ECC 278 ECC
qui ne demande la joie qu'a la vertu, el qui baisse, en résistant, la tête sous le joug d'une immuable et insensible fatalité, qui lui distribue la souffraner H le plaisir sans lui permettre môme de la fléchir par la prière, 3, 14.
« Mais bientôt il tombe plus bas encore ; la vue des désordres de la société lui inspire la plus ancienne profession de scepticisme qui se lise dans les fastes de l'histoire, et, jusqu'aux encyclopédistes du siècle passé, personne ne niera l'immortalité de l'Ame en termes aussi rudes et durs, 3, 18-22. (ÎNotons toutefois que l'Ecelésiaste ne met nulle part en doute l'existence de Dieu. La démence seule peut dire : Il n'y a point de Dieu, Ps. 53, I., et le sage n'aurait plus mérité ce nom s'il eût mis en doute la plus incontestable de toutes les réalités.)
« Cependant il se relève de cet abîme, il prêche la crainte de Dieu el le contentement d'esprit, et déjà, s'élevant vers les sublimes hauteurs de l'Evangile, il prodame le néant de tous les biens terrestres, o, 7. et la béatitude de la souffrance, 6, 12., 7, 17.
« Mais il ne se soutient que peu d'instants à ces bailleurs, et il s'abat sur l'humble colline qu'Aristote choisira plus lard pour sa demeure: La vertu, dit-il, est le milieu entre deux extrêmes, 7, 11-22.
« Son cœur, sa conscience, l'avertit de son erreur, et le voila, comme Diogène le cynique, cherchant partout un homme et ne le trouvant pas, 7, 28.
« L'impunité du crime, l'adversité des gens de bien, la parfaite indifférence avec laquelle Dieu traite les justes et les injustes, font de lui un déiste qui se persuade que Dieu ne peut qu'approuver tout ce que font les hommes, et que la pensée de l'immortalité ne doit influer en rien sur notre conduite et ne troubler aucune de nos joies, ch. 8 et 9.
" Enlin, après bien des doutes encore et des hésitations, il croit que la sagesse est préférable à tout, parce qu'elle contient les plus grandes chances de bonheur, et il anticipe de vingt-sept siècles sur l'utilitarisme moderne, ch. 10 el 11.
« Cependant les accents qui dominent dans le discours philosophique de l'Ecelésiaste, sont ceux de l'eudémonisme. Aussi cet écrit n'offret-il que fort peu de points de comparaison avec les autres livres inspirés (tandis que sa conclusiou est le résumé de tout l'A. T.), et ses vrais parallèles se trouvent dans les ouvrages des philosophes païens, el en particulier chez les épicuriens el chez Horace.
« L'Ecelésiaste et Horace recommandent constamment de modérer et restreindre ses désirs, et l'un comme l'autre fait l'éloge de la vie des champs, et décrit toutes les inquiétudes des
grandes richesses, cf. Eccl. 4, 4. 8. 5, 9-42. Epod. 2, Sat. 2, 6; Od. 2, 18; 46; 3, 1 ; 16.
«Pour être heureux, dit l'Ecelésiaste, il faut saisir la joie quand elle se présente et ne pas regimber contre l'adversité, 2, 24. 5, 18. 7, 4 4.. etc. Horace parle de même : « Le seul mortel heureux est celui qui, maître de soi, peut dire chaque jour : J'ai vécu. » Od. 3, 29 ; puis 1, 9; 11.
Tu qoameumqoe Deu» tibi fortunaverit horaro, Gratâ un» manu, oec duleia differ in annutn.
Quod petis, hic cal.
Est tlubri», animus ai te non déficit squus.
(Epitt. {. 11.) Omnem crede diem tibi dilu tisse sapreraum : GraU supenreuiet, quœ non sperabitur, hora.
(Epist. 1, a.)
