ACHAZ
d'après la Vulgate, qu'Achaz avait eu un fils dès l'âge de
onze ans, ce qui est inadmissible. Achaz arriva au pou-
voir après les règnes glorieux d'Ozias ou Azarias et de
Joatham. Tout était prospère en Juda, à l'intérieur comme |
dans les relations avec l'étranger : l'organisation militaire
achevée, Jérusalem bien fortifiée; partout, dans les bois, |
sur les hauteurs, des tours de défense construites, le com-
merce florissant, le nom de Juda respecté parmi les | peuples voisins. IL Par., xxvI1, 3-6. Malheureusement |
avec cette prospérité matérielle s'étaient introduits des germes de dissolution : un luxe exagéré, Is., 1, 7-16, et une déplorable immoralité, Is., n1-v; Os., 1v, 15. On avait même vu, sous le couvert de la tolérance royale, se manifester un retour au culte des idoles, si fatal pourtant aux Hébreux, mais toujours séduisant pour leurs grossiers instincts. IV Reg., xv, 4; Is., 11, 6-8. Tel est le milieu, telles sont les circonstances dans lesquels Achaz avait été élevé. Même avec un bon naturel, il devait se ressentir de ces influences malsaines; quoi donc d'étonnant si, étant d'un tempérament pervers, il devint la personnification des vices de son époque? « Il ne fit pas ce qui était agréable au Seigneur son Dieu, » IV Reg., xv1, 2; mais plutôt Qil marcha dans la voie des rois d'Israël », ὃ. 3, c'està-dire dans l'impiété et l'idolâtrie, et tout particulièrement dans l’abominable culte du dieu des Phéniciens, Baal, auquel il éleva des statues. IL Par., xxvIT, 2. Au milieu des bosquets délicieux qui se trouvaient au midi de Jérusalem, dans la vallée des fils d'Hinnom, déjà trop célèbre par les abominations qu’elle avait vues, Jos., xv, 8; IV Reg., xx, 10 ; Jer., χιχ, 2, il offrait de l’encens aux idoles. IL Par., xxviI1, 3. Un jour même, soit pour conjurer un danger imminent, soit pour tout autre motif, «il consacra, » ou, comme porte l’hébreu, «il fit passer » (hé‘ëbir) son fils par le feu, IV Reg., xvr, 3, expression dont le sens est déterminé par le passage parallèle, II Par., ΧΧΥΤΙ, 3, vayyabe‘ér, « et il fit brüler. » Faire passer des enfants par le feu en l'honneur de Moloch, « l’'abomination des Ammonites, » ΠῚ Reg., xt, 5, avait lieu, il est vrai, à deux degrés : ou bien par une simple et rapide translation de l'enfant au travers des flammes, Lev., xvIr, 21, ou bien en le déposant dans les mains étendues du dieu, dont la statue de métal recélait un brasier ardent dans lequel l'enfant roulait et était consumé; c’est ce dernier mode qu'on appelait hé‘ëbir δὰ δὲ. Théodoret, Quæst. in IV Reg. cap. XVI, t. LXXX, col. 779, pense que le péché d'Achaz ne dépassa pas la simple purification ; mais Josèphe ne laisse aucun doute : ἴδιον ὁλοχαύτωσε παῖδα κατὰ τὰ “Χαναναίων ἔθη, Ant.jud., IX, xt; et son sentiment a été adopté par l'universalité des interprètes. A noter, dans le passage parallele des Paralipomènes, le pluriel « ses fils » (hébreu : bänäv), ce qui manifestement est mis pour le singulier,
Dieu, pour punir Achaz de son impiété, suscita contre lui deux princes qui déjà sous Joatham avaient commencé les hostilités, IV Reg., xv, 37: Rasin, roi de Syrie, et Phacée, roi d'Israël. Selon l’ordre naturel des choses, Rasin et Phacée auraient dù toujours demeurer ennemis, tandis qu'au contraire le roi de Juda et celui d'Israël, à cause de la communauté de race et d'intérêts, auraient dù rester toujours amis. Rasin était peut-être jaloux de la prospérité de Juda. Quoi qu'il en soit, ayant résolu de s'unir pour attaquer Achaz, ces deux princes opérèrent d'abord séparément; car, bien que selon IV Reg., xvi, 5, le siège de Jérusalem par les troupes réunies de Rasin et de Phacée soit mentionné avant les campagnes séparées de l'un et de l'autre, il est manifeste que ce n'est pas là l'ordre chronologique des événements. Le siège de Jérusalem, en effet, fut interrompu par l'invasion de Téglathphalasar en Syrie, ce qui força les assiégeants à quitter brusquement les remparts pour tenir tête chez eux à l'envahisseur, et nous savons que leur résistance n'aboutit qu'à une défaite. Donc il ne put y avoir d'attaque ni de l'un ni de l'autre contre Achaz après cet événement, et les cam-
pagnes particulières de Rasin et de Phacée ont dù précéder le siège de Jérusalem. On pourrait à la rigueur soutenir qu'Achaz n'eut pas à se défendre contre une double armée, mais contre une seule, composée des Israélites et des Syriens, dont l'unique opération aurait été rapportée d’une manière fragmentaire en deux épisodes : l'un IV Reg., xvi, 6, cf. II Par., xxvunr, 5; l’autre II Par., ΧΧΥΤΙ, 5-6. Il semble plus conforme au texte de dire que les deux rois, ayant formé dès l'origine le projet de ruiner Juda, Is., vir, 6, chacun d'eux se mit séparément à l'œuvre.
