APOTRES
témoin oculaire se trahit à chaque instant. Voyez, par exemple, la scène du serpent ramassé et secoué par l'Apôtre dans l'île de Malte, Aet., xxvur, 2-6; la description des péripéties du naufrage, XXvI1, 14-#%%; la mention exacte de tous les endroits par où l'on passe pour se rendre de Césarée à Rome. — % On à recucilli un grand nombre de tournures et d'expressions singulières, qui se rencontrent à la fois dans les Actes et dans le troisième Évangile, et que les autres auteurs sacrés n'emploient jamais ou presque jamais. En voici quelques exemples : Euc., 1, 1: Ἐπειδήπερ πολλοὶ ἐπεχείρησαν...) ἔδοξε κἀμοὶ παρηχολουθηχότι.... et Act., XV, 24, 25 : ᾽᾿Επειδὴ ἠχούσαμεν ὅτι τινὲς...) ἔδοξεν ἡμῖν γενομένοις... — Luc., xv, 13: μετ᾽ οὐ πολλὰς ἡμέρας, et Act., 1, 5: où μετὰ πολλὰς ταύτας ἡμέρας, et Act., xxvit, 14 : μετ᾽ οὗ πολύ ; Act., χιχ, 11 : δυνάμεις τε οὐ τὰς τυχούσας. — Luc., 1, 20, 80 : ἄχρι ἧς ἡμέρας;... ἕως ἡμέρας, et Act., 1, 2: ἄχρι ἧς ἡμέρας; 1, 22: ἕως τῆς ἡμέρας; 1, 29 : ἄχρι τῆς ἡμέρας ταύτης; VIL, 45 : ἕως τῶν ἡμέρων Δαδίδ. — Main de Dieu au lieu de puissance de Dieu. Luc., 1, 66, 71, et Act., χι, 21, et χπὶ, 11. — Luc., 1v, 34: ὁ ἅγιος τοῦ Θεοῦ, et Act., 11, 27: οὐδε δώσεις τὸν ὅσιόν σου, et IV, 27 : ἐπὶ τὸν ἅγιον παῖδά σου; IV, 80: τοῦ ἁγίου παιδός σου. — Luc., ΧΧΠῚ, 5 : ἀρξάμενος ἀπὸ τῆς Γαλιλαίας, et Act., χ, 37: ἀρξάμενον ἀπὸ τῆς Γαλιλαίας, et Luc., xx1V, 27: ἀρξάμενος ἀπὸ Μωσέως. — Luc., 1, 9: ἔλαχε τοῦ θυμιάσαι, et Act., 1, 17 : ἔλαχε τὸν χλῆρον. --- Luc., ΧΧΙ, 35 : ἐπὶ πρόσωπον πάσης τῆς y7:, et Act., XVII, 26 : ἐπὶ πᾶν τὸ πρόσωπον τῆς γῆς, et Luc., ΧΙ, 56 : τὸ πρήσωπον τῆς γῆς ot τοῦ οὐρανοῦ. Saint Luc est le seul écrivain du Nouveau Testament qui emploie cette expression. Voir Bacuez, Manuel biblique, t. IV, n° 48%. — Signalons, à la suite de cet auteur, « la conformité qu'on remarque entre ces deux livres pour les sentiments, les dispositions d'esprit, les tendances... D'un côté comme de l’autre, on reconnait l'influence de saint Paul. C'est la même attention à ne rien dire de blessant pour les Gentils, à ménager l'autorité romaine, et même à relever ce qui est à son avantage, Act., 11, 13-15; x, 1, 9, 45; x, 7; xx, 10, 25; xxvir, 43. C'est le même respect pour les cérémonies judaïques, Luc., 1, 9, 59; 11, 91-24, 37, 39, 41, 46; 1v, 16; v, 14; vi, 3-4; Act., 111, 1; v, 19, 42; xvr, 3, etc., avec la même conviction que l'Évangile est pour tous les peuples, Luc., 11, 32; 1x, 52; xvu, 16; Act., 1, 8; 1x, 15; x, 1 et suiv., et le même soin de rattacher les faits aux actes publics de l'empire, » Luc, mt, 1; Act., nr, 18; χχιν, 97. La tradition qui attribue les Actes à saint Luc, l'auteur du troisième Évangile, est donc pleinement confirmée par les arguments intrinsèques.