« I.'Eco*ésiaste dit : « Ne sois ni trop sage ni « trop méchant, 7, 16. 17. Prends le juste mi- « lieu : Intcr ulrumque tene ; ne quid nimis » ou avec Horace :
Insani sapiens nomen ferat, «quus iniqui, Ultra quam satis est virtutem ai petat iptam. Virtua cal médium vitiorum et u tri nique reductum.
(Epist.1,6.)
« Horace veut des vêlements blancs aux jours de fête. Sat. 2, 2., et l'Ecelésiaste en tout temps, 9, 8. L'Ecelésiaste sait que l'argent répond à tous nos désirs, 10, 19., et Horace paraphrase ainsi celle pensée, Ep. 1,6:
Scilicet uionm eu m dote Cdcmque et amicoa Et genua et formait) regtna pecunia donat.
" Mais l'un et l'autre n'ignorent point, que l'ame n'est pas rassasiée par les biens de la terre, 6, 7., et
Crvscunt dmtia, tamen CurUe nescio quid aemper «beat rei.
« L'Ecelésiaste revient constamment sur cette mort qui pèse sur les bons comme sur les méchants, à laquelle nul ne peut se soustraire, qui empoisonne toutes les joies et qui jette l'homme dans le sépulcre ténébreux où il n'y a ni œuvre,"ni discours, ni science, 2, 14. 3, 18. 6, 2. 8, 8-14. 9, 4-12. 41, 8. Et c'est la encore une des pensées qui préoccupent le plus habituellement Horace, Od. 1. 28; 2, 3; 3, 1. :
Eheu fugaces, Posthume, Posthume, Lftbuutur anni....
(Od. 2, la.)
Nos ubi decidimua Quo pi us jfineat, quo Tullus lires, et Ancus, Pubis et umbra sumua.
(Od. 4. 7.)
« Horace aussi songe souvent avec chagrin a ces héritiers auxquels passeront ses biens. Ecclés. 2, 18-26, 4, 8. Hor., Od. 4,7; 2, 3. Ep. 1, 4. etc.
«Il se plaint avec l'Ecelésiaste, 7, lu.. de>
ÉCO
ÉCO
temps présents, qui sont pires que les jours
passés.
«Au-dessus des grands est le roi, dit l'fceclésiaste, et au-dessus d'eux tous est Dieu, 5, 8. » Et Èorace, Od. 3, 4. :
Regum linacndorum ia proprios grcges, Reges in ipsas imperium est Jom.
«Ces parallèles, auxquels on pourrait en ajouter bien d'autres, prouveraient à eux seuls que le livre de l'Ecelésiaste ne peut contenir dans tous ces passages la pensée définitive d'un sage inspiré. Mais quand bien même on voudrait ne voir en lui que le prédicateur de la joie mondaine, encore diffère-t-il totalement d'Horace en ce qu'il connaît une jouissance des biens terrestres qu'accompagne, purifie, accroît la pensée et la crainte de Dieu. D'ailleurs ce n'est que pendant de courts instants qu'il parle comme Horace a fait toute sa vie, et l'Uébrcu qui s'abaisse de temps en temps jusqu'à donner la main à l'épicurien du siècle d'Auguste, a l'âme assez grande pour embrasser tous les contraires, assez haute et noble pour ne voir que vanités dans toutes les joies de la terre, assez forte, assez passionnée pour haïr la vie telle que le péché l'a faite, assez sérieuse pour préférer le deuil aux rires, et c'est enfin lui qui, sur les ruines de tout espoir de bonheur, plante le céleste étendard de la crainte de Dieu. »
On possède en français une bonne traduction de ce livre par M. Vivien.
ÉCOLES. Quelques rabbins parlent d'écoles antédiluviennes, dirigées successivement par Adam, Enos et ÎNoé ; puis par Melchisédec à Kiriathscpher ; ils ajoutcnlqu' Abraham donnait des leçons d'arithmétique et d'astronomie en C tldée; qu'il en donna plus lard en Egypte, et que Jacob lui succéda dans l'art d'enseigner. Ils ne disent pas à quelles sources ils ont puisé ces traditions, plus qu'incertaines.