Achaz vit d'abord Rasin porter un coup désastreux à son commerce, si prospère depuis qu'Ozias avait conquis l'importante ville maritime d’Élath ou Aïla, au fond du golfe Élanitique. IV Reg., x1v, 22; IL Par., xxvi, 2; cf. ΠῚ Reg., IX, 26. Le texte ne dit point quelle route suivirent les Syriens pour y arriver; il est probable qu'ils traversèrent les régions à l’est du Jourdain, et que c’est là qu'Achaz essuya sa première défaite, dans laquelle il laissa aux mains de l'ennemi un immense butin. II Par., ΧΧΥΠΙ, 5. Si Rasin était venu par la Samarie et Juda, on ne comprendrait pas qu'il eût passé si près de Jérusalem sans l'attaquer. Presque au même temps, Achaz subit un autre échec; car « Dieu le livra aux mains du roi d'Israël, et il fut frappé d'une grande plaie ». II Par., xxvin, 5-6. Cette plaie, ce fut la perte en un seul jour de cent vingt mille de ses plus vaillants soldats; ce fut encore de voir enlever de leurs foyers deux cent mille Juifs, « tant femmes que jeunes gens et jeunes filles, » pour être transportés en Samarie, ÿ.8. Il ne lui restait plus qu'à assister à la ruine de sa ville royale, Jérusalem, et à vrai dire il faisait tout pour s’attirer ce suprême châtiment; car, aveuglé jusqu’à croire que les dieux syriens étaient les auteurs de ses maux, il se disait en voyant les Israélites victorieux : « Ce sont les dieux des rois de Syrie qui les aident ; je les apaiserai par mes sacrifices, et ils m'assisteront. » II Par., xxvIn, 23. Mais Jéhovah avait promis que Juda ne périrait pas totalement, Is., 1, 9, et il voulut encore épargner Jérusalem.
