'il donnait le plus léger signe de repentir. ΠῚ Reg., xvin, 41; xx1, 29. Mais toutes ces attentions de Dieu furent en pure perte : Achab aima mieux subir la domination d’une femme exécrable, adorer les faux dieux, écouter ses devins; il périt done pour l'avoir bien voulu. Après cela, qu'il ait eu un certain goût pour les arts, pour l’embellissement de ses palais et de ses villes, ΠῚ Reg., xx, 39; qu’au dernier moment il ait même montré quelque force d’âme en face de l’ennemi, c’est justice de le constater avec l'écrivain sacré, ΠῚ Reg., xxn, 35; mais, en vérité, il faudrait autre chose pour racheter ses fautes et ses crimes devant le tribunal de l'histoire. L. MÉCHINEAU.

2. ACHAB, fils de Colias, faux prophète, sorti des rangs des Hébreux déportés à Babylone par Nabuchodonosor. Il n’est fait mention de lui que dans Jérémie, qui, au nom de Dieu, le menace ainsi que ses sectateurs, et lui prédit que s’il continue à prêcher le mensonge et à vivre, comme

il Le faisait, dans l’adultère, le roi de Babylone le fera périr, et par un supplice si cruel, qu'il fournira aux survivants cette formule de malédiction : « Que Jéhovah te traite comme le roi de Babylone ἃ traité Achab, » Jer., XXIX, 21-22, Ce supplice est celui du feu, inusité en Palestine, mais en usage chez les Babyloniens, Daniel en fait expressément mention, 11, 6. Cf. Smith, History of Assurbanipal, p. 137, 138, 157; Transactions of the Society of biblical archæology, t. 11, p. 360 et suiv.; Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, ὧδ édit., t. ἵν, p. 439-442. Nous ne saurions dire s'il y a, dans le mot employé pour désigner le supplice d'Achab (gäläm), une allusion au père de ce faux prophète (Q6läyäh). L'identité de l'époque à laquelle vivait Achab et l'autre faux prophète menacé par Jérémie, xxix, 21-22, d'une part, et les deux juges calomniateurs de la chaste Susanne, Dan., xt, 5, d'autre part; la similitude de leurs fonctions et celle de leur fin tragique; enfin et surtout le désir de justifier par une référence l'expression : « ceux dont a parlé le Seigneur, » Dan., ΧΠῚ, 5, avaient porté plusieurs Juifs dont parle saint Jérôme, In Danielem, in hoc loc., à voir dans les deux vieillards de l’histoire de Susanne les deux faux prophètes Achab et Sédécias. Mais, outre que le supplice

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