‹ Dictionnaire de la BibleChapitre 12 sur 398 · AR · texte numérisé non relu

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Millo. Il règne trois ans (4349 à 1346 av. C), mais bientôt son caractère impérieux mécontente ceux-là mêmes qui l'ont élevé ; la rébellion éclate, la fable de Jotham va devenir une réalité : Gabal est à la têie des révoltés, mais Zébul les trahit, et Abimélec vainqueur, renverse Sicbem de fond en comble, et sème du sel sur ses ruines; il fait périr dans les flammes ceux qui, renfermés dans le temple, lui résistaient encore. Il marche ensuite sur Tébels, ville d'Issacbar, qui s'est aussi révoltée : il veut y mettre le feu, mais une pièce de meule lancée par une femme lui fracasse le crâne : il prie alors son serviteur de l'achever de son épée, pour qu'on ne dise pas qu'il a été tué par une femme : ce dernier vœu du mourant n'est pas même accompli, cf. 2 Sam. 44, 24. — C'est à tort qu'on le compte parmi les juges : l'Ecriture ne lui donne nulle part ce nom : il doit être rangé parmi les oppresseurs, et non parmi les libérateurs de son peuple.

4° — v. Abiathar et Abimélec.

AB1NADAD (mon père est prince, ou père d'un noble). 4° Lévite de Kiriath-Jéharim dans la maison duquel l'arcbe rendue par les Philistins fut déposée, et où elle resta pendant soixante-dix ans sous la garde de son ûls Eléazar (entre 1424 et 1050 av. C), 4 Sam. 7, 4. 4 Chr. 43, 7. — 2° Fils aîné d'Isaï et frère de David, 4 Sam. 46, 8. — 3° Fils de Saul, tué en Guilboah. 4 Sam. 31, 2. 1 Chr. 8, 33. 4 0, 2. — 4* Inconnu, dont le fils, un des douze commissaires d'Israël, épousa Tapbatb, tille de Salomon, 4 R. 4, 4 1.

ABIRAM (mon père est haut élevé). 4° Datlian et Ai)iram, (ils d'Eliab, conspirèrent avec Coré contre Moïse et Aaron : Coré, par jalousie de famille peut-être; Datbau et Abiram, comme chefs de la tribu de Ruben, qui aurait voulu voir tout le gouvernement d'Israël entre les mains du premier-né de Jacob. Moïse ayant engagé le peuple à se retirer dans leurs tentes, car un cas tout nouveau devait atteindre les rebelles, Abiram etDatban restèrent debout avec les leurs, dehors, pour braver l'Eternel ; mais la terre s'entr'ouvril sous eux et les engloutit, eux, leurs familles, leurs adhérents et leurs biens,Nomb. 46, etc. Cet évéuementest rappelé Ps. 106, 47. v. Coré.

2° L'ainé des fils de Hiel, de Réthel. Il perdit la vie lorsque son père voulut rebâtir les murs de Jérico, 4 R. 46, 34. Sa mort fut l'accomplissement d'une prophétie de Josué, 6, 26.

AfilSAG (père de l'erreur), jeune femme de Suoam, dans la tribu d'issachar, remarquable par sa grande beauté, et que les serviteurs de David donnèrent à leur maître pour femme, lorsque l'âge ayant diminué la chaleur vitale, le vieux roi ne put plus trouver dans l'abondance

des vêtements la chaleur dont il avait besoin. Abisag s'attacha tendrement à lui et lui donna tous les soins qu'une fille donnerait à son père. Après la mort de David, Adonija la demanda en mariage, moins par amour sans doute que par ambition ; mais Salomon ayant démêlé les motils qui le faisaient agir, et pensant avec raison qu' Adonija voulait se frayer le chemin du trône en épousant la veuve du défunt roi, le (it mettre à mort. (4002 av. C.) 4 R. 4, 3. sq.