Rasin, remontant vers le nord, avait franchi le Jourdain et fait sa jonction avec Phacée (Septante : συνεφώνησεν, Is., vu, 2); tous deux étaient venus assiéger Jérusalem, projetant en même temps de remplacer Achaz par un personnage appelé dans Isaïe, vir, 6, « le fils de Tabéel, » un Syrien probablement, comme l'indique le nom de son père, et sans doute vassal de Rasin. Voir TABÉEL. C’est dans cette extrémité qu'Achaz, affolé de terreur et tremblant avec toute la maison royale « comme les feuilles des forêts sous le souffle du vent », Is., vi, 2, reçut le message divin qu'Isaïe fut chargé de lui transmettre, et dans lequel Jéhovah lui faisait dire de ne pas craindre, parce que, à cause de David et des promesses messianiques, Juda, le royaume théocratique si souvent protégé, ne périrait pas si Achaz mettait sa confiance en lui. Is., vu, 4-9. Achaz était en ce moment hors des murs de Jérusalem, à l'extrémité du canal de la Piscine supérieure, sur le chemin du champ du Foulon, à l’ouest de la ville. Is., vir, 3. Voir CHAMP pu FouLox. Peut-être Achaz, en prévision d’un siège, prenaitil des dispositions pour dériver ces eaux dans Jérusalem et en priver les assiégeants. Οἵ, Is., xx11, 9-12, où l’on voit des mesures analogues. C'est à cet endroit qu'Isaïe aborda le roi de Juda, Isaïe, grand prophète et grand patriote, déjà bien connu sous Ozias, II Par., xxvI, 22, et ayant déjà eu une grande part dans les affaires publiques. Il venait accompagné de son fils, dont le nom prophétique, Seër yasüb, «le reste reviendra, » préludait devant le roi désespéré au message de consolation. C'est là qu’Achaz entendit avec étonnement le prophète appeler ses deux puissants ennemis « deux débris de tisons fumants ». Is., vil, 4, qui seraient bientôt éteints, et notamment Ephraim, c'est-à-dire Israël, qui avant soixante-cinq ans ne serait plus un peuple. Is., vu, 8. Des expédients humains, le roi en avait trop employé: conformément à la constitutio théocratique de Juda, il devait tenir Jéhovah pour son
PT
unique et suffisant défenseur; il n'avait à craindre qu'une chose, l'infidélité envers Dieu ; car, « si vous n'êtes pas fidèles, lui dit Isaïe, vous périrez » (l'hébreu, avec allitération : ‘im ἐδ᾽ ta'ämint ki δ᾽ fé äménü). Is., VIH, 9. Mais Achaz est trop endurci dans son impiété ; ne croyant plus aux promesses divines, il a formé un autre projet qui lui paraît plus sûr: demander secours aux Assyriens. En vain le Seigneur insiste : puisque sa divine parole ne rassure point le roi, qu'il fasse l'expérience de sa puissance, qu'il demande un signe manifeste de la protection d'en haut, qu'il le choisisse où il voudra, dans le ciel ou dans le $e’ôl. Is., vir, 11. Achaz dissimule son embharras sous une exeuse frivole : il ne demandera pas un signe, dit-il, pour ne pàs paraitre tenter le Seigneur. Cette réponse, si elle est loyale, suppose que le roi croyait à la possibilité du miracle et admettait la mission divine d'Isaïe, Autrement il aurait du demander un signe qui, dans sa pensée, aurait tourné par son insuccés à la confusion du prophète. En disant qu'il ne voulait pas tenter Dieu, Is., vit, 12, le roi de Juda n'était pas sincère. En réalité, il refusait le secours divin pour n'être pas obligé de changer de conduite et d’abandonner l'idolitrie. Il préférait se tirer d'embarras par des moyens humains : flagrant mépris de la théocratie, fondement de son royaume; péché d'orgueil et d'hypocrisie. Achaz n'ignorait pas qu'en disant : « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu, » Deut., vr, 16, Jéhovah avait seulement défendu à l'homme de le mettre en demeure de manifester sa puissance sans motif suffisant. Il méritait done, et tout son peuple en sa personne, la véhémente apostrophe du prophète : « Vous lassez mon Dieu. » Is., vi, 18. Pourtant ce n'est pas sa résistance qui entravera les desseins de la miséricorde divine; au contraire, « à cause de cela même, » ÿ. 14, à la place du signe que le roi refuse de demander, Dieu en produira lui-même un plus merveilleux : ce sera la naissance du fils de la Vierge (hébreu : ‘abmäh), dont le nom sera Emmanuel. Is., vu, 14. Or, ce signe, Achaz ne le verra pas : d'abord parce que cette ‘almäh n'est point son épouse, et l'Emmanuel n'est point son fils Ézéchias, comme l'ont prétendu plusieurs rationalistes modernes, reproduisant un subterfuge déjà connu à l'époque de saint Justin, Dial. cum Tryph., 55, 67, 77, t. νι, col. 567-570; cf. 5. Jérôme, In Is. vi, 14, t. χχιν, col. 109. Pour une autre raison encore, Achaz ne verra pas ce signe, car il ne s’accomplira que longtemps après lui; mais la « maison de David » en sera témoin dans l'avenir au jour de la naissance du Messie, qui délivrera Israël d'ennemis plus redoutables que Rasin et Phacée. Le signe cependant touche aux événements contermporains par ce lien : avant le temps qui sera nécessaire à cet enfant miraculeux pour arriver au discernement du bien et du mal, ou, ce qui revient au même, pour être capable de supporter la nourriture du beurre et du miel, Achaz aura vu la ruine de ses ennemis. Is., vit, 15-16. Mais parce qu'il a résisté à Dieu, le roi impie attirera sur lui » et sur son peuple la malédiction annoncée. Is., vi, 9. Elle sera exécutée par l'Assyrien que Jéhovah « aménera », [s., vit, 17, et sous ses coups l'état de Juda sera si misérable, qu'on n'aura pas vu « de jours semblables depuis la séparation d'Éphraim », ibid., c'est-à-dire depuis le schisme d'Israël, Achaz ἃ l'humiliation d'entendre même l'annonce de plus grands maux : l'oppression de Juda et sa ruine sous les piqüres des « moucherons d'Égypte »et des «abeilles d'Assur ». Is., vit, 18.
