ACTES DES APOTRES
Notons avant tout que le premier récit est le seul que saint Luc donne en son propré nom; dans les uutres passages, il reproduit le récit donné par saint Paul lui-même. Tout ce qu'on est en droit de lui demander dans ces deux passages, c'est qu'il ait rendu fidélement les discours de l'Apôtre, Quand même ces discours seraient, en quelques circonstances secondaires, en désaccord avec la narration de l'historien, on pourrait tout au plus en conclure que, à plusieurs années de distance, les souvenirs de l'Apôtre ne lui seraient pas restés tout à fait fidèles touchant quelques menus détails, et que saint Luc n'a pas cru nécessaire de rectifier cette légère méprise. Paisqu'il n'est pas certain que l'Apôtre fut inspiré dans ces deux récits, il ne répugne pas absolument que ses souvenirs l'aient trompé touchant des détails qui n'altèrent pas la substance du fait, Mais il n'est pas même nécessaire de recourir à celte supposition, Rien n'empêche d'admettre que les compagnons de Saul, terrassés d'abord par l'éclat de la lumière, se soient releves aussitôt et aient écouté debout et dans la stupéfaction la voix du ciel. Saul lui-même, terrassé par la lumiere, vit Jésus et entendit seul distinctement sa voix. Mais, après le colloque avec le Sauveur, il se leva aveuglé, ne voyant plus rien, quoiqu'il eut les yeux ouverts. Ainsi s'explique la première antilogie. Pour avoir raison de la seconde, on peut dire que la voix qui interpella Saul fut entendue par tous les voyageurs (c'était peut-être d'abord un bruit inarticulé), mais non celle qui engagea un dialogue avec le seul chef de la troupe. :
3° On signale une erreur historique dans la harangue de Gamaliel, Act., v, 36, lorsque celui-ci mentionne comme un fait passé la révolte de Theudas, chef de quatre cents rebelles. D'après ΕἸ. Josèphe, Antiq. jud., XX, v, 1, Theudas fut puni de mort pour crime de rébellion par le gouverneur C. Fudus, c'est-à-dire quatorze ans après le discours de Gamaliel.
Pour quon füt en droit d'accuser d'erreur l'écrivain sacré, il faudrait qu'on démonträt : premièrement, que le Theudas de Gamaliel est le même que celui de Joséphe ; secondement, que, cela étant supposé, l'exactitude historique en ce point est plutôt du côté de Joséphe que du côté de saint Luc. Joséphe écrivit son histoire vingt ans après saint Luc, et il n'avait pas eu, comme celui-ci, des relations avec un des disciples de Gamaliel. Or c'est un principe constant en critique que, lorsque deux historiens ésalement sérieux se contredisent dans les circonstances d'un événement, on préfère la relation de celui des deux qui est contemporain de cet événement, et qui se rapproche davantage des personnes mélées au fait rapporté. Nous serions done, dans le cas présent, en plein droit de rejeter la relation de Josèphe, et de nous attacher à celle de saint Luc. Mais il y a plus: les deux relations ne se refusent pas à une conciliation. Vers l'époque dont parle Gamaliel, Josèphe place la révolte d'un certain Mathias. Antiq. jud., XVII, vi, 4. Ce Mathias pourrait bien être le Theudas ou Théodas de saint Luc. Car les noms de Mathias, en hébreu, et de Théodas (abrégé de Théodoros), en grec, ont la même signification : « don de Dieu. » Ils peuvent donc avoir été portés à la fois par un même individu, d'après un usage assez fréquent chez les Juifs.
%° On relève dans le discours de saint Étienne des inexactitudes relativement à l’histoire du peuple d'Israël, Act., vi, 4, 6.
