‹ Dictionnaire de la BibleChapitre 118 sur 398 · ECC 277 ECC · texte numérisé non relu

ECC 277 ECC

pour dire : Vanité des vanités, tout est vanité ! Il avait joui de tout, abusé de tout! Richesses, amour, sciences, sagesse, il avait vu une On à toutes ces choses, et plusieurs l'avaient trompé. D'autres témoignages que le sien eussent été moins forts.

Quant à l'époque de la composition de ce livre, ceux qui supposent un autre auteur que Salomon, la fixent naturellement de très diverses manières, suivant l'auteur qu'ils donnent à l'Ecclésiaste; nous n'avons pas à nous en occuper. Pour les autres, ils sont divisés selon qu'ils admettent ou non que Salomon s'est relevé de sa chute et de son idolâtrie ; il a composé l'ouvrage avant sa chute, s'il est mort impénitent; il l'a écrit après, s'il s'est repenti, et cette dernière opinion qui semble ressortir de la lecture même de l'ouvrage, nous paraît de beaucoup la plus probable; c'est presque une œuvre de pénitence, et l'on ne peut guère supposer que celui qui l'a écrite, ait pu faire plus tard une chute éternelle. Qui voudrait admettre que nous ayons dans l'Ecriture l'ouvrage d'un apostat, d'un réprouvé! L'inspiration n'y perdrait rien, si l'on veut, mais bien le lecteur. D'ailleurs il est difficile de croire qu'un homme aussi privilégié de Dieu en ail été dans la suite complètement abandonné (&. Salomon).

— On lit dans Calmet : « Luther a dit avec sa liberté, ou plutôt son insolence ordinaire, que l'Ecclésiaste lui paraissait un auteur plat, qui marchait sans bottes ni éperons, ce sont ses termes; qu'il ressemblait au Talmud et était un ramas de plusieurs ouvrages ; que l'on avait recueilli les maximes de table que Salomon prononçait dans la débauche et dans la bonne chère, et qu'on les avait écrites dans ce livre. «

L'opinion de Luther a été si souvent citée, que nous croyons ne pouvoir faire mieux que de laisser parler Luther lui-même. Entre son jugement authentique et l'autorité plus que douteuse de ses Propos de table, on ne peut hésiter : « Je puis dire en toute vérité, écrit-il en téte de son Commentaire, que j'eus une grande joie lorsque, pour la première fois, je saisis et découvris quelque peu le sens de l'original; car j'ai, pendant ma vie entière, essayé mes forces sur ce livre, à plusieurs reprises et avec grand travail et grande application ; mais je n'ai pu tirer aucun profil de tous les commentaires et ouvrages des anciens, jusqu'à ce que j'aie en quelque sorte conquis l'intelligence du texte hébreu. Tout ce livre avait été interprété faussement, contre le texte et contre la doctrine chrétienne, et gâté de fond en comble (Au temps de la Réforme, les docteurs catholiques appliquaient d'une voix unanime à la société même, telle que Dieu l'a réglée, au mariage, aux diverses vocations de l'homme, aux

biens terrestres, ce que Salomon dit des abus par lesquels l'homme pécheur et insensé altère l'ordre divin des choses et les dons de la Providence, et ils déclaraient vanité l'œuvre de Dieu aussi bien que l'humaine folie. Rougemont)... Je recommande cet écrit, continue Luther, à tous les chrétiens pieux... L'Ecclésiaste est un livre tout particulièrement utile aux rois, princes et seigneurs, à leurs conseillers et à tous ceux qui sont dans le gouvernement, ainsi qu'à ceux qui ont femme et enfants à élever... On pourrait encore nommer ce livre l'écrit de Salomon sur les Eglises et les écoles, etc. »

M. de Rougemont, dans son Explication de l'Ecclésiaste, a fait un rapprochement très remarquable entre ce livre et les écrivains profanes. Nous en reproduirons ici la première partie (la seconde est une analyse du poeme de Pétrarque intitulé Les Triomphes) :

« L'Ecclésiaste, dans sa triple recherche du bonheur terrestre, passe par les états de l'âme les plus divers, et il expose ainsi les bases de tous les systèmes principaux de morale.

« Il commence et finit, comme Heraclite, par considérer toutes choses sous le jour le plus sombre. Mais dans le cours de ses recherches il lui vient plusieurs fois à l'esprit que la vraie sagesse pourrait bien être d'être toujours gai et joyeux, 9, 7-9. 3, 22. sq.

« On a dit avec raison que Faust et Don Juan résumaient l'humanité pécheresse et inconvertie. Le premier se perd par les jouissances intellectuelles, le second par les plaisirs des sens. L'Ecclésiaste a dit avec Faust : « J'appli- «querai mon cœur à savoir; » et avec Don Juan : « Allons, mon cœur, que je l'éprouve par la joie, et jouis du bien, » 4 , i 6-t 8. 2, 1 . 2.

« Six siècles avant Aristippe et Epicure, l'Ecclésiaste, lils de David, érigeait en système et mettait en pratique la morale du plaisir allié à la vertu, ch. 3. Mais bientôt le voilà qui s'écrie, à la vue du sage qui meurt comme l'insensé : C'est pourquoi j'ai haï la vie... j'ai haï tout mon travail... j'ai désespéré de tout; et ces accents d'une insondable tristesse traversent tous les siècles sans être répétés par un seul écrivain, jusqu'au jour où le plus grand poêle de la France actuelle dit à son tour :

Hais quand ces biens que l'on envie Déborderaient dans un seul cœur, la mort, au terme de la vie.

Fait un supplice du bonheur.

Voilà pourquoi mon Ame est las&e

Du vide affreui qui la remplit

(Lamabtih*, Hann-, III, ».)

« A peine l'Ecclésiaste a-t-il fait taire sur ses lèvres le murmure du désespoir, a peine a-t-il entrevu un éclair de bonheur, 2, 24., qu'il se transforme sous nos regards en un dur stoïcien

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