Le roi ne fut pas témoin de la réalisation de cette dernière prédiction, mais la première fut exécutée sous ses yeux; car, se voyant attaqué de tous côtés, au nord par Rasin et Phacée, au midi par les Iduméens, qui venaient de lui prendre un immense butin, Il Par., xxvur, 17, à l'ouest par les Philistins, aux mains desquels étaient tombées les villes de Bethsamés, Aïalon, Gadéroth, Socho, Thamna et Garmzo, IL Par., xxvirr, 38, Achaz s'abaissa jusqu'à mendier le secours d'un roi païen, celui d’Assyrie, Téglathphalasar, lui disant : « Je suis ton serviteur et
ACHAZ
ton fils; viens me sauver des mains du roi de Syrie et du roi d'Israël, ligués contre moi, » IV Reg., xvi, 7. Pour se le rendre favorable, il vida ses trésors, à l'exemple de ses prédécesseurs, Asa, III Reg., xv, 18, et Jous, IV Reg., x11, 18, et il dépouilla la maison du Seigneur, IV Reg., xvi, 8, précaution à peine utile, car lambitieux monarque assyrien ne cherchait qu'une occasion d'étendre sa domination. Achaz eut bientôt la joie de le voir envahir la Syrie, assiéger et ruiner Damas, mettre à mort Rasin et emmener ses sujets captifs, puis se jeter sur Israël et en transférer les habitants en Assyrie. IV Reg., xv, 29-30; xvr, 9. D'après la liste des éponymes, on élait en 733 ou 732 lorsque Téglathphalasar commença cette campagne, qu'il ne termina qu'après deux ans.Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 5° édiL., L. 1v, plie
Elle venait de finir, et l'Assyrien victorieux se reposait à Damas, lorsque Achaz se rendit près de lui, selon toute vraisemblance pour figurer dans une sorte de réception générale, à laquelle tous les rois tributaires de Téglathphalasar avaient été convoqués. IV Reg., xvi, 10. D'après Josèphe, c’est alors qu'Achaz dépouilla ses trésors et le temple, pour payer ce qu'il avait seulement promis lors de sa demande de secours aux Assyriens. Ant. jud., IX, ΧΠΙ. C'est ce voyage qui donna lieu à la construction d’un autel de modéle paien dans le temple de Jérusalem. Le texte porte : « l'autel qui était à Damas, » IV Reg., xvi, 10, ce qui signifie un autel syrien, soit qu'il füt propre aux Syriens, soit qu'il fût une imitation des autels assyriens. Cette seconde hypothèse est admissible, car c'était l'habitude des rois d’Assur de faire porter dans leurs expéditions militaires les autels de leurs dieux, et de les établir dans les pays conquis. G. Rawlinson, Ancient Monarchies, t. 11, p. 531. Elle devient même vraisemblable si l'on considère le penchant d'Achaz pour la religion des Assyriens, dont il pratiquait le culte astrologique sur les autels qu'il avait fait construire en l'honneur du soleil sur la terrasse de son palais. IV Reg., xx, 12, ; cf. Tacite, Annal , χα, 13. Son cadran solaire, plus tard l’occasion d'un grand miracle, Is., ΧΧΧΥΠΙ, 8, était peut-être aussi une importation assyro-chaldéenne. Il entrait d'ailleurs dans le caractère d'Achaz de flatter ainsi son libérateur. En tout cas, comme les autels assyriens étaient très étroits et insuffisants pour y offrir des holocaustes, si celui que le roi de Juda fit construire leur ressemblait par la forme, il dut avoir de plus grandes proportions, puisque nous voyons qu'on y consuma des victimes. IV Reg., xvr, 12; Fillion, Atlas archéol., pl. xevur, fig. 6; pl. cxvr, fig. 2. Au ÿ. 15, cet autel est appelé, par rapport à l'ancien autel des holocaustes, « autel plus grand. » Achaz envoya donc par des exprès le dessin de cet autel au grand prêtre Urie, peutêtre le même que celui qui est appelé de ce nom dans Is., vit, 2; et à son retour de Dumas il le trouva construit et établi dans la cour du temple. Il y monta, y offrit des holocaustes et des sacrifices non sanglants (hébreu : minhah), et y répandit le sang des victimes pacifiques. IV Reg., ΧΥῚ, 12-13. Il est à croire, d'après le ÿ. 15, que ces sacrifices étaient en l'honneur de Jéhovah, ce qui n'empêcha pas Achaz d'en offrir d'autres aux dieux de Damas. IT Par., ΧΧΥΠΙ, 23. D'ailleurs le seul fait de sacrifier au Seigneur sur un autel d'un type païen était une profanation sacrilège du culte divin, d'autant plus que la forme de l'autel des holocaustes avait été déterminée dans les plus grands détails. Exod., xxv, 40; ΧΧΧΥΙΙ, 1-7.