A RIS AI (père de la récompense), fils de Tséruia, sœur de David, 1 Chr. 2, 46., vaillant guerrier qui fut des premiers à embrasser le parti de son oncle et qui ne cessa jamais de lui être fidèle. Etant entré avec David dans la tente de Saiil, il sollicita la permission de tuer le tyran ; mais David n'y voulut point consentir, 4 Sam. 26, 7. 4 1 . Il lit la guerre contre Is-Boseth, et poursuivit vigoureusement l'ennemi dans sa fuite, 2 Sam. 2, 48-24. Dans la guerre contre les Iduméens il tailla en pièces 18,000 hommes,

1 Chr. 18, 42. Dans la campagne contre les Syriens et les Hammonites, ce fut lui qui engagea le combat avec ces derniers et qui les mit en déroute, 2 Sain. 40, 40-44., ét dans la guerre des Philistins, il tua de sa propre main Jisbi-Bénob, géant fameux qui était près de faire tomber David sous ses coups, 21, 16. 47. Une autre fois il attaqua seul un corps de 300 hommes et les détruisit tous jusqu'au dernier, 23, 48. 4 9. 1 Chr. 11, 20. 24. Irrité des insolences de Simhi, il l'aurait frappé de son épée si David ne s'y fût opposé, 2 Sam. 16, 9-11. Enfin il commanda le tiers des troupes qui délirent Absalon, 18, 2. et fut mis à la tête des soldats de la maison du roi, qui poursuivirent Sébah, fils de Bicri, 20, 6. 7. On ignore l'époque et le genre de sa mort. Sa bravoure et sa force le placèrent dans l'armée de David immédiatement après les trois plus grands guerriers de ce prince. Le premier ordre ou la première liste était composée de Jasobhain, Eléazar et Samma ; Abisaï forma avec Bénaja et Hazaêl la seconde ; on sait que la troisième se composait de trente hommes, du moins d'après les indications de

2 Sam. 23, 23., car dans 4 Chr. 44, 26. sq. le nombre de ces guerriers est plus considérable, différence qui tient soit à ce que la première de ces listes fut formée au commencement du règne de David, et la seconde à la fin, soit peut-être à ce que la première fut plus tard complétée en suite de diverses réclamations. Ces catégories de guerriers étaient apparemment des espèces d'ordres honorifiques semblables à ceux de la chevalerie.

AB1SUAH, v. Prêtres.

AR1UD, Matth. 1, 43. lin des ancêtres de Jésus-Christ selon la chair, et filsdeZorobabel, q. v. ; on a cru le reconnaître dans le Hodaïvahu

ABL

de 4 Chr. 3, 24.; d'autres n'y ont vu qu'un surnom signifiant père de Jude.

ABLUTIONS. On ne trouve à l'époque patriarcale aucune trace de lavages ou d'ablutions cérémonial les, mais sous la dispensation mosaïque elles apparaissent nombreuses, et se rangent en quatre classes principales, ayant chacune une signification particulière. — 4» Il y avait ablution solennelle, quand une personne était appelée a passer d'une condilion inférieure à une condilion plus relevée, par exemple à la préirise, Lév. 8, 6. Les Hébreux se purifièrent avant d'entendre la promulgation de la loi sur le Sinaï, Ex. 49, 4 0-45., cf. 4 Sam. 46, 5.— 2° On se lavait pour se purifier des souillures de la vie ordinaire, et pour se préparer à un acle religieux spécial; les prêtres devaient, sous peine de mort, laver leurs mains et leurs pieds, avant de s'approcher de l'autel, Ex. 30, 47-54 . ; tous les musulmans doivent encore aujourd'hui se laver avant de faire leurs prières. — 3° Les ablutions étaient de rigueur pour celui qui avait contracté certaines souillures légales ou cérémonielles, Lév. 42 à 45. — 4° Enfin, lorsqu'une pe'rsonne était soupçonnée d'avoir commis un crime, un délit, une action coupable quelconque, ou lorsquelle pouvait en être rendue responsable, elle se lavait pour consacrer solennellement son innocence; ainsi les anciens de la ville voisine du lieu où avait été commis un meurtre dont l'auteur était demeuré inconnu, Dent. 24 ,4-9.; ainsi encore Pilale, Matlh. 27,24.

Les Pharisiens multiplièrent à l'infini les prescriptions relatives aux ablutions cérémonielles, et ajoutèrent à ce qui était écrit, cf. Marc 7, 4 -5. v. Buxlorf, Ligutfoot, etc. C'était dans l'ordre des coutumes orientales, v. Baptême, et notre Seigneur les blâme moins de leur excès dans ce genre, que de leur tendance à transporter sur les choses matérielles les scrupules qu'ils auraient dû avoir pour l'accomplissement des devoirs moraux et religieux, la miséricorde et la justice.