C'est à tort qu'on impule ces inexactitudes, si elles existent, à l'auteur des Actes; elles sont le fait de l'orateur dont saint Luc rapporte les paroles. Le martyr, quoique rempli du Saint-Esprit, n'était pas nécessairement inspiré dans sa harangue. Il pouvait donc se tromper sur quelques points indifférents à la substance des choses, comme l'ont remarqué le V. Bède et plusieurs commentateurs,
VIII. Commentaires principaux. — 1° Commentaires anciens. Saint Jean Chrysostome a écrit sur les Actes un commentaire homilétique; Cassiodore (ve siècle), Complectiones in Acta Apostolorum ; V. Béde, Exposilio super
Acta Apostolorum, et Liber retractationis in Actus Apostolorum ; Théophylacte (x1e siècle), 1n Acta Apostolorum.— 2 Comunentaires modernes. Catholiques: Érasme, Adhotationes, Bûle, 1516; Vatable, Adnotationes, Paris, 1545; Gagnæus, Scholia in Actus Apostolorum, Paris, 1552; Arias Montanus, ÆElucidationes in Acta Apostolorum, Anvers, 157; Lorinus, S. J., In Acta Apostolorum commentaria, Lyon, 1605 ; Gaspard Sanchez, S. J., Commentarii in Actus Apostolorum, Lyon, 1616; Fromond, Actus Apostoloruwm.… illustrati, Louvain, 1654, — Protestants : Van Limborgh, Rotterdam, 1711; Pearce, Londres, 1777. — 99 Commentaires récents. Catholiques : Beelen, Commentarius in Acta Apostolorum , % édit., Louvain, 186#; Patrizi, In Actus Apostolorum commentarii, Rome, 1867; Bisping, Exegetisches Handbuch, Munster, 1871; Crampon, Les Actes des Apôtres, 1872; Crelier, Les Actes des Apôtres, dans la sainte Bible de Lethielleux, Paris, 1883. — Protestants : J. ἃ, Rosenmüller, Scholia in Novum Testamentum, 1821-1835 ; Baur, Paulus der Apostel, 1867; Baumgarten, Apostelgeschichte, Halle, 1852; Lekebusch, Die Composition und Entstehung der Apostelgeschichte, Gotha, 1854. J. CorLUY.
ACTES APOCRYPHES DES APÔTRES. Sous les noms divers de πράξεις, actus, acta, περίοδοι ou «voyages », martyria, passiones, elc., on a retrouvé les restes ou les traces de documents prétendant nous raconter les missions apostoliques. Originaires pour la plupart de milieux asiatiques ou phrygiens, à une époque où les communautés chrétiennes de ces régions étaient infestées de gnosticisme et de manichéisme, ils ont été de bonne heure exclus de l’usage catholique ou expurgés. Voir ABpias G. Le pape saint Léon écrivait, en #47 : « Il faut veiller, et c'est surtout au zèle des prêtres que nous en faisons un devoir, à ce que les livres falsifiés et en désaccord avec la sincère vérité ne soient point lus parmi les catholiques. Mais les Écritures apocryphes, qui, sous le couvert du nom des Apôtres, contiennent le germe de tant d'erreurs, non seulement doivent être interdites, mais complétement supprimées et brülées. Si, en effet, elles renferment quelques pieux éléments, jamais elles ne sont exemptes de venin, et le charme de leurs fables a cet effet caché de séduire par le merveilleux du récit pour mieux envelopper le lecteur dans les rets de leurs hérésies. » Epist. xv, 15, t. Liv, col. 688. Le peu qui nous reste de cette littérature, négligé des hagiologues du xvie et du xvre siècle, n’a été recueilli et étudié convenablement que de nos jours. Mais on a vu alors que ces pièces apocryphes et fabuleuses constituent une contribution d'une haute valeur à l'histoire des trois premiers siècles. La critique, qui a beaucoup démoli, reconstruit aussi: ce chapitre de l'histoire littéraire chrétienne sera l’une de ses plus ingénieuses et durables reconstructions. On la doit aux publications de J. C. Thilo, C. Tischendorf, W. Wright, auxquels il faut ajouter MM: Malan, Zahn, Usener, Bonnet, Guidi et les Bollandistes, mais très particuliérement aux recherches de M. Lipsius, professeur de théologie à l’université d'Iéna, dont le travail, Die apokryphen Apostelgeschichten und Apostellegenden, ein Beitrag zur altchristlichen Literaturgeschichten, Brunswick, 1883-1890, encore qu'on y trouve trop de traces des idées rationalistes démodées de l'école de Tubingue, ne laisse pas d'être le gros œuvre de cette reconstitution. Le présent article a pour objet d'inventorier les Acta anciens que nous possédons sur les Apôtres, δὲ de résumer aussi brièvement que possible les résultats acquis sur l’origine de ces Acta.
I. Acta S. Johannis. — Des fragments grecs (tous nos Acta anciens ont été originairement grecs) des Acta de l'apôtre saint Jean, publiés par Thilo, Fragmenta Actuum S. Johannis α Leucio Charino conscriptorum , Halle, 1847; puis de nouveau par Tischendorf, Acta Apostolorum apocrypha, Leipzig, 1851, p. 266-276. ont été reproduits par M. Th. Zahn dans une monographie de valeur,