Achaz introduisit d’autres changements dans le culte. D'après le texte hébreu, plus clair que celui de la Vulgate, l'autel syrien avait été placé par Urie devant la partie antérieure de la maison de Dieu, au milieu de la cour des prétres, de manière que l'ancien autel des holocaustes se trouvait entre lui et le temple. IV Reg., xvi, 14. Achaz, pour donner sans doute à l'autel de son choix une place plus honorable, et afin qu'il füt seul « devant le Seigneur», fit reculer vers le nord l'autel des holocaustes, se
155 ACHAZ -réservant d'en disposer plus tard. De plus, il établit que sur l'autel syrien seraient offerts les sacrifices les plus solennels de chaque jour : celui du matin et celui du soir,
.ACUAZIB
de Juda (dans le texte : Israël pour Juda, IL Par., ΧΧΎΠΙ, 27). La perversité de ce roi, sa faiblesse inqualifiable, sa
| pusillanimité à l'heure du danger, enfin sa maladresse eu
offerts au nom de tout le peuple, ainsi que certains autres |
sacrifices, comme les holocaustes (hébreu :
et les oblations (hébreu : minhäh) du roi. IV Reg., xvt, 15. Là ne s'arrêta pas son amour sacrilège de la nouveauté. Il y avait autour du temple des bassins d'airain, sorte de
‘oläh} du roi | | justement eu exécration parmi les Juifs.
lavoirs mobiles, supportés par des bases de même métal, |
et au nombre de dix. IL Reg., vu, 27-98, 37-39. Bases et bassins furent enlevés par son ordre. Il n'épargna pas davantage la mer d'airain, qu'il ôta de dessus les douze bœufs de même métal qui la soutenaient, IL Reg., vit, 23-%5, et la plaça sans respect sur le pavé de la cour du temple (Septante : « sur un piédestal de pierre, » ἔδωκεν αὐτὴν ἐπὶ βάσιν λιθίνην, IV Reg., χνΙ, 17; hébreu : « sur un pavé de pierre, » ‘al marséfêt ‘äbânim). Ces changements furent faits « à cause » du roi d'Assyrie, IV Reg., XVI, 18, probablement pour rapprocher le culte juif de celui des dieux d'Assur, soit parce qu'Achaz s'était épris d'admiration pour la civilisation et les usages des Assyriens, soit parce que Téglathphalasar obligea le roi de Juda à agir de la sorte. D'autres pensent pourtant que, les trésors du roi et du temple étant épuisés, 1bid., ÿ. 8, Achaz avait enlevé ces ornements pour en faire de l'argent et solder le lourd tribut dû au monarque assyrien, ibid., ÿ. 18. Il est certain du moins que tous n'avaient pas été aliénés, car Jérémie atteste que les Chaldéens ‘rouvèrent
. à Jérusalem la mer d'airain, les taureaux et les bases οἷ-
selées, qu'ils emportèrent à Babylone. Jer., Lu, 17-20 Le pieux Ézéchias les avait fait probablement rétablir à leu place. LE Par., xx1x, 19. Les autres modifications faites par Achaz, IV Res. ., XVI, 18, sont fort obscures, à ce point que l'auteur de la Vulgate s'est contenté de transcrire de l’hébreu le mot principal, qu'il ne comprenait pas. Achaz, écrit-il, « changea aussi dans le temple du Seigneur, à cause du roi des Assyriens, le musach du sabbat, qu'il avait bâti dans le temple, et l'entrée extérieure dn roi. » L'hébreu muüsak (ainsi porte le keri, au lieu du ketib : mêisak), de la racine säkak, « couvrir, » signifie un lieu couvert quelconque, et n’est employé qu'une fois dans la Bible. 