ABOMINATION. Ce mot s'applique généralement, en grec et en hébreu, a tout objet qui par sa nature ou par des liaisons d'idées, excite le dégoût ou la répulsion : les Hébreux étalent en abomination aux Egyptiens, Gen. 43, 32. 46, 34.; la nourriture des idoles est appelée une abomination, Zach. 9, 7. ; de même le péché sous toutes ses formes Nah. 3, 6. Les idoles surtout sont une abomination devant Dieu, Deut. 7, 25. 4 Rois 44, 5. 7. 2 Rois 23, 4 3. Certains crimes sont particulièrement abominables, Lév. 18, 22. 20, 43. Ez. 22, 44 . La vache, adorée des Egyptiens, est appelée leur abomination, Ex. 8, 25. 26. — L'abomination de la désolation, Dan. 9, 27., désigne dans

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l'idée du prophète l'idole, ou le culte idolâtre, qu'Antiochus Epiphanes installera dans le temple de Jéhovab, devenu le temple de Jupiter Olympien: cf. 4 Macc. 4, 54. 6, 7. 2 Maec. 6, 2-5. Josèphe, Ant., 42, 5, 4. Notre Seigneur, empruntant, à Daniel la même expression hébraïque, l'emploie pour signifier la destruclion de Jérusalem par les Romains, et peut-être dans un sens plus spécial, les étendards romains eux-raênips, portant l'effigie de l'empereur et les aigles impériales; on sait que les Juifs abhorraient ces emblèmes de la domination étrangère, et que des émeutes eurent souvent lieu à leur occasion, Josèphe, Ant., 48, 3, 4. ; on sait également que les Juifs les abhorraient au point de vue religieux, tandis que les soldats romains en faisaient l'objet d'un culte religieux; quand Jérusalem fut prise, les Romains portèrent leurs aigles dans le temple, et leur offrirent des sacrifices, Josèphe, Guerre des Juifs, 6, 6, 4.

ABNER (père de la lumière), fils de Ner, cousin de SaUl, 4 Sam. 44, 50. et général de ses troupes. Gomme il était habituellement à l'armée et qu'il occupait une place importante, il n'est pas étonnant qu'il ne connût pas David lorsque celui-ci vint à Soco et combattit Goliath, 4 Sam. 47, 55-58.; mais il est plus difficile de concevoir qu'il gardât assez mal son maître pour que David et Abisaï aient pu pénétrer dans le camp sans être aperçus, 26, 5-44. Après la mort de Sattl, Is-Boseth son fils lui succéda et fut couronné par Abner, qui pendant sept ans soutint les prétentions de la famille déchue; mais dans presque toutes les batailles il dut se retirer avec perte. Les troupes de David et celles d'Is-Boselh s'étanl rencontrées près de Gabaon, Abner eut la barbarie de proposer, soit comme simple prélude, soit pour gagner du temps, un combat singulier entre douze hommes de chaque parti. Us vingt-quatre combattants se furent bientôt égorgés les uns les autres, une affreuse mêlée s'ensuivit, et les troupes d'Abner furent mises en pleine déroute. Vivement poursuivi par Hazaêl, Abner frappa ce guerrier et l'étendil sur le carreau après l'avoir d'abord vainement sollicité de s'éloigner; mais Joab et Abisaï, frères d'Hazaél, n'en furent que plus acharnés à poursuivre l'armée ennemie: enfin, au coucher du soleil, Abner demanda que le combat fût Suspendu, et profit.» des ténèbres pour se retirer avec les siens. Cependant Abner avait noué une intrigue avec Ritspa, concubine de Saùl ; Is-Boseth, soit qu'il y vit une tache pour sa famille, soit qu'il crût y voir plutôt les prétentions de son général au irriie, lui en fil des reproches. Abner, piqué au vif, répondit avec aigreur, rappela â Is-Boseth les services qu'il lui avait rendus, et jura de livrer tout le royaume entre les mains de son