Les écoles proprement dites, destinées à la culture intellectuelle du peuple, ne furent pas plus connues des Israélites avant l'exil, qu'elles ne le furent des premiers Romains, ce qui n'a rien qui doive surprendre, puisque ces peuples n'avaient pas un cercle de connaissances élémentaires bien étendu, la lecture, et surtout l'écriture étant l'apanage presque exclusif des riches. On ne saurait douter que les enfants ne reçussent une instruction religieuse, mais les parents seuls en étaient chargés, Prov. 6, 20. 22, 6.; déjà Moïse avait ordonné aux Hébreux d'élever leurs enfants dans la connaissance de leur loi et de leur histoire. Deut. 6, 7. 20. 11, 19. Peut-être les rois avaient-ils pour leurs lils des gouverneurs particuliers. Mais ce ne sont pas lâ des écoles; il n'en faut pas voir davantage dans les enseignements que Moïse, Aaron
et les anciens d'Israël donnaient au peuple dans le désert. Après l'exil même nous voyons encore les mères pourvoir à l'instruction de leurs enfants, Susan. 3., 2 Tim. 3, 15.; la religion forme toujours la partie la plus importante de cette éducation, parce que la religion est intimement liée à l'état civil, et qu'elle est aussi indispensable au citoyen qu'au fidèle, étant à la fois politique et théocratique. Cependant c'est a cette époque â peu près que prirent naissance les premières écoles juives, qui ne furent dans le principe qu'une espèce de dépendance des synagogues. Les jeunes garçons destinés a la carrière des saintes Lettres recevaient sans doute une instruction préparatoire avant d'être confiés au scribe qui devait les former. On n'enseignait que rarement les langues étrangères dans les écoles de la Palestine; cependant, d'après le Talmnd, ce n'est que de la dernière guerre des Juifs que date la défense positive d'enseigner le grec aux enfants.
Ecoles de prophètes. Elles furent fondées, à ce que l'on croit, par Samuel, à une époque de trouble et de décadence religieuse. Il y en avait dans différents endroits du pays, notamment à Guibha, 1 Sam. 10, 5., à Rama, 19, 49. 20., puis, plus lard, à Jéricho, 2 R. 2, 5., à Bétbel et à Guilgal, 2 R. 2. 3. 4, 38. Quelques-uns prétendent qu'Elie avait aussi une école de ce genre dans les grottes du Carmel. Les jeunes gens qui faisaient partie de ces assemblées étaient appelés fils des prophètes, comme leurs directeurs étaient appelés pères; ils n'étaient pas nécessairement jeunes, et pouvaient être mariés, 2 R. 4, 4.; ils vivaient ensemble, quelquefois en nombre fort considérable, l R. 2, 16. 6, 4. (peut être aussi 1 R. 18, 4. 13.), et prenaient leurs repas en commun, 2 R. 4, 38. La musique et le chant jouaient un grand rôle dans leurs exercices religieux, comme on peut le voir par \ Sam. 10,5., mais l'Ecriture ne donne aucun détail sur l'ensemble de leurs travaux et sur l'objet même de l'institution : la prophétie, comme don miraculeux, ne pouvait pas se communiquer par renseignement; d'un autre côté, lorsqu'on voit Saul se joindre tout a coup aux jeunes gens qui prophétisent 1 Sam. 10, 10., on est presque obligé d'admettre qu'une grande puissance de l'tsprit se manifestait au milieu d'eux. Le plus naturel est, ce nous semble, de voir dans ces écoles des associations de jeunes gens pieux, réunis autour d'un prophète pour s'instruire et s'édifier, et parfois électrisés par la parole noble et divine de leur maître, qui les élevait dans une sphère plus haute de la vie religieuse, et leur communiquait ainsi des dons qui étaient refusés aux aines moins pieuses, moins constamment sous l'influence d'en haut. 11 parait, d'ailleurs, que les prophètes avaient