11 désigne probablement un portique situé dans le parvis extérieur, par où le roi entrait au temple, pour se rendre à la place d'où il assistait aux cérémonies. Les Septante ont traduit « la base du siège des sabbats », τὴν θεμέλιον τῆς χαθέδρας τῶν σάδθχτων, ayant lu müsäd, « fondement, base, » pour müsak. Achaz modifia cette installation, on ne sait de quelle manière. Ces avances ne lui servirent d'ailleurs de rien, car Téglathphalasar trouva bientôt un prétexte pour se jeter sur Juda, ravagea tout le pays, et au lieu d’assurer la liberté à ce peuple dont il s'était posé comme le protecteur, il l’asservit. De ce jour, Juda perdit son indépendance. IL Par., xxvirr, 20, Dans une inscription cunéiforme trouvée à Nimroud, et actuellement conservée au British Museum, entre beaucoup d'autres princes tributaires de Téglathphalasar, on lit le nom d'«Achaz de Juda », Ya-hu-ha-zi Ya-hu-du-ai. (Le nom d'Achaz est précédé de Ya, contraction de Jéhovah, et nous en avons là la forme complète, Achaz étant une abréviation de Joachaz.) Western Asiatic Inscriptions, t. 11, p. 67; Ménant, Annales d’Assyrie, p. 14%;
Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 5° édit.,
C'est peut-être à cette époque qu'Achaz, tombant dans un noir désespoir, s'abandonna avec fureur à son penchant pour l'idolitrie; qu'il fit briser les vases sacrés, fermer les portes du temple, abolir le culte du vrai Dieu et ériger des autels aux idoles dans tous les carrefours de Jérusalem, IL Par., xxvIH, 24 : époque lugubre, en souvenir de laquelle les Juifs célèbrent encore chaque année une solennité expiatoire. Telle fat la fin d'Achaz, qui mourut à Jérusalem après seize ans de règne, et y fut enseveli, sans partager néanmoins la sépulture des rois
politique et son impiété envers Dieu, firent de lui un des plus méchants rois de Juda, et sa mémoire est demeurée P. RENARD.
ACHAZIB, hébreu : Akzib; grec ᾿Αχαζί, Ket6, ᾿Αχζίό, Eyoo6; latin: Achzib (Jos., χν, 44), Achazib et Achziba.
1. ACHAZIB, ville maritime de la Palestine, située entre Saint-Jean-d'Acre et Tyr (fig. 21). Elle est mentionnée dans Josué, χιχ, 29, comme appartenant à la tribu d'Aser; mais les anciens habitants, Chananéens d’origine, n'en purent être chassés. Jud., 1, 31. Le changement du zain sémitique en d a amené À kdip, comme Gaza est devenu Cadytis, et M'gozan, Mygdon; de là les Grecs et les Latins ont fait 'Exôinna, Ecdippa. Ptolémée, V, xv; Pline, V, xvir. Joséphe l'appelle ᾿Ιὐχδίππων et ᾿Εχδίπους, et la signale comme une place maritime. Bell. Jud., 1, xt, 4. Ailleurs il la nomme Arcè, "Apxn. Ant. Jud., V, 1, 22. On la trouve dans les tablettes cunéiformes avec le nom d'Ak-zi-bi. Eb. Schrader, Die Keilinschriften und das Alte Testament, 2 édit., Giessen, 1883, p. 170. Dans le Talmud, sous le nom de Kezib ou Guezib, elle est citée comme formant, depuis le retour de la captivité, la limite septentrionale de la Galilée vers le nord-ouest, sur la route d'Accho à Tyr. Tosiftha, Demoï, ch. 1. Ville forte comme Accho, Talm. de Bab., Eroubin, 64 b, elle possédait une synagogue. C£. Neubauer, Géographie du Talmud, Paris, 1868, p. 235.