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adversaire. Aussitôt il entre en effet en correspondance avec David , lui fait rendre sa femme Mical que Saûl avait donnée à un autre, et se rend auprès de lui à Hébron. A peine est-il sorti du festin auquel David l'avait invité, que Joab, informé de ce qui se passait, tache de persuader au roi son oncle qu'Abner est venu dans de perfides intentions. Puis, sans s'ouvrir davantage sur ses desseins, il envoie à Abner un messager qui le ramène à Hébron; là, il le lire à l'écart et lui donne la mort, poussé à ce crime par le souvenir du meurtre de son frère Hazaêl, mais sans doute aussi par la crainte de voir Abner prendre rang sur lui dans les armées et dans la faveur du roi. David détesta cette coupable action de son neveu, qui avait répandu durant la paix le sang qu'on répand en temps de guerre, 4 R. 2, 5.; il rendit de grands honneurs à la dépouille mortelle du général, il composa un hymne sur sa mon, et près de sa fin rappela à Salomon ce crime qui ne devait pas rester impuni, 4 R. S, 5. 32-34. v. encore 2 Sam. 2 et 3.

(Le capitaine Abner, qui joue un si beau rôle dans l'Albalie de Racine, est un personnage purement fictif qui n'a pas de correspondant dans l'histoire sainte.)

ABRAM ou ABRAHAM, Gen. 4 4 , 26.-35, 4 0., 01s de Taré, naquit à Ur, ville des Chaldéens, l'an 2460, av. C. Il passa les premières années de sa vie dans la maison de son père, qui était idolâtre; peut-être adora-t-il lui-même les idoles pendant quelque temps, mais Dieu lui ouvrit les yeux, et l'on prétend qu'Abraham fut, à cause de sa conversion, exposé a toutes sortes de persécutions de la part de ses compatriotes. Il parait assez probable que Taré fut aussi convaincu de la vanité des faux dieux, puisqu'il partit d'Ur avec son fils et qu'il l'accompagna dans le lieu que l'Eternel leur avait désigné. Ils se rendirent d'abord à Caran en Mésopotamie, où Abraham eut la douleur de perdre son père (o. Chronologie) : de là, il vint en Palestine avec Saraï sa femme, Lot son neveu, leurs serviteurs et leurs troupeaux, et ils se fixèrent momentanément dans celte contrée habitée par les Cananéens, mais dont Dieu promit à Abraham que sa postérité la posséderait. Toutefois, Abraham n'y posséda jamais lui-même un pouce de terrain (sauf la caverne qu'il acheta pour y ensevelir son épouse), mais il y demeura toujours comme étranger. Peu de temps après son établissement dans ce pays, il survint une fort grande famine qui le contraignit de descendre en Egypte, et, dans la crainte que les Egyptiens frappés de la beauté de sa femme ne voulussent la lui ravir et ne lut ôlassent la vie à lui-même, peut-être aussi pour se soustraire à l'opprobre que lui aurait

causé la stérilité de Saraï, il la fil passer pour sa sœur. Pharaon la fit en conséquence enlever et voulut la mettre au nombre de ses femmes ; mais averti par une vision et par les châtiments divins, il se bâta de la rendre à son mari avec de grands présents. La famine ayant cessé, Abraham retourna en Canaan avec Lot qui l'avait toujours accompagné jusqu'alors, et dressa ses lentes entre Bélhel et Haï, ou précédemment il avait élevé un autel. De fréquentes contestations entre les bergers de l'oncle et du neveu au sujet des citernes et des pâturages dont ils voulaient jouir exclusivement les uns et les autres, leur montrèrent que « la terre ne les pouvait porter pour demeurer ensemble. » Abraham laissa généreusement à Lot la liberté de choisir le premier l'endroit où il se fixerait ; et Lot ayant choisi l'orient et le midi, toute la plaine du Jourdain, Abraham se rendit dans les plaines de l'Amorrhèen Mamré près d'Hébron (2072 av. C). Quelques années après, Lot ayant été fait prisonnier par Kédor-Labomer et ses alliés, Abraham, avec 346 de ses serviteurs et quelques Cananéens de son voisinage, part, poursuit les vainqueurs, les joint à Dan, près des sources du Jourdain, délivre son neveu, lui fait rendre tout ce qui lui a été enlevé et reprend le chemin du retour. Les rois de la plaine abandonnant à Abraham le butin qu'il avait fait, le supplièrent de leur rendre au moins les prisonniers; mais Abraham leur rendit le tout, ne voulant rien garder pour lui-même, et réservant seulement une faible part pour les Cananéens qui l'avaient secondé dans son expédition. Comme il passait devant Salem (plus tard Jérusalem), Melcbisédec, roi de cette ville et sacrificateur du Dieu fort souverain, vint à sa rencontre, le bénit, et lui offrit du pain et du vin pour le restaurer lui et ses gens. Quelquesuns pensent que ce fut plutôt à Dieu qu'il offrit ce pain et ce vin en sacrifice d'actions de grâce; Abraham lui donna la dtme du butin, Hébr.7, 4. A celte occasion, l'Eternel renouvela les promesses qu'il avait faites à son serviteur, lui réitérant l'assurance qu'il posséderait le pays de Canaan; un fils lui fut promis, et Dieu, le conduisant hors de sa tente, lui annonça que sa postérité serait aussi nombreuse que ces étoiles qui brillaient au firmament. Abraham offre alors un sacrifice d'après l'ordre que Dieu lui en donne, une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, une tourterelle et un pigeou; puis, quand le soir est venu, il voit en vision le feu du ciel passer entre les victimes et Dieu lui dévoile l'avenir, lui annonce la captivité d'Egypte, sa tin glorieuse, et les biens qui seront le partage de sa descendance.