Les rationalistes prétendent néanmoins établir par ce genre d'arguments que saint Luc n'est pas l'auteur du livre des Actes. « Luc, disent-ils, n'est pas ce compagnon de Paul qui, à partir du xvi® chapitre des Actes, parle à la première personne du pluriel. Cet écrivain était avec Paul à l’époque où celui-ci écrivit ses lettres aux Thessaloniciens et aux Corinthiens ; or, dans ces lettres, Paul ne fait aucune mention de Luc, mais il parle de Timothée et de Silvanus. Donc alors Luc n'était pas avec lui. Même dans les lettres aux Colossiens et à Philémon, Luc, qui était alors auprés de Paul à Rome, n'est nommé qu'en dernier lieu, après plusieurs autres. ΠῚ n'était donc pas un des principaux disciples de Paul. D'ailleurs, si Luc avait travaillé avec Paul à Philippes pendant plusieurs années, comme il faut le supposer de l'auteur des Actes, Act., xvi, 12 et suiv., Paul n'aurait pas manqué de le nommer dans sa lettre aux Philippiens, qu'il écrivit lorsque Luc était auprès de lui. Il semble que Luc ne s'adjoignit à Paul que lorsque celui-ci était captif à Rome. »
On le voit, tous ces arguments sont négatifs. Le dernier seul a quelque chose de spécieux, On } répond facilement par l'hypothèse que saint Luc était absent de Rome lorsque saint Paul envoya sa lettre aux Philippiens. Cette hypothèse n'est pas gratuite; car, si saint Luc avait été alors
ἃ Rome, saint Paul l'aurait certainement excepté de la généralité de ce blâäme, Phil., 1, 21 : « Tous ne cherchent que leur intérêt, » comme il vient d'en excepter implicitement son fidèle Timothée, 11, 20. Dès lors il est manifeste que ces arguments négatifs, si faibles en euxmêmes, ne sauraient ébranler la tradition constante qui proclame que les Actes sont l'œuvre de saint Luc.
Refusant de reconnaitre saint Luc pour l’auteur des Actes, les rationalistes ont imaginé divers systèmes pour expliquer la genèse de ce livre. D'après quelques-uns, les parties où l'écrivain parle à la première personne du pluriel auraient été rédigées par un compagnon des voyages de Paul autre que Luc. Ce compagnon serait Timothée (Schleiermacher, Bleek, etc.), ou Silas (Schwanbeck), ou Titus (Krenkel). Ou bien ce compagnon de Paul aurait écrit tout le livre, ou bien un auteur inconnu aurait transcrit ces mémoires, sans y rien changer, et les aurait ainsi insérés dans un livre composé par lui en vue d'aider à la réconciliation des deux factions qui avaient jusque-là divisé l'Église. Mais de Wette lui-même avoue que l'hypothèse d'auteurs multiples n’explique ni l’uniformité de style qui règne dans tout l'ouvrage, ni la conformité de celui-ci avec le troisième Évangile, ni la manière égale de citer l'Ancien Testament, ni la cohésion étroite de toutes les parties entre elles. De Wette, Lehrbuch der... Einleitungq in die kan. Bücher des N. T., $ 115 a. Pour ces motifs, de Wette et d'autres admettent pour tout le livre un auteur unique. « Mais cet auteur, disent-ils, ne peut pas être un témoin oculaire des faits qu'il raconte; car ces faits sont, les uns en contradiction avec les lettres de Paul, les autres incompatibles avec les données de l’histoire ; d'autres supposent chez l'écrivain des renseignements insuffisants. » Ce dernier argument est futile; quant aux deux autres, nous en donnerons plus loin le développement et la réfutation, lorsque nous parlerons des objections contre la véracité du livre des Actes.
ΠΠ. Lieu et époque de la composilion. — Faute de déterminations précises, on admet comme probable que les Actes des Apôtres ont été composés à Rome, à la fin de la seconde année de la captivité de saint Paul. Le récit, en ettet, se termine brusquement à cette époque de la vie de l'Apôtre. Alors saint Luc était encore avec lui. Cette première période de sa captivité était pour l'Apôtre une période pacifique, sans incidents remarquables, ainsi qu'on peut le conclure des derniers versets des Actes. C'était donc aussi pour saint Luc un temps favorable à la rédaction de ses notes sur les travaux apostoliques de son maitre. L'an 64 de l'ère vulgaire serait ainsi l'époque de la composition, ou du moins de l'achèvement du livre des Actes.
IV. Intégrité du texte. — Le texte des Actes des Apôtres est parvenu jusqu'à nous sans avoir subi aucune altération importante. Les variantes très nombreuses des manuscrits n'affectent point la substance des récits. Nous en avons pour garants les versions anciennes, la syriaque surtout et la latine, et les nombreuses citations des Péres. Du reste, la critique rationaliste n'a soulevé à ce sujet aucune objection sérieuse.
V. Analyse du texte. — Le livre des Actes se compose de deux parties bien distinctes. Cornely, /ntroductionis compendium, p. 522-595. Première partie : Origine et propagation de l'Église parmi les Juifs, 1-1x. Deuxième partie : Origine ct propagation de l'Eglise parmi les Gentils, x-xxvurr. Saint Pierre joue le grand rôle dans la première partie; dans la seconde, c’est l'action de saint Paul qui domine.
Première partie, τ, 1-1x, 43. — Première section. Fondation de l'Église à Jérusalem, 1, 1-11, 47. La fondation de l'Église préparée par la promesse du Saint-Esprit, 1, 1-11, et par l'élection d'un nouvel apôtre, 1, 12-26. La fondation de l'Église opérée par la descente du Saint-Esprit, 11, 1-13, et par la première prédication de saint Pierre, 11, 14-#7. — Seconde section. Propagation et confirmation de l'Église parmi les Juifs de Jérusalem, 11, 1-vit, 59. Un grand