Eusèbe et saint Jérôme la placent à neuf milles de Ptolémaïde ou Saint-Jean-d'Acre, Onomasticon, au mot Α χζίφ, et on l'identifie généralement avec le village actuel d'Ez- Zib. Situé non loin d'une petite baie qui ἃ dù servir autrefois de port à la ville, il est assis plus.au nord sur une colline qui constituait l’acropole de la cité basse, « Ce monticule était jadis entouré d’un mur d'enceinte, dont on distingue encore des traces du côté de l'est. La plupart des maisons actuelles ont été bâties avee des matériaux antiques. Les jardins qui entourent ce village sont bordés soit de cactus, soit de vieux tamaris, et renferment beaucoup d'arbres fruitiers, au-dessus desquels de jolis palmiers dressent çà et là leur tige élancée et leur tête verdoyante, » V. Guérin, Descript. de la Pal., Galilée, t. 1, p. 164.
Sennachérib, dans sa campagne contre Éréchias, roi de Juda, s'empara de cette ville, et la mentionne entre U-su-u (Hosah, Kh. Exziyah) et Ak-ku-u (Accho). Prisme de Taylor ou Cylindre C. de Sennachérib ; Cuneiform inscriptions of Western Asia, t. 1, pl. 38-39; Schrader, ouvr. cit., p. 288.
2. ACHAZIB, ACHZIB, ville de la tribu de Juda, citée entre Céïla et Marésa. Jos., XV, 44. Le texte hébreu la mentionne également dans Michée, 1, 14; car « cette maison de mensonge », qui d’après la Vulgate sera « pour la déception des rois d'Israël », n'est autre dans l'original que la ville d'Achzib, qui, en tombant plus tard aux mains de l'ennemi, « trompera » la confiance purement humaine de la puissance royale. Par un de ces jeux de mots familiers aux Orientaux, et assez fréquents dans les Livres Saints, le prophète trouve dans le nom même (racine kazab, «mentir ») un présage des châtiments qu'il annonce. Dix villes sont mentionnées de la même facon dans cette prophétie; or, parmi les cinq dernières, dont la situation au sud-ouest de la Palestine est bien connue, comme Lachis (Oumm-el-Lakis), Marésa (Kh. Mérach) et Odollam (Aïd-el-Ma), on remarque également Achzib. Sa position est donc naturellement indiquée, et le nom semble s'être conservé dans celui d'Ain el-Kezbéh, près de Beit-Nettif, Cette identification est confirmée par le témoignage d'Eusèbe et de saint Jérôme, qui nous disent que, de leur temps, « Chazbi (Achzib) était un endroit désert, près d'Odollamn,
sur les confins d'Éleuthéropolis. » Lib. de situ et nom. loc, heb., τ. Χ ΠῚ, p. 889.
Ce témoignage nous permet aussi de croire que l'Achzib de Juda est identique à Chezib (Ναοῦί, Chazbi) dont parle le texte hébreu dans la Genèse, XXXVHI, ὃ, Là, en elet, où la Vulgate traduit: « Lorsqu'il fut né (Sela, son troisième fils), elle (la fille de Sué, épouse de Juda) cessa d'enfanter; » l'original porte : « Et il (Juda) était à Kezib lorsqu'elle l'enfanta (Sela); » remarque faite par l'historien afin que la famille issue de Sela connut son origine. Comme les autres endroits mentionnés dans ce chapitre sont tous dans la plaine de Juda, nous pouvons
ACHAZIB — ACHIA
quer les Philistins en compagnie de son seul écuyer : l'événement donna raison à son audace, et les Philistins s'enfuirent, frappés d'une terreur surnaturelle. 1 Reg., x1V, 15. A cette nouvelle, Saül appelle Achias et lui dit : « Consultez l'arche du Seigneur ; » car, ajoute la Vulgate, « l'arche de Dieu était ce jour-là avec les enfants d Israël, » Ÿ. 18. L'arche résidait alors à Cariathiarim, 1 Reg., vi, 1; muis on sait qu'elle accompagnait parfois les Hébreux duns leurs expéditions militaires. Toutefois ce n'était généralement pas à l'aide de l'arche d'alliance que le grand prètre consultait le Seigneur; il le faisait au moyen de l'éphod, et c'est sans doute la raison qui ἃ porté les Sep-