| Cependant ces promesses ne se réalisaient

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pas; le patriarche avançait en âge, et tout semblait annoncer qu'Eliliézer sou intendant serait aussi l'héritier de ses richesses. Saraï, pensant que peut-être ce n'était pas à elle qu'était destiné l'honneur de donner un fils à Abraham, engagea son mari à prendre pour femme Agar sa servante égyptienne, espérant que Dieu accomplirait ses promesses dans les enfants qu'il aurait d'elle; Saraï de son côté les aurait adoptés et pris pour siens, suivant la coutume de ces temps. Mais quand Agar se vit sur le point de devenir mère, elle méprisa sa maîtresse et voulut s'élever au-dessus d'elle. Abraham maintint Saraï dans ses droits; Agar maltraitée dut s'enfuir, mais l'ange de l'Eternel lui apparut au désert et lui ordonna de retourner chez Abraham et de se soumettre à sa maîtresse ; elle obéit et donna le jour à Israaél. (2062 av. C.)

Treize ans après, le Seigneur renouvela son alliance avec le patriarche, et changea son nom d'Abram (père illustre) en celui d'Abraham (père d'une multitude), et celui de Saraï (ma princesse) en celui de Sara (princesse). Comme signe et pour confirmation de l'alliance, il lui ordonna de se circoncire, lui et tous les maies de sa famille et de sa maison, et il lui promit positivement qu'avant le terme d'une année, il lui naîtrait un fils de Sara.

Mais les énormités qui se commettaient dans la contrée où Lot s'était retiré, à Sodome, à Gomorrhe, et dans les villes voisines, avaient décidé l'Eternel à les détruire toutes avec le sol même sur lequel elles reposaient. Un jour qu'Abraham était assis à la porte de sa lente, il vit s'approcher trois personnages, Gen. 48. Sans les attendre, il court à eux, les invite à entrer pour se rafraîchir, leur lave les pieds, et prépare avec Sara de quoi leur servir à manger. Quand ils eurent achevé leur repas, ils se firent connaître pour ce qu'ils étaient, et répétèrent au patriarche la promesse que l'Eternel lui avait faite peu de jours auparavant. Mais Sara n'ayant pu retenir un sourire d'incrédulité, l'Eternel dit à Abraham : « Pourquoi Sara a-t-elle ri? Y a-t-il quelque chose qui soit difficile à l'Eternel?» Puis les messagers célestes reprirent leur voyage, marchant vers Sodome, et Abraham les accompagnait. C'est ici que se place une des scènes les plus touchantes dont il soit fait mention dans l'Ecriture, une scène qu'on ne peut lire sans la plus vive émotion, l'intercession d'Abraham auprès de l'Eternel en faveur des villes de la plaine. Pendant que les deux anges marchaient en avant, l'Eternel communiquait à Abraham ce qu'il allait faire a l'égard de ces villes, et Abraham ne cessa de plaider pour leur conservation que lorsque les réponses pleines de grâce et de miséricorde du Seigneur l'eureul persuadé que ces malheu-

reuses cités étaient tombées en effet dans la plus affreuse dégradation. Les dix justes ne se trouvaient pas dans toute celte contrée. Au jour suivant, Abraham, se levant de bon matin, vint a l'endroit où la veille encore il s'était tenu devant l'Etemel; une fumée comme celle d'une fournaise s'élevait à la place qu'avaient occupée les villes maudites.

Quelque temps après, Abraham quitta les plaines de Mamré et, se dirigeant vers le sud, alla demeurer à Guérar où régnait Abimélec. Eprouvant en ce lieu les mêmes craintes qu'il avait déjà eues en Egypte, il employa le même moyen pour échapper au danger qu'il redoutait et, pour la seconde fois, fit passer Sara pour sa sœur (v. Abimélec); mais sa ruse, de nouveau découverte, eut pour Abimélec les mêmes suites qu'elle avait eues pour Pharaon, ei attira au patriarche des reproches plus vifs encore. C'était la dernière fois que ce subterfuge était possible, car bientôt après, la même année, Sara donna à Abraham un fils qui rendit leur union manifeste et plus intime. L'enfant fut nommé Isaac, et lorsqu'on le sevra, Abraham fit un grand festin : ce fut alors, à ce qu'il paraît,

que Sara vit Ij

mae

tourmenter son petit frère,

et qu'elle supplia son mari de chasser le fils de l'Egyptienne, afin qu'il ne partageât pas l'héritage avec Isaac. Abraham, connaissant les promesses relatives à Ismaël, refusa d'abord de complaire à sa femme ; mais, sur un avertissement de l'Eternel qui lui confirmait ce qu'il lui avait annoncé au sujet de cet enfant, il n'hésita plus â le renvoyer, ainsi que sa mère.

Vers le même temps à peu près, Abimélec se rendit en visite auprès du patriarche et fit alliance avec lui. Il s'agissait d'un puits que les serviteurs du prince avaient enlevé par violence aux bergers du patriarche. Abraham le racheta en offrant volontairement sept jeunes brebis en échange; ils appelèrent ce lieu Itèer- Sébah (puits du serment), parce que leur traité fut ratifié par un serment solennel. Abraham y planta un bois de chêne et y demeura quelque temps.

Vingt années environ se passèrent sans qu'il arrivât rien de remarquable dans la vie ou dans la famille du patriarche; le fils sur lequel reposaient tant d'espérances et de promesses précieuses grandissait et semblait réaliser déjà tout ce que ses parents en attendaient, lorsqu'il faillit être enlevé à leur tendresse par l'ordre de ce même Dieu qui l'avait accordé à leurs prières et à leur foi. Abraham dut offrir son Isaac en holocauste à l'Eternel, épreuve terrible, mais nécessaire, et qui devait faire d'Abraham le père des croyants : il prit donc son fils et deux de ses serviteurs, et se mil en chemin pour se rendre à la montagne que Dieu

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devait lui indiquer. Deux jours de voyage furent pour Abraham un exercice de foi dans lequel il put se demander bien souvent ce qu'allaient devenir ces promesses qui lui avaient été faites d'une innombrable postérité ; mais il connaissait l'Eternel et savait qu'il n'est pas homme pour mentir ni fils de l'homme pour se repentir, et il estimait que Dieu le pourrait même ressusciter d'entre les morts. Au troisième jour la montagne funèbre apparut : c'est là que devait se consommer un sanglant sacrifice. Isaac cherche où est la victime pour l'holocauste ; son père lui répond : « Mon fils, l'Eternel y pourvoira. » Déjà les deux patriarches ont atteint seuls le sommet de la colline; le bois est prêt, l'autel est dressé, la victime est lice, le bras du père est levé sur son tils comme le couteau du sacrificateur sur sa victime. Abraham n'hésite pas ; mais do haut des cieux une voix se fait entendre, la voix de celui qui n'a permis qu'un seul sacrifice humain, celui de l'Homme- Dion son tils. L'épreuve avait été suffisante, et un bélier remplaça sur l'autel le fils unique de l'ami de Dieu. Us rejoignirent donc leurs serviteurs et retournèrent à Béer-Sébah. — Douze ans après, Sara mourut à Hébron. Abraham étranger dans le pays, et n'y possédant aucun fonds de terre, acheta de Héphron le Hétbien, pour le prix de 400 sicles d'argent (environ 4 ,300 fr.), le champ de Macpélab où se trouvait une caverne propre â servir de lieu de sépulture, et il y ensevelit sa femme après en avoir fait le deuil suivant l'usage du pays.

Se sentant vieillir, Abraham envoya Elihézer, son intendant, en Mésopotamie, pour y chercher une jeune fille de sa parenté qu'il pùt donner eu mariage à Isaac. C'était trois ans après la mort de Sara. Le fidèle serviteur s'acquitta de sa mission avec zèle, sagesse et promptitude, et obtint pour son maître la main de Kébccca fille de Bélhuel, petite-fille de Nacor et pelilenièce d'Abraham. Le patriarche vécut encore 35 ans depuis le mariage de son fils, et il eut de Kétura, sa seconde femme, six fils qui furent pères de divers peuples ou peuplades de l'Arabie et des environs. Quelques auteurs pensent cependant qu'Abraham avait épousé Kétura du vivant de Sara; il est eu effet peu probable qu'il se soit remarié à l'âge d'environ 4 40 ans, et qu'il ait eu des enfants, surtout si l'on se rappelle ce que l'Apôtre dit de lui en un temps où il avait 40 ans de moins, Rom. 4, 49; Hébr. 14, 42. Il mourut âgé de 475 ans, un siècle après son arrivée dans le pays de Canaan. Il ne parait pas que, durant les 35 dernières années de sa vie, il ait eu ni d'éclatantes révélations ni de grandes épreuves. Les jours des fidèles, même les plus éminenls, ne sont pas tous marqués par des interventions signa-

lées du Seigneur, et il est beaucoup de ses serviteurs qui s'en vont tout doucement et sans éclat dans le lieu du repos. Telle fut la fin de la carrière d'Abraham; il mourut rassasié de jours et fut recueilli vers ses peuples. Son corps retourna dans la terre comme celui de ses ancêtres, et son âme rejoignit celle des hommes qui avant lui avaient appartenu au peuple de Dieu, Hébr. 44, 43-46. Il fut enseveli dans la grotte de Macpélah par ses fils Isaac et Ismaël (av. C. 4985); ce dernier avait alors 89 ans, et Isaac 75.

L'antique figure du patriarche est une des plus belles que nous présente l'Ancien Testament; elle est noble, vivante et prophétique; elle n'a rien de plastique, comme celle de Noé ; elle est davantage la représentation d'une vie réelle : Abraham n'est pas le dieu des abîmes et du déluge, il est le père des croyants.

Parmi les observations nombreuses auxquelles son histoire pourrait donner lieu, nous nous bornerons aux suivantes :

4° L'auteur sacré introduit Abraham d'une manière très abrupte, en quelque sorte sans préparation : « El Dieu avait dit ù Abram, etc., » Gen. 4 S, 4. Mais pour qu'un homme entreprenne un voyage lointain, fatigant, et sans terme à lui connu, il faut nécessairement qu'il ait confiance en celui par qui Tordre et le signal du départ est donné. L'Eternel avait donc fait entendre sa voix â Abraham auparavant, cl peut-être même à plus d'une reprise, quoique nous ne sachions pas de quelle manière. Or, indépendamment de ce que l'Ecriture nous atteste, Jos. 24, 2. 44., nous apprenons par d'autres sources que l'idolâtrie régnait en Caldée à cette époque, et tout porte a croire que ce fut un des principaux motifs du déplacement d'Abraham. Les traditions de l'Orient portent qu'Abraham, dans sa jeunesse, aurait adoré les idoles, lions, sphinx ou taureaux qui viennent d'être retrouvés parmi les ruines assyriennes.

2° Abraham n'était point dépourvu de moyens de subsistance lorsqu'il se mil en route pour le pays de Canaan : « il prit avec lui Saraï et Lof, cl tout leur bien qu'ils avaient acquis et les personnes qu'ils avaient eues à Caran. » Ce ne fut donc pas dans un intérêt terrestre, et comme ferait un aventurier qui cherche fortune, qu'il quitta sa famille et sa parenté pour se rendre en d'autres lieux.

3° La première épreuve de la foi d'Abraham fut dans la famine qui le contraignit à quitter momentanément cette terre de Canaan que l'Eternel avait promise à sa postérité. L'épreuve fut plus forte qu'on ne le suppose au premier moment, et il est impossible de ne pas voir que la foi du patriarche en souffrit d'abord quelque peu ; car, se méfiant de l'Eternel pendant qu'il

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